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> Bouddhisme > Enseignements


Le Dharma en deux mots

Le bouddhisme comporte quatre particularités ou "sceaux" : 1.tous les phénomènes sont impermanents 2. toutes les émotions sont douloureuses 3. tous les phénomènes sont vides 4. le nirvâna est au-delà des extrêmes.

Par Dzongsar Khyentse Rinpoché

"Le bouddhisme se caractérise par quatre particularités ou « sceaux ». Lorsqu’on retrouve ces quatre sceaux dans une voie ou une philosophie elle peut être considérée comme la voie du Bouddha"

Les gens me demandent souvent : "Comment présenter le bouddhisme en quelques mots ?" ou elles me demandent "Quelle est la philosophie ou la vision spécifique du bouddhisme ?"

Malheureusement, en Occident le bouddhisme semble être atterri dans le département religieux et même dans le département de l’auto-croissance ou l’auto-aide. Sans aucun doute, il se retrouve dans la tendance à la mode de la méditation. Je voudrais défier la définition populaire donnée à la méditation bouddhiste.

Beaucoup de personnes s’imaginent que la méditation signifie se relaxer, regarder le lever de soleil ou contempler les vagues déferlant sur une plage. Des idées charmantes comme « lâcher prise » et « être sans-soucis » nous viennent à l’esprit. Du point de vue bouddhiste, la méditation signifie bien un peu plus que cela.

Les quatre sceaux :

Le premier sceau
Le second sceau
Le troisième sceau
Le quatrième sceau

Une dénomination

En premier lieu je pense qu’il faudrait examiner le contenu véritable de la méditation bouddhiste. Elle comporte la vision, la méditation et l’action : ces trois éléments ensemble constituent un moyen efficace pour comprendre la voie. Même si nous n’utilisons pas de telles conceptions dans notre vie quotidienne, nous apercevons rapidement que nous agissons toujours à partir d’une vision, une méditation et une action. Si par exemple nous voulons acheter une voiture, nous choisirons toujours celle qui paraît la meilleure, la plus fiable etc.... « La vision » dans ce cas est l’idée ou la conviction qu’il s’agit bien d’une bonne voiture. Suit la « méditation » où nous nous familiarisons avec l’idée, nous y réfléchissons et puis nous passons à l’action, c’est-à-dire l’achat et l’utilisation de la voiture. Ceci ne constitue pas nécessaire-ment un processus bouddhique : nous procédons ainsi constamment. Il ne faut même pas utiliser les termes vision, méditation et action. Nous pouvons le décrire également comme « l’idée », « l’accoutumance à l’idée » et « l’acquisition ».

Quelle est donc cette vision spécifique à laquelle les bouddhistes essaient de s’accoutumer ? Le bouddhisme se caractérise par quatre particularités ou ’sceaux’. Lorsque ces quatre sceaux se retrouvent dans une voie ou une philosophie, il importe peu que l’on l’appelle bouddhisme ou pas. Appelez-le comme vous voulez : les mots ’bouddhiste’ ou ’bouddhisme’ importent peu. Ce qui prévaut est le fait que si la voie contient ces quatre particularités, elle peut être considérée comme la voie du Bouddha.

Quatre sceaux

Voilà pourquoi on appelle ces quatre particularités également "les quatre sceaux du dharmà’.

Elles sont les suivantes :

Toutes les choses composées sont éphémères. Toutes les émotions sont pénibles. Voici des mots que prononcent uniquement des bouddhistes. Beaucoup de religions vénèrent des choses comme l’amour par des rites ou des chants. Les bouddhistes pensent : "Tout cela, ce n’est que de la souffrance".

Tous les phénomènes sont vides ; elles n’existent pas en eux-mêmes. Voilà en somme la vision ultime du bouddhisme : les trois autres se fondent sur ce troisième sceau.

Le quatrième sceau : Le nirvâna se trouve au-delà des extrêmes.

Sans ces quatre règles, la voie bouddhiste serait du théisme, un dogme religieux et on passerait à côté de l’objectif. D’un autre côté, on pourrait entendre quelqu’un qui pratique le surf qui vous apprend comment il faut s’asseoir sur la plage et regarder le coucher du soleil. Si ce qu’il raconte contient ces quatre sceaux, on peut dire qu’il s’agit d’un enseignement bouddhiste. Il est fort probable que les Tibétains, les Chinois et les Japonais ne l’apprécieraient peut-être pas, mais la transmission ne doit pas nécessairement se faire dans une forme traditionnelle.

Ces quatre sceaux sont inter reliés comme vous allez le voir.

Le premier sceau

Tous les phénomènes sont impermanents

Tous les phénomènes que nous pouvons nous imaginer sont composés et de ce fait soumis à l’impermanence. Nous acceptons facilement certains aspects de cette impermanence comme par exemple le change-ment de la météo, mais par contre il y a des choses très évidentes que nous avons difficulté à accepter.

Par exemple : notre corps est périssable et vieillit de jour en jour et pourtant nous avons difficulté à l’accepter. Certaines revues populaires braquées sur la beauté et la jeunesse exploitent ce phénomène. En ter-mes de vision, méditation et action, leurs lecteurs adhèrent probablement à la vision qu’ils ne vieillissent pas ou qu’ils peuvent échapper à ce processus de vieillissement. Ils réfléchissent sur base de cette permanence et agissent en conséquence en côtoyant des centres de culture physique ou en subissant la chirurgie plastique et d’autres supplices de ce genre.

Les êtres éveillés seraient d’avis que tout ceci est complètement ridicule et basé sur une vision erronée de l’impermanence, le vieillissement, la mort, les changements de météo etc.

Des phénomènes composés

Les bouddhistes ont une prise de position claire et nette en cette matière : étant composés, les phénomènes sont impermanents. Tôt ou tard tout ce qui est composé se décomposera.

Quand nous disons ’composé’, cela implique les dimensions de temps et d’espace. Le temps est composé et donc éphémère : le présent n’existe pas sans le passé et le futur. Si le moment présent était permanent, il n’y aurait pas de futur comme le présent serait toujours là. Toute action - planter une fleur, chanter une chanson etc. - a un début, un milieu et une fin. Si dans une chanson il manquait le début, le milieu ou la fin, le ’chanter une chanson’ ne se produirait pas. Ce qui implique que chanter une chanson est quelque chose de composé.

"Et puis", nous nous interrogeons, "En quoi cela nous intéresserait-il ? Quel est le problème ? Quelque chose a un début, un milieu et une fin, et puis ?". Les bouddhistes ne se soucient pas de débuts, de milieux ou de fins, le problème ne se situe pas là. Le problème est que étant composés et impermanents, comme c’est le cas avec les phénomènes éphémères et matériels, conduisent inévitablement à l’incertitude et à la souffrance.

Un soulagement

Beaucoup de personnes pensent que les bouddhistes sont pessimistes parce qu’ils parlent toujours de la mort et l’impermanence. Mais ce n’est pas nécessairement ainsi. L’impermanence apporte un soulage-ment ! En ce jour, je ne possède pas de BMW et c’est grâce à l’impermanence que j’en aurai peut-être une demain. Sans l’impermanence, je serais bloqué par le fait que je ne possède pas de BMW et que donc jamais je ne pourrai en posséder une. Aujourd’hui je pourrais me sentir dépressif et peut-être demain, grâce à l’impermanence, je me sentirai en pleine forme. L’impermanence n’est donc pas à priori une mauvaise nouvelle : tout dépend de l’approche que nous avons. Avec une approche correcte de l’impermanence, il faut se faire moins de soucis, même si aujourd’hui notre BMW est accidentée ou que mon ami m’abandonne.

Liberté

L’illusion se manifeste quand nous ne reconnaissons pas que tous les phénomènes composés sont éphémères. Mais la liberté surgit quand nous sommes conscients de cette vérité, non seulement intellectuellement mais dans le plus profond de notre être et, vraiment, libérés de cette croyance bornée et inébranlable en la permanence. Que nous ne l’apprécions ou pas, même notre chère voie bouddhiste est composée. Elle a un début, un milieu et une fin.

Si nous sommes prêts à comprendre que tous les phénomènes composés sont impermanents, nous sommes préparés a accepter une perte. Puisque tout est impermanent, c’est donc à cela que nous pouvons nous attendre dans ce monde.

Le second sceau

Toutes les émotions sont douloureuses

Le mot que les Tibétains utilisent pour "émotion" est zagché, ce qui veut dire ’contaminé’ ou ’souillé’, dans le sens d’être imprégné de confusion et de dualité. Certaines émotions, comme la jalousie et l’agressivité sont automatiquement ressenties comme douloureuses. Mais que faire de ces émotions délicieuses et agréables comme l’amour et l’affection, la gentillesse et le dévouement ? Nous ne les considérons pas comme étant douloureuses ; elles impliquent néanmoins la dualité, ce qui signifie que finalement elles sont une source de souffrance.

Dualisme

L’esprit dualiste contient pratiquement toutes nos pensées. Pourquoi est-ce douloureux ?

Parce qu’elles contiennent des erreurs. Tout esprit dualiste est un esprit qui se trompe, un esprit qui ne perçoit pas la nature réelle des phénomènes. Comment alors comprendre cette dualité ? Elle con-sidère sujet et objet : d’un côté, nous mêmes et de l’autre, notre expérience. Cette approche dualiste est erronée, comme nous l’éprouvons nous-mêmes quand plusieurs personnes voient le même objet d’une façon différente. Un homme peut voir une femme et la trouver jolie, et ça sera sa vérité. Mais s’il devait exister une sorte de vérité absolue et indépendante, chacun devrait la trouver jolie. Apparemment, ce n’est pas le cas. Cette vérité n’est pas indépendante de tout le reste. Elle est dépendante de ton esprit. Elle est ta projection.

L’esprit dualiste crée pas mal d’espoirs et d’angoisses. Chaque fois que se présente un esprit dualiste, se manifeste l’espoir et l’angoisse. L’espoir est la douleur parfaite systématisée. Nous avons une tendance de concevoir ceci autrement, mais il en est ainsi malgré tout. C’est la souffrance. Pour la douleur et la peur cela va de soi.

Comprenez la souffrance

Le Bouddha dit : "Comprenez la souffrance". C’est la première des quatre nobles vérités. Beaucoup d’entre nous confondent la douleur avec la jouissance - la jouissance que nous éprouvons maintenant est en somme la cause de souffrances que nous éprouverons tôt ou tard. Une autre approche bouddhiste est de prétendre que quand une grande souffrance diminue elle s’appellera jouissance. Nous l’appelons le bonheur.

En plus, les émotions n’ont pas d’existence inhérente. Quand des personnes assoiffés voient de loin miroiter un oasis, elles ont un sentiment de soulagement : "Enfin, voilà de l’eau !". Mais en se rapprochant le mirage se dissipe. Voilà un aspect important de l’ émotion : l’ émotion n’a pas une existence indépendante.

Voilà la raison pourquoi les bouddhistes tirent la conclusion que toutes les émotions sont douloureuses. En fait, elles sont temporelles et dualistes et pour cette rai-son, incertaines et toujours accompagnées d’espoir et d’angoisse. Mais finalement, elles sont exemptes de nature inhérente réellement existante et ne l’ont jamais possédé et de ce fait ne valent au fond pas grand chose. Tout ce que nous créons au départ de nos émotions est finalement sans importance et douloureux. C’est la raison pour laquelle les bouddhistes pratiquent la méditation shamata et vipashyana  : elle aide à se libérer de l’emprise qu’ont ces émotions sur nous ainsi que des obsessions qu’elles produisent.

La compassion est-elle une émotion ?

Etant des êtres ordinaires, nous avons une compassion dualiste, tandis que la compassion des Bouddhas ne contient ni sujet ni objet. D’un point de vue bouddhiste, la compassion ne peut contenir ni sujet ni objet. C’est ce que nous appelons mahakaruna, la grande compassion.

J’ai difficulté à accepter que toutes les émotions sont douloureuses.

Oui, si vous voulez une approche plus philosophique, oubliez le mot ’émotion’ et dites simplement ’Tout ce qui est dualiste est souffrance’. Mais j’aime le mot émotion, parce qu’il nous défie.

Est-ce que la souffrance n’est pas impermanente ?

Oui ! Une fois que vous réalisez cela, vous êtes sur le bon chemin. C’est précisément parce que nous l’ignorons que nous nous tourmentons en cherchant des solutions à nos problèmes. Ceci constitue un de nos problèmes les plus grands : le fait que nous essayons de résoudre nos problèmes.

Le troisième sceau

Tous les phénomènes sont vides. Ils n’ont aucune existence propre en eux—mêmes

Quand on dit ’tous’, on veut dire ’vraiment tout’, y compris le Bouddha, l’ état de plein éveil et la voie... Les bouddhistes définis-sent un phénomène comme quelque chose ayant des caractéristiques, un objet appréhendé par un sujet. L’idée qu’un objet serait quelque chose d’externe est une forme d’ignorance et ce qui nous empêche de distinguer la nature réelle de cet objet. La vérité d’un phénomène est appelé « shunyatà » ou vacuité, ce qui signifie que les phénomènes ne disposent pas d’une essence ou d’une nature réellement existante. Quand un sujet ignorant voit quelque chose, l’objet appréhendé est con-sidéré comme existant réellement. Mais cette existence réelle est une supposition erronée. Une telle supposition est basée sur les conditions diverses qui donnent une apparence réelle à cet objet : néanmoins cela ne correspond pas à la nature exacte de cet objet. C’est comme un mirage : il n’y a pas d’objet réel, quoi qu’il se manifeste. En parlant de la vacuité, le Bouddha voulait nous faire comprendre que les phénomènes n’existent pas tels que nous le croyons erronément et qu’ils sont vides de l’existence erronée que nous leur attribuons.

Dharmakaya

Les êtres vivants souffrent parce qu’ils se fient à des projections perturbées. Comme remède contre cette perturbation, le Bouddha enseigna le dharma. En termes simples, quand nous parlons de la vacuité, nous voulons faire remarquer que la manière dont les phénomènes se manifestent à nous ne correspond pas à leur véritable nature. Comme je l’ai déjà remarqué quand j’ai parlé des émotions : nous voyons un mirage et nous nous imaginons qu’il s’agit d’un phénomène réel. C’est en se rapprochant que nous remarquons qu’il dis-paraît, bien qu’il semblait tellement réel.

La vacuité s’appelle parfois dharmakaya et dans un autre sens nous pouvons constater que dharmakaya est permanent, immuable, omniprésent et on peut l’appeler par toutes sortes de belles paroles poétiques. Ce sont des expressions mystiques qui appartiennent à la voie, mais actuellement nous nous trouvons encore au niveau le plus bas et nous essayons de le comprendre intellectuellement. Sur la voie, nous pour-rions faire du portrait du Bouddha Vajradhara le symbole du dharmakaya ou de la vacuité, mais rien que l’idée de représenter le dharmakaya serait du point de vue académique totalement erronée.

La mise en mouvement de la roue

Par trois occasions le Bouddha a donné des enseignements selon trois approches différentes. Ceux-ci sont connus comme les Trois mises en mouvements de la roue, mais ils peuvent être résumés en une phrase : "L’esprit ; il n’y a pas d’esprit ; l’esprit est clarté."

Le premier, "esprit" se réfère à la première série d’enseignements et démontre que le Bouddha enseigna que l’esprit existe. Ceci était dit afin de chasser l’idée nihiliste qui prônait la non-existence du ciel, de l’enfer et la causalité. Quand par la suite le Bouddha remarque : "L’esprit n’existe pas", il rappelle que notre idée d"esprit’ n’est qu’un concept et non pas quelque chose comme un esprit qui existe réellement. Quand finalement il prétend que "l’esprit est clarté", il se réfère à la nature du Bouddha, la sagesse pure et originelle.

Le grand commentateur Nagarjuna prétend que le but de la première mise en mouvement était de se débarrasser des attitudes erronées. D’où proviennent-elles ? Elles proviennent du fait que nous sommes soit éternalistes, soit nihilistes. Le Bouddha a donné son premier enseignement dans le but de mettre fin aux attitudes et pensées non vertueuses. La deuxième mise en mouvement de la roue du dharma, quand le Bouddha parle de la vacuité, nous libère de notre attachement au soi et aux phénomènes.

Finalement, le troisième enseignement a été donné afin de faire disparaître toutes les visions, même celle du non-soi. Le but des trois enseignements du Bouddha n’est pas d’introduire une nouveauté. Il s’agit tout simplement d’éliminer la confusion.

Compassion

Comme bouddhiste nous pratiquons la compassion, mais si nous ne comprenons pas ce troisième sceau (l’accoutumance à l’idée que tous les phénomènes sont vides) notre compassion peut avoir un effet inversé. Si nous sommes attachés à l’idée de compassion en essayant de résoudre un problème, il arrive que nous ne nous rendons pas compte que notre solution est complètement basée sur notre propre interprétation. Nous pouvons, à ce moment là, devenir victimes d’espoir et d’angoisse et de ce fait victimes du désappointement. Nous débutons comme un ’bon pratiquant du mahayana’ et nous essayons quelques fois d’aider des êtres vivants. Mais si nous n’avons pas une vision claire du troisième sceau, après un certain laps de temps, nous nous fatiguons et nous abandonnons notre tentative d’aider autrui.

Il y a encore un autre problème qui surgit quand nous ne saisissons pas vraiment la vacuité. Il se présente chez des bouddhistes surannés. Dans les cercles bouddhistes nous sommes pas ’cool’ si nous n’acceptons pas la vacuité. De ce fait, nous faisons semblant de comprendre et font semblant de méditer sur ce sujet. Mais si nous ne le saisissons pas vraiment, un effet secondaire peut se manifester. Alors nous dirons :’Oh, tout est vide, je peux donc faire à mon bon gré’. A ce moment, nous négligeons et transgressons le karma et la responsabilité de nos actions. Nous devenons négligent et découragerons ainsi d’autres pratiquants. Sa Sainteté le Dalaï-Lama parle souvent d’une régression à cause du fait de la non-compréhension de la vacuité. Une vision exacte de la vacuité nous aide à observer l’interrelation de tous les phénomènes et comment nous sommes responsables nous-mêmes de notre monde. On peut lire des millions de pages sur ce sujet. Nagarjuna lui-même a rédigé cinq commentaires différents à ce sujet et s’y ajoutent encore les commentaires de ses disciples. Le nombre d’enseignements expliquant comment atteindre cette vision est illimité. Dans les temples du mahayana on chante le soutra du cœur (Prajnaparamita soutra) qui est également un enseignement sur ce troisième sceau.

Des philosophies ou des religions peuvent prétendre que les phénomènes sont des illusions, que le monde maya est une illusion, mais il subsiste toujours derrière tout cela un ou deux phénomènes qui doivent être considérés comme existant réellement : Dieu, énergie cosmique et ainsi de suite. Ce n’est pas le cas dans le bouddhisme. Tout dans le samsara et dans le nirvâna (de la tête du Bouddha jusqu’à une miette de pain) est vacuité. Rien n’existe qui ne soit impliqué dans cette vérité ultime.

Parviendrons-nous à comprendre la vacuité si nous sommes nous-mêmes dualistes, et que la notion de vacuité dépasse toute description possible ?

On comprend difficilement les bouddhistes. C’est exact. On ne peut parler de la vacuité absolue, mais on peut parler de ’l’image de la vacuité, quelque chose sur laquelle on peut réfléchir et contempler afin de saisir finalement la véritable vacuité. On peut dire : ’C’est trop facile, cela n’a pas de sens’. Mais les bouddhistes répondent néanmoins : "Nous regrettons, mais c’est tout de même ainsi". Si vous devez rencontrer quelqu’un que vous n’avez jamais vu, je puis vous donner une description de la personne ou vous en montrer une photo. Cette photo vous permettra de chercher et de trouver la véritable personne.

En fait la Voie est irrationnelle, mais du point de vue relatif elle est très rationnelle parce qu’elle utilise les conventions relatives de notre monde. Quand je vous parle de vacuité, tout ce que je dis a trait à cette vacuité ’image’. Je ne peux pas vous montrer la véritable vacuité, mais je peux bien vous expliquer pourquoi les phénomènes n’ont pas d’existence inhérente.

Dans le bouddhisme, l’iconographie est tellement vaste, qu’on pourrait penser que c’est un sujet de méditation ou de vénération. Mais d’après ce que vous racontez, dois-je comprendre que rien de tout cela existe ?

Si vous vous rendez dans un temple, vous verrez de nombreuses statues mer-veilleuses, des couleurs et des symboles. Elles appartiennent toutes à ce que nous appelons ’l’image-sagesse’ et ’image—vacuité. Mais en suivant la voie et en utilisant les méthodes adéquates, il importe de se réaliser que même la voie est finalement une illusion. C’est seulement à ce moment-là que nous l’apprécierons réelle-ment.

Le quatrième sceau

le nirvâna se trouve au-delà des extrêmes

Maintenant que j’ai expliqué ce qu’est la vacuité, j’ai le sentiment que le quatrième sceau (Le nirvâna se trouve au-delà des extrêmes) a également été traité. Mais bref, c’est le dernier sceau parce qu’il représente quelque chose de typiquement bouddhiste. Dans beaucoup de philosophies et de religions, le but ultime est quelque chose que l’on peut saisir et garder. Le but ultime est la seule chose qui existe vrai-ment. Mais le nirvâna n’a pas été inventé, ce n’est donc pas quelque chose à quoi on peut s’accrocher. Il est défini comme ’ayant dépassé les extrêmes’. Nous pensons que nous irons quelque part où il sera plus confortable à vivre, où on aura une meilleure douche ou une meilleure machine à coudre, un nirvâna où tout se manifestera du moment que nous y penserons, sans même utiliser une télécommande. Mais comme je le disais précédemment : on n’ajoute rien de nouveau à ce qui existe déjà. Le nirvâna sera atteint au moment ou tout ce qui est artificiel et voilé se sera dissipé.

Il importe peu que l’on soit moine ou moniale qui renonce à une vie mondaine, ou yogi pratiquant des techniques tantriques profondes. Si l’on entreprend des tentatives de renonciation ou de transformation à l’attachement à ses propres expériences, on ne comprend pas les quatre sceaux et on aboutira à la pensée que l’esprit produit des pensées mauvaises et diaboliques. L’unique but du bouddhisme est de tenter de nous faire voir la vérité. Si quelque part une véritable permanence dans les phénomènes composés avait existé, le Bouddha aurait été le premier à le faire valoir et à dire : "gardez-la et chérissez—la !". Mais grâce à sa grande compassion il ne l’a pas fait, parce que pour nous il ne désire que ce qui est vrai et réel.

Quoi qu’il arrive, si vous avez une bonne compréhension des quatre sceaux comme base de votre pratique, vous vous sentirez à l’aise. En gardant la vision de ces quatre sceaux, rien ne peut aller de travers. La personne qui garde ces quatre sceaux en tête et dans son coeur et prend le temps de les

contempler est bouddhiste. Il n’y a même pas de raison de l’appeler bouddhiste. Il ou elle est par définition un disciple du Bouddha.

Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché naquit au Bhoutan en 1961 et fut reconnu comme la deuxième réincarnation du maître Jamyang Khyentse Wangpo (un maître du XIXè siècle) . Il a reçu enseignements et initiations des plus grands maîtres tibétains, notamment du regretté Dilgo Khyentse Rinpoché et Dudjom Rinpoché.

Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché dirige le siège traditionnel du monastère Dzongsar dans le Tibet oriental, ainsi que des collèges nouvellement établis en Inde et au Bhoutan. Il a également fondé des centres de méditation en Australie, dans le nord de l’Amérique et en Extrême-Orient. Récemment Dzongsar Rinpoché a reçu des critiques enthousiastes pour son premier long métrage, la Coupe, produit sous son nom Khyentse Norbu. Comme le film "La Coupe" est programmé en Belgique à par-tir du mois de septembre, nous avons cru bien faire de présenter son réalisateur en publiant cet article.

Avec l’autorisation de Shambala Sun, mars 2000

Cet article a été mis en ligne avec l’aimable autorisation de Franz Goetghebeur, président de l’Union des Bouddhistes de Belgique.

Mars 2000






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