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Maître Kusan Sunim

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Le Hwadou

Le Hwadou est l’équivalent, dans la tradition du Zen coréen, du koan dans le bouddhisme japonais. Maitre Kusan nous explique en quoi consiste sa pratique

Par Maître Kusan Sunim

Le Hwadou

Maître Kusan Sunim

Un être humain se compose d’un corps et d’un esprit. Un corps sans principe vital n’est autre qu’un cadavre. Un esprit sans en-veloppe matérielle n’est quant à lui que pur esprit. Quelqu’un qui, bien que doté à la fois d’un corps et d’un esprit, connaît seulement le corps et non l’esprit est appelé un être sensible. En général, on entend par être sensible tout être possédant une vie consciente. Les oiseaux volant dans le ciel, les animaux se dé-plaçant sur terre, les poissons vivant dans l’eau, de même que les organismes les plus minuscules, tous sont des êtres sensibles. On dit des êtres humains qu’ils sont supérieurs à toutes les autres créatures. Cependant, comment un être humain peut-il être tenu pour supérieur s’il connaît son corps mais est ignorant de la nature de son esprit ? Celui qui connaît le corps mais pas l’esprit est une personne incomplète. Néanmoins, si un être humain recherche l’esprit et s’éveille à lui, il réalisera l’état complet : car à cet instant, il connaîtra aussi bien le corps que l’esprit.

Une telle personne éveillée est considérée comme un bouddha, un maître de toutes choses, et un être humain noble. Il compte parmi ceux qui ont transcendé la condition ordinaire. Le terme « bouddha » signifie l ’ « éveillé » ou« éclairé ». Donc si vous êtes éveillé, vous serez un bouddha. Toutefois, si l’esprit d’un bouddha est obscurci, il sera un être sensible. Lors de l’éveil ce monde devient une Terre pure, mais aussi longtemps que vous vous intéressez uniquement au corps et que vous êtes comme l’ esclave de ce qui vous entoure, le monde reste un univers souillé.

Le but poursuivi dans la pratique de la méditation zen est de s’éveiller à l’esprit. Une telle réalisation n’implique pas simple-ment s’asseoir tranquillement pour essayer de calmer et pacifier le mental. Il ne s’agit pas non plus de contempler sa respiration. Au lieu de cela, il faut se livrer à une investigation directe sur un hwadou. Des exemples de hwadou seraient des questions telles que« Qu’est-ce que ceci ’ ? » ou « Qu’est-ce que cet esprit ? » Ce que vous recherchez peut être appelé de diverses façons : esprit, âme, vraie nature, soi originel, etc. Cependant, ces noms sont seulement des étiquettes. Vous devriez mettre de côté toutes ces dénominations et réfléchir au fait que le vrai maître du corps est plus que ce que désigne le simple mot « esprit ». Le maître du corps n’est pas le bouddha, car il n’est pas encore éveillé. Ce n’est pas quelque chose de matériel, parce qu’on ne peut pas le donner ou le recevoir physiquement. Ce n’est pas non plus un espace vide, puisqu’un espace vide ne sait pas poser de questions ni avoir connaissance du bien et du mal.

En conséquence, il y a un maître qui domine ce corps et qui n’est pas l’étiquette « esprit », le bouddha, une chose matérielle ni un espace vide. La négation de ces quatre possibilités fera naître une question quant à la nature réelle de ce maître. Si vous continuez à vous interroger dans cette direction, le questionnement deviendra plus intense. Finalement, lorsque la masse d’interrogation se sera élargie jusqu’à un point critique, elle éclatera soudainement. L’univers entier sera fracassé et seule votre nature originelle apparaîtra devant vous. De cette manière, vous vous éveillerez.

Il est extrêmement important de se vouer à un approfondisse-ment continu du hwadou avec une ferme détermination. Au dé-but, vous aurez peut-être l’impression d’essayer de soulever avec un bras faible un seau lourd et rempli d’eau. Même dans ce cas, vous ne devriez jamais relâcher votre effort. Au contraire, quoi que vous fassiez, ne vous occupez de rien d’autre que du hwadou. Si une horloge n’est pas fiable et s’arrête tout le temps, n’importe quelle personne sensée ou la fera réparer ou s’en débarrassera. Pareillement, en pratiquant la méditation, vous devez fournir un effort continu et ne pas vous laisser aller à la paresse.

Dans la méditation zen, le facteur clef est le maintien constant d’un état d’interrogation. Ayant donc pris le hwadou « Qu’est-ce que ceci ? », essayez de toujours entretenir le questionnement :

« Qu’est-ce qui voit ? », « Qu’est-ce qui entend ? », « Qu’est-ce qui fait bouger ces mains et ces pieds ? », et ainsi de suite. Avant que l’attitude initiale d’interrogation ne s’affaiblisse, il est im-portant de faire réapparaître la question. De cette façon, le pro-cessus d’investigation peut continuer sans interruption, chaque nouvelle question venant recouvrir la précédente. En outre vous devez essayer de rendre cette progression unie et régulière. Ceci ne signifie cependant pas que vous devriez simplement répéter machinalement la question comme si c’était un mantra. Il est inutile de ressasser jour et nuit « Qu’est-ce que ceci ? » « Qu’est -ce que ceci ? » La clef est de conserver une attitude d’interrogation, pas la répétition des mots. Dès que cette investigation aura commencé, il n’y aura pas de place pour l’ennui. Si l’esprit reste calme, le hwadou ne sera pas oublié et l’état de questionnement continuera sans interruption. Par cette méthode, l’éveil sera facile.

Quand on médite, à la fois la sagesse et la concentration doivent être cultivées à l’unisson. S’il y a la sagesse sans l’application, les idées erronées vont s’accentuer ; et s’il y a la concentration sans la sagesse, alors l’ignorance grandira. Lorsqu’on examine avec une attention soutenue le hwadou « Qu’ est-ce que ceci ? », la vivacité du hwadou devient sagesse et la cessation des pensées distraites devient concentration. La méditation peut être comparée à une lutte entre d’un côté les pensées dissipées et la lourdeur d’esprit, et de l’autre le hwadou. Plus le hwadou devient fort, et plus les dispositions d’esprit négatives s’estompent.

Vous n’êtes pas le premier et vous ne serez pas le dernier à sui-vre ce chemin. Par conséquent, ne sombrez pas dans le découragement si vous trouvez parfois la pratique difficile. Tous les patriarches d’autrefois ainsi que les maîtres contemporains ont aussi connu des tribulations sur cette même voie. En plus, ce n’est pas toujours la personne la plus vertueuse ou intelligente qui fait les progrès les plus rapides. Parfois, le contraire est vrai. Il y a de nombreux exemples de personnes à problèmes et se conduisant mal qui, en dirigeant leur attention vers l’intérieur pour pratiquer la méditation, ont très vite fait l’expérience d’une percée. Ainsi n’ayez pas l’impression d’avoir échoué avant même d’avoir vraiment commencé.

U n ancien maître a dit qu’avec l’écoulement des jours vous ver-rez vos pensées devenir identiques au hwadou, et le hwadou de-venir identique à vos pensées. Ceci est tout à fait vrai. En fin de compte, on peut dire de la pratique du zen qu’elle est à la fois la chose la plus facile et la plus difficile à faire. Toutefois ne vous abusez pas en pensant que ce sera soit très simple ou extrême-ment dur. Chaque matin, prenez seulement la résolution d’être éveillé avant le soir. Raffermissez cet engagement quotidienne-ment jusqu’à ce qu’il soit aussi inépuisable que les grains de sable le long du Gange.

Personne ne peut entreprendre ce travail à votre place. La faim de l’étudiant ne peut jamais être rassasiée si son professeur prend un repas pour lui. C’est comme disputer un marathon. Le gagnant sera uniquement celui qui sera le plus en forme ou le plus déterminé. Il ne tient qu’à lui seul de remporter la course. De même, pour atteindre l’objectif de votre pratique, ne vous laissez pas distraire par des idées sans rapport avec cette tâche. Temporairement, laissez tout le reste être tel quel et ôtez-le de votre esprit. Après l’éveil seulement serez-vous en mesure d’être vraiment utile aux autres.

Veillez à ne jamais négliger les préceptes moraux qui servent de fondement pour votre pratique de la méditation. De plus n’essayez pas d’avoir l’air intentionnellement replié sur vous—même ou absent. Il est tout à fait possible de poursuivre la pratique du zen sans que les autres ne s’aperçoivent de ce que vous faites. Néanmoins, lorsque votre absorption dans le hwadou devient spécialement intense, votre attention pour les affaires du dehors peut s’atténuer. Il s’ensuit que vous donnerez peut -être l’impression d’avoir un peu perdu le contact avec les

soucis ordinaires. À présent, le hwadou sera dans sa phase de maturation, l’attention sera plus soutenue et l’esprit commencera à devenir plus fin, comme une épée affilée. Il est essentiel à ce stade de continuer votre pratique avec l’intensité d’un soldat assaillant. Vous devez être entièrement pris par le hwadou au point d’en oublier tout le reste.

Si vous savez rendre votre corps et votre esprit identiques au hwadou, alors à la fin l’ignorance se brisera naturellement en éclats. Vous tomberez totalement dans un état de non-savoir, perplexité et interrogation. Ceux qui ont fait beaucoup d’études en viendront même à oublier ce qu’ils avaient appris précédem-ment. Ceci n’est cependant pas un état final ni durable. Lorsque vous avez atteint cette étape, vous devez encore aller plus loin jusqu’au moment où bien que vous ayez des oreilles, vous ne savez pas comment entendre ; bien que vous ayez des yeux, vous ne savez pas comment voir ; et bien que vous ayez une langue, vous ne savez pas comment parler. Arriver à l’endroit où les montagnes ne sont pas des montagnes et les rivières ne sont pas des rivières peut imposer plusieurs années de pratique exigeante. Pour cette raison, il est nécessaire de vous défaire de toutes les autres préoccupations, et de vous exercer à concentrer l’intégralité de votre attention sur le seul hwadou insipide.

En pratiquant avec assiduité de cette manière, vous atteindrez finalement l’éveil. Vous pourrez alors empoigner les bouddhas et les patriarches eux-mêmes et les vaincre. À ce moment-là, les montagnes seront de nouveau des montagnes, les rivières seront de nouveau des rivières, la terre sera la terre et le ciel sera le ciel. Quand vous ressentez les choses d’une telle façon, il est vive-ment conseillé d’aller voir un maître qualifié pour recevoir la confirmation de votre compréhension.

Kusam Sunim se tourna vers le bouddhisme à l’âge de 28 ans, quand, confronté à une grave maladie il fut frappé par la non permanence de la vie. Après sept dures années de formation sous la direction du maître coréen Hyobong, il reçut le titre de maître Zen. Il est décédé en décembre 1983.

Ce texte est extrait de l’ouvrage « La Voie du Zen Coréen », parut aux Editions Dharma en 1999. A l’origine il a été traduit par Martine Batchelor et édité par Stephen Batchelor. Nous devons la traduction française à Chonggong Sunim.

Editions Dharma

Michel et Véronique Zaregradsky

60 rue des Moulins

F-85580 St Michel en L’Herm

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Octobre 2000

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