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Les Tableaux de la quête du Boeuf

Pour illustrer concrètement l’ascension vers la maîtrise de l’esprit, maîtrise préludant à ou étant l’Illumination-Eveil, elle-même, l’iconographie chinoise a pris le buffle, le boeuf ou la vache

Par Vénérable Shinjin

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On pense très généralement que le Zen est différent des autres approches du Bouddhisme. Cette impression fausse a probablement son origine dans des développements récents en Chine et au Japon. Le mot japonais "Zen" vient du mot chinois "Ch’an", lequel vient du mot sanscrit "Dhyana" (Jhana en Pâli) et signifie "méditation". Dhyana fut introduit en Chine, en provenance de l’Inde, vers le 6ème siècle après J.-C., probablement par Bodhidharma. Mais en Chine, puis plus tard au Japon, son exercice subit des modifications considérables, au point de le rendre méconnaissable, à cause du caractère et de la culture de ces deux pays, de telle sorte que cette tradition est de nos jours, généralement considérée comme chinoise ou japonaise. Cependant, l’esprit du Bouddhisme originel dont la source est en Inde, reste sous-jacent dans le vide du Zen. En effet, ses principes fondamentaux trouvent leur origine dans l’enseignement et les idées des Textes Canoniques.

D’importantes doctrines considérées par les ignorants, comme typiquement Zen, sont en complète harmonie avec l’enseignement et la tradition Thera-vâda. Par exemple, le Zen prétend que la réalisation du "satori" (illumination ou éveil) ne se trouve pas dans les textes, qu’il est impossible de réaliser l’expérience du satori par la seule lecture des sutras et qu’on ne doit pas s’attacher à la lettre de la Loi. Ceci ne signifie nullement que l’on ne doit pas étudier les sutras ou les textes. Tous les maîtres Zen ont été et sont encore des érudits en matière de textes. Comme le Dr D.T. Suzuki l’a fait remarquer d’une façon humoristique : "Le Zen prétend être une transmission spécifique en marge des textes et être allergique à tout verbalisme, mais ce sont les maîtres Zen les plus bavards et les plus prolixes en écrits de toute sorte".

L’idée que la réalisation de la Vérité (Nirvâna) ne peut être atteinte par la seule étude du Dhamma est une doctrine essentielle du Thera-vâda. Mais la connaissance du Dhamma (pariyatti) est un outil nécessaire. Bien entendu, cette connaissance seule ne peut suffire. Elle doit être mise en pratique dans la vie de tous les jours (patipatti). D’après le Dhammapada (vv 19.20), celui qui connaît les textes à fond, mais ne met pas cette connaissance en pratique est comme un homme qui compterait les vaches de son voisin ! Celui qui est moins érudit mais qui met en pratique ce qu’il a appris en tirera joie et bénéfice. D’après la tradition Thera-vâda, la personne qui étudierait les textes sans utiliser ses connaissances pour s’enrichir spirituellement, ferait mieux de dormir que de perdre son temps à l’étude des textes.

Le Dhamma (l’enseignement) est comparé, par le Bouddha, à un cadeau (Kullupana) dont le seul but est de nous faire traverser la rivière et non pas de devenir un objet d’attachement, (nittha-rantthaya no gahanatthaya). Si l’on se contente de s’asseoir sur le radeau sans le diriger convenablement et sans ramer, on n’arrive jamais sur l’autre rive. Une fois l’autre rive atteinte, il est sans objet d’emporter le radeau sur son dos sous prétexte qu’il a rendu service. Il vaut mieux le laisser pour qu’il soit utilisé par quelqu’un d’autre. Il serait par contre ridicule de le brûler, de le détruire après qu’il a servi. Un moine Zen érudit nommé Tokusan (782-865), spécialiste du Sutra de Diamant, aurait, dit-on, brûlé le sutra et toutes ses notes, apparemment par mépris, après avoir obtenu "l’éveil soudain". Sa longue étude du sutra était probablement en grande partie responsable de son prétendu "éveil soudain".

Un autre thème important du Zen est qu’il vise à se concentrer sur l’esprit. C’est en d’autres termes la même chose que signifie l’expression pâli sacchikaroti qui veut dire "voir avec ses propres yeux", "expérimenter directement". Ainsi, le Dhamma également (la Vérité) "doit être atteint par le sage solitairement, dans sa solitude intérieure" (paccattam verditabbo vinnuhi).

Le thème le plus important du Zen est la réalisation de la Bouddhéité par la vision directe de sa propre nature. Cette vision "dans sa propre nature", ou " dans la Vérité", apparaît dans les textes pâlis dans des expressions comme nanadassana (voir avec sagesse), cakkhum udapadi (l’oeil était né ouvert), panna udapadi (la sagesse apparut), aloko udapadi ( la lumière apparut).

Dans la phraséologie Zen, on devient un "Bouddha" en réalisant le satori. Le sens qui est donné ici au mot "Bouddha" n’est pas le même que celui du Bouddha Gotama qui était un Sammâsambouddha (parfaitement et pleinement illuminé). Il serait flatteur de penser que n’importe qui peut devenir aussi extraordinaire que le Bouddha Gotama, simplement en réalisant le satori, quel que soit le sens exact de ce mot. Ici, le mot "Bouddha" est utilisé dans son sens le plus restreint de "l’Eveillé" ou "Illuminé" (de la racine budh=éveiller"). Quiconque a réalisé la Vérité (nirvâna) pourrait être appelé "bouddha" dans ce sens, d’après la tradition thera-vâda. L’upasakajanalankâra, traité pâli s’occupant de l’éthique des laïcs et écrit au 12e siècle (?) par un Thera nommé Ananda (dans la tradition Thera-vâda du Mahâvira d’Anuradhapura), déclare que si un disciple atteint l’illumination (shravaka-bodhi) il est dès lors un Shravaka-Bouddha. Dans le theragatha même, le terme de sambodhi (plein éveil) est utilisé pour définir la réalisation de l’état d’arhat par un thera.

Le Commentaire dit qu’à cet endroit, le terme sambodhi signifie arahatta (état d’arhat). Même un Sammâsambouddha est un arhat (arahamsammasam-bouddho). Thera-vâda et Mahâyâna sont d’accord en ce qui concerne vimutti (ou vimukti) à savoir, émancipation libération ; c’est à-dire en ce qui concerne l’état d’arhat et la libération des souillures. Il n’y a pas de différences entre le Sammâsambouddha( Samyaksambouddha en sanscrit), le Paccekabouddha (Pratyekabouddha, en sanscrit) et un Savaka (Shravaka, en sanscrit), c’est à dire un disciple qui est libéré (ayant atteint l’état d’ahrat). Un Sammâsam-bouddha est supérieur à un Paccekabouddha et à un disciple libéré dans le domaine de la connaissance et la possession d’innombrables qualités, talents et potentialités.

Même si un disciple ayant réalisé le Nirvâna, ayant atteint l’état d’arhat, peut être appelé "Bouddha", le Thera-vâda, sans doute par discrétion, n’utilise pas ce terme avec la générosité dont fait preuve le Zen à l’égard de ceux qui sont supposés avoir réalisé le Satori. (Le Zen insiste beaucoup sur la soudaineté de la réalisation du satori comme s’il s’agissait là d’une qualité particulière et fait état de nombreuses histoires qui illustrent ce fait. Par exemple, le maître Zen Reiun, après trente années d’entraînement et de discipline sévères, atteignit le satori à la vue d’une modeste fleur de pêcher épanouie. Maître Kyogen, après une quête longue et ardue, eut son satori en entendant le bruit d’un caillou frappant une tige de bambou. Un autre maître Zen du nom de Mumon avait pratiqué, pendant six années, une discipline de méditation sévère sur le fameux koân Mu ou Vide (néant) sans résultat. Un jour, il entendit le roulement du tambour qui annonçait l’heure du repas et réalisa soudainement le satori.

Les exemples de ce genre ne manquent pas dans les commentaires pâli, soit "d’éveils soudains" ou des "réalisations soudaines de l’état d’arhat". Un acrobate, nommé Uggasena, se tenant en équilibre sommaire au sommet d’un mât de bambou, crut entendre le Bouddha prononcer les paroles suivantes, ressemblant à un koân Zen : "Largue devant, largue derrière, largue au milieu, au-delà de l’existence avec un esprit totalement libéré, tu ne reviendras pas pour naître et mourir".

Un thera nommé Usabha, vivant dans une grotte au pied d’une montagne blanche, fut pris d’un profond dégoût pour l’existence parce qu’il n’arrivait pas à se débarrasser d’impures idées de convoitise. Au moment où il se préparait à se suicider, en se jetant dans le vide du sommet d’un rocher, il atteignit l’état d’arhat. Le jeune prince Vitasoka, jeune frère de l’empereur Asoka, était un élève de Giridatta Thera et connaissait bien le Dhamma (dharma, en sanscrit). Un jour, il prit le miroir que tenait le barbier en lui taillant sa barbe et apercevant son visage par réflexion il atteignit l’état de Sottapatti (entrée dans le courant) Plus tard, il se fit bikkhu sous l’autorité de ce même maître et atteignit l’état d’arhat. Baghu Thera, afin de vaincre une somnolence tenace, sortit de sa cellule et, comme il pénétrait dans le cloître pour méditer (Cankama, marcher), il atteignit au même moment l’état d’arhat.

De même, une religieuse (theri) d’âge avancée, nommée Dhamma Theri, revenait de sa tournée d’aumônes quand elle tomba par terre. Soudainement et inopinément, son esprit fut libéré. Siha theri, soeur du général Siha, n’était pas arrivée, après sept années de méditation sérieuses, à trouver la paix de l’esprit. Très désappointée et écoeurée de ne pouvoir trouver cette paix, elle décida de se pendre. Ayant attaché une corde à une solide branche, elle passa la tête dans le noeud coulant. Et tout d’un coup, elle réalisa la vérité et devint Arhat. Patacara Theri avait atteint l’état de sotapatti et visait des états plus nobles. Un jour qu’elle se lavait les pieds dans une bassine, elle vit un peu d’eau disparaître dans le sol. A trois reprises, elle vit ainsi l’eau disparaître dans le sol. A cette vue, elle fut complètement fascinée par la pensée de l’impermanence et la façon dont les agrégats apparaissent et disparaissent. Perdue dans ses pensée, elle aperçut le Bouddha qui lui parlait : " Un seul jour de la vie d’une personne qui perçoit le flux et le reflux (des choses conditionnées) est plus utile que les cent années de la vie de quelqu’un qui ne percevrait rien". Au même moment, Patacara atteignit l’état d’arhat.

Bien que la réalisation de l’Eveil, de l’Illumination, de l’Emancipation dont il fait état dans ces histoires Zen et Thera-vâda ait l’air d’être soudaine, il n’en est rien en fait. Dans ces exemples comme dans beaucoup d’autres, l’éveil "soudain ou subit" n’intervient qu’après une très longue période de sévères discipline, entraînement, lutte et pratiques, sinon dans cette vie, peut-être dans une vie ou des vies antérieures conformément à l’enseignement et à la croyance bouddhiques. L’événement n’est soudain que parce qu’il ne peut être ni prévu ni programmé, ni fixé par un acte volontaire : personne ne peut décider qu’après un certain nombre de semaines, de mois ou d’années de discipline et de méditation, l’éveil se produira à une date et une heure données. Cet événement se produit au moment le plus insolite, dans des conditions que l’on avait jamais envisagées, quelque fois d’une façon presque dramatique. Mais, ce moment finit par arriver, résultat d’une lutte et d’un entraînement éprouvants et longs. Les Maîtres Zen admettent eux-mêmes que "tout le monde ne peut pas espérer avoir l’entraînement suffisant pour réaliser l’expérience merveilleuse du Satori."

Walpola Rahula

extraits des Cahiers du Bouddhisme No 9

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Que sont les Tableaux du Boeuf ?

Copyright © Sâdhana

Alors pour démontrer les péripéties inhérentes à la maîtrise de l’esprit, s’adressant à une population de pays à majorité paysanne, l’Enseignant a pris, pour développer son argumentation philosophiquement pragmatique et réaliste, le buffle, élément indispensable de la vie quotidienne à plusieurs points, tant celui de la traction de la charrue dans les rizières que celui du lait pour la femelle, celui du combustible pour la bouse, celui de la nourriture avec leur viande, celui du confort par l’utilisation de leur peau, soit en chapeau, manteau ou chaussures, etc.

Bien qu’il ait toutes les apparences d’une quiétude parfaite, le buffle subit un sérieux apprentissage avant que d’être conduit dans les rizières où, selon la configuration du lieu, souvent escarpé, il ne jouit que de peu de latitude pour se mouvoir. Imaginez le désastre, s’il paniquait pour un oui ou pour un non, puisque les rizières à flanc de montagne forment un réseau hydrologique très complexe et d’une seule pièce pour économiser l’eau qui les arrosent. Des générations de travail à la main, à l’eau, c’est le cas de dire !

Donc le premier apprentissage qu’un père dispense à son fils dans sa vie d’homme (souvent très jeune par nécessité) est celui du buffle (de boeuf, du zébu, du yak, etc.), car l’animal est en quelque sorte le garant de la nourriture que l’on obtient de la terre qu’il permet de cultiver. C’est un phénomène quasi universel dans les pays en voie de développement a forte prédominance agraire, que ce soit dans certains pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique centrale et du Sud, où l’usage d’un tracteur mécanisé est voué à l’échec vue l’exiguïté des terrains. Nous plongeons ici dans le coeur même de la transmission universelle de l’apprendre, du savoir et du faire,

Donc, pour illustrer concrètement l’ascension vers la maîtrise de l’esprit, maîtrise préludant à ou étant l’Illumination-Eveil, elle-même, l’iconographie chinoise a pris le buffle, le boeuf ou la vache, l’iconographie bouddhique, elle, a choisi, faute de vaches à dompter, l’éléphant, sorte de "bonne à tout faire". Les exemples d’éléphants fous, parsemant jatakas, soutrâs et sastras, sont significatifs des dégâts qu’ils peuvent occasionner, malgré leur irréfutable, normalement placide utilité, tout comme le mental chez l’être humain. Donc, indispensabilité impérative de ce dressage.

Vén. Saddhânanda

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Premier Tableau :

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{{}} la recherche du buffle : L’être humain cherche en fait le buffle sur lequel il est juché sans le savoir, c’est-à-dire qu’il cohabite à son insu avec une partie de lui même qui lui est cachée : c’est elle que l’on peut appeler sa nature propre de Bouddha. Rappelons que c’est Brahma lui-même qui cacha l’essence divine au plus profond de l’homme en arguant, au collège des sages convoqués pour la circonstance, que c’est l’unique endroit où le commun des mortels n’aurait pas idée d’aller la chercher. Qu’est-ce qui l’empêche de voir le chemin qu’il doit prendre pour cela les trois poisons, la convoitise ou avidité, la haine et surtout l’ignorance. La dualité du bien et du mal, de l’attachement et de la peur de perdre l’objet de son attachement entretien la confusion de son esprit et devant la multitude des chemins qui s’offre à lui, il ne sait lequel prendre. L’attachement à ses sens l’ayant complètement affolé, il va, deci-delà sans direction précise, interrogeant tout sur son passage, même le clapotis ou le grondement d’une cascade pour savoir s’il existe quelques traces visibles du buffle. Mais il n’en continue pas moins pour autant son chemin avec confiance, avec circonspection et persévérance.

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Deuxième Tableau :

image 250 x 235la vision d’empreintes : parti à la quête du buffle, il rencontre différents personnages qui lui dispensent des enseignements, qui répondent à certaines interrogations, qui lui proposent certaines lectures qui lui font cerner la direction à prendre pour parvenir à sa quête. Muni de ces bagages intermédiaires, il croit comprendre quelque chose sans en avoir une réelle connaissance, c’est pour cela qu’on ne trouve ici que des empreintes ou des traces du buffle et non de l’animal lui-même. Le boeuf a laissé après son passage empreintes et traces montrant qu’il est devant dans le chemin, précédant celui qui le recherche. Mais sont-ce vraiment ses empreintes parmi toutes celles qui jonchent le sol ? Le quêteur distingue, dans le monde objectif, l’image réfléchie par celui-ci de son propre Soi. Quoique légèrement instruit, il n’est pas encore suffisamment expérimenté ce qui l’empêche de discerner le faste du néfaste, le bonheur de ce qui ne l’est pas, encore soumis qu’il est à l’emprise de ses sens et de la dualité inhérente.

Troisième Tableau :

{{}} image 250 x 247le pèlerin de la Voie trouve son chemin grâce au son, à la voix : Cela me rappelle une anecdote : prise à la descente du massif du Marcadau dans les Pyrénées par un brouillard à couper au couteau, notre cordée, ne voyant pas son chemin à un mètre a pu repérer la bonne voie, évitant ainsi les précipices vertigineux et les écueils, par le seul mugissement des vaches qui paissaient aux abords de celui-ci. De la voix ou du cri, on remonte intuitivement à la source, à savoir à l’homme qui parle, à l’animal qui le pousse. Il a entendu un meuglement, il sait que le buffle est tout proche. La causalité du son et de sa source font l’unité des choses, il en va de même pour le sel et la mer, qu’on ne distingue pas séparément même si sa présence est bien réelle et distincte. Dans la mer, distinguez-vous le sel qui en fait de l’eau salée ? De cette harmonie de la nature, il doit apprendre qu’il en va de même pour lui lorsque son regard sera devenu discernant et juste.

Quatrième tableau :

image 250 x 242Capture du boeuf : Cette fois-ci, il voit le boeuf paissant dans le pré à l’image de l’harmonie passagèrement trouvée, éphémère qu’elle est à ce stade. Alors s’approchant furtivement de lui, il arrive à lui passer le licol. Voulant l’entraîner à sa suite, il rencontre les difficultés les plus grandes à lui faire prendre le chemin qu’il désire, bien au contraire. Ces difficultés qu’il ne prévoyait pas, sont en fait les pressions du monde extérieures sur son esprit indocile. Cet esprit sauvage, à l’image du boeuf, ne veut pas quitter ses pâturages, le monde a sur l’esprit encore des effets et des emprises irrésistibles. Comme le boeuf il ne veut pas se laisser dompter et refuse catégoriquement de se laisser briser l’échine par le licol. Ce qui fait que le bouvier doit faire usage de son fouet. Notre mental est pareil au boeuf capturé, il reste orgueilleux de sa liberté, illusoirement conçue dans sa captivité. Notre esprit reste prisonnier, malgré la liberté qu’il croit avoir, du conditionnement latent, des voiles de l’ignorance qui le maintiennent captif de sa sauvagerie. C’est l’esprit faussement discipliné dans ses pulsions instinctives.

Cinquième tableau :

{{}} image 250 x 243 Le dressage du Bœuf : Notre esprit est envahit de pensées instinctives, lorsqu’une pensée surgit, une autre la suit déjà, voire même la précède dans l’affolement de notre mental. Et c’est une spirale sans fin dans laquelle nous sommes pris quotidiennement engendrant la confusions proviennent de notre ego subjectivant et non des choses qui sont par nature objectives. Alors, l’illumination nous permettra de voir les choses objectivement et non plus dans cette optique dualisante créée par notre ego qui se dupe, se leurre lui-même. Mais pour cela, comme le bouvier, nous devons tenir ferme les rênes contrôlant sa marche. C’est l’effort de l’Octuple Sentier, c’est virya, la paramita de l’énergie que nous devons déployer ; nous devons constamment veiller à ce qu’il ne fasse pas de faux pas, qu’il n’échappe pas à notre contrôle, qu’il ne s’égare pas dans les vues erronées. C’est par le fouet et les rênes que le bœuf se dresse, c’est par les antidotes et la maîtrise de nos agrégats mentaux, sensations, perceptions, volitions et conscience que nous parviendrons à domestiquer notre esprit. Mais, là, après l’énergie et l’effort du début, il faudra la patience et la persévérance pour en venir à bout.

Sixième tableau :

image 250 x 260Retour sur le dos du boeuf : Nous avons dépassé la moitié des tableaux de la quête du Boeuf. Ce sixième tableau nous montre le bouvier, juché sur le dos du boeuf, jouant sur sa flûte ou son pipeau un air de paix, de jubilation, comblé qu’il est d’avoir réussi dans son entreprise. La conquête est achevée, la bataille est terminée, il n’y a plus de contrainte, fouet et rênes sont abandonnés - D’autres écoles représentent le boeuf, couché paisiblement dans l’herbe en parfaite harmonie avec son bouvier, jouant de la flûte. Il n’y a plus de temps, le passé est oublié, le futur ne crée nulle angoisse, l’esprit est libéré de cette vision subjective des choses. Le gain et la victoire sont oubliés, la perte n’est plus envisagée, et le bouvier s’en retourne l’esprit léger parce qu’apaisé. La mélodie qu’il joue sur sa flûte tire ses sources des profondeurs des sons de la nature, il est en harmonie avec elle, harmonieux qu’il est avec lui-même. Le bœuf sans contraintes sait où il va, où il doit aller, ramenant le bouvier dans sa maison, c’est à dire sa nature propre. Ce chant issu des profondeurs de la Tradition va en attirer beaucoup d’autres, mais le bouvier, apaisé et serein qu’il est tout à sa joie, n’est nullement perturbé par les vicissitudes et les appels du monde extérieur. Il en va de même pour nous, lorsqu’en harmonie avec nous-mêmes, nous avançons sans nous préoccuper du chant des sirènes.

Septième tableau :

{{}} image 250 x 253Le boeuf transcendé ou le boeuf oublié et le bouvier seul : Après s’en être retourné chez lui sur le dos de son boeuf, le bouvier s’assied solitaire devant sa chaumière. Tout encore dans son bonheur et ses rêves, il a oublié le combat, le dressage et même l’existence du boeuf. Le boeuf, lui d’ailleurs, se repose après ces péripéties temporaires, car il ne représente qu’une étape dans ces tableaux. Alors, dans sa béatitude (et non la bête attitude dont je parlais dans l’édito), il découvre que les dharmas sont Un, que les Enseignements font partie de la Loi cosmique dans laquelle il se laisse absorber. Il réalise alors que son esprit est maintenant pareil à l’or tamisé, extrait des impuretés et des souillures du monde extérieur, du conditionnement latent. Et sous un clair de lune, sortant des nuages qui l’obscurcissaient, il se repose ; il s’est enfin échappé des vues erronées, des perturbations qui l’assaillaient le retenant dans le filet-piège du temps. On pourrait dire qu’il se situe actuellement dans l’état d’Arhat, de Bouddha pour soi. Il se retire pour jouir, isolé et seul, des bienfaits du domptage de son esprit. C’est vrai que dans une telle euphorie, on n’aime pas être dérangé, tellement absorbé qu’on est dans sa propre contemplation. Ne pas déranger, même avec un guili-guilin...

Huitième tableau :

image 250 x 245Le boeuf et le bouvier transcendés = Vacuité : Ce cercle vide représente, après la félicité suprême du tableau précédent, la disparition totale du moi, du boeuf, de la corde, du fouet, des traces, de la quête. Les désirs mondains se sont évanouis et, en même temps, la pensée de l’Illumination a fait place au vide. Toute confusion est écartée et seule règne la sérénité cosmique. Le petit bouvier a compris, il ne s’attarde pas à errer ou se trouve le Bouddha et, là où le Bouddha n’est pas, il passe sans se retourner. Là, où le dualisme n’existe sous aucune forme, même un saint homme ne saurait y déceler le moindre écart. Le boeuf est tout blanc, à l’égal de son maître, lui aussi transparent en l’absence de tous soucis. La lune blanche projette les ombres des nuages blancs et chacun suit sa course. Si on vous demande la signification de tout cela, pensez aux lys des champs et à leur fraîcheur délicieuse qui s’unissent dans leur contemplation. Le vide de Soi et le vide en Soi, telle est la réalisation suprême où la dualité n’existe plus, où tout se fond dans l’Unicité primordiale.

Neuvième tableau :

{{}} image 250 x 251 Atteindre la source : Retourner à l’origine, à sa première naissance, l’homme pur et non-altéré, n’a jamais été affecté par les souillures mondaines. Il examine, sereinement la formation et la disparition des choses douées de formes, tout en demeurant dans l’équanimité parfaite, celle où le moi n’existant plus, n’a plus besoin de s’affirmer, ceci en ne s’identifiant pas avec les mouvances illusoires et fantasmagoriques de son environnement. Il n’a plus à faire quelconque travail sur lui-même, ce ne serait qu’artifices trompeurs et perte de temps. Celui qui ne s’attache plus à la "forme" n’a plus besoin, lui aussi ,d’être "reformé". Dés le début, la vérité était claire, l’eau est bleue et les montagnes sont vertes et le bouvier se perd dans la contemplation de l’Unicité du tout qui l’entoure dans son impermanence. Le bouvier a compris qu’il avait fait des pieds et des mains pour s’approprier le boeuf sur le dos duquel il était déjà assis depuis le début. C’est comme chercher toujours à l’extérieur, les manifestations de la richesse intérieure que l’on côtoie quotidiennement, richesse que l’on oublie rapidement à force d’habitude, de manque de réflexion, de calme et de sérénité. Alors, face à l’eau limpide, aux montagnes vaporeuses. on retourne à sa propre source, à sa véritable nature de Bouddha, qui n’a plus besoin d’être cherchée, mais retrouvée en son origine.

Dixième tableau :

image 250 x 254Pleinement réalisé dans son Eveil : il s’en retourne au village parmi ceux avec qui il peut partager son expérience. Il n’y pas de plus grand bonheur, de plus grand don, disait le Bouddha, que celui du Dharma. Redescendant de son ermitage isolé où les plus grands sages ne le connaissent plus, il va à l’encontre ceux-ci, se mêler aux gens du monde. Nul ne peut deviner la moindre parcelle de sa vie intérieure : vêtu de haillons, couvert de poussière, portant une gourde, symbole du vide ou Shunyata, appuyé sur son bâton, il ne possède rien de superflu, car il sait que le désir de posséder est le fléau de la vie humaine. Bienheureux à tout jamais, unique témoin de son bonheur, il n’use d’aucun artifice pour prolonger son existence, son jardin merveilleux est invisible. Il s’assied avec le patron dans son auberge en compagnie des bouchers et vide gaillardement son canon avec eux. Entre eux et lui nulle différence, il connaît la nature profonde de Bouddha dont chacun est porteur. Il se contente d’être pleinement et sereinement dans la Voie Parfaite qui ne connaît nulle préférence.

(les illustrations sont tirées du « Zen en chair et en os »)

commentaires avec ajout du vén. Saddhânanda

Janvier 2001

Union des Bouddhistes de Langue Française
" La Paix de l’Esprit "
Case Postale 1 - 1077 Servion - SUISSE
Tél : 0041(0) 21/ 903.25.82


http://www.bouddha.ch/





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