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Le feu libérateur (1) : tout commence par la pensée

Tout commence par la pensée, l’intention, la sagesse qui marche derrière, sentir, l’émotion, toucher de l’âme

Par Pierre Lévy

> Tout commence par la pensée

> L’intention

> La sagesse qui marche derrière

> Sentir

> L’émotion, toucher de l’âme

Tout commence par la pensée

Nos choix, nos paroles, nos actes, et donc le monde dans lequel nous vivons dépendent de nos pensées. Tout se décide dans l’esprit.

Puisque chacun de tes choix est entraîné par tes pensées, ta pensée crée ta vie, ton monde. Prête attention à la façon dont les sentiments et les idées qui te viennent à l’esprit finissent par produire ton existence.

Les stoïciens disent que nos pensées, nos représentations, nos jugements sont la seule chose qui soit véritablement en notre pouvoir. A première vue, cela semble peu, mais à bien considérer les choses, la puissance que nous pourrions acquérir sur nos pensées entraînerait une libération de tous les aspects de notre vie.

On est d’abord responsable de ce que l’on pense. Mais la responsabilité implique la liberté. Or il n’y a rien de plus difficile que d’accéder à la liberté de penser, d’échapper à l’automatisme inconscient des représentations et des émotions. Il est bien plus aisé d’agir sur le « monde extérieur » que de se rendre maître de soi, de sa propre expérience de la vie, ici et maintenant.

La pensée automatique ou pensée parasite, celle que nous subissons, nous empêche de vivre dans l’instant, de percevoir le moment et de vivre heureux. Cette pensée nous interdit de vivre notre vie. C’est pourquoi il est si important de conquérir la liberté de penser.

***

Le plus simple est le plus difficile.

***

Nos objets d’aversion pourraient être des objets de désir et nos objets de désir, des objets d’aversion. De plus, ces objets n’existent dans notre monde subjectif que parce que nous leur accordons de l’importance. Mais cette importance pourrait être autrement distribuée. Mieux, notre intérêt pourrait être partout distribué et sous tous les rapports, si bien que ces objets-là ne se détacheraient plus particulièrement sur le fond de notre expérience. Autrement dit, nous pourrions être désintéressés.

L’intention

Les dispositions de notre âme à l’amour et à la souffrance sont fortement conditionnées par ce que nous voyons et entendons autour de nous et plus particulièrement par ce que nous sentons des intentions des autres à notre égard. Plus les êtres sont proches de nous, plus ils participent au modelage de notre âme et au tissage de notre vie. Symétriquement, nous sommes tenus de connaître honnêtement nos intentions et nos sentiments, de contrôler nos paroles et nos actes, parce qu’ils contibuent à tricoter l’âme des autres, et notamment celles de nos proches. Chaque âme étant pleine des âmes des autres, choisir pour soi de cesser de souffrir revient à choisir aussi d’aimer les autres.

Chaque fois que tes intentions ne sont pas pures, ne dis rien, ne fais rien. Attention ! Reconnais immédiatement la nature de tes intentions, parce que la pensée se transforme très vite en grimaces, en paroles, en actes irréversibles !

Comment choisir tes pensées ? Comment distinguer celles qui sont animées de compassion, de gentillesse et d’amour de celles qui sont dictées par les poisons de l’esprit ? Comment peux-tu reconnaître tes propres intentions ? Surtout n’écoute pas ce que dit la pensée. Sois plutôt attentif à son rythme, à sa mélodie, à son timbre, à son accent. Est-elle rapide, violente, pointue ? Est-elle lente, lourde, brûlante ? Est-elle froide, métallique, insensible ? Est-elle affolée, agitée, dispersée ? Mielleuse, gluante, collante ? Ou s’élève-t-elle libre, précise, légère, joyeuse, paisible ? Médite. Ecoute inlassablement.

Veux-tu prendre ? Veux-tu donner ? Veux-tu briller dans le monde ? Veux-tu la guerre ou la paix ? Veux-tu dominer ? Veux-tu vaincre ? As-tu envie de frapper ? Veux-tu faire plaisir ? Es-tu animé du souci des autres ? Contemple ton visage dans le miroir de tes intentions.

Chaque élément du décor de nos vies, comme l’ensemble de ce qui peuple le monde humain, institutions, techniques, œuvres de l’esprit, tout ce qui nous entoure matérialise des intentions.

Chaque intention, chaque pensée, chaque parole, chaque acte humain se répercute à l’infini, tourne et revient sans cesse sous de nouvelles formes au sein d’un immense système de causes et d’effets qui s’étend à une hiérarchie insondable de mondes célestes et terrestres, passés, présents et à venir. Ce sont les intentions, avant même les pensées, les intentions les plus secrètes, les plus cachées, les plus inconscientes, les plus imperceptibles qui entraînent le plus d’effets. Les bonnes intentions déclenchent un afflux d’amour dans le monde, les autres provoquent un accroissement de souffrance chez tous les êtres. C’est pourquoi il importe tant de parvenir à la connaissance et à la possession de soi.

***

Nous sommes intégralement les auteurs de tout ce qui nous arrive. Les événements de notre vie, toutes les facettes de notre monde extérieur, sont des projections de notre monde intérieur. En vérité, il n’y a qu’un seul monde, dedans et dehors confondu. Nous produisons continuellement ce monde unique, non seulement en interprétant nos perceptions et les situations dans lesquelles nous sommes plongés, mais de manière beaucoup plus effective, en appelant notre destin, en sécrétant continuellement les gens, les lieux, les événements. Nous ne les avons sans doute pas provoqués consciemment et délibérément mais notre être profond les a fait émerger : ils ont été appelés par le murmure innombrable de nos intentions.

La sagesse qui marche derrière

Nous souffrons parce que nous sommes sensibles.

L’irritabilité est le propre de tous les êtres sensibles. Pour ne plus souffrir, nous devrions être engourdis, anesthésiés, morts-vivants. Une attention soutenue et bien exercée à nos sensations physiques et à nos états d’esprit nous convainc bientôt que notre souffrance est constante. Ou bien nous sommes la proie d’un malaise physique ou mental. Ou bien, parfaitement satisfaits, nous jouissons d’une sensation de bien-être. Mais la peur de sa dissolution mine secrètement cette agréable sensation. Et plus nous obtenons satisfaction, plus nous nous habituons au plaisir, plus nous en sommes dépendants et plus cette addiction entraîne de soucis, de craintes, de souffrances sans nombres. Nous sommes tous des drogués à notre manière. C’est précisément à cause du caractère permanent de la souffrance (quoiqu’elle se présente sous des visages et des intensités fort variées) que nous avons tant de mal à vivre dans l’instant : en étant pleinement présents, nous coïnciderions avec notre souffrance, avec la souffrance de tous les êtres sensibles. Nous fuyons la souffrance présente, nous courons après les supposés plaisirs à venir, nous nous absentons perpétuellement. Nous croyons éviter la souffrance en nous insensibilisant de mille manières. Pourtant, nous ne pourrions la maîtriser qu’en l’étudiant et nous ne pouvons l’étudier qu’en revenant à notre sensibilité fondamentale.

***

On n’entreprend pas le chemin spirituel pour supprimer la souffrance, pour devenir invulnérable. On ne trouvera pas au bout du voyage une sorte de bonheur mièvre et paradisiaque, la vie transformée en parc d’attraction, une béatitude de dessin animé. On emprunte le sentier pour vivre dans la vérité de sa vie, pour se rendre présent au monde, pour être . On s’engage sur le chemin avec la résolution de devenir sensible, humain, compatissant.

Plus nous ouvrons notre cœur, plus nous sentons la souffrance (la nôtre et celle des autres : c’est la même) et moins nous alimentons les mécanismes qui la nourrissent.

***

Si les bourreaux étaient sensibles, ils ne pourraient commettre leurs crimes. L’insensibilité engendre tout ce qui nous horrifie dans l’espèce humaine.

***

En dirigeant le faisceau de notre attention vers le monde intérieur, nous découvrons l’univers immense de la sensibilité. Nous faisons connaissance avec cette énorme masse à vif, ultrasensible, irritable et douce qu’est le cœur. La peur de souffrir, l’espoir du plaisir, les pensées de l’ego avaient formé la compacte carapace discursive qui recouvrait cette chair écorchée. Mais sous le cuir de l’ego, nous dénudons le trésor qui était là depuis toujours, l’exquise délicatesse de l’âme, l’intelligence du cœur, plus fine et plus précise que tous les concepts imaginables.

Ne regarde pas ce que tu vois. Sens ce que ta vision fait à ton cœur.

Les concepts nous séparent de l’instant, du flux impermanent des sensations. Les concepts sont construits sur la peur de souffrir. Nous détachant de notre expérience, ils nous égarent. Etant motivés par la crainte, ils sont illusoires. Comme ils sont illusoires, ils engendrent la souffrance.

Pour reconnaître l’avidité et l’agression, en soi comme chez les autres, il faut cesser de penser et commencer à sentir.

***

Voici les deux sagesses. Celle qui marche devant, la conscience triomphante, la lumière qui éclaire tout, impitoyablement, l’intelligence discriminante qui fait voler en éclat les moindres prétentions de l’ego. Et la sagesse qui marche derrière, celle qui croît lentement avec le développement de l’âme, la sensibilité, l’intuition, le toucher compatissant du cœur, la sagesse qui fleurit sur le cadavre en décomposition de l’ego, quand nous n’avons plus peur de la souffrance, quand les mille détails de la douleur deviennent nos meilleurs informateurs, quand notre soif de plaisir et de sécurité a cessé de voiler la beauté, la profondeur, l’immensité et la subtilité infinie de l’âme.

***

Le cœur tendre, ou la vulnérabilité, forme le noyau de la générosité, de la compassion, de l’éveil, de la sainteté. C’est aussi la vraie source de l’intelligence. Tous les êtres la possèdent, mais tous ne savent pas que le plus précieux des joyaux se présente de manière aussi simple.

Dans la tradition chrétienne, il est dit que ceux qui ont le pouvoir de sentir complètement leur souffrance et celle des autres - de la sentir à en pleurer - ont le « don des larmes ». Seuls de grands saints et de grandes saintes ont eu ce « don des larmes », aussi merveilleux que la grâce du sourire.

Le fond de la sagesse, l’intelligence du cœur, la grande sensibilité, cela n’est finalement rien d’autre que notre propre vulnérabilité, très humble et très ordinaire, mais qui peut briller plus fort que mille soleils si nous décidons de l’écouter et de l’honorer.

Sentir

Une vague déferle. Elle est creusée de vaguelettes elles-mêmes ridées de micro-vagues. Elle explose en myriades de gouttes ondulées qui reflètent une fraction de seconde, et chacune sous un angle différent, l’écroulement de la vague. La vague est elle-même une ondelette de l’immense vague de la tempête qui en contient des milliards. Vagues de vagues dans les vagues. Vagues de formes vivantes, vagues de peuples et de gens, vagues d’émotions et de pensées. Foisonnement du monde, magie des phénomènes, à chaque seconde. Même les pensées sont magiques. Même les émotions se lèvent, se brisent, se dispersent en se reflétant, puis renaissent inlassablement, identiques et différentes. Contemple les émotions, tristes ou joyeuses, comme tu contemples la mer, comme tu sens le vent. Les pensées ne deviennent des poisons que si nous leur obéissons au lieu de les goûter.

Vivre ses émotions, cela signifierait goûter très clairement, très lucidement et dans le moindre détail tous les événements de notre expérience comme des vagues transitoires dans le courant de l’existence, sans croire une seconde à la réalité des objets qui sont censés susciter ces émotions ni à celle du sujet qui est censé les éprouver. Face à ces myriades d’événements mentaux, nous pouvons figer des choses, des gens, des significations, des valeurs, un moi, et nous raidir dans la souffrance. Mais nous pouvons aussi, pourvu que nous suivions l’entraînement approprié, nous abandonner lucidement au flux, à la variété des énergies, au caractère climatique et changeant de l’expérience.

***

Sens la texture, la qualité, l’intensité de tes émotions plutôt que de croire ce qu’elles te représentent. L’émotion est parfaitement réelle. C’est le lien de l’émotion à ses objets qui est illusoire. Tu es effectivement avide, mais tu n’as pas vraiment besoin de la cible particulière de ton désir. Tu es certainement irrité, mais l’objet de ton irritation n’est pas sa cause. Quand tu sens l’émotion, tu es présent. Quand tu crois ce qu’elle te représente, tu es pris au piège de l’illusion, tu rêves, tu es absent.

De même que tu peux sentir la souffrance comme une énergie au lieu de la fuir, tu peux percevoir tout ce qui entre dans ton monde comme une qualité d’énergie plutôt que comme un objet à s’approprier, repousser ou ignorer. Il n’y a ni bien ni mal, ni beau ni laid. Chaque être, chaque événement intérieur ou extérieur est une longueur d’onde, une fréquence, une couleur du spectre.

***

J’ai confondu trop souvent le refoulement avec la maîtrise de soi.

Quand la souffrance monte, sens-là monter. Quand la peine vient, laisse-là venir.

Sens tes émotions ici, maintenant, au présent, ne les refoule pas, ne tente pas d’y échapper, ne passe pas non plus à l’acte automatiquement, ce qui serait encore une tentative pour y échapper.

Sens complètement l’émotion. Reste en elle. Ne la fuis pas dans la pensée (Ne te demande pas pourquoi ça fait mal, d’où est-ce que cela vient, qu’est-ce qui fait mal exactement, comment cela pourrait cesser, etc.). Ne la fuis pas dans l’action. (La plupart des actes stupides sont accomplis pour fuir une émotion désagréable : agresser pour éviter de sentir la colère, prendre pour fuir l’avidité ou le sentiment de manque, s’étourdir pour oublier la peine, etc.)

***

Je croise un chien dans la rue. Habituellement, j’ai peur des chiens. Mais au lieu d’être saisi par la peur, de croire ma pensée de peur et de lui donner réalité, je peux reconnaître la peur comme une pensée. Plutôt que d’être captif de la peur, je l’observe et la goûte. J’imagine que le chien va venir me renifler les mollets, puis me mordre. Je ressens la peur comme une émotion riche et intéressante alors que j’aurais pu souffrir d’une peur qui veut toujours se faire passer pour « objective », « réelle ». Si nous observons attentivement nos émotions au lieu de leur faire crédit, elles perdent leur pouvoir sur nous. Elles ne nous font plus peur (même la peur ne nous fait plus peur) et nous pouvons les accueillir sans les juger ni les refouler. Comme nous cessons de nous identifier à des émotions ou à des pensées que nous jugeons, nous cessons de nous juger. Puisque nous cessons de nous juger, il devient plus facile de ne plus juger les autres, de les comprendre et d’avoir envers eux une attitude amicale. Nous sommes libres pour la perception de la beauté du monde et du plaisir d’être. Nous pouvons goûter toutes les textures de l’existence. Y compris la peur.

***

Sens tes émotions positives. Sans les forcer, laisse leur l’espace pour émerger, ici et maintenant, à propos de presque rien. Une bouffée d’air frais, la rencontre d’un ami, le choc d’un paysage, l’éclosion d’une idée, une gorgée de vin, le simple fait de vivre et de respirer. Cela ne veut pas dire que tu dois te voiler la face devant le mauvais ou le médiocre de l’existence, mais que tu peux goûter ce qu’il y a de bon dans chaque situation. Et il y a toujours quelque chose de bon.

Ne fuis pas les émotions positives, l’amour, la joie, la douceur, la reconnaissance, parce qu’elles sont le sel de la vie, le bonheur. Laisse-les monter, laisse-les s’épanouir, goûtes-les. Bien souvent, plutôt que de les vivre au présent, tu t’en souviens au passé, tu les escomptes dans l’avenir, tu les esquives dans la course, tu les escamotes dans la précipitation, tu les noies dans d’infinies préparations, tu les négliges dans la distraction, puis tu regrettes, plus tard, de n’avoir pas saisi l’occasion de les éprouver pleinement. Et c’est ainsi que tu passes à côté de la vie.

L’émotion, toucher de l’âme

Sens tes émotions négatives, parce qu’elles sont les signaux qui te permettent de te protéger et de diriger ta vie. Pour prendre une analogie dans la sphère du corps, si tu ne sentais pas la douleur, si tu passais ton temps à t’anesthésier, tu risquerais de te brûler, de te couper, de finir terriblement estropié. Or c’est précisément ce qui t’arrive couramment dans la sphère de l’âme. Tu es gravement malade parce que tu passes ton temps à fuir, à nier, à éviter la douleur de toutes les manières possibles. Si tu veux que ton âme reste entière, tu dois te rééduquer à sentir : « Là, ça fait mal ! Je me sens... humilié, frustré, j’ai peur, je suis en colère, je suis triste, j’ai de la peine, je suis plein d’envie, je déteste, etc. »

N’essaye pas de comprendre tes émotions. Contente-toi pour l’instant de les reconnaître et de goûter pleinement la manière dont elles prennent corps : gorge serrée, crispation de la nuque, douleur dans la poitrine, dans le ventre, sensation d’oppression, nausée, mal de tête, battements de cœur, rougeur, pâleur, fatigue, abattement. La liste n’est pas close. Tu peux aussi leur donner un nom : c’est de la peur, de la frustration, de la tristesse, de la haine, de la culpabilité, de l’envie, etc.

Ce n’est qu’une fois la sensation reconnue, goûtée, sentie, observée, étudiée dans ses manifestations physiques, sans que la pensée ne s’échappe de l’ici et du maintenant de la sensation, ce n’est qu’une fois ce travail accompli que tu peux la laisser partir. Alors, alors seulement, l’émotion a rempli sa fonction de messagère. Les émotions, ni les discours dont on t’abreuve, ni ceux que tu te tiens, tes émotions, dis-je, sont tes meilleurs informateurs sur ta vie, sur le monde qui t’entoure, sur ce que tu dois faire et surtout éviter de faire.

Sois très attentifs aux émotions que suscitent en toi les gens qui t’entourent. Que cela t’aide à choisir tes relations, tes amis, tes amours.

***

Alors que tu fuis naturellement la douleur physique (qui laisse longtemps sa main au dessus d’une flamme ?), tu te brûles toi-même sans fin avec des pensées qui te torturent. Sais-tu dans quel état se trouve ton âme ? Pas tant que tu n’auras pas acquis et entraîné patiemment ta sensibilité aux émotions, ta présence attentive à la souffrance. On ne fuit pas naturellement la douleur morale, cela s’apprend.

Apprends à reconnaître tes pentes intimes, tes attracteurs fatals, tes réflexes maléfiques, tes parties mortes, tes zones anesthésiées. Puis commence à te rééduquer. Personne ne peut le faire à ta place. Personne ne peut sentir pour toi.

***

L’émotion est notre interface avec le monde. Si notre âme avait une peau, son toucher serait l’émotion.

***

L’armure que tu as ajustée à ton âme pour la protéger des coups ne laisse pas non plus passer les caresses.

Nos blessures sont nos plus grandes richesses. Elles maintiennent ouvert le chemin qui mène au cœur.

Quand tu gèles ton cœur pour qu’il ne sente pas la souffrance, il meurt aussi pour la joie. Ne deviens pas un mort-vivant !

L’insensibilité à la souffrance entraîne la mort de l’âme.

***

Dès que nous ne vivons plus nos émotions, nous commençons à les projeter, à nous leurrer, à nous perdre dans la confusion.

Dès que nous fuyons ou nions la souffrance, dès que nous abdiquons notre lucidité, dès que nous nous anesthésions, le diable pointe le bout de sa queue.

Les damnés ne brûlent en enfer que parce que leurs âmes ne sentent plus rien.

Derniers livres parus :

- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.

- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.

- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.

- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.

- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.

Janvier 2001

Philosophe à l’Université du Québec à Trois Rivières

Auteur de 10 ouvrages traduits dans une douzaine de langues.

Derniers livres parus :
- World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience), Odile Jacob, Paris, 2000. 230 p.
- Le feu libérateur, (avec Darcia Labrosse) Arléa, Paris, 1999. 250 p.
- Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997. 313 p.
- Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995, 150 p.
- L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace. La Découverte, Paris, 1994, 245 p.






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