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Le feu libérateur (5) : le chapitre de l’identité

« J’existe » est le titre le plus haut. Tout ce qu’on y ajoute le ternit.

Par Pierre Lévy

Sortir du Labyrinthe

Un jour ou l’autre, il faut affronter son dragon. Chacun de nous a dans sa vie un monstre différent. Ce qui semble terrible aux uns n’est pour les autres qu’une gêne passagère. Mais pour tous il existe une « grande peur », un Minotaure au centre de son labyrinthe intérieur, une bête immonde qui arbore notre visage. Un jour, il faut se battre pour soi, pour sa propre cause, non pour quelque finalité élevée, sociale, politique, humanitaire, spirituelle ou autre. Décides-toi à affronter ce qui t’empêche de vivre pleinement. Guerroie pour ta vie. Bats-toi contre ta grande peur. Aujourd’hui est un bon jour pour accepter le combat, cesser de fuir, lutter avec ce qui te terrifie le plus. Comprends-tu que les gens et les situations qui font ton malheur sont les déguisements de cette peur, les masques du dragon qui t’habite ?

Toute vie contient une descente en enfer. Le labyrinthe est une représentation classique du monde infernal (le roi Minos était juge des enfers), mais aussi de la matrice. Comment sortir du Labyrinthe ? Comment revenir du pays des morts ? Comment ressusciter ? Comment renaître ? Comment naître ?

Thésée, comme tous les héros, combat le monstre avant de rejoindre (ou de libérer) la princesse. La princesse, ou Ariane, est sa part féminine, l’anima, sa part d’émotion et de douceur. C’est parce qu’il est relié à sa partie féminine par un fil, parce qu’il est relié avec lui-même, qu’il peut vaincre sa peur (le Minotaure) et devenir libre (sortir du Labyrinthe). Il est suffisamment sûr de son identité sexuelle pour accepter sa part féminine. C’est l’énergie de l’union avec soi, de la rencontre avec soi-même (le fil qui relie Ariane à Thésée), qui lui permet de devenir libre. Devenir libre, devenir un et vaincre sa peur sont une seule et même chose.

Ariane, comme toutes les compagnes des héros, libère sa part masculine, sa part de force et de courage.

Le héros qui libère la princesse enfermée émancipe son propre côté féminin.

Le dragon, c’est toujours la peur, la peur d’être soi... ou de n’être plus soi si l’on se libère.

Le scénario qui a pris possession de notre être et dans lequel nous nous sommes enfermés : voila notre dragon. Affronter le dragon consiste à retrouver la situation, exactement la situation dans laquelle le piège s’est refermé. Revenir à l’instant de la chute, au lieu même ou nous avons perdu la liberté. A la phrase qui nous a condamné. A l’âge où nous avons perdu la vue. Nous devons retrouver cet instant que nous voulons fuir de toutes les cellules de notre être. Et là, il faut rejouer la partie mais, cette fois-ci, en sortant du piège par le haut. Si l’événement a engendré la peur ou l’orgueil, en sortir par la plénitude ou l’humilité. En sortir par l’innocence si la situation fondatrice a engendré la culpabilité.

Héros, princesse et dragon sont une seule et même personne.

Je ne peux apprécier la femme en toi que parce que ma dimension féminine est capable de la reconnaître. Je ne peux aimer la femme en toi que parce que j’aime en moi la femme. Tu ne peux aimer l’homme pleinement homme en moi que parce que tu as en toi cette dimension de virilité assumée, pleinement réalisée, aimée. Alors tu peux aimer l’homme que je suis, sans m’envier ma virilité, sans craindre mon étrangeté. De même, mon amour pour toi n’est mélangé d’aucune jalousie envers ta féminité triomphante, d’aucune peur, parce que cette féminité est aussi en moi. L’amour est implication réciproque des âmes et de leurs différences. Une « identité » qui n’implique pas les identités différentes qu’elle rencontre est une identité morte, réactive, haineuse, impuissante. Aimer, c’est éveiller l’autre en soi.

Lâche prise totalement sur les opinions que les autres ont de toi. Détaches-toi complètement des images et des représentations que tu te fais de toi-même. Abandonne complètement toute idée de mérite ou de culpabilité, d’infériorité ou de supériorité. Tu n’as rien à « prouver », ni à toi ni aux autres. Cesse de te demander qui tu es. L’identité est un joug : on ne peut te manipuler que parce que tu as une image de toi-même. L’identité est une prison.

Sors du Labyrinthe de l’identité.

***

« J’existe » est le titre le plus haut. Tout ce qu’on y ajoute le ternit.

La victoire et la défaite

Observe-le ! Ce n’est qu’un pitbull. Son plaisir est de montrer qu’il est le chef, qu’il commande, qu’il peut dominer, faire du mal, mordre. Sa seule finalité est de vaincre et il s’imagine que tout le monde est comme lui. Il considère toute autre manière de vivre comme de la faiblesse ou de l’hypocrisie.

Dès que tu veux gagner, le mal entre en toi. Tu bascules dans le monde des morts-vivants, le monde en noir et blanc de ceux qui sont obsédés par la victoire.

Le mal gagne toujours. Le mal gagne toujours parce qu’il n’a que ça à faire : gagner. C’est sa seule préoccupation et c’est à cela qu’on le reconnaît : il gagne, il est victorieux, il triomphe.

Les sages n’ont rien à faire de vaincre : ils vivent. La vie est tellement plus belle, plus riche, plus vraie que la victoire. La victoire n’est que signe, apparence, ego. L’amour seul plonge dans la plénitude et la continuité de la vie. C’est parce qu’ils n’accèdent pas à la richesse de l’existence qu’il ne reste aux insensés que la victoire. Et avec leur victoire, ils n’ont que du vent.

***

Un homme très riche possédait à la campagne un merveilleux château entouré d’un grand parc où les jardiniers avaient réuni toutes les merveilles de la nature. Mais au lieu de vivre dans son palais, l’homme riche passait son temps à ourdir des intrigues politiques dans l’atmosphère polluée de la capitale. Tu es l’homme riche, le château est ta présence sensible et la capitale enfumée ton ego.

***

Celui qui est en proie à l’ego veut gagner plus, gagner toujours. Moins il vit, moins il apprécie le présent, plus il a besoin de s’assurer de sa propre existence en édifiant une image de lui. Alors il poursuit le pouvoir, l’argent, le plaisir, le prestige, le sentiment d’avoir raison, que sais-je encore. Mais avec tous ces objets, il obtient en prime le ressentiment, la culpabilité, la peur, le doute, le manque. Il ne peut continuer à vaincre qu’en entraînant les autres encore plus bas que lui, en propageant la gangrène de l’ego : il les force à penser en termes de victoire et de défaite, de plaisir et de douleur. Il excite la peur et l’espoir. Il veut que les autres « doutent d’eux-mêmes », encore plus que lui. Le méchant t’étourdit, t’entraîne, te déstabilise, te décentre, te séduit, t’effraye, il te fait souffrir. Le sage te désigne en souriant la douceur de l’instant.

Derniers livres parus :

- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.

- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.

- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.

- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.

- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.

Janvier 2001

Philosophe à l’Université du Québec à Trois Rivières

Auteur de 10 ouvrages traduits dans une douzaine de langues.

Derniers livres parus :
- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.
- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.
- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.
- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.
- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.






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