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Nyoshül Khen Rinpoche

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Le Chant d’Illusion

Par Nyoshül Khen Rinpoche

Poèmes traduits du tibétain et présentés par Stéphane Arguillière,
éditions Gallimard, Connaissance de l’Orient.

Le Chant d’Illusion appartient à la tradition des doha, les chants d’expérience spontanés des grands yogis et pratiquants de l’Inde ancienne. Et Le Chant d’Illusion est en effet traversé du souffle puissant de l’expérience spirituelle qui travaille de l’intérieur le matériau de la langue et permet à un très grand maître contemporain d’approcher l’inexprimable, de dire l’indicible. Au vif de l’expérience, les mots deviennent dociles. Unifiés avec la sagesse et l’amour, ils ont le pouvoir d’inspirer notre méditation.

Ces mots nous invitent tout d’abord à apaiser nos passions, à dissiper les voiles et obscurcissements qui nourrissent les faux-semblants dans lesquels s’épuise l’esprit des « maîtres en duperie » que nous sommes devenus pour nous-mêmes, selon la belle expression de Choegyam Trungpa. Et Nyoshül Khen Rinpoche nous engage en ces termes au délassement dans « la grande paix naturelle » :

« Actes et passions tourmentent l’esprit sans recours
A l’image de violentes vagues, au ressac sans relâche
En cette océane contrée du Cycle sans rivages.
Qu’il repose dans la grande paix qui lui est naturelle ! »

Mais le chemin de la paix est d’abord celui de l’épreuve du lâcher-prise. Car la réalité n’est pas dans le déploiement magique des apparences qui nous séduisent. Leur séduction ne dure toutefois que si l’on accepte d’y croire, de leur prêter une solidité, une vérité qu’elles n’ont pas :

« En cette région occidentale du monde,
Les hommes nombreux de l’engeance blanche et rouge
Rivalisent en spectacles de prodiges divers.
Planant dans le ciel, ou dans l’eau,
Comme des poissons, évoluant…
« Ils ont asservi les quatre éléments
Et se livrent ainsi à des joutes de miracles.
Myriades d’aimables beautés versicolores,
Pareilles aux figures de l’arc-en-ciel,
Ces spectacles innombrables
Ne sont au fond que faux-semblants de notre esprit.
« Tout cela n’est bel et bien qu’un songe
Et les tâches, et celui qui s’y affaire, jeux puérils !
Tandis qu’on s’y livre, on n’en saurait venir à bout ;
Elles sont achevées quand on les délaisse,
Comme des châteaux de sable.
…/…
« Regarde ce qui vient au jour
Dans chacun des dix orients ;
Quel qu’en soit l’aspect,
La Réalité, son essence,
Est la vacuité, esprit de l’abîme.
« Toutes choses étant de la nature du vide,
Puisque c’est le vide qui observe le vide,
Qui videra ce qui est à vider ? »

Le Miroir des clefs, poème dont sont extraits ces strophes, se poursuit alors avec des mots qui savent dire la réalité et transmettre l’essence de la vacuité sans la voiler, la déformer ou la dénaturer. C’est sans doute le point le plus fort des chants d’expérience en général, et tout particulièrement du Chant d’Illusion, de savoir trouver dans l’expérience même l’inspiration qui donne les mots justes, la parole vraie. Est-ce la sagesse, la compassion suprêmes du maître qui le rendent capable de remonter à la source spirituelle et d’en capter l’énergie d’amour à travers des mots qui renvoient un écho si profond, si véridique ? On lit en tout cas Le Chant d’Illusion avec la conscience que ces vers ont été chantés « pour le bien de tous les êtres » et qu’ils portent l’énergie même de l’Eveil dans des mots qui ont l’éclat de l’Eveil :

« La vacuité est le joyau qui accomplit les souhaits,
Elle est la générosité sans attachement
La discipline sans relâchement
La patience qui ne s’irrite pas
Le courage qui ne se trouble point
Le recueillement exempt de distraction
L’essence de l’éminent discernement.
« Elle est le sens intentionnel des trois véhicules.
La vacuité est le mode d’être de l’essence de l’esprit,
C’est la marche vers un refuge dénué de visée mentale
C’est l’esprit d’Eveil absolu
Le Vajrasattva qui absout les fautes
Le mandal qui parfait les provisions de mérites
Le guru yoga du Corps de Réalité.
« C’est la vacuité qui purifie les actes
C’est la vacuité qui effraie les démons
C’est la vacuité qui subjugue les esprits malfaisants
Et c’est par la vacuité qu’on accomplit les déités. »

A ces poèmes sublimes qui ont la saveur inégalée de l’expérience d’un très grand maître, Stéphane Arguillère apporte la qualité d’une traduction inspirée et inspirante. Car il fut douze années durant le disciple de Nyoshül Khen Rinpoche et on lit dans cette version française toute la force de sa dévotion et de sa vénération. Stéphane Arguillère propose en outre un commentaire au Chant d’Illusion. La vigueur de son érudition et de sa formation philosophique éclaire la rigueur de la pensée du maître et complète donc le recueil de poèmes d’un brillant essai se référant aux grands textes de la philosophie bouddhiste tibétaine.






Buddhaline

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