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Laetitia Cornu

Les quatre éléments, le corps et le caractère au Moyen âge par Laetitia Cornu

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> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Santé et nutrition


Le régime de santé médiéval

Le mélange des quatre éléments qui composent le monde (air, eau, feu et terre) se retrouve chez l’homme sous forme de liquides, les « humeurs ».

Par Laetitia Cornu

Le moyen âge met en pratique une conception du corps héritée de l’Antiquité, théorisée par Hippocrate. Le mélange des quatre éléments qui composent le monde (air, eau, feu et terre) se retrouve chez l’homme sous forme de liquides, les « humeurs ». Ces humeurs sont au nombre de quatre : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. La proportion plus ou moins grande de ces quatre éléments donne les divers tempéraments, tels le « sanguin », le « lymphatique » ou le « coléreux ».

Le dérèglement de l’harmonie qui règne entre ces quatre humeurs cause les maladies qui affectent le corps et l’âme. Il existe deux façons de modifier cet équilibre. Le premier, est de faire sortir l’humeur excédentaire (par la saignée ou la purge), le second est d’ingurgiter des éléments qui font défaut. Non pas directement des humeurs (!) mais bien des plantes ou aliments possédant les caractéristiques chaleur, sécheresse, froideur ou humidité qui font défaut au corps malade. Les gens du Moyen âge n’attendent d’ailleurs pas d’être malades pour prendre soin de leur corps, et élaborent des régimes, afin de conserver le bon équilibre des éléments garant de la santé.

Des « alicaments » médiévaux

Pour juger de l’effet, foudroyant ou non d’une plante ou d’un aliment, les médecins médiévaux se servent d’une échelle de 4 degrés. Au premier degré, l’effet ne se fait sentir qu’au bout d’une longue période de consommation régulière du produit. Au second degré, l’effet se fait sentir quand on mange le produit, lors d’un ou de deux repas. Au troisième degré, c’est un médicament : une seule prise suffit à faire sentir les effets. Le quatrième, c’est un poison, ou un médicament aux effets violents, à ne prendre qu’à toutes petites doses. La différence entre nourriture et aliment n’est donc qu’une question de concentration, de plus ou moins grande puissance.

Par exemple, la laitue est froide et humide au second degré. On la conseille aux les personnes chez qui il faut corriger un excès de chaleur et de sécheresse (donc les jeunes), et aux maladies ou dérèglements considérés comme chauds et secs, dont le plus courant (et le plus redouté, surtout chez les moines) est le désir sexuel.

Autre exemple : les asperges. Chaudes et humides au premier degré seulement, elles font partie des aliments, mais ont des propriétés dont seule une consommation régulière fera ressentir les effets. Elles conviennent aux personnes froides et sèches, particularité de l’âge (les vieux sont froids et secs comme les jeunes sont chauds et humides), et elles guérissent la constipation. Plus puissant, l’ail, qui est chaud au quatrième degré, et sec au troisième : à consommer donc avec modération. Il est salutaire comme contrepoison, et contre les morsures de serpents, il est efficace contre les vers, mais mauvais pour les yeux et le cerveau (on pourrait rajouter : pour les relations sociales) On le conseille pour réchauffer les corps en hiver dans les régions montagneuses ou septentrionales.

La santé passe donc par un régime approprié, corrigeant au quotidien les excès d’un tempérament, ou ceux liés à la saison.

Certaines périodes rendent nécessaire le recours à des poisons plus violents que l’usage modéré de l’asperge ou de la laitue. A la fin de l’hiver et au printemps, en particulier, des régimes dépuratifs sont destinés à donner un coup de fouet au système digestif que de longs mois de consommation de pain et de légumes secs a mis à rude épreuve. C’est le cas de cette prescription, à base de serpolet, d’aloès, de rue, qui se prend du premier au dernier jour de janvier. Effets attendus : la colère se purge (colère signifie bile jaune…) et le corps redevient sain. Cette autre prescription se prend au mois de mars : mettre à infuser trois poignées de rue et autant de bétoine dans du vin, avec du miel (pour faire passer l’amertume de la rue, certainement). En boire tous les jours du mois de mars au déjeuner. Pourquoi une telle recette ? La rue est un puissant spasmolytique des voies digestives, elle combat l’insuffisance digestive, le météorisme (associé au régime pain-fèves !) les coliques, etc. Voilà donc un remède médiéval populaire (tiré d’un livre de recettes du XIIIeme siècle en langue de Provence) qui prouve la bonne connaissance que les médiévaux avaient du métabolisme.

Soigner par l’intérieur et par l’extérieur

Les médecins médiévaux ne se content pas de faire avaler de la nourriture ou des remèdes à leurs patients. On se méfie généralement des effets trop puissants des médicaments. On préfère une médecine à la fois plus douce, et plus globale, selon le principe de base : « d’abord, ne pas nuire ».

Plus prosaïquement, comme l’arsenal thérapeutique est loin d’être complet, on utilise vraiment tout ce qu’on a sous la main. Donc, on fait entrer les remèdes par tous les endroits du corps. Par contact direct avec la peau : les couronnes de menthe sur la tête pour lutter contre la migraine. Par le nez : on fait brûler des herbes dans la pièce d’un malade, ou alors, on fait respirer au convalescent les odeurs des jardins aromatiques. Il est prévu dans les monastères bien agencés, un petit jardin aromatique et médicinal, situé juste à côté de l’infirmerie, pour que les malades en voie de guérison puissent s’y promener. Et ce n’est pas juste une question de confort : on est persuadé que les odeurs des bonnes herbes vont travailler activement à la guérison des moines.

La médecine gynécologique aussi fait appel aux fumées, pour « nettoyer la matrice » après une fausse couche ou en cas d’infertilité. Bref, on enveloppe le corps de toutes sortes de bonnes influences, pour renforcer les chances de guérison.

Le transfert.

La médecine fonctionne aussi beaucoup par transfert entre une plante et un mal. Certaines racines, par exemple, qui ressemblent à des dents, doivent être tenues dans la main, pour guérir le mal de dents. Ou, d’autres, qui ressemblent à une rate, doivent être mises à sécher au dessus de la cheminée, puis brûlées. Si « l’enchantement » qui a lié la rate malade à la racine est réussi, le mal devrait disparaître en fumée avec la racine.

On croit qu’une herbe à un pouvoir qui, d’une certaine façon, rayonne. Par exemple, l’armoise, une plante amie des femmes, doit être portée à la ceinture pendant toute la grossesse. On pense que cette plante attire l’enfant et donc évite qu’il ne tombe prématurément, ce qui causerait une fausse couche ou une naissance prématurée. Au moment de l’accouchement, on jette surtout pas cette armoise, on l’attache à la cuisse de la parturiente, de façon que l’enfant sorte, attiré par la plante. Et quand l’enfant est né, il faut qu’un homme prenne la plante, sinon, le placenta ne sortira pas.

La racine de la lavatère (ou mauve des jardins) doit être attachée de la même façon au niveau du bas-ventre pour susciter le désir sexuel, et favoriser la conception (les deux étant très liés dans l’esprit médiéval). Cette plante peut de même que l’armoise, servir à expulser un fœtus mort (ou encore vivant… c’est un avortement par enchantement !) ou encore apaiser les tranchées, ces contractions qui surviennent chez les femmes qui allaitent après l’accouchement.

Théorie et empirisme se mélangent donc plus ou moins harmonieusement, pour proposer au médecin médiéval un arsenal assez varié de remèdes contre les affections les plus courantes. Le taux de mortalité infantile, dans sa brutalité, témoigne hélas des nombreuses insuffisances de cette médecine, dues en grande part à la méconnaissance du fonctionnement du corps humain. Mais il y a sans doute à apprendre des médiévaux, dans le respect du corps du patient et dans le désir de préserver, au quotidien, un équilibre des humeurs.

"Les bonnes herbes du Moyen âge", Laetitia Bourgeois-Cornu, Edition Publisud

Mars 2001

"Les bonnes herbes du Moyen âge", Laetitia Bourgeois-Cornu, Edition Publisud

Bourgeois-Cornu

rue du lavoir 43800 Lavoûte sur Loire






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