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André Pikutelekan

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Le coeur de la mort chez les Innus-Montagnais

Par André Pikutelekan

Innu né à Betsiamites, il fut membre du comité des jeunes de Betsiamites et représentant des jeunes sur le Comité autochtone de gestion locale du même endroit. Il habite présentement Sainte-Foy et complètes des études pré-universitaires.

Lorsqu’on m’a proposé d’écrire sur le ’coeur de la mort’ chez les Innus, je venais de perdre un ami proche. Après avoir un peu hésité, j’ai décidé de saisir l’occasion pour moi-même et de faire le point à la suite de ce dur coup. Ces réflexions sont donc porteuses de mon vécu et du rapprochement que je tente avec le plus profond de moi-même et de mes racines...

Autrefois, pour les premiers peuples de ce continent, la vie spirituelle était constamment présente dans le quotidien. Cette vie spirituelle reposait sur des liens étroits avec la nature. Toute chose avait sa place et s’inscrivait dans un cycle perpétuel : entre autres la naissance, la joie, la douleur et la mort.

Nos ancêtres voyaient la vie comme un voyage sur une rivière où les eaux calmes et paisibles alternaient avec des courants plus rapides et tourmentés. La mort fait office de portage sur cette rivière. Elle est inéluctable et a cette particularité d’être la voie qui amène à continuer son chemin mais, cette fois-ci, dans le monde des esprits. Un monde aussi vrai, aussi réel que celui sur terre ; l’un des ponts entre les deux mondes est le rêve.

Il existe également une autre vision de la mort, tout aussi imagée que la précédente. Elle mérite qu’on la mentionne. La vie est comme la course du Soleil dans le ciel. Au tout début, elle surgit par une aube fraîche, puis se termine par un crépuscule mélancolique. Quand la nuit tombe, c’est la mort qui prend place. Et dans la noirceur, qu’est-ce qui attire l’attention de tous ? La Lune qui règne et illumine les ténèbres. Féminin, cet astre représente le désir de vivre qui nous guide dans le noir jusqu’à l’arrivée de l’aurore d’une nouvelle vie.

Aux yeux des ancêtres, la mort est la dernière étape du voyage dans ce monde-ci. Si elle semble être le silence froid et éternel d’une vie éteinte, la mort ne constitue ni un chtiment ni une récompense ni une fin en soi. Lorsqu’elle survient, nous retournons au sein de notre mère la Terre, d’où nous sommes sortis et nous refaisons corps avec elle. Cela ressemble énormément à une formule du Mercredi des Cendres : "Tu es poussière et tu retourneras en poussière." Elle n’en demeure pas moins un au-delà de la tombe.

Comme la ’philosophie’ de mes aïeux les portait à s’intéresser davantage à la parenté des idées qu’à la différence des formes d’expression, elle peut se traduire en une phrase : "L’idée est tout, la forme est peu." Ceci dit, comme il y avait d’importantes similitudes entre la pensée chrétienne et leurs croyances spirituelles, le contact avec la religion des européens a été facile. Dans notre histoire, ces similitudes ont contribué très tôt pour leur conversion à la religion des nouveaux arrivants.

Aujourd’hui, les Montagnais sont à très grande majorité catholiques. Étant donné la forte piété des grands-parents, ainsi que de ceux qui les ont précédés, la vision spirituelle des Innus est, dans l’essentiel, identique à celle de tout catholique du Québec.

Là où peut résider la différence entre les deux cultures, c’est l’emploi de la langue autochtone et par la conservation des coutumes dont certaines plus particulièrement reliées à l’enterrement.

Les rites funéraires ont de l’importance dans l’apaisement qu’ils procurent. Avant le développement des salons funéraires dans les villes et leur apparition dans les petites communautés, le corps du défunt reposait dans sa maison ou dans celle d’un membre de la famille. C’était une pratique répandue tant chez les autochtones que chez les blancs. Mais, de nos jours, ce rite nous démarque des autres car nous l’avons conservé. Le fait de laisser reposer le corps pendant environ deux jours dans sa maison permet aux proches de se familiariser avec la mort de la personne défunte et ainsi de mieux accepter son départ. Voir plus d’une fois le corps définitivement inerte donne l’occasion de faire ses adieux au moment où l’on se sent prêt.

Lors des funérailles, le style fortement plaintif des chants liturgiques constitue un aspect propre à la culture innue qui a traversé les siècles. Bien intégrée au cérémonial de la messe, cette forme musicale favorise une expression réellement extériorisée de la douleur tant chez les hommes que chez les femmes, tant chez les jeunes que chez les adultes.

Quant à l’ensevelissement, il est conçu comme un autre rite pour progresser dans l’apprivoisement de la mort. Aux yeux des plus proches, plus particulièrement des hommes, enterrer le défunt joue un grand rôle, tout comme avoir porté le cercueil au cimetière. Ce sont les derniers gestes concrets que l’on pose pour le ’voyageur’. L’enterrement fait participer au départ définitif, surtout si l’on est de ceux qui recouvrent de terre la dépouille ; en effet, la terre devient une barrière qui sépare. Fournir l’effort de quelques pelletées permet à ceux qui le veulent de poser un dernier geste symbolique qui met un terme aux liens physiques avec le défunt et continue la guérison de la douleur ressentie.

Si j’ai tenu, au début, à parler de la vision de mes ancêtres, c’est qu’il y a dans plusieurs communautés autochtones une renaissance de la culture et de la spiritualité ancestrales. Pour certains, elles remplacent les religions chrétiennes ; pour d’autres, croyances amérindiennes et foi chrétienne sont compatibles. Ce qui est certain, c’est que les autochtones d’aujourd’hui sont en recherche de leur identité.

Cette quête devient évidente et incontournable lorsque nos jeunes, en mal de vivre et désorientés, décident d’éteindre d’eux-mêmes leur existence. Leur décision fait prendre conscience à l’ensemble de la communauté de la détresse qui les ronge. Leur passage à l’acte transforme la mort en message. Ce message fait réfléchir et provoque une remise en question qui nous fait prendre conscience du mal qui nous habite tous. Lorsque la mort véhicule une touche tragique de désespoir, elle met celles et ceux qui restent en face d’eux-mêmes, elle lance un cri à la communauté et elle réveille à la nécessité d’un renouveau.

Oui, le départ abrupt de jeunes colore la mort d’un relief aux allures de drame collectif. Voilà du neuf pour nous et ça pose de terribles questions. Nos communautés sont-elles préparées à affronter la société moderne et le tournant du siècle ? Le mal de vivre chez les nôtres est-il révélateur de l’exclusion dont a été et est encore frappée notre culture ? Sur ma réserve, on sent le besoin de se retrouver... On recherche de l’aide.

Que ce soit en raffermissant sa foi dans la religion, en redécouvrant les anciennes croyances ou encore en explorant du côté de la laïcité, les visions et les réponses n’empêchent pas la mort d’être source de douleur. Elle occasionne des blessures qui sont plus ou moins souffrantes selon le cas et qui mettent du temps à s’effacer. Quels que soient la spiritualité et les rites qui l’accompagnent, la mort reste toujours un passage difficile vers une autre vie.

Revue Nouveau Dialogue
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