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> Bouddhisme > Pratique


La vue pénétrante

Par Khènsour Jampa Tègchok Rinpoché

Le sujet exposé ici est celui de la vue pénétrante, habituellement il suit les enseignements concernant le calme mental. Il y a deux façon de procéder : certains réalisent d’abord la vacuité puis développent le calme mental ; d’autres génèrent le calme mental et sur cette base développent la vue pénétrante. Dans l’explication de la vue pénétrante, il doit y avoir une explication de la collection causale requise pour la vue pénétrante et au sein de cela on trouve la compréhension de la vacuité. C’est dans ce contexte que la vacuité est exposée.

La vue pénétrante est incluse dans les pratiques d’une personne de motivation supérieure, pratiques qui devraient être précédées par celles d’un être de motivation moyenne et inférieure. Cela signifie que la personne devrait avoir médité sur la précieuse renaissance humaine, et reconnu que le type de renaissance parfait pour générer la vue pénétrante est celui de la vie humaine. La personne devrait méditer sur la mort afin de comprendre que l’on doit pratiquer immédiatement pour générer la vue pénétrante…

… Le sens du mot calme mental (Tib. Shiné) signifie que l’on a calmé ou pacifié toutes les distractions des objets extérieurs, et la seconde partie du mot signifie qu’on est capable de demeurer sur le référent pour la durée que l’on souhaite. Le référent pouvant être l’impermanence, la vacuité, ou tout objet souhaité. Lorsqu’on atteint le calme mental, on éprouve un sentiment de joie ; puisqu’on a abandonné la torpeur et l’excitation, on accède à une clarté, une lucidité. C’est assez incroyable d’accéder à ce genre de concentration, on sait qu’habituel-lement lorsqu’on s’assoit pour méditer, et qu’on pose son esprit sur quelque chose, immédiatement on est distrait. Mais ce n’est pas suffisant, il y a des pratiquants non-bouddhistes qui atteignent cette concentration, mais cela ne les mène pas à l’éveil. Comment cela pourrait-il être suffisant ? Le simple fait de garder son esprit fixé sur un objet, n’est pas suffisant pour éliminer toutes les perturbations. C’est pourquoi, en plus du calme mental, il est nécessaire de développer la vue profonde.

Le calme mental tout seul n’est pas assez puissant, l’utiliser seul ne signifie pas que l’on contrecarre les perturbations : on a empêché l’esprit d’aller à droite et à gauche, ainsi durant la session de méditation les perturbations ne surgissent pas mais dès que l’on quitte la session, les perturbations reviennent, parce qu’on n’a pas médité sur l’amour qui est l’antidote de la haine, ni sur la non-possessivité qui est l’antidote de l’attachement, et l’on n’est pas arrivé à méditer sur la sagesse qui est l’antidote de la confusion ou de l’ignorance qui elle-même est la racine de l’existence cyclique. Afin de nuire aux perturbations, de les éliminer à la racine, il faut absolument générer la vue pénétrante. Pour ce faire, il faut réunir la collection causale, les causes pour parvenir à développer la vue pénétrante. Et parmi ces causes, la plus importante est la sagesse qui réalise la vacuité. Il est dit dans les soutras, qu’avec le calme mental on n’élimine pas la saisie du soi…

à l’époque du Bouddha, il y avait un pratiquant qui était très fier de sa concentration qui était très profonde. Il avait de très longs cheveux et avait l’habitude de plaisanter à propos des moines bouddhistes car ils avaient des crânes luisants comme du bronze lustré. Il entra en méditation, sa méditation dura plusieurs années et lorsqu’il sortit, il s’aperçut que ses cheveux avaient été rongés par les souris qui en avaient emporté pour faire leur nid. Voyant cela il entra dans une très grande colère et tua bon nombre de souris !

On ne fait qu’arrêter les distractions vers les objets extérieurs, on se débarrasse de l’excitation, etc., des obstacles à la concentration, mais c’est tout ce qu’on fait. Donc, il est dit qu’en se levant de la méditation, les perturbations vont ressurgir. Comment faire alors pour atteindre la libération ? La voie est de réaliser la non-existence de l’objet conçu par l’esprit qui saisit le soi, qui est la racine de l’existence cyclique. La cause pour atteindre la libération ou le nirvana est la réalisation de la non-existence du soi de la personne et du soi des phénomènes. On pourrait demander s’il n’existe pas d’autre cause pour atteindre la libération, il est dit très clairement qu’il n’y en n’a pas d’autre. Certains pourraient demander si cela signifie que méditer sur l’amour ou la compassion, etc., n’aident pas à atteindre la libération.

La réponse est que ces méditations aident, qu’elles sont utiles mais qu’elles n’extirpent pas la racine de l’existence cyclique ; elles ne lui nuisent pas directement. Ce dont on a besoin pour nuire directement à la racine de l’existence cyclique, c’est de quelque chose qui est en relation étroite avec cette racine : la sagesse qui réalise le non-soi. Comme la paume et le dos de la main sont en relation étroite. Pour éliminer totalement l’esprit de saisie du soi, il est nécessaire de méditer sur l’opposant direct à notre esprit de saisie du soi. On peut se demander alors si les méditations sur l’amour et la compassion ne s’opposent pas directement à l’esprit de saisie du soi, alors comment l’éliminer ?

Méditer sur l’amour, en pensant que tous les êtres veulent être heureux, être libérés des souffrances, est une façon très puissante d’accumuler des mérites illimités. Une collection de mérites immense est très utile à la réalisation rapide de la vacuité. Sans les mérites la question de la vacuité ou du non-soi ne se poserait même pas, on ne penserait pas : « peut-être que les choses sont vides, peut-être qu’elles ne le sont pas. » Le premier pas vers la réalisation de la vacuité est de se poser ces questions, sans une certaine quantité de mérites, on n’aurait même pas la capacité de s’interroger à ce sujet.

Il est dit que s’interroger à propos de la vacuité, émettre des doutes à son propos, penser qu’il est possible que tout soit vide d’existence réelle, ruine totalement la construction de l’existence cyclique, cela porte atteinte à l’existence cyclique. Alors, que dire du fait d’écouter des enseignements sur la vacuité et de l’analyser ! Les bénéfices en sont inexprimables et inconcevables ! Quand je parle de doutes à propos de la vacuité, il s’agit dans les trois types de doute, du doute tendant vers le fait ; en d’autres mots, lorsque l’on pense : « probablement, tout est vide d’existence en soi », si ce doute est si puissant, alors que dire du fait de penser : « probablement tout est vide d’existence réelle » sans aucune hésitation…

Comme un oiseau a besoin de deux ailes pour voler, nous avons besoin , pour atteindre l’éveil, d’être porté par les deux ailes que sont la méthode et la sagesse. La méthode comprend l’amour et la compassion, bodhicitta, etc. Ces pratiques sont extrêmement importantes mais elles ne nuisent pas directement à la saisie du soi, celle qui y parvient est la sagesse réalisant directement la vacuité. Ce qui ne signifie pas qu’elles ne sont pas importantes, bien au contraire, mais nous avons besoin des deux : méthode et sagesse. Si nous n’acquérons pas la sagesse qui réalise le non-soi, il est absolument impossible de se libérer de l’existence cyclique. L’opposant direct à la saisie du soi et la saisie du soi, elle-même, doivent avoir une façon exactement contraire d’appréhender l’objet. L’antidote direct, qui est ici la sagesse qui réalise le non-soi, et la saisie du soi doivent avoir le même objet référent, mais elles doivent appréhender cet objet d’une manière directement opposée.

Existant réellement et n’existant pas réellement ou existant de son propre côté et n’existant pas de son propre côté sont directement contradictoires. C’est le sens contenu dans l’affirmation « il y a deux manières directement opposées d’appréhender l’objet ». Illustrons le fait que l’amour par exemple appréhende son objet d’une manière qui n’est pas contradictoire à la saisie du soi : si nous contemplons la saisie du soi qui se réfère aux êtres sensibles et qui les appréhende comme existant de leur propre côté ou véritablement, l’amour se réfère également aux êtres sensibles, donc le référent est exactement le même, mais dans le cas de l’amour, il n’est pas mentionné qu’il saisit ou appréhende les êtres sensibles comme existants de leur propre côté, ou non ; sa façon d’appréhender les êtres est de considérer qu’ils veulent être heureux…

Chacune des différentes naissances de l’existence cyclique possède une saisie innée de l’existence, appelée « vue de la collection transitoire ». Pour un esprit de cet ordre, les objets apparaissent exister de leur propre côté et sur la base d’un tel esprit, on génère de l’attachement pour les objets plaisants puis on s’engage dans des activités variées afin de les acquérir, créant ainsi de nombreux karmas ; parfois pour ne pas faire d’expériences désagréables, on s’engage dans d’autres activités créant alors encore d’autres karmas.

En bref, sur la base de cette ignorance, on crée différents karmas qui à leur tour sont la cause de notre renaissance dans l’existence cyclique. Savoir simplement que cette saisie innée d’un soi est la racine de toutes les renaissances de ce type dans l’existence cyclique, est extraordinaire, car alors on a quelque chance de se libérer et si on s’exerce réellement on pourra se libérer, c’est vraiment possible. Même si on ne parvient pas à mettre les efforts nécessaires pour atteindre la libération, si on arrive au moins à comprendre ce processus, c’est-à-dire, comment à cause de cette ignorance, on reprend naissance dans l’existence cyclique et comment on doit éliminer cette racine, cette saisie du soi, alors on réalise quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui est absolument juste, la vérité non-erronée sur les choses.

C’est un fait que la saisie innée du soi, ou vue innée de la collection transitoire est la racine de toutes les formes de souffrances dont nous faisons l’expérience, mais savoir cela n’est pas suffisant. Nous devons connaître la manière dont la saisie du soi appréhende son objet, ou la façon dont les objets lui apparaissent. Cette saisie a plusieurs noms : « la saisie innée du je », « la saisie innée du soi » ou « la saisie innée de l’existence véritable » ou encore « la vue innée de la collection transitoire ». Mais le plus important est qu’elle saisit son objet ou qu’elle l’appréhende comme existant de son propre côté, totalement indépendant de toute cause, condition, etc.

C’est comme si quelqu’un nous avait volé, et qu’on essayait de décrire le voleur. Si on dit que c’est un être humain au crâne rasé, ce n’est pas suffisant pour pouvoir l’identifier. De la même façon, lorsqu’on identifie la racine de l’existence cyclique, si on peut dire qu’elle est la saisie innée du soi ou du je… c’est juste, mais ce n’est pas suffisant pour l’identifier. Par contre, si on peut ajouter que cette saisie du soi appréhende son objet comme existant de son propre côté, complètement indépendant de toute cause et condition, etc., que c’est ainsi que le je apparaît à l’esprit, et que c’est ainsi que l’esprit appréhende le je, alors on a vraiment des bases pour mener l’analyse, on peut vraiment réfléchir et voir si les choses existent de la façon dont elles apparaissent à cet esprit de saisie du je ; on peut alors comprendre que cette saisie est erronée.

Extrait des enseignements d’août 2001 à l’Institut Vajra Yogini
Traduction de l’anglais, Sam Régad

Fondation pour la Préservation de la Tradition Mahayana (FPMT)
Centre Kalachakra - Centre de bouddhisme tibétain
5, passage Delessert - 75010 Paris
Tél/Fax : 01 40 05 02 22


http://perso.wanadoo.fr/institut.vajra.yogini/





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