BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Développement personnel : les stratégies du silence - V. Cherki et B. Roussillon
Histoires de famille - Patrice Cayrou
Le sens psy des maladies - Alexandre Koehler
Approche du rêve lucide, nécessité thérapeutique pour l’occident - Luc Marianni
La spasmophilie et ses causes - Alexandre Koehler
Le bouddhisme tibétain dans sa dimension psychothérapeutique - Luc Marianni
Qu’est-ce que partager ? - Véronique Brard
Autres textes
Le Chant d’Illusion - Nyoshül Khen Rinpoche
Respire, tu es vivant ... - Thich Nhat Hanh
Bouddhisme : un nouvel humanisme possible pour l’entreprise - Jean-Pierre Méchin
L’obéissance (Rai Hai Tokuzi) - Maître Dogen
Le personnalisme est mort, vive la personne - Hubert Hausemer
Un nouveau départ - Village des pruniers
Ma vie de tous les jours - Sa Sainteté le Dalaï Lama
Josiane Klasset

A quoi sert la psy ? par Josiane Klasset

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Psychologie et développement personnel


Le conte, psychothérapie des enfants

S’adressant aux enfants et aux adolescents marqués par la souffrance psychique, la psychothérapie par le conte, directement inspirée de la psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, permet de dénouer avec rapidité de nombreux conflits intrapsychiques.

Par Josiane Klasset

[]La psychothérapie par le conte de Geneviève Raguenet

Contenant indéniablement un message initiatique et donc, dans une certaine mesure, psychothérapeutique, le conte sert depuis longtemps à divers thérapeutes, qu’ils soient d’obédiences freudienne ou ericksonnienne, à traiter les problèmes psychologiques de l’enfance, voire de l’âge adulte.

Toutefois, c’est une psychothérapie par le conte tout à fait spécifique qu’a mise au point Geneviève Raguenet en se référant bien sûr à Bettelheim mais aussi en partie aux travaux de Mills et Crowley qui ont créé une technique interactive soulignant le centrage sur des processus psychiques inconscients, générateurs de symptômes.

Aussi, le conte thérapeutique de Geneviève Raguenet consiste-t-il en un genre littéraire tout à fait particulier, dans lequel il n’est pas question de raconter une histoire pour distraire ou pour faire plaisir, mais bien seulement pour exprimer, par une voie détournée, le problème à traiter, souvent de nature scolaire ou familial, mais aussi quelquefois psychosomatique.

[]Le partage émotionnel par le conte

« Ces histoires, qui abordent des problèmes humains universels, et en particulier ceux des enfants, s’adressent à leur Moi en herbe et favorisent son développement, tout en soulageant les pressions préconscientes et inconscientes. Tandis que l’intrigue du conte évolue, les pressions du Ça se précisent et prennent corps, et l’enfant voit comment il peut les soulager tout en se conformant aux exigences du Moi et du Surmoi ».

Cette réflexion de Bettelheim indique bien, à elle seule, que le conte, surtout lorsqu’il se veut thérapeutique, au contraire de la fable morale telle que La Fontaine la concevait, ne s’adresse pas exclusivement au Surmoi.

La parabole non plus ne doit pas être confondue avec le conte, dans la mesure où elle tend à enseigner et consiste en un procédé linguistique plutôt qu’en un récit, alors que le conte, récit à part entière, viserait plutôt le partage émotionnel.

Ce sont en tout cas les distinctions auxquelles tient à se livrer Geneviève Raguenet pour bien définir son conte thérapeutique qui doit rester “un récit assez court d’aventures imaginaires”, et, qui plus est, destiné à être raconté à une personne en particulier dans le cadre de la relation thérapeutique.

Aussi court qu’il soit, ce conte est néanmoins susceptible d’être prolongé en une succession d’épisodes s’enchaînant selon une progression et dans un climat de tension proche du drame. Reprenant la définition de Propp, Geneviève Raguenet considère en effet que tout conte doit suivre “un développement qui part d’une malfaisance ou d’un manque pour aboutir, après être passé par des fonctions intermédiaires, à des noces ou à d’autres fonctions utilisées comme dénouement : récompenses, conquêtes ou élimination d’un mal…”

Ainsi, la thérapie qui, naturellement, part d’une situation critique pour parvenir à dénouer des conflits en passant par des plans intermédiaires, trouve-t-elle, dans le conte, un support tout particulièrement adéquat… surtout lorsqu’il s’agit d’établir un contact, de préférence ludique, avec des enfants.

[]Entrer dans le jeu thérapeutique

Et il est un fait que le conte thérapeutique doit avant tout être vu comme une sorte d’appât pour éveiller la curiosité de l’enfant, attirer ses questions et susciter des associations.

C’est grâce à ce subterfuge, que l’imagination, la sensorialité et l’affectivité de l’enfant vont être stimulées, et que le message caché du conte va pouvoir tracer son chemin.

Dès lors, le conte devient un objet transitionnel et un espace pour le jeu relationnel. Or, comme l’expliquait Winnicott, “la psychothérapie étant un jeu entre deux personnes, le travail du thérapeute vise à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il est capable de le faire”. Et, ici, grâce au conte, l’enfant va pouvoir on ne peut plus facilement entrer dans le jeu proposé par le thérapeute.

Inutile de dire, bien sûr, que cet appât du conte n’est pas neutre puisqu’il contient une interprétation de la problématique de l’enfant, et surtout qu’il annonce, ce faisant, que la difficulté est reconnue et qu’un heureux dénouement est possible.

On retrouve d’ailleurs, dans beaucoup de contes classiques, de magnifiques interprétations des problématiques infantiles les plus courantes. Le petit chaperon rouge, par exemple, peut apprendre à l’enfant à surmonter les ambivalences ; Cendrillon l’aide à dépasser la rivalité fraternelle ; La belle au bois dormant lui ouvre la maîtrise de l’adolescence ; Les trois petits cochons l’incite à faire la part entre le principe de plaisir et le principe de réalité ; Boucle d’or et les trois ours le confirme dans sa recherche de l’identité ; Jeannot et Margot le pousse à sortir de l’oralité…

Mais le conte thérapeutique va évidemment plus loin, puisqu’il ne s’agit plus d’un conte standard, mais du produit de l’écoute d’un thérapeute et de son décodage des conflits de l’enfant.

[]Elaborer le conte

L’écoute du thérapeute est évidemment un élément essentiel de la thérapie, et doit d’ailleurs se prolonger en une véritable empathie, à la fois afin de ressentir plus profondément les problèmes du patient, et de lui montrer qu’on le rejoint dans sa souffrance et qu’on le comprend.

C’est ce que fait en premier lieu l’analyste et le psychothérapeute qui ne pourraient, sans cela, définir avec précision quelle histoire raconter à l’enfant.

Mais, après chaque entretien, il est nécessaire que le thérapeute se livre également à un décodage des conflits en présence chez son patient.

Il va sans dire que les caractéristiques du symptôme et du contexte de son évolution vont se préciser d’une séance à l’autre, permettant au thérapeute de poursuivre les épisodes suivants du conte thérapeutique d’une manière de plus en plus ciblée.

Car l’élaboration du conte doit toujours, et avant tout, donner au patient la possibilité de se reconnaître et de s’interroger sur son propre cas.

C’est donc à partir de la première rencontre et des informations données au thérapeute sur la problématique de l’enfant que va s’élaborer l’hypothèse de départ sur l’origine possible du symptôme, et, conséquemment, le sens général de l’histoire à imaginer.

Au-delà, c’est pratiquement à un travail poétique – au sens étymologique du mot – que va se livrer le thérapeute pour trouver les images qui conviendront le mieux au conte dédié à son patient. Et, une fois que ces images et symboles auront émergés, le thérapeute les organisera alors en un récit cohérent.

Et c’est ainsi que, de séance en séance, le thérapeute cerne la logique inconsciente de l’enfant dans les mailles du filet du conte, et que les fondements de l’impasse symptomatique peuvent être saisis.

Toutefois, ce conte doit être utilisé avec habileté, car, par l’emploi d’images proches de celles du rêve, il est destiné à toucher aux trois niveaux du conscient, du préconscient et de l’inconscient, et à y proposer une initiation au renoncement, ainsi qu’un cheminement vers la sublimation et la symbolisation des pulsions et du refoulé.

“Le conte”, conclut Geneviève Raguenet, “ouvre par son message symbolique les portes entre le conscient et l’inconscient. Il cache et dévoile en même temps la part de vérité qu’il veut dire, il capte l’imagination et l’entraîne au cœur du conflit inconscient. Il transforme, enfin, l’impasse en porte royale : Cendrillon devient princesse, le petit Poucet retrouve son chemin et le vilain petit canard parvient au royaume des cygnes”.

---

Bibliographie

· “ La psychothérapie par le conte ” - Geneviève Raguenet - L’Harmattan.

· “ La psychanalyse des contes de fées ” - Bruno Bettelheim - Laffont.

· “ L’interprétation des contes ” - F. Flahaut – Denoël.

· “ L’interprétation des contes de fées ” - Marie-Louise Von Franz – Fontaine de pierre.

· “ La voie de l’individuation dans les contes de fées ” - Marie-Louise Von Franz – Fontaine de pierre.

Novembre 2000






Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling