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> Bouddhisme > Essais


Le véritable visage de Bouddha

Comment représenter le Bouddha, qui est au plan terrestre, l’incarnation de l’état ultime de l’Eveil. L’auteur examine l’évolution de l’iconographie d’un bouddhisme à visage humain.

Par Michel Henri Dufour

« Quel est votre véritable visage, celui d’avant votre naissance ? » (koan Zen)

Non né, non formé, non conditionné, non composé, telle est la nature de Bouddha. Comment représenter le Maître ?

L’impossibilité même de représenter l’état ultime de Bouddha conduisit, au début, à ne pas faire figurer Sâkyamuni sous des traits humains mais à lui substituer des symboles. Ces symboles exprimaient beaucoup plus véritablement la nature de l’Éveil.

Plus tard apparurent diverses légendes concernant la “première image” et certaines œuvres furent reconnues comme portraits authentiques du Bouddha, mais jusqu’à ce que la représentation personnelle devienne une pratique générale (vers la fin du Ier siècle et au cours du IIe siècle de notre ère) les symboles aniconographiques prévalurent. Il est également à noter que, dans les premières illustrations de sa vie mondaine, avant son Éveil, Sâkyamuni n’est jamais représenté sous forme humaine, ce qui aurait semblé logique puisqu’il a tout de même vécu trente ans “dans le monde”. Il est probable que, dès cette époque, le concept de la “nature de Bouddha” était déjà développé et qu’ainsi il n’était pas simplement considéré comme le maître et fondateur de la Communauté, mais comme la manifestation de l’essence de Bouddha supramondaine et suprahumaine (buddhata), concept qui sera plus tard développé dans la tradition mahayaniste.

Dans les multiples représentations du futur Bouddha (Bodhisattva), au cours de ses vies antérieures et dans les récits décrivant ces dernières (Jâtaka), il apparaît ici comme animal, là comme être humain, manifestant la sagesse et la compassion. Le futur Bouddha pouvait parfaitement être représenté sous forme humaine alors que ce n’était pas possible pour le Tathâgata. Les symboles utilisés dans les premiers monuments, principalement dans les bas-reliefs décorant les portiques et les enceintes des stupas de Bodh Gaya, Bharhut et Sânchi (à partir du IIe siècle) et, dans une certaine mesure, ceux d’Amarâvatî et Nagarjunakonda (Ier et IIIe siècles) sont strictement liés à des événements biographiques ou légendaires de la vie de Sâkyamuni et de sa carrière religieuse.

Dans les scènes de naissance, le Bouddha n’est généralement pas représenté. Il est évoqué par exemple par la présence d’un arbre décoré d’un parasol et de chasse-mouches, symboles du respect et de la vénération. Dans les premiers bas-reliefs, on peut également voir le Bouddha indiqué simplement par des empreintes de pied, symbole qui deviendra récurrent dans toute l’iconographie bouddhique.

Parmi tous les épisodes de la vie du Bouddha, citons les plus importants. Dans sa première méditation, sous un jambosier, alors qu’il était tout jeune enfant, sa présence est indiquée par un trône vide. Lors du grand départ vers la vie ascétique, seul son cheval est montré et une déité (deva) tient un parasol au-dessus du cavalier (non représenté). Dans la forêt, Sâkyamuni ôte son turban et coupe sa chevelure qui, recueillie par les dieux, deviendront les premières reliques.

L’évènement central de la vie du Bouddha, l’Éveil, est représenté par l’arbre lui-même (pipal, ou ficus religiosa) sous lequel il parvint à cet Éveil. Fréquemment, un trône vide, le siège adamantin (vajrâsana) est placé en-dessous et, devant celui-ci, des empreintes de pied suggèrent la présence du Bouddha, elles-mêmes ornées de roues symbolisant l’enseignement de la doctrine et l’autorité spirituelle du Bouddha sur l’univers. Ce symbole de la roue est celui qui connaîtra le plus grand succès, jusque dans ses développements didactiques plus tardifs (le Noble Sentier aux Huit Branches, les Origines Interdépendantes).

Le premier sermon, dans le parc des Daims, à Sârnâth (près de Vârânasi), est appelé la “mise en action de la Roue de la Loi” et, par conséquent, le symbole utilisé est celui de la roue (ici à six rayons, représentant le souverain universel). Elle est fréquemment placée au-dessus du trône vide et entourée d’adorateurs, hommes, déités et animaux.

L’ultime (dans tous les sens du terme) événement de la biographie du Bouddha est sa mort, son “entrée dans le Nibbâna final”, à Kusinagara. Il est symbolisé par un stupa. Originellement tumulus dédié aux souverains et aux saints, il a acquis la fonction de réceptacle de reliques. Le stupa est ensuite devenu un monument matérialisant la vérité absolue, les premiers exemplaires étant d’une beauté simple et austère, convenant parfaitement aux caractéristiques mêmes de l’Éveil.

La représentation aniconographique du Bouddha, dans les toutes premières illustrations, permettait de voir le Bouddha et son enseignement d’une manière purement spirituelle et les artistes ont ainsi réussi à créer, au sein même de leurs sculptures, un centre de paix et de vacuité suggérant le Nibbâna de façon bien plus convaincante que toute figuration humaine.

Le Bouddha sous forme humaine

La production des premières images anthropomorphiques du Bouddha et les premières tentatives d’un récit quasi historique de sa vie semblent contemporaines, et les succès de cet art sont perceptibles pendant le règne de l’empereur Kaniska (IIe siècle ap. J. - C. ) de l’Empire Kusana. Il n’est pas facile d’expliquer la naissance de cette volonté de posséder une image manifestée du Bouddha ainsi qu’une biographie complète alors que, pendant plus de cinq siècles, le besoin ne s’en était pas fait sentir. La dévotion envers un idéal transcendant s’est peu à peu muée en une dévotion plus personnelle, exprimée dans l’art et la littérature.

En Inde (vallée du Gange et de la Jamuna), c’est à Mathurâ (Madura), capitale d’une province de l’Est de l’Empire Kusana, que le plus grand nombre d’images primitives du Bouddha furent découvertes, fabriquées dans le grès rouge typique de ce style. Les sculpteurs tirant leur expérience de deux sources traditionnelles : les images des dieux et héros royaux et les indications iconographiques de la littérature et de la tradition orale concernant les caractéristiques corporelles particulières au Bouddha, ces dernières permettant de le distinguer sans équivoque en tant que personnage religieux. Un vêtement monastique colle au corps et laisse libre le bras droit. Dans les premières images, le crâne est rasé (comme c’est la règle chez les moines bouddhistes) mais, plus tard, il s’ornera d’un épais chignon en spirale (l’origine précise de cet ornement est sujet de controverse parmi les érudits).

Le Bouddha se tient seul ou en haut-relief dans un ensemble. Il est parfois assis en posture traditionnelle (yogâsana), ou en lotus (padmâsana) dans un courant plus tardif. Néanmoins, dans le style Mathurâ primitif, il n’est pas assis sur un lotus mais sur un trône orné de lions (simhâsana) et lorsqu’il est représenté debout, un lion se tient entre ses pieds.

Toujours à partir des textes canoniques, les artistes, probablement sur commande des moines, ont ajouté d’autres détails iconographiques : les lobes allongés, par exemple, devinrent une des caractéristiques principales des images du Bouddha. Parfois, la tradition artistique produisit ses propres détails : les images de style Mathurâ tardif, à l’instar de celles produites dans le Gândhâra, montrent un type de chevelure particulier (courte et bouclée).

Des sculptures partaient de Mathurâ sur la commande de communautés très éloignées (Kausambi, Sarnath, Vârânasi), qui n’appartenaient pas forcément à la même école. Déjà, les différents styles allaient s’influencer.

Le geste le plus répandu des images primitives, assises ou debout, est celui de l’absence de peur (abhaya), la main paume tendue vers l’avant. L’influence du style Gândhâra est parfois perceptible dans la façon dont le vêtement monastique est représenté : on trouve la toge de dessus (sanghâtî) sur certaines sculptures alors qu’elle est normalement absente des images de Mathurâ. La façon dont les toges sont drapées montre parfois les plis plutôt larges et vagues du style Gândhâra, tout à fait distinct des toges collant au corps de Mathurâ.

De telles différences sont frappantes au cours des périodes primitives, mais les influences mutuelles d’une région sur l’autre donnèrent naissance à certains styles composites, tandis que les postures et les gestes symboliques devinrent petit à petit stéréotypés pour tout le monde bouddhique. Tout cela, bien entendu, beaucoup plus tard.

2000

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