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Le feu libérateur (4) : le temps

Le présent est inutile, généreux et beau

Par Pierre Lévy

Le présent est inutile

Kant dit qu’il faut considérer chaque être humain comme une fin et jamais comme un moyen. C’est la marque de la plus grande immoralité que d’utiliser l’humain. Je dirais (et c’est exactement la même idée, mais à l’échelle moléculaire) que chaque instant doit être considéré comme une fin en soi et jamais comme un moyen. L’instant est l’humain. Par exemple, le moment où tu épluches une orange est une fin en soi et non quelque temps mort pour arriver au moment de manger l’orange.

Le cercle vicieux du malheur s’alimente du rapport entre fins et moyens. La simplicité du bonheur vient de ce que chaque seconde d’expérience est une fin.

Il n’y a jamais de mal pour un bien. La distinction de la fin et des moyens est déjà le mal.

En réalité, aucun instant de notre vie ne sert, aucun n’est asservi à l’avenir.

Le plus important ne sert à rien. Prêter attention à la couleur du ciel, aimer, méditer...

Tous les calculs sont de mauvais calculs.

***

Le plaisir calcule et compare. La joie fuse ici et maintenant.

***

La gloire peut être accumulée, servir, la joie, non. On collectionne des photos de couchants, non l’attention à la couleur du ciel, maintenant, au dessus de nos têtes. Tu peux entasser de l’argent, mais l’amour flambe dans le cœur ou s’éteint.

A quoi bon accumuler ou thésauriser ce qui ne sert à rien ?

Posséder ? Vouloir posséder ? Mais, quoiqu’il arrive, nous ne possédons jamais que la seconde présente !

Le présent est généreux

Ne te perds pas dans l’affairement et le « sérieux » de la vie. Ne t’égare pas dans les brumes de l’ego. Jouis de ta simple respiration. Apprécie le cadeau merveilleux de la vue, le don de l’ouïe, l’afflux des odeurs, la présence mystérieuse des êtres. Plonge dans la poésie du monde tel qu’il s’offre continuellement.

Que fais-tu, à cette seconde où je te parle, du don extraordinaire de la vie humaine ?

L’existence nous donne tout, absolument tout, à chaque seconde, puisqu’elle nous fait don de l’instant et qu’il n’y a que l’instant.

***

Certes, nous ne possédons rien. Mais tout nous est offert à chaque moment.

Il est inutile de s’attacher à quoique ce soit puisque l’existence est toujours disponible. En nous attachant à un objet ou à une qualité particulière de l’expérience, nous nous dérobons tout le reste.

***

Il existe deux figures du présent. L’une est malheureuse, car tout échappe à sa prise, à sa volonté de saisir. L’autre face du présent s’établit dans une joie éternelle et sans condition. Le présent heureux n’a rien à saisir car tout lui est et lui sera toujours offert sans contrepartie.

***

La beauté t’est donnée gratuitement et tu la reçois gratuitement. Hors du calcul perpétuel.

La surabondance de ce qui t’est donné à chaque seconde est proprement stupéfiante.

Tu ne manques de rien.

Le présent est beau

Tentons de rendre le monde plus beau, pour nous et pour les autres. Cela implique de surmonter la négligence, la paresse, l’ignorance, le désordre et confusion. Nous pouvons développer la beauté, l’habileté et la précision dans tous les aspects de notre vie : la cuisine, l’habillement, la décoration, le langage, le travail et les relations avec les autres. Tout ce que nous faisons doit être bien fait. Quand au résultat de nos actes, il ne nous appartient pas.

Va au bureau comme si tu allais à ton premier rendez-vous. Travailles comme tu fais l’amour (et non l’inverse). Lave la vaisselle comme tu si contemplais les chutes du Niagara. Fais les courses comme si tu étais un Roi Mage le jour de Noël. Epluche les légumes comme si tu sculptais le David. Change ton bébé comme si tu réalisais la première transplantation cardiaque. Remplis ta déclaration d’impôts comme si tu composais la Messe en ut. Descends la poubelle comme si tu goûtais un Pommard.

Ce que la vie a de plus extraordinaire se trouve dans les moments ordinaires. A n’importe quel moment. Maintenant.

Rends chaque seconde de ta vie plus belle, plus poétique, plus sacrée.

***

Il existe aujourd’hui comme une frénésie de désacralisation. Reconnaissons l’aspect positif de cette tendance : dissoudre toutes les formes d’idolâtrie et de fétichisme. Mais n’oublions pas que l’effort spirituel vise l’objectif inverse : tout réintégrer dans le sacré, chaque atome d’existence, chaque seconde de vie.

***

Lorsque nous découvrons quelque chose de beau, ne nous contentons pas du signal de la beauté, de son éclat fugitif. Que l’émotion de la beauté, l’émerveillement, la gratitude, s’épanouissent dans notre âme. Ouvrons notre coeur à la beauté jusqu’à ce que nous devenions la beauté.

Tout est beau.

Ici convergent tous les temps

Tu marches dans la rue. Tu avances vite. Tes pensées tournoient à toute allure. Ralentis le pas. Prends conscience du contact alterné de tes pieds avec le sol. Détends la nuque, les épaules, la gorge. Sens l’atmosphère de la ville, de cet instant, en ce lieu. Regarde les couleurs. Laisse-toi pénétrer par les sons. Quel spectacle extraordinaire. Encore plus lentement, s’il te plaît ! Respire calmement, sans forcer. Ecoute les pensées, écoute-les distinctement parler dans ton esprit. Sois attentif aux sensations qui viennent de ton corps. Sens le Ciel, la Terre, les maisons, le trafic, leur présence tellement étrange, tellement singulière. Ce monde, ces sensations, ces pensées, tout est dans ton âme. Tu te déplaces à l’intérieur de l’espace infini de ton âme. Ici, maintenant, le monde t’engendre à neuf et tu sécrètes sa vie chatoyante, seconde après seconde, l’un et l’autre confondus, suspendus dans le vide.

***

La matière de l’existence est magique, rare, infiniment précieuse, translucide et lumineuse comme un rideau de diamants, légère comme un reflet sur une bulle irisée.

***

Le temps ne passe pas. Le temps n’est pas à perdre ou à gagner. Le temps n’est pas un fardeau.

***

Ici convergent tous les temps. Maintenant contient tous les lieux.

***

Etre là.

Etre ce qui est là.

Rien ne sert plus à rien.

Rien n’entre plus dans aucun calcul.

Liberté.

***

Il n’y a rien à attendre ni rien à atteindre. Nous y sommes. Nous y sommes déjà. Nous y sommes depuis toujours.

Derniers livres parus :

- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.

- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.

- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.

- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.

- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.

Janvier 2001

Philosophe à l’Université du Québec à Trois Rivières

Auteur de 10 ouvrages traduits dans une douzaine de langues.

Derniers livres parus :
- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.
- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.
- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.
- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.
- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.






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