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La vigilance, chemin vers le nibbâna

Par Ajahn Sumedho

Enseignement de méditation du Vénérable Ajahn Sumedho

Traduction française de Bhikkhu Sâvako
(Amarâvatî Publications)

Le texte complet de cet enseignement comportant 43 pages (en enregistrement PDF), nous ne proposons ici que quelques extraits... Pour lire la totalité de ces enseignements : téléchargez le document en cliquant sur le lien.

Les obstacles et leur cessation

Quand nous nous mettons à écouter ce qui se passe à l’intérieur de nous, nous commençons à reconnaître les voix murmurantes de la culpabilité, du remords, du désir, de la jalousie, de la peur, de la convoitise et de l’avidité. Parfois, on peut entendre ce que la convoitise exprime : « Je veux, je dois avoir, je dois avoir, je veux, je veux ! ». Parfois le désir n’a pas même d’objet. On peut ressentir de la convoitise sans qu’il y ait d’objet, alors vous trouvez un objet. Le désir d’obtenir quelque chose, « J’aimerais quelque chose, j’aimerais quelque chose ! je dois avoir telle chose, je veux ... ». Vous pouvez entendre ces paroles si vous écoutez votre mental. D’habitude, nous trouvons un objet pour le désir, comme par exemple le sexe ; ou bien nous passons notre temps à fantasmer.

Le désir peut prendre la forme de chercher quelque chose à manger ou quelque chose dans quoi s’absorber, devenir quelque chose, être uni à quelque chose. Le désir est toujours sur le qui-vive, toujours à la recherche de quelque chose. Cela peut être un objet attractif qui est autorisé pour les moines comme une belle robe, un bol d’aumônes ou de la nourriture délicieuse. Vous pouvez voir l’inclination du mental à vouloir cela, à le toucher, à essayer en quelque sorte de l’obtenir, de l’avoir pour soi, de le posséder, le faire mien, de consommer. C’est cela le désir, c’est une force de la nature que nous devons reconnaître ; il ne faut pas la condamner et dire « Je suis quelqu’un d’horrible parce que j’éprouve du désir ! », parce que c’est une autre manière de renforcer l’ego, n’est-ce pas ? Comme si nous étions supposés ne jamais avoir de désir, comme si les humains ne devaient jamais ressentir de désir pour quoi que ce soit !

Ce sont des conditions de la nature que nous devons reconnaître et voir ; non en les condamnant mais en les comprenant. Ainsi on connaît réellement dans le mental le mouvement du désir, de l’avidité, le fait de chercher quelque chose, et le désir de se débarrasser de quelque chose. Vous pouvez être le témoin de cela aussi, vouloir se débarrasser de quelque chose que vous avez, quelque situation ou de la douleur elle-même. « Je veux me débarrasser de mes faiblesses, de mon ennui, de mon agitation, de mon désir. J’ai envie de me débarrasser de tout ce qui m’ennuie. Pourquoi Dieu a-t-il créé les moustiques ? J’ai envie de me débarrasser de tous les insectes. »

Le désir de sensualité est le premier obstacle (nîvarana). L’aversion est le second ; votre mental est hanté par le fait de ne pas vouloir, par des irritations mesquines, du ressentiment, et ensuite vous essayez de les annihiler. Ainsi c’est un obstacle à votre vision mentale, c’est un empêchement. Je ne suis pas en train de dire que nous devrions nous débarrasser de cet obstacle, ça c’est de l’aversion, mais plutôt de le connaître, connaître sa force, de le comprendre au moment où on en fait l’expérience. Alors vous pouvez reconnaître le désir de vous débarrasser de certaines choses en vous-même, le désir de vous débarrasser de choses autour de vous, le désir de ne pas vouloir être ici, le désir de ne pas vouloir être vivant, le désir de ne plus exister. C’est pour cela que nous allons dormir, n’est-ce pas ? Alors on peut ne pas exister pendant un moment. Dans la conscience du sommeil, nous n’existons pas parce qu’il n’y a plus cette sensation d’être vivant. C’est de l’annihilation. Ainsi certains aiment beaucoup dormir parce que vivre est trop douloureux, trop ennuyeux, trop déplaisant. Nous déprimons, pleins de doutes et de désespoir et nous essayons de trouver une échappatoire à travers le sommeil ; nous essayons de détruire nos problèmes, de les évacuer de la conscience.

Le troisième obstacle est la somnolence, la léthargie, la lourdeur, la paresse, l’assoupissement, la torpeur ; on a tendance à réagir à cela par l’aversion. Mais on peut aussi comprendre ceci. La somnolence peut être expérimentée, la lourdeur du corps et du mental, le mouvement lent, engourdi. Soyez le témoin de l’aversion contre ceci, le désir de vous en débarrasser. Vous observez la sensation de lourdeur dans le corps et le mental. Même la connaissance de la somnolence est changeante, insatisfaisante, non-soi (anicca, dukkha, anattâ).

L’agitation est l’opposé de la léthargie ; c’est le quatrième obstacle. Vous n’êtes pas somnolent du tout, vous n’êtes pas endormi mais agité, nerveux, anxieux, tendu. À nouveau il ne peut y avoir d’objet spécifique. Plutôt que la sensation de vouloir dormir, l’agitation est un état plus obsédant. Vous voulez à tout prix faire quelque chose, courir dans les environs. Et si vous avez à être assis tranquillement pour un petit moment, quand vous vous sentez agité, vous avez l’impression d’être prisonnier dans un enclos, enfermé dans une cage ; tout ce à quoi vous pouvez penser est de sauter, de courir, de faire quelque chose. Ainsi vous pouvez être témoin de cela aussi, spécialement quand vous êtes tenu à une certaine forme où vous ne pouvez pas laisser libre cours à l’agitation. Les robes que portent les moines ne sont pas faites pour sauter dans les arbres et se balancer aux branches. Nous ne pouvons pas agir selon la tendance qu’a le mental à s’élancer, alors nous avons à regarder cela.

Le doute est le cinquième obstacle. Parfois nos doutes peuvent paraître très importants et nous aimons leur donner un maximum d’attention. Nous sommes trompés par sa qualité, parce qu’il paraît tellement substantiel : « Certains doutes sont banals, oui mais ceci est un Doute Important. J’ai besoin de connaître la réponse. J’ai besoin d’être sûr. J’ai besoin de savoir définitivement, dois-je faire ceci ou cela ? Est-ce que je fais bien ceci ? Dois-je aller là-bas ou dois-je rester ici encore un moment ? Est-ce que je perds mon temps ? Ai-je gaspillé ma vie ? Est-ce que le bouddhisme est la voie à suivre ou bien pas ? Peut-être que ce n’est pas la bonne religion ! ». Ça c’est le doute. Vous pouvez passer le reste de votre vie à vous demander si vous devez faire ceci ou cela, mais une chose que vous pouvez savoir c’est que le doute est une condition du mental. Parfois c’est très subtil et déroutant. Dans notre position de « celui qui sait », nous savons que le doute est le doute. Que cela soit un doute important ou banal, c’est juste le doute, c’est tout. « Dois-je rester ici ou m’en aller ailleurs ? ». C’est le doute. Ce n’est pas très important mais il y aussi les doutes importants. « Suis-je déjà au stade de celui qui est entré dans le Courant ? [1] Est-ce qu’Ajahn Sumedho est un Arahanta (quelqu’un d’Éveillé) ? Y-a-t-il des Arahanta de nos jours ? ». Ensuite il y a les gens qui appartiennent à d’autres religions qui viennent et disent : « Vous êtes dans l’erreur, nous sommes dans le vrai ». Puis vous pensez : « Peut-être qu’ils ont raison ! Peut-être que c’est nous qui sommes dans l’erreur. ». La chose que nous pouvons savoir, c’est qu’il y a le doute. Ça c’est être la connaissance, connaître ce que nous pouvons connaître, savoir que nous ne savons pas. Même si vous ignorez quelque chose, si vous êtes conscient du fait que vous ne savez pas, ce genre de conscience est la connaissance.

(1) Sotâpanna : premier niveau dans la voie vers la libération. Libéré des trois premiers liens, il ne peut rétrograder dans la voie spirituelle.

Savoir que nous pouvons savoir, c’est être la connaissance. Les cinq obstacles sont nos maîtres, parce que ce ne sont pas les gourous inspirant et radieux des livres d’images. Ils peuvent être tout à fait insignifiants, mesquins, fous, ennuyeux et obsédants. Ils continuent à nous pousser, à nous faire spéculer, à nous faire trébucher tout le temps jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de problèmes. C’est pour cela qu’il faut être très patient ; nous devons avoir toute la patience du monde et toute l’humilité aussi pour apprendre de ces cinq maîtres.

Et qu’apprenons-nous ? Que ce ne sont que des conditions du mental qui apparaissent et disparaissent ; elles sont insatisfaisantes, non-soi. Parfois on a des messages très importants dans sa vie. On a tendance à y croire mais ce que nous pouvons savoir c’est que ce sont des conditions changeantes : et si nous passons victorieusement au travers d’elles, alors les choses changent automatiquement d’elles-mêmes et nous avons l’ouverture et la clarté d’esprit pour agir spontanément plutôt que de réagir à ces conditions. Avec simplement de l’attention, de la vigilance, les choses vont leur cours, vous n’avez pas besoin de vous en débarrasser parce que tout ce qui a un commencement a une fin. Il n’y a rien dont il faille se débarrasser, vous n’avez qu’à être patient avec ces choses et leur permettre de suivre leur cours vers la cessation.

Quand vous êtes patient et que vous permettez aux choses de cesser, alors vous commencez à connaître ce qu’est la cessation, le silence, le vide, la clarté, le mental s’éclaircit, il y a le calme. Le mental est encore vibrant, il n’oublie pas, il n’est ni réprimé ni endormi et vous pouvez entendre le silence du mental.

Permettre la cessation veut dire que nous devons être très aimable, très gentil et patient, humble, ne pas prendre parti pour quoi que ce soit, ni le bien, ni le mal, ni le plaisir, ni la douleur. La reconnaissance tranquille permet aux choses de changer selon leur nature, sans interférence. Ensuite seulement nous apprenons à ne pas chercher à atteindre l’absorption dans les objets des sens. Nous trouvons la paix dans l’espace dégagé du mental, dans sa clarté, dans son silence.


Le Vide et la Forme

Quand votre mental est paisible et que vous entendez ce son, cette vibration dans le mental, « le son du silence », qu’est-ce que c’est ? Est-ce un son dans l’oreille ou un son extérieur ? Est-ce le son du mental, le son du système nerveux ou quoi ? Quoi que ce soit, c’est toujours là et l’on peut l’utiliser en méditation comme quelque chose vers quoi l’on peut se tourner.

Quand nous reconnaissons que tout ce qui survient disparaît, nous commençons à voir ce qui ne survient pas et ne disparaît pas et qui est toujours présent. Si vous essayez de penser à ce son, que vous vouliez lui trouver un nom ou que vous vouliez en retirer quelque chose, alors bien sûr vous l’utiliseriez de manière erronée. C’est simplement un repère quand vous arrivez à la frontière du mental, au bout du mental pour autant qu’on puisse observer ceci. Ainsi depuis ce point, vous pouvez commencer à regarder. Vous pouvez penser et encore entendre ce son (c’est-à-dire quand vous pensez délibérément), mais une fois que vous vous perdez dans vos pensées, alors vous l’oubliez et vous ne l’entendez plus. Ainsi, si vous êtes perdu dans vos pensées, lorsque vous êtes conscient d’être à nouveau en train de penser, dirigez votre attention vers ce son et écoutez-le pendant un moment. Alors qu’auparavant vous étiez emporté par des émotions, des obsessions ou des obstacles qui surgissaient, maintenant vous pouvez pratiquer gentiment, réfléchir très patiemment sur la condition particulière du mental en tant que anicca, dukkha, anattâ et puis lâcher prise de ceci. C’est un lâcher prise tout en douceur, subtil, pas un rejet fracassant de toute condition. Ainsi l’attitude, la compréhension juste est plus importante qu’autre chose. Ne cherchez pas à faire quelque chose de ce son du silence. C’est une pratique très calme, pas quelque chose d’excitant ; servez-vous en avec habileté et douceur pour lâcher prise plutôt que pour vous accrocher à l’idée que vous avez atteint un nouveau palier ! Quand quelque chose vous bloque dans la méditation, vous pouvez être certain que c’est l’idée que vous voulez arriver à quelque chose.

Maintenant vous pouvez réfléchir à propos des conditions du corps et du mental et vous vous concentrez sur elle. Vous pouvez regarder à travers le corps et reconnaître les sensations, comme les vibrations dans les mains ou les pieds ou bien vous pouvez vous concentrer sur n’importe quel point du corps. Sentez la sensation de la langue dans la bouche qui touche le palais, ou bien la lèvre supérieure au-dessus de la lèvre inférieure ou bien encore amenez simplement à la conscience la sensation d’humidité de la bouche ou le contact des habits sur votre corps - simplement ces sensations subtiles que nous n’avons pas l’habitude de noter. Quand vous réfléchissez à ces sensations physiques subtiles, concentrez-vous sur elles et votre corps va se détendre. Le corps humain aime qu’on s’occupe de lui. Il apprécie qu’on se concentre sur lui, d’une manière douce et paisible, mais si vous êtes inconsidéré et que vous détestiez votre corps, il commencera à devenir tout à fait insupportable. Souvenez-vous que nous avons à vivre le reste de notre vie dans cette charpente. Alors mieux vaut apprendre à vivre avec dans cette attitude plaisante. Vous dites « Oh, le corps n’a pas d’importance, c’est juste une chose dégoûtante qui vieillit, tombe malade et meurt. Le corps importe peu, c’est le mental qui compte. » On rencontre souvent cette attitude chez les bouddhistes ! Mais en réalité il faut de la patience pour se concentrer sur son corps autrement que par vanité ! La vanité c’est le mauvais usage du corps humain, mais cette conscience fondamentale est judicieuse. Ce n’est pas pour renforcer l’ego mais simplement un acte de bonne volonté et de respect pour un corps vivant, qui n’est pas vous de toute manière.

Votre méditation porte maintenant sur les cinq khandha [2] et sur le vide du mental. Explorez ces choses jusqu’à ce que vous compreniez complètement que toute ce qui survient disparaît et est non-soi. Alors on ne cherche plus à saisir quelque chose et à s’y attacher comme étant soi-même, et vous êtes libre du désir de vous connaître comme une qualité ou une substance. C’est la libération de la naissance et de la mort.

(2) Les cinq catégories par lesquelles le Bouddha a résumé l’essence de l’être humain, c.-à.-d. le corps (rûpa), les sensations (vedanâ), perception (saññâ), les formations mentales (sankhârâ) et la conscience des organes sensoriels (viññâna). En termes plus succincts « le corps et le mental ».

Ce chemin de la sagesse n’est pas de développer la concentration pour entrer dans un état de transe, pour flotter au-dessus de la réalité ou fuir le monde. Vous devez être très honnête en ce qui concerne votre intention. Sommes-nous en train de méditer pour échapper au monde ? Essayez-vous d’atteindre un état dans lequel toute pensée est supprimée ? Cette pratique de la sagesse est une pratique très douce qui permet même aux pensées les plus horribles d’apparaître puis d’en lâcher prise. Vous avez une sortie de secours, c’est comme une soupape de sécurité par où peut s’échapper la vapeur quand il y a trop de pression. Normalement, si vous rêvez beaucoup, vous pouvez relâcher de la vapeur pendant le sommeil. Mais il n’y a aucune sagesse qui sort de cela, n’est-ce pas ? C’est comme être un animal muet ; vous prenez l’habitude de faire quelque chose et ensuite vous êtes fatigué, vous vous effondrez, vous vous relevez, vous faites quelque chose et vous vous effondrez à nouveau. Mais ce chemin est une investigation minutieuse et une compréhension des limitations de la condition mortelle du corps et du mental. Maintenant vous pouvez développer la capacité de vous détourner de ce qui est conditionné et de relâcher votre identification à ce qui est mortel.

Vous perdez l’illusion que vous êtes une chose qui meurt ; mais je ne suis pas en train de vous dire non plus que vous êtes une créature immortelle, parce que sinon vous allez tout de suite commencer à vous accrocher à « cela » ! « Ma vraie nature est une avec la vérité ultime, absolue. Je suis un avec le Seigneur. Ma vraie nature est l’éternité bienheureuse sans mort, au-delà du temps ». Notez bien que le Bouddha s’est abstenu d’utiliser des phrases poétiques inspirantes ; non que celles-ci soient obligatoirement fausses mais parce que nous aurions tendance à nous y attacher. Nous nous identifierions avec l’Ultime, nous nous considérerions comme faisant un avec Dieu, la Béatitude éternelle du Royaume sans Mort, et ainsi de suite. Vous avez les yeux vraiment fixés là-dessus en disant de telles choses. C’est bien plus judicieux de voir cette tendance de vouloir nommer ou concevoir l’inconcevable, pour pouvoir le raconter à quelqu’un d’autre ou le décrire juste pour avoir la sensation d’avoir atteint quelque chose. C’est plus important de voir cela plutôt que de suivre cette tendance. Ce n’est pas que vous n’ayez pas réalisé quelque chose, mais faites un peu attention, ayez la vigilance de ne pas vous attacher à cette réalisation car, si vous le faites, cela vous entraînera à nouveau vers le désespoir.

Si vous vous laissez emporter, aussitôt que vous vous en rendez compte, arrêtez-vous. Ne vous culpabilisez pas à cause de cela, ne soyez pas découragé, mais simplement arrêtez cette tendance. Retrouvez votre calme, laissez aller, lâcher prise de cela. Vous avez remarqué que les religieux ont des visions et qu’ils ont les yeux transparents comme du verre. Les Chrétiens qui renaissent rayonnent de cette ferveur. Mais dans le bouddhisme, cet état est appelé « saññâvipallâsa », « folie de la méditation ». Quand un bon enseignant voit que vous êtes dans cet état, il vous dit d’aller dans une hutte au fond des bois et de n’approcher personne ! Je me rappelle que j’étais dans cet état à Nong Khai l’année avant d’aller chez Ajahn Chah ; je pensais que j’avais l’illumination en étant simplement assis dans ma hutte. Je savais tout, je comprenais tout. J’étais tellement rayonnant et ... mais je n’avais personne à qui parler. Je ne pouvais pas parler le thaï, alors je ne pouvais pas aller harceler les moines thaïs. Mais le Consul anglais à Vientiane vint nous rendre visite un jour et quelqu’un le conduisit à ma hutte ... et je l’ai vraiment tenu à ma merci ! Il resta assis ici tout étourdi et comme il était anglais, il était très, très, très poli et chaque fois qu’il faisait mine de se lever pour s’en aller, je le retenais. Je ne pouvais m’arrêter de parler. C’étaient les chutes du Niagara, une énorme puissance qui sortait de moi et je ne pouvais pas arrêter ce flot de paroles. En fin de compte, il réussit quand même à s’échapper : je ne l’ai jamais revu, je me demande bien pourquoi ?!

Ainsi, quand nous vivons ce genre d’expériences, c’est important de le reconnaître. Ce n’est pas dangereux si vous savez ce que c’est. Soyez patient avec cela, ne prenez pas cet état pour vrai, ne vous laissez pas aller à cet état. Vous avez remarqué, les moines bouddhistes ne se promènent pas en disant beaucoup de choses sur « le niveau de connaissance claire » qu’ils ont, c’est simplement qu’il n’y a pas à en parler. Quand les gens nous demandent d’enseigner, nous n’enseignons pas notre niveau de connaissance mais les quatre nobles Vérités ainsi que le moyen pour les gens d’y parvenir. De nos jours, il y a toutes sortes de gens qui disent qu’ils ont atteint l’Éveil ou qu’ils sont des Bouddhas Maitreya, des avatars et tous ont beaucoup de disciples ; les gens croient cela très facilement ! Mais le Bouddha a mis l’accent sur le fait de reconnaître les choses telles qu’elles sont plutôt que de croire ce que d’autres nous disent. C’est un chemin de sagesse, dans lequel nous explorons et allons au bout des limites du mental. Soyez les témoins et voyez : « sabbe sankhârâ anicca », « tous les phénomènes conditionnés sont non permanents », « sabbe dhammâ anattâ », « toutes les choses sont non-soi ».


La Vigilance intérieure

Maintenant, voyons ce qui concerne l’attention. La concentration est le point où vous mettez l’attention sur un objet, où vous soutenez l’attention (comme le rythme calmant de la respiration normale), jusqu’à ce que vous deveniez ce signe lui-même et la signification du sujet et de l’objet diminue. L’attention, selon la méditation vipassanâ, est l’ouverture du mental. Vous ne vous concentrez plus simplement en un endroit, mais vous observez en profondeur et méditez sur les conditions qui vont et viennent, et sur le silence du mental dégagé. Faire cela demande de lâcher prise de l’objet ; vous ne vous fixez pas sur un objet particulier, mais vous observez que ce qui survient - disparaît. C’est cela la méditation de la compréhension profonde des choses ou « vipassanâ ».

Avec ce que j’appelle « l’écoute intérieure », vous pouvez entendre les bruits qui continuent à résonner dans le mental, le désir, les peurs, les choses que vous avez réprimées et que vous n’avez jamais autorisées à devenir complètement conscientes. Mais maintenant, même s’il s’agit de pensées obsédantes, de peurs ou d’émotions qui remontent, soyez d’accord de leur permettre de venir à la conscience afin de les laisser aller vers la cessation. Si rien de spécial se passe, soyez alors dans le vide, dans le silence du mental. Vous entendrez une fréquence très haute dans le mental, elle est toujours présente, ce n’est pas un son dans l’oreille. Vous pouvez vous tourner vers cela, lorsque vous lâcher prise des conditions du mental. Mais soyez honnête avec vos intentions. Ainsi si vous vous tournez vers le silence, vers le son du silence dans le mental, mais que vous le fassiez par aversion aux conditions existantes, c’est à nouveau du refoulement, ce n’est pas purifier le mental.

Si votre intention n’est pas juste, même si vous vous concentrez sur le vide, vous n’obtiendrez pas un bon résultat, parce que vous vous êtes fourvoyé. Vous n’avez pas réfléchi judicieusement sur les choses, vous n’avez lâché prise de rien, vous vous détournez par aversion en disant seulement, « Je ne veux pas voir cela », alors vous vous en détournez. Maintenant cette pratique est une pratique patiente de vouloir supporter ce qui semble insupportable. C’est une vigilance intérieure, voir, écouter, faire l’expérience. Dans cette pratique, la compréhension juste vient à travers la réflexion que même le vide est non-soi. Si vous proclamez avoir réalisé le vide comme si vous aviez atteint quelque chose, cela est en soi-même une intention fausse, n’est-ce pas ? De penser que vous êtes quelqu’un qui a atteint ou réalisé quelque chose à un niveau personnel vient d’un sens de l’ego. Alors nous ne prétendons rien. S’il y a quelque chose à l’intérieur de vous qui a envie de prétendre quelque chose, alors observez cela comme une condition du mental.

Le son du silence est partout présent ce qui fait que vous pouvez l’utiliser comme un guide plutôt que comme une fin en soi. C’est une pratique très judicieuse de voir et d’écouter, plutôt que de juste réprimer des conditions par aversion. Mais le vide est plutôt ennuyeux à vrai dire. Nous avons l’habitude de plus de spectacle. De toutes manières, combien de temps pouvez-vous passer dans la journée à être conscient d’un mental vide ? Alors reconnaissez que notre pratique n’est pas celle de s’attacher à la paix, au silence et au vide en tant que fin en soi mais de l’utiliser comme outil pour être la connaissance et pour être alerte. Quand le mental est vide, vous pouvez regarder - il y a encore de la conscience, mais vous n’êtes pas en train de chercher à renaître dans des conditions, parce qu’il n’y a pas d’ego à l’intérieur. L’ego vient toujours quand on cherche quelque chose ou qu’on essaie de se débarrasser de quelque chose. Écouter l’ego dire « J’aimerais atteindre le samâdhi », « Je dois atteindre les jhâna ». C’est la manière de parler de l’ego : « Je dois atteindre le premier niveau de jhâna, le second niveau, avant de pouvoir faire quoi que ce soit d’autre ». Vous avez cette idée que vous devez obtenir quelque chose en premier. Que savez-vous quand vous lisez les enseignements de divers maîtres ? Vous pouvez savoir que vous êtes confus, quand vous doutez, quand vous éprouvez de l’aversion et de la méfiance. Vous pouvez savoir que vous êtes la connaissance, plutôt que de décider quel est le meilleur enseignant.

La pratique de l’amour bienveillant veut dire utiliser une gentillesse aimable en étant capable de supporter ce que vous croyez être insupportable. Si vous avez un mental plein d’obsessions qui continue à parler et à être chamailleur, vous avez bien envie de vous en débarrasser, mais plus vous essayez de le réprimer, moins cela va. Ensuite, parfois cela s’arrête, alors vous pensez « Oh, j’ai enfin réussi à m’en débarrasser ». Ensuite, cela recommence et vous pensez « Oh non, encore, moi qui croyais que c’était fini ». Ainsi, peu importe combien de fois cela va et vient, prenez-le comme ça vient. Soyez celui qui fait un pas à la fois. Quand vous êtes d’accord d’avoir toute la patience du monde pour être avec la condition du moment, vous pouvez la laisser disparaître. Les résultats de permettre aux choses de cesser c’est que vous commencez à faire l’expérience du lâcher prise, parce que vous vous rendez compte que vous ne portez pas toutes ces choses sur le dos comme vous le faites d’habitude. D’une certaine manière, les choses qui vous mettaient en colère ne vous dérangent plus beaucoup et cela vous surprend. Vous commencez à vous sentir à l’aise dans des situations où vous ne vous sentiez pas bien auparavant parce que vous permettez aux choses de cesser plutôt que de vous y accrocher et de recréer des peurs et des anxiétés. Même le « mal-aise » de ceux qui vous entourent ne vous influence pas. Vous ne réagissez plus au manque d’aise des autres en devenant tendu. Cela vient du lâcher prise et du fait de permettre aux choses de disparaître.

Ainsi, l’image générale est pour vous d’avoir cette vigilance intérieure et de noter toute chose obsédante qui remonte. Si ces choses remontent tout le temps, cela veut dire que vous êtes évidemment attaché d’une certaine manière soit par aversion soit par vanité. Alors commencez par reconnaître l’attachement plutôt que d’essayer de vous en débarrasser. Une fois cela compris, vous pouvez lâcher prise et vous tourner vers le silence du mental parce qu’il n’y a pas de raison de faire autre chose. Il n’y a pas de raison pour s’accrocher ou pour continuer à dépendre de conditions qui ne sont plus nécessaires. Laissez-les cesser. Quand nous réagissons à ce qui survient, nous créons un cycle d’habitudes. Une habitude est quelque chose qui est cyclique. Cela continue à faire un cycle, cela n’a pas de moyen de cesser. Mais si vous lâchez prise et laissez aller les choses selon leurs cours, alors ce qui survient cesse. Cela ne devient pas un cycle.

Alors le vide ne se débarrasse de rien ; ce n’est pas le vide total mais un potentiel infini de création qui peut survenir et disparaître sans que cela vous rende confus. L’idée de moi en tant que créateur, mes talents artistiques, l’expression de moi-même, c’est une chose égocentrique incroyable, n’est-ce pas ? « C’est ce que j’ai fait, c’est à moi ». Les gens disent « Oh, tu as beaucoup de talent, n’est-ce pas ? Tu es un génie ! » Tellement d’oeuvres d’art ont tendance à être des régurgitations des peurs et des désirs des gens. Ce n’est pas vraiment créatif ; c’est juste recréer les choses. Cela ne vient pas d’un mental qui est vide mais d’un ego qui n’a pas d’autre message à donner que celui qui est plein de mort et d’égoïsme. À un niveau universel, cela n’a pas d’autre message que « Regardez-moi ! » en tant que personne, qu’ego. Au contraire, le mental, lorsqu’il est vide, a d’infinies possibilités pour la création. On ne pense pas à créer des choses, mais la création peut se faire sans ego ni personne qui la fasse ; cela arrive.

Ainsi nous laissons la création au Dhamma plutôt que de penser que c’est une chose dont nous devons être responsables. Tout ce que nous avons à faire maintenant, tout ce qui est nécessaire pour nous, en parlant de manière conventionnelle, en tant qu’êtres humains, en tant que personnes, c’est de lâcher prise ; ou de ne pas s’attacher. Lâcher prise des choses. Faites le bien, évitez le mal, soyez attentif. C’est un message très simple.



Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ -
Tél. : 03 85 20 14 42


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