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Philippe Ronce

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Les bouddhistes et l’action caritative locale

Ils partagent généralement un désir sincère de participer à l’éradication de toute forme de souffrance sur la planète, et font souvent l’expérience de l’isolement et d ’un manque de savoir faire ou de moyens.

Par Philippe Ronce

Les bouddhistes et l’action caritative locale

Un grand nombre de bouddhistes (qu’ils soient moines ou laics, français ou natifs des pays de tradition bouddhique) se sentent interpellés par le besoin d’unifier leur vie quotidienne, leur engagement social, et leur pratique.

Ils partagent généralement un désir sincère de participer à l’éradication de toute forme de souffrance sur la planète, et font souvent l’expérience de l’isolement et d ’un manque de savoir faire ou de moyens.

L’engagement des bouddhistes dans l’action caritative, principalement envers les communautés religieuses et laïques des pays d’origine du bouddhisme, n’est pourtant pas nouveau : il faut saluer au passage les accomplissements et le dévouement désintéressé des associations qui se sont au fil du temps créées à cet effet. L’expérience accumulée par certaines d’entre elles dans ce domaine, est tout simplement unique .

Mais l’implication dans des actions caritatives locales, dans sa région, sa ville, son quartier ,c’est à dire au delà de sa communauté spirituelle ou linguistique, est par contre moins courante chez les bouddhistes de France, pour des raisons bien compréhensibles, liées principalement à leur développement récent.

Quand elle existe, elle est souvent faite d’initiatives individuelles et de discrétion.

L’efficacité et l’esprit avec lequel certaines organisations( bouddhistes ou impliquant des bouddhistes) ont mené des actions caritatives locales de petite ou grande envergure, gagneraient cependant à être mieux connus du public : les compétences, les initiatives, et l’enracinement de la communauté bouddhiste en France en bénéficieraient incontestablement.

Avec cette intention au coeur, il serait opportun de créer ici une rubrique régulière, dans laquelle ces différentes expériences pourraient être partagées, où des projets cherchant leur appui logistique pourraient être soutenus, et où au delà des appartenances spirituelles, une communauté de vues sur la compassion en action pourrait s’établir.

"Puis-je devenir en tous temps, d’aujourd’hui à la fin des temps
Un protecteur pour ceux qui sont sans protection,
Un guide pour ceux qui ont perdu leur chemin,
Un navire pour ceux qui ont des océans à traverser,
Un pont pour ceux qui ont des rivières à traverser,
Un sanctuaire pour ceux qui sont en danger,
Une lampe pour ceux qui n’ont plus de lumière,
Un lieu de refuge pour ceux qui n’ont plus d’abri,
Et un serviteur pour tous ceux qui sont dans le besoin."

La Maison des thés : un projet de réinsertion sociale et professionnelle pour les chômeurs de longue durée

Conçu et soutenu par "Servir la paix" l’aile française de la Peacemaker Community, fondée par Roshi Bernard Tetsugen Glassman, ce projet s’efforce de regrouper aujourd’hui des membres de différentes communautés bouddhistes,
ainsi que d’autres traditions spirituelles, et de la société laïque.

Son approche est celle d’une alternative globale et locale au chômage longue durée et aux sans domicile fixe, visant à générer un environnement favorable a la récupération d’une santé physique, émotionnelle, et sociale des personnes concernées.

Cette approche se fonde sur une analyse critique des processus de dévalorisation de l’individu, dans nos sociétés préoccupées uniquement d’employabilité, où les exclus de l’économie n’ont généralement aucune perspective de reconnaissance sociale, ni de reconstruction personnelle.

La Maison des thés va se constituer en société commerciale, avec l’aide des fonds et équipements qu’elle rassemblera, et sa fonction première sera la confection, la vente, le service de thés et gâteaux confectionnés par les personnes en réinsertion. Les personnes embauchées suivront pendant deux ans une formation personnalisée conçue pour faciliter la récupération de leur autonomie, et les aidant à monter leur propre activité.

La Maison des thés sera bien entendu également un lieu de rencontre ,d’accueil et d’initiatives culturelles importantes, auxquelles seront associées en premier lieu les personnes en réinsertion,

Un site Web conçu pour favoriser la mise en réseau des ressources (donations, bénévolats, autres aspect du travail social) formera également à l’informatique les personnes embauchées, et sera accessible aux habitants du quartier.

Roshi Bernard Tetsugen Glassman et la Peacemaker Community

La soixantaine, il est né à Brigthon Beach, dans les quartiers pauvres de Brooklyn, état de New York, son milieu familial était juif, plutôt de gauche.

Il a fait des études d’ingénieur en aéronautique et a commencé la pratiquer zen vers la fin des années 50 .Héritier spirituel du grand maître Zen japonais Taizan Maezumi Roshi, il est aujourd’hui surtout connu pour les incroyables accomplissements de son institution de réhabilitation sociale à Yonkers, New York : le Greyston Mandala, ainsi que ses talents (inégalés dans le milieu bouddhiste) pour attirer le soutien de personnalités de haut niveau, les dollars des subventions publiques, et l’implication personnelle de tous..

Le "cercle de vie" Greyston est un réseau de compagnies et de services sociaux qui prennent en compte, de façon concertée, le tissu de causes et effets de la pauvreté urbaine : Yonkers, 4eme ville de l’état de New York, est effectivement affligée d’un des taux les plus élevés de sans-logis des USA .

Faisant ses premiers pas il y a bientôt 20 ans, le "modèle Greyston" a depuis fait ses preuves, en mettant au point une méthode efficace de développement communautaire, conçue comme une alternative globale à l’approche fragmentaire qui stigmatisait jusqu’ici l’aide sociale américaine.

Le réseau rassemble effectivement de véritables entreprises, des agences sociales, des groupes interreligieux, des services publics, pour aboutir à ce que Glassman appelle "un miniconglomérat de responsabilité sociale".

L’"esprit" Greyston peut se résumer comme suit :

- une grande importance accordée à l’individu,
- une méthode globale de prise en compte de l’environnement communautaire
- une volonté profondément enracinée de soulager la souffrance humaine,
- un éventail particulièrement large de ressources mises en interaction,
- et le charisme dénué de sectarisme de ses militants sociaux.

Les accomplissements les plus remarquables du "cercle de vie "Greyston sont :

- La pâtisserie Greyston : une centaine d’employés, elle a formé plusieurs centaines de sans-emploi depuis 1982, et ses cookies sont très recherchés par les connaisseurs, dans tous les USA.
- La Greyston Family Inn rénove des immeubles, et soutient des familles sans logis. Dans les sept premiers immeubles réalisés, 153 familles et 35 célibataires, initialement sans domicile ont repris une vie normale. Elles ont également reçu une formation professionnelle et une assistance en placement. Un service de garde d’enfants accueille sur place, chaque jour, plus de 75 enfants du quartier.
- Le Centre Communautaire d’Apprentissage Technologique fournit une formation annuelle à l’informatique à une cinquantaine d’adultes, une vingtaine de jeunes de 8 à 13 ans, et une trentaine d’enfants d’âge préscolaire.
- Le Projet de jardins communautaires, recyclant des friches urbaines en potagers et jardins d’agrément, attire des centaines de personnes enthousiastes, de tous âges et groupes ethnique du quartier.
- Les Services de santé Greyston mettent à disposition des résidents de Westchester County atteints du sida, 35 unités de logement et un centre de soins de jour intégrant des approches alternatives de type acupuncture, yoga, phytothérapie, massages.
- Le "Programme de jour Maitri" fournit également des soins à 150 personnes du voisinage atteintes du Sida, et une garderie d’enfants.

Et, rien que pour l’an 2002, les développements suivants sont annoncés :

- Ouverture d’un "Café/Pâtisserie/Boutique , créant 12 nouveaux emplois.
- Mise en place d’un réseau de 25 unités familiales de garde d’enfants , assorti d’une formation appropriée des mères de familles concernées.
- Des Programmes pour les jeunes : 25 jeunes de 14 à 17 ans vont suivre un stage de 20 mois à la création d’entreprises ; 40 collégiens vont créer et gérer l’impression d’un journal dédié à la valorisation de leur communauté ; une approche de thérapie par l’art est en cours d’expérimentation à la crèche, où fonctionne également un programme de détection précoce et résolution des handicaps rencontrés dans les milieux frappés par l’extrême pauvreté.

L’interaction et le champ couvert, autant que la qualité et pertinence des actions engagées, sont en passe de faire émerger aujourd’hui à Yonkers une communauté saine, vibrante, et diverse, capable de soutenir le cheminement de la vie de tous ses membres.

C’est donc avec modestie, mais doté d’une vision et d’une méthode similaire, que se met en place le projet français de La Maison des thés.

Pour mieux comprendre leur démarche, il faut revenir à ces" retraites " que Bernie Glassman organise- depuis une douzaine d’années- dans la rue, parmi les SDF, ou sur des lieux d’ holocaustes comme à Auschwitz : loin de constituer des actes spectaculaires flirtant avec la provocation, elles sont la condition radicale d’une compréhension effective des principes de base de la "compassion en action", et ont largement fourni la preuve de leur pertinence

Je voulais être un avec les gens qui sont à la rue. La meilleure façon d’y parvenir était d’y vivre moi-même. (…) Si vous faites véritablement l’expérience d’être à la rue, vous n’éviterez plus jamais les SDF, ces gens qui ne sont rien d’autre que vous mêmes, (…)"Je suis à la recherche d’une certaine énergie, celle qui est nécessaire pour porter témoignage. A Auschwitz, au Letten, et dans les parcs urbains miteux, les gens sont mis à nu et dépossédés de leurs prétentions ; ils perdent leurs certitudes, ils commencent à appréhender la réalité à un niveau élémentaire, et à porter témoignage."(…)"Pourquoi suis-je attiré par un endroit plutôt que par un autre pour m’asseoir, méditer, et célébrer des cérémonies ? Les premières années, je choisissais ces lieux par intuition, sans trop savoir pourquoi, mais après ma première visite à Auschwitz, j’ai compris que les lieux de grande souffrance sont aussi ceux de grande guérison. La guérison ne peut pas surgir si nous ne portons pas témoignage de la souffrance."(…)"Hitler et l’Allemagne nazie avaient cherché à écraser les différences, déifiant une race et une culture, déclarant toutes les autres inférieures, certaines étant sélectionnées pour être exterminées .J’étais au contraire déterminé à amener des personnes de religions et nationalités différentes, sur ce lieu où la diversité avait été jadis condamnée à une terrible fin, et là nous allions porter témoignage de nos différences. En surgirait une guérison."

Et quels sont ces principes de base de cette guérison ?

1) avoir le courage de pénétrer sans préconceptions dans l’inconnu, si nécessaire en saturant sa rigidité d’esprit égocentrique, afin de faire l’expérience du "ne sais pas". Ne faire qu’un avec la situation, sortir des réflexes dualistes par lesquels nous sommes agis en permanence.

2) porter témoignage de la situation avec laquelle on est entré en symbiose, c’est à dire reconnaître que "les autres, c’est moi".

3) prendre soin de soi et des autres à partir de ce que la situation demande pour elle même.

"S’il s’agit d’un affamé , bien sûr qu’on commence par le nourrir ! Ensuite on lui donne les moyens de pourvoir lui-même à ses besoins.", précise Roshi Glassman, pour lequel la pratique spirituelle est indissociable du travail social. Cette notion de travail à partir de l’expérience de la non-séparation définit précisément la différence spécifique de texture qu’il y a pour lui entre le travail social "classique" et une pratique spirituelle du travail social.

"Si l’action est réellement fondée sur l’expérience de la non séparation d’avec l’autre, non seulement cette action sera appropriée et opportune, mais elle constituera par elle même un enseignement, car le bouddhisme n’est rien d’autre que le rapport aux choses telles qu’elles sont dans la vie de chaque jour."

Poursuivant l’application de ces principes, au sortir d’une retraite sur les marches du Capitole, (lors de l’hiver le plus rigoureux de l’histoire de ce monument) Bernie Glassmann crée en 1994 la Peacemaker Community, un petit groupe de personnes très engagées (depuis belle lurette) dans l’action sociale, à forte teneur interreligieuse, et doté d’une vision planétaire.

"Elle serait un lieu de rassemblement où tous pourraient se retrouver pour partager leurs histoires, reprendre des forces, et trouver de nouvelles idées, avant de retourner au sein de leur propre communauté et d’œuvrer pour la paix."

La vision partagée par ces acteurs sociaux de toutes origines et confessions semble précisément être celle d’une spiritualité par delà les religions, non distincte de l’engagement social.

"Les peacemakers travaillent avec tout ce dont le monde est composé ,avec la multitude des variétés et des phénomènes de la vie. Mais nous partons d’un sentiment d’intimité et d’unité, et non d’un sentiment de séparation. Nos actions découlent de cette intimité, et c’est à partir d’elle que nous agissons."

Figurent dans son noyau initial des "pointures" telles que Peter Matthiessen, (écrivain et fervent soutien du mouvement Indien, de l’écologie), Claude Thomas ( écrivain et militant pacifiste), Joan Halifax, (antropologue médicale spécialisée dans l’assistance aux mourants et fondatrice de plusieurs centres dont celui d’Upaya, à Santa Fé), Pat O’Hara, (maitre Zen et soutien de nombreux centres d’assistance aux personnes atteintes du Sida), Bo Lozoff (fondateur, avec sa femme Sita, de la Human Kindness Foundation, à Durham, Californie du Nord, spécialisée depuis plus de 25 ans dans le travail social en milieu carcéral) , ou Fleet Maull, qui de l’autre côté des barreaux, a fondé "Prison Dharma Network"

"notre pratique consiste à témoigner, au lieu de nier, à élargir notre vision, à écouter plutôt qu’à donner des leçons. C’est une pratique sans fin que nous approfondissons continuellement, qui commence et qui se poursuit lorsque nous nous ouvrons à l’inconnu.(…) Quand nous portons témoignage, et que nous devenons la situation -être à la rue, être pauvreté, maladie, violence, mort- l’action appropriée se manifeste d’elle même."

Bien d’autres les rejoignent : une trentaine de "villages", un peu partout sur la planète, communiquent et agissent déjà en concertation, regroupant plusieurs centaines d’acteurs sociaux qui se reconnaissent dans les 4 principes adoptés par le dernier Congrès Mondial des Religions, à savoir :

1) engagement dans une culture de non-violence et de respect de la vie

2) solidarité et ordre économique équitable

3) tolérance et vie fondée sur la vérité

4) égalité des droits et partenariat entre les hommes et les femmes.

Pour ce qui concerne la Fance, il est notoire qu’un grand nombre de pratiquants bouddhistes aspirent à soutenir une démarche sociale comme celle de Roshi Glassman. Quelques-uns ont, à titre individuel, déjà rejoint le navire.

A quand l’émergence en France des premiers "villages caritatifs intertraditions", qui pourront rassembler et promouvoir tout ce qui s’ébauche ici ou là, dans une vision transcendant l’ isolement et le sectarisme ?

Quelques infos pratiques :

"Servir la paix" est joignable en France par email :

- Henri Gaubier est le webmaster du site "Servir la vie" henri@peacecom.org
- Ida Naprous : Naprous@aol.com est la coordinatrice pour la France
- Frank De Waele : frank@peacecom.orgest le coordinateur pour la France, Hollande, Belgique et la Suisse
- Le site web international de Peacemakers : www.peacemakerscommunity.org
- "Bearing Witness" est la revue anglophoner des Peacemakers
- Albin Michel a publié l’an dernier "l’art de la paix : un maître zen engagé dans le monde d’aujourd’hui" de Bernie Glassman, et publiera au printemps prochain :"instructions pour le cuisinier : leçons d’un maître Zen pour mener une vie qui en vaut la peine" un livre coécrit par Bernie Glassman et Rick Fields.






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