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Nicolle Vassel

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Le tantra, l’union, l’équerre et le compas

Bouddhistes ou francs-maçons, les moyens de réalisation et de sagesse s’enchevêtrent et s’unissent sur la voie.

Par Nicolle Vassel

Nicolle Vassel

L’enseignement du Bouddha est nommé Dharma en sanscrit. Par trois fois, le Bouddha a donné son enseignement. Il a tourné la roue du Dharma, selon l’expression connue. Cet enseignement s’est répandu en trois vagues successives, chacune englobant l’autre et recouvrant la précédente.

Le Bouddha a d’abord énoncé les quatre nobles Vérités qui sont celles :

- de la souffrance,

- de l’origine de la souffrance,

- de la cessation de la souffrance

- et du chemin qui mène à cette cessation, celui de la libération.

Ce chemin de la libération, c’est yana en sanscrit. Cela signifie aussi voie, véhicule sur la voie. Celui qui pratique selon ce yana obtient la délivrance pour lui-même. Ne parcourt ce chemin que celui qui cherche sa propre délivrance, individuelle. Ce chemin est la voie du Petit Véhicule. Il ne transporte qu’une personne et c’est 1e Hinayana.

Le Hinayana s’appuie sur la discipline et la méthode. Il crée un cadre favorable au développement spirituel. Il insiste sur la compréhension du non-soi, sur le renoncement, le détachement et l’extinction du désir. Le soi est vu comme un agrégat de conscience illusoire. Les textes qui sous-tendent le Hinayana sont les trois corbeilles, Tripitaka, qui comprennent :

- la corbeille des Soutras, ce sont les discours et les méthodes de méditation,

- la corbeille du Vinaya, ce sont les règles de la discipline monastique,

- la corbeille de l’Abhidharma, c’est un traité très moderne de la structure de la conscience humaine.

Dans ce premier yana, il y a beaucoup de moines et de moniales, puisque cela fait partie des méthodes qui permettent d’arriver vers l’éveil dans de bonnes conditions.

La deuxième vague qui a répandu l’enseignement est le grand chemin, la voie du Grand Véhicule, qui transporte tous les êtres. C’est la voie des bodhisattvas, le Mahayana.

Dans le Mahayana, on ouvre sa conscience et son coeur à tous les êtres qui peuplent l’univers. On les reconnaît comme frères et on fait voeu de les aider à se libérer du cycle des existences, à se libérer du samsara qui les maintient dans la souffrance.

Aux pratiques du Petit Véhicule, Hinayana, s’ajoutent les pratiques du Grand Véhicule qui sont les six perfections ou vertus, les six paramitas. Celles-ci sont le don, l’éthique, la patience, la discipline, la méditation et la sagesse. L’accent est mis sur la vue, la reconnaissance de la vacuité en tous les phénomènes qui apparaissent sous les deux aspects de vérité relative et de vérité ultime. L’interprétation des causes et des conditions auxquelles sont soumis les phénomènes

fait transparaître la vacuité dans ce qui apparaît -transparence de la réalité, de la non-dualité-, coémergence des deux réalités, ce que Lama Denys nomme la « plénitude de la vacuité ».

En l’instantanéité, la loi de causalité, elle-même est vacuité, l’essence des phénomènes étant présente en ces phénomènes.

La pratique développe l’esprit d’éveil et la vue altruiste. De nombreux moyens permettent l’ouverture du coeur et l’entraînement de l’esprit et on pratique pour le bien de tous les êtres -soi compris- avec amour et compassion. L’engagement de Bodhisattva -le voeu de libérer tous les êtres- mène le pratiquant sur la voie. Il est dès lors apprenti bodhisattva, chevalier d’éveil.

Les textes du Mahayana sont les soutras dont le plus connu, le Soutra du coeur de la sagesse transcendante et tous les commentaires et enseignements issus de ces soutras.

La troisième vague de l’enseignement déferle au coeur même du Mahayana. C’est le véhicule des tantras. Celui que l’on nomme Véhicule de diamant, ou Véhicule foudroyant, le Vajrayana. Vajra veut dire diamant ou foudre. Il est aussi nommé le Véhicule des Mantras, Mantrayana.

Tantra signifie continuité comme la trame d’un tissage, tissage d’une expérience vécue, une sorte de continuité dans le changement.

La voie du tantra, le Vajrayana, met en oeuvre tous les moyens possibles pour mener le disciple vers l’éveil. On y trouve des trésors d’ingéniosité, de beauté. On se perd dans la forêt des moyens adroits et habiles que le Bouddha met à la portée de celui qui souhaite suivre la voie.

Nonnné le Grand Médecin, le Bouddha rédige une ordonnance qui correspond à chacun des disciples des tantras. A mesure que l’on pénètre l’univers des tantras, celui—ci s’ouvre et s’agrandit comme une forêt enchantée. A moins d’être un être éveillé, un Bouddha réalisé, on n’en finit pas de découvrir et de comprendre les trésors que les tantras recèlent en leurs moyens adroits.

En chacun de nous, en chaque être vivant, est la nature de Bouddha, pleinement éveillée, mais enfouie sous les multiples voiles de l’ignorance qw la recouvrent. Le tantra utilise le fruit de la pratique, cet éveil, présent en la nature de Bouddha, comme support de la voie. Le tantra suppose que nous sommes déjà éveillés et actualise cette nature de Bouddha qui est

là. Au départ est l’initiation. Elle présente la voie du tantra.

Le tantra, est l’expérience du tantra. Notre expérience ordinaire nons confine en un cercle douloureux d’insatisfactions toujours renouvelées. En ses nombreux moyens habiles, le tantra propose la visualisation de déités symboles, corps lumineux, dépourvus de matérialité. Elles portent en elles toutes les qualités de l’éveil. Il n’y a pas de hiérarchies dans toutes ces déités. Elles sont toutes Bouddha. Nous nous identifions à ces déités et nous devenons nous-même la déité. Par

cette méditation, nous ouvrons notre coeur et entrons dans le champ de conscience de cette déité, pur domaine de l’éveil. Puis, la déité se dissout en lumière et nous restons en l’état naturel dans notre conscience illuminée. Cet état d’absorption nous introduit au niveau fondamental et subtil de notre être. Cette union à la déité, cette expérience de la lumière, cette union à notre état fondamental de Bouddha, c’est l’expérience du tantra. Le tantra, c’est une voie de transformation. L’accent est mis sur l’énergie, l’énergie créatrice. L’énergie est l’outil qui va ouvrir la boîte de la sagesse.

L’union de la déité à notre nature profonde, présente de toute éternité, transfonne notre corps ordinaire en pur corps de vajra, corps de diamant avec toute une anatomie subtile comprenant les canaux, les souffles et les gouttes de conscience. Notre corps est un réseau de 72.000 canaux et leurs extrémités fonnent les lettres, des syllabes sacrées dont les sons répandent des vibrations subtiles.

Notre voix est liée au soufIle et à cette énergie. Elle devient parole pure. En récitant les mantras qui sont des formules ésotériques composées de sons de lettres sanscrites, dont le sens n’est pas toujours compréhensible mais qw nous relient à l’énergie et nous purifient, elles créent une union entre le corps et l’esprit en circulant entre les deux. Le mantra unifie le corps et l’esprit.

Les pratiques d’union, les yogas -yoga signifie inion en sanscrit- activent les souff1es dans les canaux subtils, les dirigent pour que ce réalise cette grande félicité, essence de la sagesse inconditionnée, état de présence non duel.

Cette énergie, mise en mouvement, est polarisée. Il y a l’énergie positive, masculine, active et l’énergie négative, féminine, passive. L’univers entier devient vision pure de l’énergie. Toute chose perçue est union. Union du sujet, énergie masculine, et de l’objet, énergie féminine. Le symbole de cette grande union est représentée par les divinités en union.

Samanthabadra, qui est bleu nuit, enlace sa parèdre blanche qui est Samanthabadri. Lui actif, elle passive, union dépouillée de la conscience primordiale et dont les autres déités sont des déclinaisons subtiles. On envisage les deux en un, comme l’eau et le feu, sans contradiction ni opposition.

La vue du tantra est représentée comme l’énergie féminine qui est sagesse et vacuité, unie à l’énergie masculine qui est félicité, clarté et compassion.. Le pôle masculin est la manifestation. Le pôle féminin est la vacuité. L’union des deux principes est la réalisation du mandala ultime, le cercle qui unit les deux principes.

C’est traditionnellement l’union de la sagesse et des moyens, de la vacuité et de la grande compassion, symboliquement représentés par le vajra, le sceptre foudre et la ghanta, la cloche. L’union est Maha Moudra : le Grand Symbole.

Le Vajrayana semble incompréhensible sans les conseils d’un Maîitre accompli car il touche directement notre expérience. Le Maître nous guide au travers de nos émotions, de notre confusion et la pratique du disciple sera celle la de l’union à l’esprit du Maître.

Sans guide, les yogas réveillent les énergies des passions et l’ego reprend sa force, se magnifie, comme la vision de l’or aveugle l’alchimiste qui oublie que le plomb est bien présent dans la grande union.

Pour ce qui est de l’union en franc-maçonnerie, je me suis référée aux Constitutions d’Anderson, document qui fonde la franc-maçonnerie. Il fut publié à Londres en 1723.

Je cite le début du premier chapitre des Obligations d’un franc-maçon : « Un maçon est obligé par son engagement d’obéir à la loi morale et, s’il comprend correctement l’art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Quoique dans les temps anciens, les maçons fussent obligés, dans chaque pays, d’être de la religion de ce pays ou nation quelle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien, loyaux, des hommes d’honneur et de probité quelle que soit la dénomination ou la croyance religieuse qui aide à les distinguer, par suite de quoi, la franc-maçonnerie devient le centre de l’union et le moyen de lier une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à perpétuelle distance. »

Il convient de se souvenir que ce texte a été rédigé au début du XVIIle siècle, dans un environnement très différent du nôtre. Il jette une lumière sur ce qui est fondamental en maçonnerie : toutes les vérités enseignées, prêchées, sont là pour servir la vérité unique comme union. Cette vérité primordiale qu’elles éclairent de telle ou telle autre façon ne se détient pas, elle se cherche. C’est la quête du chevalier du Graal. C’est ce que vient chercher celui ou celle qui frappe à la porte du temple. Pierre parmi les multiples pierres qui édifient le temple, le franc-maçon est relié au mandala primordial dont il est le centre, la périphérie, la partie et le tout. La franc-maçonnerie est le centre de l’union en ce qu’elle réunit et unit le frère à sa loge, la loge à l’obédience, l’obédience à la Grande Loge Universelle qu’est l’union de ceux et celles qui, de tout temps, cherchent la lumière quelle que soient leur religion, leur croyance, leurs opinions. Le ciment de cette union, c’est l’amour et la fraternité qui éclairent et actualisent l’unicité de toute chose.

La franc-maçonnerie est issue des confréreries de bâtisseurs. L’équerre et le compas sont les outils qui la symbolisent. L’apprenti, le compagnon et le maître maçon utilisent ces outils pour se construire eux-mêmes et tailler leur pierre qui participera en union à la construction du temple.

Dans un ancien document retrouvé dans les archives de la loge Dumfries de Kilwining, N° 153, en Ecosse, on trouve, dans l’instruction donnée aux apprentis, cette question : « Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? », dont la réponse rituelle est : « C’est une oeuvre d’équerre. »

L’équerre, c’est la base, la référence immuable. Son énergie est passive. Elle montre ce qui est droit, ce qui ne l’est pas. Elle permet de redresser ce qui ne l’est plus ou ce qui ne l’est pas encore. Elle est impartiale. Elle dit le droit à chaque instant. Elle permet de vérifier si la direction ou la décision prise est juste. Elle est le contraire de la fantaisie et pourtant, sans elle, la fantaisie ne pourrait pas danser. Elle assoit le monde sur la terre. Elle forme le carré, le fondement de notre existence sur Terre. D’un point de vue bouddhiste, elle est aussi le fondement de l’éthique. Elle est l’octuple sentier, base de toute notre démarche vers l’éveil. Parole droite, action droite, vie droite, effort droit, attention droite, pensée droite, compréhension droite, méditation droite, c’est l’octuple sentier proposé par le Bouddha.

Un maître maçon passe de l’équerre au compas. Le compas est vif ! Il a fallu s’entraîner à le manier. Si la sagesse n’est pas présente, il peut être dangereux, car l’énergie est active. Il mesure toute chose. Il permet les comparaisons, les évaluations, les calculs. Il trace les cercles, les arcs, les enchevêtrements, les labyrinthes. Plus les branches s’écartent, plus l’espace s’ouvre, plus l’esprit grandit. Toutefois, le métier de bâtisseur ne permet pas l’usage du compas à 180°.

C’est sur le fondement de la terre, de l’équerre, que le franc-maçon trace la voûte céleste. « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », dit Pythagore. La géométrie, c’est le point de rencontre entre le concret et l’abstrait. La géométrie était dans le coeur d’Adam, disent les Constitutions d’Anderson. Le ciel du stoupa est construit sur le carré de la terre. Au-dessus viennent les degrés de la réalisation spirituelle.

Bouddhistes ou francs-maçons, les moyens de réalisation et de sagesse s’enchevêtrent et s’unissent sur la voie. Le maçon se situe entre terre et ciel, entre l’équerre et le compas.

Ce dont je vous ai parlé est le secret des tantras et de la franc-maçonnerie.

Je vous laisse maintenant le Bouddha nous dire sa dernière parole : « Soyez votre propre lumière ! »

Octobre 1997






Buddhaline

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