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> Bouddhisme > Enseignements


Le contact des sens, la fontaine de sagesse

En fait le Bouddha nous a engagé à expérimenter toutes ces choses. Lokaviduu : contemplez ce monde et connaissez-le clairement. Si nous ne connaissons pas véritablement le monde, alors nous ne pourrons aller nulle part.

Par Ajahn Chah

Nous recherchons la paix dans des endroits paisibles où il n’y aurait ni objets visuels, ni sons, ni odeurs, ni goûts, pensant que vivre tranquillement de cette manière est le moyen de découvrir le contentement, qu’ici réside la paix. Mais en réalité si nous vivons paisiblement dans des endroits où rien ne se passe, la sagesse peut-elle apparaître ? Serions-nous conscient de quoi que ce soit ? Réfléchissez à cela. Si notre oeil ne voyait aucun objet visuel, que se passerait-il ? Si notre nez n’avait aucune expérience des odeurs, que se passerait-il ? Si la langue n’avait aucun contact avec les goûts, que se passerait-il ? Et si le corps n’expérimentait aucune sensation, que se passerait-il ? Cette situation équivaudrait à être sourd et aveugle, comme si le nez et la langue étaient tombés et comme si l’on était totalement insensible et paralysé. Existerait-il quoi que ce soit dans ces conditions ? Et pourtant la plupart des gens ont tendance à penser que s’ils découvraient un environnement où rien ne se passe ils pourraient être en paix. J’ai effectivement moi-même pensé de cette façon à une époque. Lorsque j’étais jeune moine, juste au début de ma pratique, je m’installais en méditation assise et les sons me dérangeaient. Je ne pouvais parvenir au calme et me demandais ce que je pourrais faire pour pacifier le mental. Aussi je pris de la cire d’abeille et en fis des boules pour remplir mes oreilles afin de ne plus rien entendre. Tout ce qui me parvenait n’était qu’un bourdonnement. Je pensais que ce serait la paix ; mais pas du tout, car toute cette agitation mentale, cette confusion ne surgit pas au niveau de l’oreille. Elle surgit dans l’esprit, et c’est là qu’il faut rechercher la paix. Pour exprimer ceci d’une autre façon : quel que soit l’endroit où vous allez il se peut que vous n’ayiez aucune envie de faire quoi que ce soit car cela interfère avec votre pratique. Vous ne voulez pas balayer le sol ni effectuer aucun travail, vous désirez simplement rester tranquille et découvrir la paix de cette façon. Le maître vous dit d’aider aux tâches quotidiennes mais vous n’y mettez pas votre coeur car vous pensez que cela n’a qu’un intérêt extérieur, secondaire.

J’ai souvent parlé de l’exemple d’un de mes disciples qui était vraiment impatient de “lâcher prise” et de trouver la paix. Lorsque j’enseignais sur le sujet du “lâcher prise” il comprenait bien que cela serait véritablement la paix que d’effectuer ce lâcher prise. Dès le début de son séjour ici il ne voulut rien faire du tout. Même lorsque le vent arracha la moitié du toit de son kuu.ti (hutte) il ne s’en préoccupa pas. Il dit que ce n’était qu’une chose extérieure. Aussi ne fit-il rien pour le réparer. Lorsque le soleil ou la pluie arrivait d’un côté il se déplacait de l’autre côté. Cela ne le concernait pas. Son seul travail était de pacifier son esprit. Ce problème de toit n’était qu’une interférence dans laquelle il ne désirait pas s’impliquer. C’est ainsi qu’il voyait les choses.

Un jour que je passais devant sa hutte je vis le toit effondré, très étonné. « Oh ! À qui appartient ce kuu.ti ? ». Quelqu’un me dit qui logeait là et je pensai : « Tiens, c’est étrange ! ». Aussi j’eus un entretien avec l’occupant du lieu et lui expliquai plusieurs choses, entre autres les devoirs envers son habitation. Un logement nous est indispensable et nous devons nous en occuper. Le “lâcher prise” n’a rien à faire ici, cela ne signifie pas fuir nos responsabilités. Se comporter ainsi est totalement stupide.

Si nous croyons que la paix réside là où il n’y a plus de sensations, comment la sagesse pourrait-elle surgir ? Existerait-il des actions causales et des conditions résultantes ? Aurions-nous quelque chose à partir de quoi pratiquer ? Si nous ne supportons pas les sons et que nous nous asseyons dans un lieu bruyant alors nous ne pouvons être paisible. Nous estimons que ce n’est pas un endroit convenable. Partout où il y a des objets visuels nous pensons que nous ne pouvons être paisible. Si c’est le cas, pour trouver la paix il nous faudrait avoir perdu nos sens, être aveugle et sourd. J’ai considéré tout cela ...

C’est étrange. La souffrance surgit à cause des yeux, des oreilles, du nez, de la langue, du corps et de l’esprit. Aussi devrions-nous être aveugle ? Si nous ne pouvions rien voir du tout peut-être cela serait-il mieux. Nous n’aurions aucune illusion si nous étions aveugle et sourd, n’est-ce pas ?

Mais en y réfléchissant, tout ceci est faux. Car si c’était le cas tous les aveugles et les sourds seraient parvenus à l’Éveil. Ils seraient tous parfaits si les illusions surgissaient par l’intermédiaire des yeux et des oreilles.

En réalité les bases des sens de l’oeil, de l’oreille, du nez, de la langue, du corps et de l’esprit sont tous des éléments pouvant faciliter l’apparition de la sagesse si nous les connaissons pour ce qu’ils sont. Dans le cas contraire nous sommes obligés de les nier, déclarant que nous ne voulons pas les voir, les entendre, etc. , car tout cela nous dérange. Si nous supprimons les conditions causales, que pourrons-nous contempler ? La cause et l’effet pourraient-elles exister ? Ceci est une façon erronée de penser.

Mais la plupart d’entre nous ont peur du contact. Ou alors nous recherchons le contact mais nous n’en tirons aucune sagesse, au lieu de cela nous plongeons dans le désir pour les objets des sens, et nous nous y perdons. C’est ainsi. Les bases sensorielles peuvent nous conduire au laxisme et à la convoitise ou à la connaissance et la sagesse. Elles possèdent à la fois un caractère dangereux et un aspect bénéfique en fonction du degré de sagesse de chacun. (…)

En fait le Bouddha nous a engagé à expérimenter toutes ces choses. Lokaviduu [*] : contemplez ce monde et connaissez-le clairement. Si nous ne connaissons pas véritablement le monde, alors nous ne pourrons aller nulle part.

Note

[*] L’un des neuf épithètes du Bouddha que l’on trouve dans les textes récités par les moines. Il signifie “le connaisseur du monde”



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