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Cecile Duflot

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Le mur de la prison d’en face

La prison est un monde complexe, naturellement fermé et protégé autant par le secret que par des hauts murs. Ce qui est isolé derrière ces barreaux et ces murailles, c’est une part inavouée de nous-mêmes, autant comme société que comme individu.

Par Cecile Duflot

La prison est un monde complexe, naturellement fermé et protégé autant par le secret que par des hauts murs. Ce qui est isolé derrière ces barreaux et ces murailles, c’est une part inavouée de nous-mêmes, autant comme société que comme individu. On parle donc peu de prison, et, quand on le fait, c’est pour laisser éclater sa peur, sa pitié, ses fantasmes ou ses obsessions. Que l’on s’élève contre les « prisons quatre étoiles » ou le mitard, que l’on s’indigne du laxisme des juges ou de la surpopulation carcérale, c’est surtout de soi-même que l’on parle, plus que de la prison. Et à la prison, on s’oppose ; elle est tendue comme un miroir pour nous montrer notre visage le plus sombre. G Roucaut (Ancien permanent du GENEPI)

Prenez le métro comme d’habitude, la ligne 6, la « vert prairie », Nation-Charles de Gaulle par Denfert, et entre les stations Glacière et St Jacques, tournez le regard vers le nord, vers le mur gris foncé, très haut, légèrement incliné, derrière des bâtiments dans le même ton. Voilà, vous avez vu le mur de « la prison d’en face » de la chanson de Duteil. Presqu’inconnue, pour ne pas dire ignorée, la maison d’arrêt de La Santé, plus de mille détenus, se trouve au coeur de Paris. Il y a ainsi 182 établissements pénitentiaires en France, tous pareils, tous différents, avec pour point commun l’étonnante capacité des habitants des environs à faire comme si ils n’existaient pas.

Un jour pour certains, on entre en prison, pas seulement dans la cour d’honneur ou les bureaux administratifs mais « en détention » - c’est l’expression consacrée - dans la partie du bâtiment où vivent les détenus et où se trouvent les cellules. On y entre parce qu’on est détenu ou bien parce qu’on est surveillant, personnel de direction, médical ou socio-éducatif ou bien encore « intervenant extérieur ». C’est par ce bout-là de la lorgnette - le plus petit - que j’ai vu, senti, ressenti ce monde si particulier et à la fois si banal.

Je suis devenue génépiste (cf. encadré) par hasard en répondant à une campagne en faveur de la lutte contre l’illettrisme ; quelques mois plus tard le responsable du groupe de La Santé m’a confié, avec une co-génépiste, la responsabilité d’une activité intitulée « revue de presse/analyse des médias et de l’actualité ». Il s’agissait d’animer un groupe d’une quinzaine de détenus. J’ai été ensuite écrivain public et responsable d’un groupe d’une cinquantaine d’étudiants. Voilà comment pendant plus de trois ans, je me suis rendue une ou plusieurs fois par semaine « en détention » .

Comme des millions de gens, l’existence de la prison était pour moi un « fait établi »sur lequel il n’y avait que très peu à discuter. Elle me faisait un peu peur et je n’étais pas loin de penser comme Woody Allen que le métier de surveillant était « pire métier, que je ne ferais à aucun prix ». Peu à peu, j’ai du me faire ma propre idée sur les prisons. Je ne pense plus que le métier de surveillant soit le pire qui soit, tout comme je ne pense plus que les détenus, les « prisonniers », sont tous des meurtriers sanguinaires, tout comme je ne pense pas qu’il s’agisse de « victimes de la société ».

Il ne faut jamais perdre de vue que la prison existe en notre nom. C’est au nom du peuple français que la justice est rendue. C’est pour cela qu’il faut se sentir tous concernés, que nous sommes responsables de la façon dont la justice se déroule et que, si l’on ne peut tout changer, on a le devoir de savoir. Savoir par exemple qu’en France, près de 40 % des personnes incarcérées sont prévenues, c’est à dire dans l’attente d’un jugement, que la plupart du temps les condamnations correctionnelles correspondent au temps de détention provisoire. Au 1er juillet 1997, 58 366 personnes, enfants comme adultes, étaient détenues en France. Il s’agit là de chiffres, officiels et publics, et ils permettent déjà de réfléchir. Ce que l’on doit savoir aussi et que les chiffres ne disent pas, c’est ce à quoi ressemblent certaines prisons : que l’hygiène y est impossible, qu’il y a des rats, du salpêtre, du froid humide ou de la chaleur étouffante, des courants d’airs. C’est ce sentiment brutal de découvrir un monde qu’on ne pensait pas pouvoir trouver en France que l’on ressent lorsque l’on passe les grilles.

Le mythe des prisons quatre étoiles a la vie dure. Une enquête du GENEPI sur le regard des français sur les prisons montre leur ignorance sur ce que c’est vraiment. Moins on connaît, plus on pense que les conditions de détentions sont acceptables, moins on est favorable aux réformes. On entend dire souvent « ils peuvent faire du sport, ils ont la télé ». Il faut noter que le principal bénéfice de la télévision (qui n’est apparue qu’au milieu des années 80 et qui coûte aux détenus environ 250 francs par mois - soit près de 3 000 francs par an !) a été la diminution importante des cas d’automutilations et le calme dans les détentions par un certain abrutissement audio-visuel des détenus.

II y a l’ignorance de certains mais il y a aussi des conceptions différentes parmi ceux qui connaissent et s’intéressent aux problèmes des prisons.

Avant que d’être des détenus, ce sont des hommes qui se trouvent en prison. Je m’indigne parfois contre ceux qui voient dans le suicide d’un détenu un élément pour lutter contre le système avant que d’y voir le désespoir d’un homme. Puisque nous parlons ici de dignité, la dignité essentielle pour moi est de considérer les détenus comme des hommes entiers, complexes dont la situation pénale n’est pas la définition. Il en est de même des surveillants. Bien que ce soient eux qui aient les clés, ils vivent au quotidien la détention. Leur travail est un travail d’exécutant, objet d’une très grande réglementation, et leurs attributions répondent à deux exigences principales : la sécurité de l’établissement et « l’aide aux détenus » (santé, nourriture, courrier, cantine - achats dans le jargon pénitentiaire -, protection physique des détenus- prévention des suicides et des conflits par exemple). L’expression « aide aux détenus » est équivoque : chacun peut y mettre ce qu’il veut. Mais ce sont eux qui, dans la façon d’exercer leur métier, sont garants - ou non - de cette dignité-là.

On dit souvent de certaines situations qu’il est difficile de les connaître vraiment tant qu’on ne les a pas vécues soi-même. Je crois que c’est particulièrement vrai en ce qui concerne la prison. Le passage en prison est encore considéré par la société comme une marque à vie. Connaître la prison, c’est aussi un moyen de lutter contre la tendance que nous avons tous à réduire une personne à son passé de détenu.

L’idée de l’enfermement fascine, sans doute. La prison a souvent servi de terreau littéraire ou artistique, sublimant cette liberté humaine qui sait oublier les murs. Elle a excité les esprits de Foucault, Genet ou Nerval. La prison, c’est pourtant beaucoup plus tristement banal. Les gens qui s’y trouvent - vous et moi mais très souvent en beaucoup plus pauvres - ont pour la plupart pour essentiel souci de pouvoir cantiner la télé, du papier hygiénique, des cigarettes et attendent un parloir, leur femme, leur famille qui parfois ne viennent plus, trop loin, trop difficile. La prison devrait n’être que la privation de liberté et ça ne l’est pas. La prison, au-delà d’un lieu de concentration de la misère économique, est aussi l’endroit de la misère affective et sexuelle, des étreintes furtives au parloir sous le regard gêné ou sévère des surveillants, des relations homosexuelles taboues, des carences culturelles ou éducatives (80 % environ ont un niveau scolaire inférieur à la 6ème), des problèmes médicaux - de la vision qui décline à ne jamais fixer de point éloigné de plus de 20 mètres, aux dents qui s’abiment par une alimentation déséquilibrée, aux problèmes digestifs liés à la consommation massive de pain (un par jour et par détenu au moins à La Santé), aux maladies psychiatriques qui apparaissent suite à l’incarcération. Voilà ce que c’est que l’enfermement, une infantilisation totale où la docilité passive doit être la règle. La prison quand elle devient comme cela une privation d’avenir perd toute fonction puisqu’elle ne génère plus que de futurs détenus.

L’enfermement est pourtant une peine considérée comme un progrès par rapport aux peines basées sur la souffrance physique.

On juge une société à ses prisons dit-on parfois, alors il nous faut retrousser nos manches. Chaque citoyen doit s’interroger sur le rôle de la prison dans notre société mais aussi sur la justice qui décide du sort des personnes.

Cécile DUFLOT

groupe Paris- Les Halles

Le GENEPI (Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées )a été créé en 1975. L’association rassemble plus de 800 étudiants répartis en une soixantaine de groupes locaux qui interviennent bénévolement dans les établissements pénitentiaires. Ces interventions participent à l’effort public en faveur de la réinsertion des personnes incarcérées :

- par des cours d’enseignement général (qui peuvent préparer à un examen)

- par des activités socioculturelles et sportives (musique, danse, jeu de société, etc.)

- par des activités ponctuelles qui « cassent » la routine de la détention et touchent un public plus large

- par des activités se rapprochant de la formation professionnelle (informatique, code de la route, secourisme, etc.)

L’originalité du GENEPI réside dans sa diversité et le contact avec les détenus, facilité par le bénévolat des membres et leur jeunesse.

Enfin, l’association transmet à l’extérieur l’expérience dont elle bénéficie, afin d’éviter le réflexe de peur et d’exclusion vis à vis des sortants de prison. Cela se traduit par des actions de sensibilisation du public à travers des débats ou grâce à la lettre de GENEPI.

GENEPI 14 rue Ferrus 75014 PARIS tél. 01 45 88 37 00

Il est possible de s’abonner à la lettre de GENEPI (trimestrielle) à partir de 60 F/an

ou d’organiser une rencontre avec un groupe local du GENEPI.

Les différents types d’établissements pénitentiaires en France

- Les maisons d’arrêt, au moins une dans chaque département (sauf le Gers, en tout 119), elles rassemblent les prévenus (en attente d’un jugement définitif) et les condamnés dont le reliquat de peine est inférieur à un an (cette situation, exceptionnelle dans les textes, est courante dans les faits). Les portes des cellules sont fermées pendant la journée, les détenus ont le droit à deux promenades par jour.

- Les établissements pour peine. Ils accueillent les détenus condamnés et doivent permettre l’individualisation de la peine. ils sont de plusieurs types :

- Les centres de détention, ils sont destinés à accueillir des condamnés aux infractions de peine les moins lourdes (en principe, reliquat de peine inférieur à 3 ans à l’issue du procès) et dont la personnalité laisse espérer de bonnes chances de réinsertion. L’enfermement en cellule n’a lieu que de nuit, durant la journée ils peuvent ainsi se déplacer au sein d’une « unité de vie » qui leur permet notamment de travailler. Il en existe 23 en France.

- Les maisons centrales, c’est la version sécuritaire des établissements pour peine. Les détenus y sont considérés comme plus dangereux et le régime y est plus strict. Il y en a 6.

- Les centres de semi-liberté, il y en a 12, de capacité réduite, ces établissements permettent d’accueillir les condamnés à une peine de semi-liberté : incarcération la nuit et les week-ends, pendant la journée les condamnés ont la possibilité d’exercer leur profession.

- Les centres pénitentiaires, sont eux , constitués de deux quartiers séparés : maison d’arrêt et centre de détention par exemple. Les quartiers sont rigoureusement indépendants et appliquent chacun leur régime propres. Il en existe 25.

1999

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
75001 Paris
Tél. : 01 55 35 36 46


http://www.globenet.org/lvn





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