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Le maître est décédé, les grands frères sont là

Si besoin est, par bonté et par compassion, un grand frère agit avec une rude sévérité

Par Nyoen

Aujourd’hui, tous les pratiquants de zen dans le monde se rattachent à deux écoles, l’école Lin-tsi (en japonais Rinzai) et l’école Tsao-tung (en japonais Soto).

Lin-tsi est célèbre pour les coups de bâton qu’il avait reçus de son maître Huang-po Hsi-yuan (en japonais Obaku Kiun) et pour son cri comme enseignement.

L’histoire ci-dessous met en scène trois successeurs de Lin-tsi, elle montre la fraternité, la pureté, la profondeur, la subtilité, la rigueur, la sincérité dans la quête spirituelle, le sens de la responsabilité des maîtres du passé.

Dans toutes les écoles actuelles, des maîtres qualifiés existent et forment sans relâche des élèves et des disciples.

En leur absence ou par délégation, des grands frères plus anciens dans la pratique de la Voie du Bouddha peuvent éventuellement faire l’affaire.

Sous certaines conditions évidemment : la fraternité, la pureté, la profondeur, la subtilité, la rigueur, la sincérité dans la quête spirituelle, le sens de la responsabilité.

Si là où vous travaillez, vous avez de bons interlocuteurs - quel que soit le domaine et peu importe si c’est dans le zen ou pas, faites leur confiance et questionnez-les souvent, vous apprendrez et découvrirez de nouvelles choses pour avancer dans votre vie professionnelle, et dans la vie personnelle aussi.

HSING-HUA TSUNG-CHIANG (en japonais KOKE ZONSHO, 830 - 888 )

Hsing-hua sert Lin-tsi en tant que secrétaire, il le suit partout et connaît sa façon de procéder.

Longtemps après la mort de Lin-tsi, il devient le chef des moines chez son grand frère dans la Voie San-cheng Houei-jang (en japonais Sansho Enen). Il a l’habitude de dire :

— Je pars en pèlerinage dans le Sud, une fois j’ai découvert le bout du bâton, mais je ne trouve nulle part un homme qui comprenne le Bouddhisme.

Apprenant cette déclaration, San-cheng demande à Hsing-hua :

— Quel œil as-tu pour parler ainsi ?

Hsing-hua crie, San-cheng n’insiste pas :

— Pour toi seulement, ça va.

On rapporte cet incident à leur frère aîné Ta-chueh (en japonais Daikaku) qui réagit immédiatement :

— Je prie qu’un vent favorable pousse ce gaillard jusqu’à moi.

Effectivement Hsing-hua arrive par la suite chez Ta-chueh qui le nomme chef du temple.

Un jour Ta-chueh l’appelle :

— On m’a rapporté tes paroles : « Je pars en pèlerinage dans le Sud, une fois j’ai découvert le bout du bâton, mais je ne trouve nulle part un homme qui comprenne le Bouddhisme », sur quels principes t’appuies-tu pour parler ainsi ?

Hsing-hua crie, Ta-chueh le frappe. Hsing-hua crie de nouveau, Ta-chueh le frappe de nouveau.

Le lendemain Hsing-hua traverse la salle du Dharma, Ta-chueh l’appelle :

— Je doute toujours de tes cris d’hier.

Hsing-hua crie, Ta-chueh le frappe. Hsing-hua crie encore, Ta-chueh le frappe encore.

Hsing-hua reconnaît sa défaite :

— Chez San-cheng j’avais appris la différence entre l’hôte et l’invité, maintenant tu me l’as brisée. Enseigne-moi s’il te plaît la pratique de la paix sereine.

Ta-chueh le gronde :

— Espèce d’aveugle, maintenant que tu reconnais ta défaite, enlève ta robe pour recevoir la bastonnade !

Sur cette parole, Hsing-hua comprend pourquoi Huang-po avait battu Lin-tsi.

Se présentant devant l’autel, Hsing-hua prie à haute voix :

— J’offre ce bâtonnet d’encens à l’intention de mon frère San-cheng, San-cheng est avec moi très radin ; à l’intention de mon frère Ta-chueh, Ta-chueh est avec moi très généreux ; autant l’offrir en mémoire de notre maître Lin-tsi.

Cet épisode est emblématique de l’éducation du Tchan. Si la bonté bienveillante nous pousse à vouloir du bien pour tous les êtres vivants et à leur souhaiter tout le bonheur possible, la compassion des maîtres les pousse à la sévérité extrême. Huang-po bat Lin-tsi et Lin-tsi devient le successeur de Huang-po. San-cheng laisse faire Hsing-hua et Hsing-hua juge que San-cheng a été très radin. Ta-chueh bat Hsing-hua et Hsing-hua remercie Ta-chueh de sa très grande générosité.

Peut-on être indulgent et radin comme San-cheng ? Ou doit-on être compatissant et généreux comme Ta-chueh ?

Tous les disciples de l’école Lin-tsi d’aujourd’hui sont des descendants de Hsing-hua.

Pour me faire part de votre commentaire, merci de m’écrire à mon adresse e-mail :

khoa@buddhaline.com

Février 2001






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