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Le bouddhisme, science de l’esprit

La connaissance théorique de l’esprit et son fonctionnement pour une meilleure pratique

Par Luc Marianni

Mais qu’est-ce que l’esprit ?

La connaissance théorique de l’esprit et son fonctionnement pour une meilleure pratique

Introduction

Le bouddhisme se définit comme la science de l’esprit. 2500 ans de recherche et de pratique étape par étape pour découvrir la façon dont nous établissons le contact à autrui et à nous-mêmes, jusqu’à l’expérience individuelle de l’état d’unité. 2500 ans d’investigation de l’esprit et de mise à jour du fonctionnement de la conscience et du mental. Mais qu’est-ce que l’esprit ? Est-ce l’âme ? le mental ? Est-il impénétrable ou bien est-ce l’œuvre de Dieu ? S’il existe une science qui le consacre, l’esprit peut, dans ce cas, être expérimenté par un processus scientifique. Quelles en sont les étapes et la méthode ?

Le bouddhisme est-il une science ?

Une science a toujours un objet d’étude, un but et une méthode pour atteindre ce but. L’objet d’étude dans le bouddhisme est l’esprit et l’objectif : sa découverte et la réalisation de sa véritable nature. Le but ultime de cette expérience est de guérir la souffrance, de la transformer et de retrouver un état d’équilibre et d’harmonie. Comment ? en réalisant une expérience de et par nous-mêmes plus profonde que l’aspect physique et mental de l’existence, ou si vous préférez quelque chose de plus subtile que "je pense donc je suis".

Cette méthode est basée sur la méditation et la connaissance progressive de nos états intérieurs. Elle peut être enseignée et bénéficie de 25 siècles d’études. Si nous rajoutons que cette pratique développe notre autonomie et la compréhension de nous-mêmes, qu’elle est applicable à tous les êtres humains indépendamment d’une civilisation ou d’une époque et qu’elle est pratiquée dans la préservation et le respect de la vie toutes ses formes, nous avons la définition d’une science universelle au sens noble du terme. Mais cette science est-elle adaptable aujourd’hui en dehors de son contexte culturel et historique ? Peut-elle nous servir à remettre de l’ordre dans le fonctionnement de notre esprit ?

De Freud à Jung : les racines de l’Occident

Pendant des siècles, en Europe, dans la culture établie, les voies de l’âme restent impénétrables. Le rêve est proscrit, considéré proche de l’état de folie, et la méditation souvent remplacée par une demande égocentrique, tournée vers l’extérieur : la prière. L’esprit est l’œuvre de Dieu. Le mot âme, devenu propriété de l’église, sort de sa définition initiale de souffle primordial, de pneuma, d’air qui anime et apporte le mouvement, la vibration, la continuité, le rythme de la vie et la notion de vide et de plein. Elle est alors associée aux mystères de la création. Nous arrivons à la fin du XIX siècle marquée par le développement d’un matérialisme forcené. C’est sur ce fond marqué par une activité mentale, conceptuelle et rationnelle que Freud intervient. Dès lors une brèche s’opère et l’impossible redevient possible. L’Occident s’investit dans les méandres de l’inconscient qui se complexifie et s’alourdit au fur et à mesure que la société se conceptualise et se densifie. Jung, disciple de Freud, apporte au début du XX siècle la deuxième ouverture nécessaire à l’intégration de l’être humain dans le mouvement cyclique des civilisations, sous peine de crouler sous un matérialisme scientifique présenté comme la seule réponse à l’évolution et au bonheur du monde. Nous arrivons à l’inconscient collectif et à la notion d’archétypes. Nous sommes alors à la limite de l’interdit religieux, de l’impénétrable, aux portes de la connaissance du soi et du transpersonnel...

Méthode utilisée

Depuis, l’Occident est resté bloqué au stade de l’inconscient. La société s’est développée et structurée à partir de ce verrou psychique. Or, là où l’expérience énergétique de nos états intérieurs (émotions, ressentis, rêves...) n’est pas réalisée, un énorme besoin de matière se crée pour que l’être humain se sente existé et soutenu.

Jung a jeté les bases de l’expérience de soi, première approche de l’individu adulte et autonome. A partir de là nous pouvons aller au-delà de la psyché par une réelle connaissance de notre inconscient dans son fonctionnement propre et non plus uniquement par ce qu’il contient (événements de l’enfance...). Pour conduire cette expérience personnelle, nous avons besoin d’une référence et d’un support. Seul une civilisation traditionnelle encore vivante de haut développement humain en rapport avec l’essence de l’être, en contact avec la nature, l’intuition et le ressenti corporel peut apporter ce fil conducteur. Le Tibet possède pour quelques temps encore les enseignements théoriques, pratiques et transmissibles sur les états de l’esprit et de la conscience. Par des pratiques successives guidées, nous pouvons établir une comparaison avec la connaissance occidentale, c’est-à-dire trouver les mots disponibles et équivalents dans notre langue. En établissant ainsi une clarté au niveau des termes et en leur redonnant un ordre, nous rééquilibrons notre connaissance intérieure. Nous mettons en place une théorie de l’esprit et nous ouvrons une porte vers une pratique adaptée et intégrée à notre culture.

Différents termes pour notre fonctionnement intérieur

Ame, esprit, conscience, mental, psyché, intellect, ressenti, pensée, soi... Qui fait quoi ?

Commençons par l’âme, où la religion en fait le principe spirituel de l’homme, conçue comme séparable du corps, immortelle et jugée par Dieu. La philosophie la définit comme l’un des deux principes composant l’homme (l’autre étant le corps) et comme principe de la sensibilité et de la pensée. Quant à la psychologie, elle apporte une précision en la définissant comme l’ensemble des fonctions psychiques et des états de conscience.

Pour l’esprit : essence de nous-mêmes/ souffle primordial et divin/ en rapport avec l’âme/ être immatériel et incorporel/ prend également les valeurs de mentalité et de principe de vie morale...

Pour le mental : il existe un grand nombre de définitions imprécises : qui se fait dans l’esprit/ principe pensant qui relève de l’activité intellectuelle...

Pour le psychisme : qui se rapporte à l’âme / qui concerne l’esprit et le mental...

Nous constatons d’emblée, à travers ces quelques définitions issues de différents ouvrages (et nous aurions pu continuer encore longtemps), la difficulté à cerner notre fonctionnement intérieur, à déceler une cohérence dans tous ces termes et surtout, en cette fin de 19ème siècle, à savoir ce que représente l’âme, mot vague et à forte connotation religieuse.

Freud et Jung rentrent en scène et ouvrent grand les "voies de l’impénétrable". Ils posent comme axiome la psyché en tant que manifestation de l’âme incarnée. Dès lors, le mot perd son coté absolu et mystérieux. "Psyché" remplace "Ame" et devient objet d’étude scientifique. Le psychisme se définit comme la conscience mentale en fonction. Il produit des pensées, des concepts, des ressentis, des émotions... Mais il faut attendre encore un siècle, par l’intermédiaire de certains enseignements bouddhistes tibétains et, en particulier, ceux de Tarab Tulku Rinpoché pour que nous (re)découvrions la nature bipartite de notre psychisme :

a) une nature conceptuelle appelée intellect ou mental conceptuel qui permet d’utiliser le jugement, le raisonnement, le discernement, d’établir des distinctions. Il inclut le langage b)

c) une nature sensorielle appelée ressenti ou mental sensoriel qui est en rapport avec l’expérience plus directe des choses, proche des 5 sens et de la sensation corporelle. d)

Ici nous touchons le point essentiel de toute approche psychothérapeutique : il existe une partie "ressenti" dans le mental. Le travail consiste donc en Occident à réduire la nature conceptuelle/l’intellect (en arrêtant les pensées, le langage, les jugements... qui nous coupent irrémédiablement de la réalité et de l’expérience de l’esprit) afin de retrouver le ressenti, l’intuition et la connaissance directe des choses, tous garants d’un fonctionnement plus naturel et d’un état plus sain.

Troisième mode d’expression de la conscience mentale

Notons que la conscience mentale possède un troisième outil pour capter, traduire et appréhender la réalité extérieure et intérieure : les images produites dans les rêves, les visions, les hallucinations... En résumé, la conscience mentale (par l’intermédiaire de son 6ème sens, le mental) possède trois modes d’expression pour comprendre, établir une réalité, la saisir et avoir une relation avec elle : le ressenti et l’intellect (qui forment le psychisme) et la production d’images intérieures (imagination). Par exemple dans le rêve : dès notre réveil nous avons, en plus d’une sensation corporelle, des images énergétiques en mémoire, un ressenti mental (agréable ou désagréable) et un intellect qui peut décrire les images et le ressenti soit par écrit, parole ou pensée. Nous retrouvons également ce même processus lorsqu’une émotion est (ré)activée.

A propos du 6ème sens : le mental

Le mental, 6ème sens chez les bouddhistes, possède, comme tout sens, ses propres objets : pensées, émotions... Il a un organe physique -le cerveau-, une conscience : la conscience mentale et une puissance pour s’exprimer et se relier à l’extérieur à travers l’intellect (la parole...), le ressenti et la création d’images. Si, parmi ces trois modes d’expression, le ressenti est le point principal de travail en Occident comme pôle d’équilibre naturel d’un mode d’expression trop rationnel, quel est alors le rôle véritable de l’intellect ? Il appartient spécifiquement à l’être humain (ce qui le différencie de l’animal) et fonctionne pleinement à partir de 7 ans (l’âge de raison et de la grande école). Son rôle est d’établir des concepts et des images totalisantes, de juger, de décrire, de discriminer, d’utiliser le langage.... Cet aspect conceptuel du mental prend toute la place et existe indépendamment de la réalité. Si nous en restons là, nous fonctionnons à un niveau de manifestations extérieures sans aucune possibilité de contact intérieur. Mais l’intellect a une autre particularité : celle de rassembler, d’ordonner, d’associer les choses, de les clarifier et les nettoyer. Il peut ainsi se mettre au service d’une recherche personnelle .

A la découverte de l’esprit et de la conscience

L’esprit a une nature propre et existe à un niveau humain, donc relatif et illusoire.Nous pouvons donc en faire l’expérience. S’il est reconnu dans sa nature fondamentale, nous passons au-delà de la dualité et rentrons dans la pure nature de l’esprit appelée aussi état de Bouddha ou état d’éveil. Nous sommes en tant qu’être humain dans la connaissance fondamentale, où se manifeste la compassion, la bienveillance, la foi au sens propre de confiance et non croyance mentale, religieuse ou philosophique. Selon les pratiques bouddhistes avancées, cette expérience peut nous conduire au-delà de l’individualité et nous met en relation avec la nature profonde de l’univers. Si l’esprit n’est pas reconnu dans sa nature de pureté, de lumière et de clarté, il devient Potentiel doté de la faculté de perception. Il prend alors le nom de conscience fondamentale, appelée aussi conscience base de tout. Cette conscience fondamentale, faculté principale de l’esprit, en émergeant, libère des empreintes karmiques en latence. Le cycle "infernal" (dans le sens d’enfermement) commence. Nous nous individualisons sur la base de ces empreintes (racines qui vont déterminer plus tard notre caractère, qualités, dons, défauts...). La conscience fondamentale devient conscience individuelle pour exister en tant que moi-je. Cette conscience individuelle, au centre des expériences, se divise à son tour en autant de consciences qu’il est nécessaire pour appréhender la réalité-objet extérieure à travers les sens. Il existe donc 6 consciences sensorielles, 5 correspondant aux 5 sens, et la 6ème en relation au sens intérieur, le mental (voir paragraphe ci-dessus). Nous sommes à cet instant bien loin de la simple faculté de la perception de l’esprit, de l’énergie primordiale ou même de la conscience de soi, trop occupés à gérer les émotions perturbatrices qui se manifestent.

Comment retrouver le chemin de l’esprit ?

Aujourd’hui la pratique de l’esprit devient une réalité objective tout comme l’était à la fin du XIX siècle la découverte du psychisme. Faire une expérience ou une recherche spirituelle correspond à la capacité dans notre vie à observer notre fonctionnement mental, à faire l’expérience de l’esprit et de nos différents états de conscience. Faire l’expérience de l’esprit nous demande de réorienter notre faculté de conscience (dont les qualités essentielles sont présence, vigilance, attention) au delà de nos identifications à nos empreintes karmiques, nos émotions, nos ressentis, nos pensées, notre intellect...et d’essayer de reconnaître l’esprit dans sa nature de clarté, de lumière et d’approcher la non-dualité à différents niveaux. Cette expérience n’est pas aisée et demande de la détermination, du courage, de la persévérance, et comme point de départ d’y trouver un intérêt personnel (aussi contradictoire que cela puisse paraître). De plus, elle se heurte à la production de pensées. La pensée, formation mentale produite par le psychisme, est l’activité principale de l’humain qui lui permet de se définir comme tel et de continuer son existence, correctement si possible. Elle prend souvent le dessus sur les autres formes de l’esprit. C’est elle qui gouverne tant que nous ne dépassons pas la barrière mentale conceptuelle. De plus quand nous pensons, nous ne pouvons pas être dans la conscience fondamentale. Retrouver le chemin de l’esprit passe donc par l’arrêt de toutes formes d’action et de création extérieure : actes physiques, paroles et pensées.

Pour atteindre cet objectif, différentes étapes sont nécessaires : détente mentale et physique, appréhension de la sensation corporelle, ralentissement du processus mental des pensées au profit du contact avec le ressenti pour que nous puissions nous connecter à des étages plus naturels et subtils de nous-mêmes (voir à cet effet les articles sur l’autothérapie dans Samsara n°2 et sur la méditation dans Samsara n°11). Notons au passage que, pour la tradition occidentale, la pratique énergétique du rêve (voir le Samsara n°9) est une voie privilégiée et fournit un point d’entrée pour réaliser l’expérience de l’esprit et de la conscience. Ces pratiques méditatives, individuelles et progressives, nous apportent au fil des étapes un rééquilibrage de notre fonctionnement mental. Elles nous guérissent de maux physiques et psychologiques auxquels nous nous étions identifiés et nous relient à l’ensemble des êtres et la Nature de façon directe et stable. Nous nous dirigeons alors vers une expérience d’unité et de compassion.

Conclusion

Nous avons établi la théorie au service de la pratique (voir à cet effet le tableau qui accompagne l’article). La pratique de la théorie, quant à elle, n’a pour but que de nous aider à ressentir notre vie de façon plus saine et naturelle. Dans ce sens, c’est une expérience scientifique qui développe non point une dépendance, mais des qualités d’autonomie et qui n’entraîne pas de dommages à l’extérieur et de dispersions intellectuelles. Du même coup, nous rétablissons dans leur complémentarité les deux natures du psychisme : l’intellect tourné vers l’activité conceptuelle, et le mental sensoriel/ressenti tourné vers l’intuition, la pratique et la saveur personnelle qui en découle. A l’image de la société bouddhiste tibétaine où les connaissances participent au même but, à savoir celui de dépasser la souffrance dans un souci de bien pour tous les êtres (animaux compris), nous réunissons également bon nombre de disciplines, séparées depuis des siècles en Occident (philosophie, psychologie, médecine, religion, psychothérapie, sciences exactes...).

Enfin, deux mots n’ont pas été intégrés dans le tableau, ni expliqués dans l’article : le soi et l’âme. Pourquoi ? Parce que le soi n’existe pas en tant qu’entité. Composé d’un ensemble de 5 éléments (skandhas ou agrégats), le soi ne se définit qu’en fonction de différents états de conscience ; à un certain niveau de méditation nous pouvons le dépasser. Quant à l’âme, terme trop lourd de sens à la fin du XX siècle, lié à la religion et à la foi dans le sens de croyance, il désigne un concept global flou, utile à son époque mais qui n’a plus de résonance aujourd’hui. Ce mot est donc à employer avec précaution dans une société rationnelle et scientifique, sous peine que les voies de l’esprit restent impénétrables encore pour des siècles...

Luc Marianni à Argenteuil, le 6 septembre 1999

7 rue des Bûchettes, 95100 Argenteuil
Tél./fax : 01 39 82 68 00


http://perso.wanadoo.fr/marianni/





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