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> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Psychologie et développement personnel


Le bouddhisme tibétain dans sa dimension psychothérapeutique

"Si vous vous voulez connaître ce que vous avez entrepris dans le passé regardez votre condition présente. Si vous voulez connaître votre condition future regardez vos actions présentes."

Par Luc Marianni

ou l’apport de la philosophie tibétaine à l’occident

Introduction/Bouddha, bouddhisme et Tibet

Lors d’une discussion avec un psychothérapeute ce dernier m’a confié qu’il ne mélangeait pas psychothérapie et spiritualité, et que, à juste titre, chacun était responsable de son chemin spirituel. Ce qui m’a interrogé sur ma pratique de la psychothérapie fondée sur le bouddhisme tibétain. En fait, le bouddhisme n’est pas une forme de spiritualité, ni une religion dans ses fondements même si aujourd’hui, en Orient et en Occident, certaines personnes le pratiquent comme tel. Il n’a pas de dieu comme référence créatrice et unique. Sa pratique n’est pas non plus une affaire d’initiés, ni réservée à des moines et elle n’a pas de règles strictes.

Quant au Bouddha historique (Shakyamuni) il est avant tout un enseignant exceptionnel. Dès le début il met la pratique de son enseignement au centre de la famille avec la méditation comme action principale. Pour lui, savoir qui a créé le monde et chercher son origine n’est pas du ressort de l’humain, enfermé dans la dualité. Le but est pour chaque être d’obtenir une condition de vie meilleure, de réduire la souffrance et d’acquérir un équilibre aussi bien physique, mental que émotionnel. Ce qui amène le bouddhisme, dans ses textes fondamentaux, à définir les bases concrètes d’un art de vivre, tourné vers une psychologie appliquée au développement personnel et à la psychothérapie. Il propose une description précise du fonctionnement de la psyché et de l’esprit 2300 ans avant le début de la psychologie occidentale moderne. Dès lors cette "science de l’esprit" ne va cesser de se développer, et toujours en gardant ses fondements, va prendre de nombreuses formes et s’adapter à de nombreux pays. Là où elle va trouver son rayonnement maximum et garder sa forme originelle est dans un petit pays situé sur le toit du monde : le Tibet.

Chez les tibétains la transmission orale et l’expérience personnelle préservent l’intégrité de cet enseignement. Les écrits (sans rejeter leur importance) ne sont qu’un support, rédigés sous forme de phrases courtes (les Sutras) sans descriptif, ni analyse. A chacun le soin d’établir ses propres commentaires et de les tester auprès de personnes qui ont déjà l’expérience de cette démarche. (Il est à noter que la précision des tibétains fut telle qu’ils en arrivèrent même à modifier et à créer des mots dans leur langue pour respecter la traduction des textes). Ce n’est pas uniquement une affaire de spécialistes qui possèdent des techniques et un savoir particulier, souvent inaccessible. Chaque patient va être guidé et suivre le processus de transformation par lequel le thérapeute est lui-même passé.

A qui s’adresse la psychothérapie tibétaine ?

Cette psychothérapie ne s’applique pas ou peu dans cette forme-là aux :

-  personnes manquant d’un minimum de structure et d’intégration sociale
-  malades physiques avec souffrance
-  malades psychiques et mentaux proches de la dépression ou présentant un grave danger pour la société
-  personnes en proie à des émotions incontrôlables, dans une attitude de rejet complet, projetant sans cesse leurs problèmes à l’extérieur.

Pour tous ceux-là il est nécessaire d’adopter un autre type de travail avec un suivi régulier, voire une prise en charge dans des cas extrêmes. Mais l’immense majorité des personnes et particulièrement en France ne sont pas dans ces catégories.

Ce type de psychothérapie s’applique aux personnes :

-  désireuses de résoudre des situations répétitives et/ou perturbantes dans le quotidien, mais aussi :
-  ayant un minimum d’intégration dans la société et d’équilibre mental
-  sentant "autre chose" de plus subtil en eux-mêmes
-  voulant découvrir des états plus profonds de la psyché et de l’énergie (chakra pour les tibétains),
-  cherchant à progresser dans la découverte d’eux-mêmes
-  désirant enseigner ou conduire les autres dans un travail psychothérapeutique.

Elle s’applique aussi et surtout à ceux, touchés physiquement et/ou psychiquement, qui ressentent, avec conscience, leur expérience de vie comme dure, voire destructrice. Pour ces gens-là il est nécessaire d’aller plus loin que la simple guérison thérapeutique. Comme l’analyse C.G. Jung, certains troubles psychiques et névroses ne peuvent être guéris qu’en rajoutant une dimension de spiritualité. Notons ici que la spiritualité n’a rien avoir avec la religion, ni un dieu, ni une croyance…. Elle implique de revenir aux sources de l’esprit, au delà même de l’inconscient et d’appréhender des couches plus profondes de notre être, régénératrices et peu soumises à la dualité et à l’activité mentale conceptuelle. L’esprit n’est pas ici une abstraction ni un objet mystique ou mystérieux mais une faculté appréhendée en nous de façon tangible si nous décidons d’en faire l’expérience. La spiritualité chez les tibétains est liée essentiellement à notre capacité d’expérience intérieure et de transformation consciente de nos états perturbants. La guérison ne peut alors se faire que par un processus de transformation en accédant à des étages énergétiques intérieurs plus profonds.

Processus du travail

Une personne va venir avec un problème émotionnel au quotidien lié à un refus, un blocage, une peur, une colère, un cap à passer…. A ce moment-là selon les degrés de perturbation il y a plusieurs façons de procéder :

1) faire parler la personne sur le problème en question et/ou voir le rapport avec son enfance, ses parents, ses proches….

2) utiliser des médiateurs. Par exemple la thérapie par le rêve dans le sens psychanalytique, par l’art (dessins, mandalas, modelages), par le travail corporel, le jeu, le théâtre pour les enfants et pour les personnes ayant des difficultés de communication ou un mental trop fort.

3) amener la personne à travailler sur son énergie globale en laissant de coté son vécu

Si les deux premières formules permettent une découverte de l’inconscient, une prise de conscience, une décharge émotionnelle, une guérison temporaire souvent bénéfique, dans la troisième formule le patient tente d’établir un contact avec son intériorité. Plus ce contact intérieur est précis et répété, plus la sensation de soi-même se développe. Le patient n’essaie pas de rejeter immédiatement toute source de perturbation (de la même façon que l’on jette dehors un papier ou une cigarette qui nous encombre en voiture ou que l’on lance une parole empreinte de justification, malveillance ou agressivité, dès que l’on se sent faible, rejeté ou attaqué).

A partir de cette sensation une force naît. C’est un peu comme si l’on rassemblait et ordonnait les énergies intérieures, comme si on les condensait pour se sentir soi de façon plus intense et, par conséquent, avoir moins besoin de soutien énergétique et physique de l’extérieur. On ne travaille pas ici sur une expérience émotionnelle précise (en tout cas dans un premier temps) mais plus sur une énergie globale opérant la liaison entre le corps et l’esprit. Ce qui s’apparente au proverbe chinois "donne un poisson à une personne, elle mangera pendant un jour, apprends lui à pêcher elle mangera toujours" ou en d’autres termes développer l’autonomie du patient, lui apprendre à utiliser lui-même l’énergie de l’émotion, voilà une des tâches de soutien du psychothérapeute.

Une fois que la personne se recentre, elle a une sensation corporelle d’elle-même (psychocorporel) plus stable, plus gratifiante et plus libre, moins en dépendance d’une "nourriture" extérieure. Elle a en quelque sorte l’impression d’être chez "soi". Elle peut alors se tourner à nouveau vers l’extérieur, travailler elle-même sa propre expérience (karma chez les tibétains). La personne a alors le choix et la responsabilité en tant qu’humain de résoudre son vécu négatif plutôt que de projeter ses états d’âme à l’extérieur. Même le travail par la parole ("talking cure") n’est plus nécessaire dans ce type de thérapie, si ce n’est que pour questionner ou expliquer les exercices et faire part de ses difficultés ou facilités dans sa pratique.

Hérédité familiale ou racine personnelle

Si nous avançons dans la psychologie tibétaine nous constatons que les tibétains travaillent très peu sur les problèmes parentaux. Chez eux, les parents ne sont que le reflet de nos projections intérieures. De plus ils nous ont permis d’accéder à la condition humaine déjà exceptionnelle en soi (si l’on considère le nombre d’espèces habitant sur terre et qui n’ont pas cette faculté de décision et d’expression).

A l’inverse, en l’occident, un patient peut rester toute sa vie à parler et à rechercher ses souvenirs d’enfance difficiles, les parents étant même dans certains cas la cause de tous leurs malheurs. La conception occidentale est axée sur l’hérédité et la famille (avec un fort sentiment de fusion) et non sur les racines propres de l’être humain.

Le patient alors s’enferme dans un dilemme insoluble face à des ressentis, émotions, perturbations provoqués par l’extérieur. Ne sachant pas quoi en faire et n’ayant pas appris à les travailler il les projette immédiatement à l’extérieur avec une impression de libération, de mieux-être temporaire. C’est une soupape de sécurité nécessaire à certains moments. Mais une autre utilisation de cette énergie existe. Elle peut nous permettre aussi dans un travail guidé de contacter notre intériorité et d’établir la liaison entre le corps et l’esprit. D’où les pratiques multiples dans la psychologie tibétaine pour mettre en œuvre ces énergies d’émotion, de ressenti, de rêves, de créations mentales….Nous allons en quelque sorte guérir en utilisant l’énergie qui nous a perturbés.

Orient/Occident - Intérieur/Extérieur

En Occident et en particulier, en France, nous avons la chance de pouvoir contacter les enseignements bouddhistes tibétains librement. A nous de rester vigilants pour ne pas en faire une image d’Epinal, un simple transfert religieux mais pour l’adapter à notre environnement. Cet "art de vivre" n’est pas meilleur qu’un autre dans l’absolu. Il nous apporte juste ce qui nous fait tant défaut : le travail sur l’émotion sans projection extérieure, la pratique de l’esprit et des énergies subtiles et une façon de réunir corps/esprit, matière/énergie et recherche extérieure/recherche intérieure. C’est à ma connaissance la seule tradition vivante, établie sur des bases scientifiques et testée depuis des siècles, que l’Occident peut intégrer dans son système pour se rééquilibrer.

Les projections émotionnelles sur une terre de 6 milliards et bientôt 12 milliards de personnes ne sont plus possibles. Chacun doit être capable de prendre en charge ses émotions au risque que l’humanité ne devienne une vaste "projection" et la Terre un objet de saisie collectif avec pillages des ressources, rejets d’ordures, de conflits physiques verbales, de haine et de jalousie. L’hérédité familiale et le contexte extérieur, historique, social et culturel sont-ils responsables de tout ? Sommes-nous le pur produit de ces 2 réalités ou existe-t-il en nous des raisons plus profondes qui nous amèneraient à reconsidérer une partie du travail psychothérapeutique occidental ?

Conclusion

Etre à la fois spectateur et acteur de son expérience intérieure, retrouver un équilibre corporel et psychologique, appréhender son univers subtil (rêves, émotions, sensation corporelle…), ne plus être le jouet de son inconscient, pratiquer par soi-même de façon suivie tout en se sentant soutenu (et non porté)… Voilà les étapes du travail.

Les séances ont pour but de guérir nos blessures de l’enfance, de soutenir certains passages fragiles de notre existence, de développer un état de prévention, de nous sentir plus profondément en nous-mêmes, d’être moins dépendant de l’extérieur et d’aller ainsi vers plus d’autonomie.

Les pratiques incluses dans les séances impliquent la dimension corporelle et psychologique (psycho-corporelle) et permettent de retrouver une unité et une harmonie dans les moments de perturbation et d’instabilité. Une fois que nous avons reconnu la nécessité de ces pratiques au quotidien, nous allons les mettre en œuvre, développer notre propre expérience et ainsi accéder à des étages insoupçonnés de nous-mêmes. A ce moment précis nous avons la possibilité de guérir ou de transformer nos négativités, de nous libérer de pressions intérieures souvent inconscientes, qui déteignent sur nos choix de vie et nos activités, et d’utiliser l’énergie ainsi libérée à un mieux-être, à un libre arbitre plus conscient et, pour certains, à ressentir la notion de service et de compassion.

Un autre but est d’acquérir des pratiques à mettre en œuvre par nous-mêmes pour équilibrer notre "soi faible" afin de nous prendre en charge et de réserver les séances à nous recentrer, à travailler sur des peurs et des perturbations émotionnelles trop fortes ou à exposer nos difficultés rencontrées dans notre pratique personnelle.

Les pratiques tibétaines ont une dimension psychothérapeutique dans le sens où le thérapeute doit être passé lui-même par le processus thérapeutique qu’il préconise. Là il peut apporter le véritable soutien dont a besoin le patient. Sinon il va falloir au thérapeute des outils extérieurs aussi performants que l’époque historique dans laquelle il vit pour contrebalancer son manque de perception intérieure profonde (statistiques, médicaments, classifications, ordinateurs, vidéos, images virtuelles…). Le reste n’est qu’une question d’écoute et de patience, de disponibilité et de respect à autrui avec un désir d’alléger la souffrance psychologique, sans se fondre ou s’identifier ou prendre en charge. Là se trouve l’attitude de compassion, fondement du bouddhisme.

Nous sommes tous dans une interminable chaîne :

les maîtres d’élèves et les élèves des maîtres.

Et à tout seigneur, tout honneur, finissons sur une phrase du Bouddha Shakyamuni rapportée par ses disciples et qui synthétise à elle seule l’importance de l’instant présent :

A une personne qui voulait connaître son passé et son avenir le Bouddha répondit : "Si vous vous voulez connaître ce que vous avez entrepris dans le passé regardez votre condition présente. Si vous voulez connaître votre condition future regardez vos actions présentes."

le 1 octobre à Argenteuil

7 rue des Bûchettes, 95100 Argenteuil
Tél./fax : 01 39 82 68 00


http://perso.wanadoo.fr/marianni/





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