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Roland Rech et Michel Bovay

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> Bouddhisme > Entretiens


La transmission de maître à disciple

Par Roland Rech et Michel Bovay

Interview de Roland Rech et Michel Bovay sur la relation maître-disciple, France 2, 26 octobre 1997.

La pratique du zen repose essentiellement sur la découverte et sur la réalisation au quotidien de ce qu’est la nature de l’esprit, c’est-à-dire la nature de bouddha. La transmission de maître à disciple n’accorde donc que peu d’importance aux rites et à l’approche intellectuelle. Nous allons voir maintenant avec Roland Rech comment s’opère cette transmission dans la relation de maître à disciple dans le zen.

Vous êtes vice-président de l’AZI, l’Association Zen Internationale, vous représentez donc ici le zen Soto. Par ailleurs, vous êtes responsable d’un dojo à Nice et vous dirigez des séances de zazen un peu partout en France et à l’étranger. Vous enseignez donc à cette occasion.

Vous avez été un des plus proches disciples de Maître Deshimaru, vous avez été ordonné moine par lui, vous êtes l’un de ses successeurs. Vous avez donc vécu intimement cette relation de maître à disciple. Comment la définiriez-vous ?

Roland Rech – C’est une relation qui est difficile à définir, mais qui repose sur un sentiment de confiance dans ce qu’enseigne et ce que représente le maître. Lorsqu’on est disciple, on a besoin de sentir que la pratique dans laquelle on est engagé conduit bien à une réalisation, que ce n’est pas quelque chose de purement théorique, d’abstrait ou qui pourra être réalisé on ne sait pas trop quand. On a besoin de voir quelqu’un qui incarne véritablement l’enseignement que l’on est en train de vivre ou de pratiquer ; donc le maître, c’est celui qui inspire la confiance dans l’enseignement, à la fois qui transmet la pratique et inspire la confiance dans la réalisation de cette pratique par son exemple.

Alors, sur quoi repose le lien qui unit le maître et le disciple, outre la confiance ?

Roland Rech – Elle repose sur une pratique partagée en commun, c’est-à-dire que le maître n’est pas quelqu’un de lointain. Le maître pratique exactement la même chose que le disciple, il enseigne la pratique de zazen que nous pratiquons ensemble dans le dojo, et, à travers cette pratique ensemble, il y a un enseignement qui est transmis. Le maître donne des responsabilités à ses disciples et à travers la manière dont les disciples accomplissent leurs tâches, il a l’occasion de voir et d’enseigner comment pratiquer la concentration, comment agir avec plus de sagesse, comment agir avec plus de compassion, bref, comment incarner réellement dans la vie quotidienne, à travers ce qui se passe dans un dojo, et aussi à travers des travaux que nous faisons ensemble en dehors du dojo, l’essence de l’enseignement du zen dans la vie réelle.

Alors, comment définiriez-vous , si c’est possible, ce qu’est le maître ?

Roland Rech – Le maître est essentiellement un guide, c’est-à-dire quelqu’un qui a lui-même reçu l’enseignement d’un maître, qui a eu l’occasion de pratiquer pendant très longtemps ce que, par la suite, il va transmettre, qui a été certifié par son propre maître. Donc on ne s’improvise pas maître. Un maître doit avoir été enseigné et certifié par un vrai maître et, surtout, il est là pour guider, il ne peut rien faire à la place de son disciple. Mais il est là pour montrer un chemin et montrer la pratique juste, de manière à éviter de se mettre dans des impasses et de finalement stagner. Il montre une pratique qui est une véritable libération de l’être, une vie plus en harmonie avec notre vérité profonde. Il y a des pièges sur cette voie et le maître est là pour guider, pour éviter qu’on tombe dans ces pièges, ou, si on y tombe, qu’on puisse en sortir le plus vite possible.

Dans l’extrait que nous allons voir maintenant, un extrait qui est une interview réalisée au temple zen de la Gendronnière, Guy Soubigou a demandé à Michel Bovay, qui est président de l’AZI et qui dirige un dojo à Zurich, ce que représente le maître selon lui.

Michel Bovay – Un maître enseigne à travers tous les phénomènes de la vie quotidienne. Le maître, c’est quelqu’un qu’on dit réalisé. En fait, c’est quelqu’un complètement dans la condition normale, il a l’esprit clair, c’est quelqu’un d’éveillé. « Éveillé » veut dire être complètement vivant, vivre la vie telle qu’elle est, sans se laisser attraper par les illusions. Le disciple, par contre, a plein de choses dans la tête : des attachements, des catégories, toutes sortes d’imaginations, même à propos de la Voie. Mais profondément, il cherche à se libérer, il cherche la vérité, la clarté de l’esprit. C’est donc cela qui l’amène à un maître. À partir de là commence l’éducation.

On croît toujours que le maître va donner au disciple quelque chose de fantastique, qu’on appelle « illumination », quelque chose d’extraordinaire. Mais en fait, le maître va peu à peu, à travers son enseignement et la pratique, enlever tout ce bagage que le disciple traîne avec lui. Il va l’aider à se libérer complètement de tout ce karma qu’il traîne et l’amener ainsi à lui-même, à sa vraie nature. Le maître se sert de tous les phénomènes pour éduquer les disciples.

Par exemple, dans notre vie, quand on fait une action pas très bonne, quand on commet une faute, la rétribution de cette faute arrive beaucoup plus tard, un an ou deux ans après, et on ne fait pas la relation entre la cause et l’effet. Le maître, lui, ramène l’effet tout de suite et on peut comprendre.

Comment aider quelqu’un vraiment, profondément ? C’est très difficile. Pour cela, il faut de la compassion, de la sagesse, mais il faut aussi de l’énergie, de la force. Maître Deshimaru avait cette force, la sagesse et la compassion.

Dans cet extrait, Michel Bovay disait que le maître est toujours un être éveillé. Est-ce que c’est toujours le cas ?

Roland Rech – Oui, bien sûr, mais il faut comprendre ce qu’on entend par éveil. La plupart des gens se font une grande illusion au sujet de l’éveil, prennent l’éveil pour une grande illumination, alors qu’en tous les cas, dans la tradition du bouddhisme zen, l’éveil consiste à constamment avoir la capacité de nous éveiller au sujet de nos illusions, au sujet de nos attachements, au sujet de nos passions et donc d’avoir cette capacité en miroir de nous rendre compte très rapidement de nos erreurs, de nos illusions, et on s’éveille toujours à partir d’une illusion. Donc le maître, contrairement aux saints dans certaines religions, n’est pas forcément quelqu’un qui est parfait, mais qui montre comment il est capable à travers sa grande lucidité, sa grande pratique de méditation, sa grande vigilance, de rapidement déceler autour de lui, mais aussi en lui-même, des attachements, des illusions et ainsi il nous permet, il nous invite à faire la même chose. Si le maître était un personnage trop idéal, finalement, il induirait chez les disciples un sentiment d’impuissance ou d’incapacité, ou même de culpabilité : « Je ne serai jamais capable, je ne serai jamais à ce niveau. » Alors que ce que nous montre le maître, c’est quelque chose de très simple. Il montre comment éclairer notre vie à partir de la lucidité acquise en zazen, donc apprendre à se connaître soi-même et à ne pas suivre notre petit ego limité, à ne pas se laisser piéger par notre ego.

Donc, c’est avant tout un être humain qui montre le chemin à un autre être humain.

Roland Rech – Oui, c’est un être humain mais il a les deux facettes. Il a la facette de l’être humain totalement incarné et, en même temps, il incarne aussi cette capacité d’éclairer notre dimension humaine ordinaire, à partir de la pratique de la méditation qui nous fait voir, d’une part, nos ombres et nos illusions, nos attachements ; et qui aussi nous montre une autre dimension de notre vie, qui est cette nature de bouddha, cette nature qui nous fait être en unité avec tous les êtres de l’univers, donc dans une dimension beaucoup moins égotique et beaucoup plus dans la solidarité, dans la compassion, dans l’attention à l’autre. Et lui, il actualise cela mais il l’actualise d’une manière très humaine, c’est-à-dire qu’il a aussi ses faiblesses, il nous montre comment on peut repérer vite la faiblesse, comment on peut corriger ses erreurs.

Alors, être disciple constitue un véritable engagement sur la Voie. Quelles sont les qualités requises pour être un disciple ?

Roland Rech – Je crois que, pour être véritablement disciple, d’abord il faut avoir une foi profonde dans le maître. Il faut à la fois être capable de discernement, c’est-à-dire ne pas accepter un enseignement sans avoir discerné à quoi cela correspond pour soi, dans sa propre expérience, donc, il faut être capable de questionner le maître et, en même temps, il faut avoir une foi profonde, c’est-à-dire aussi oser expérimenter ce que le maître propose et ne pas être trop dans une attitude défensive, méfiante, auquel cas on ne peut pas s’engager véritablement dans la pratique de la Voie.

Alors, la transmission de maître à disciple peut se faire sur différents plans. Écoutons ce que dit Michel Bovay à ce sujet.

Michel Bovay – Lorsque je travaillais pour Maître Deshimaru, j’étais responsable de beaucoup de choses et il me chargeait de plus en plus de travail. Un de mes grands problèmes était que je n’arrivais souvent pas à dire « non ». Mais un jour, je suis allé le voir et je lui ai dit : « Il m’est impossible de tout faire. » Alors, il me demanda : « Combien d’heures dors-tu par nuit ? ﷓ Je ne sais pas exactement, peut-être six heures. ﷓ Six heures ! s’écria-t-il. Moi, quand j’étais jeune, je ne dormais que trois heures par nuit. Alors, tu vois, maintenant tu as gagné trois heures et tu peux faire encore pour trois heures de travail en plus. » Je repartis donc sans avoir solutionné mon problème.

Un autre jour, il m’a dit : « Il faut que tu sortes de cette situation, mais en n’utilisant ni la porte ni la fenêtre. » C’est ce qu’on appelle dans le zen un koan, une énigme à résoudre. Ni par la fenêtre ni par la porte, cela ne pouvait être qu’en moi-même.

Une fois, lorsqu’il était en voyage au Japon, je lui ai écrit une lettre en disant : « Jusqu’à maintenant, je vous ai toujours suivi et fait ce que vous avez dit. Mais aujourd’hui, je dis non. »

De retour de son voyage, il m’a donné rendez-vous le lendemain à trois heures. Maître Deshimaru était un homme très fort, je savais de quoi il était capable et je me suis dit : « Oh ! là ! là, qu’est-ce que je vais prendre ! Je ne sais pas ce qui va se passer, mais quoi qu’il arrive, même si je dois mourir, c’est non. »

Le lendemain, à exactement trois heures, je suis donc allé le voir. Me tenant bien droit, concentré sur chacun de mes pas, j’ai traversé la rue, monté l’escalier et frappé à sa porte. Il m’attendait dans sa chambre et, à ma grande surprise, il était assis là avec un sourire énorme. Car rien qu’à mon pas et à la façon dont j’ai frappé à sa porte, il avait déjà compris ma détermination. Il me dit : « Ça fait deux ans que j’attends ce jour. Tu as fait un grand pas en avant. À partir de maintenant, tu es libre. » Je tombais des nues. Tout d’un coup, tout a lâché en moi. Je me sentais complètement libre. À cet instant, je compris que toute ma vie, j’avais été prisonnier d’une illusion que je m’étais créée moi-même, qui tout au fond, en fait, n’est rien d’autre que la peur de perdre son ego. C’était ça, l’enseignement que Maître Deshimaru me donnait.

Est-ce que la transmission se fait toujours de manière silencieuse, parce que, pour les Occidentaux, cela peut paraître un peu difficile à comprendre, cette transmission.

Roland Rech – Non, il y a beaucoup de choses qui sont transmises. D’ailleurs, la transmission, cela se fait au cours du temps. Il y a d’abord la transmission concrète de l’enseignement et de la pratique et pour cela, le maître utilise le langage. Il explique, il enseigne, il commente les sutras, il illustre les sutras, c’est-à-dire l’enseignement de Bouddha, à travers les exemples concrets de la vie quotidienne, vécue dans la relation de maître à disciple, donc un enseignement oral.

Le maître transmet aussi l’ordination, il transmet le kesa, ce symbole de l’ordination qui est le vêtement de Bouddha. Il transmet également les préceptes de Bouddha. Et puis, il y a cette transmission au-delà des mots, cette transmission qu’on appelle i shin den shin, de mon âme à ton âme, de mon cœur à ton cœur, et cette transmission i shin den shin se fait d’abord dans la pratique en commun dans le dojo, dans le silence, dans le fait que nous communions dans le même esprit de zazen.

Et puis aussi, à d’autres moments, simplement dans un regard, dans quelque chose d’une intuition partagée et, par exemple dans le cas du Bouddha, c’est très célèbre, la transmission du zen a commencé avec cela : à un moment donné, le Bouddha a cessé de parler, il a pris une fleur entre ses doigts et l’a simplement fait tourner comme ça, en souriant, et tout le monde était un peu médusé dans l’assistance. Un disciple qui s’appelait Mahakashyapa a souri, et à ce moment-là, le Bouddha a dit : « Je possède le trésor du véritable Dharma, de la vérité de l’enseignement, et ce trésor, maintenant, est transmis à Mahakashyapa. » Il l’a dit après, mais dans l’instant de la transmission, c’était simplement la communion d’esprit à esprit, le maître et le disciple dans la même perception de la réalité de la fleur, telle qu’elle était.

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