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> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Interreligieux


La transmission de l’éveil

Par Lama Denys

Entretien avec Lama Denys par Philippe Kerforme

Lama Denys : ... Le mot dharma... n’est exactement ni "religion", ni "spiritualité", ni "psychologie" ou "science", mais c’est un art de vivre qui recoupe pourtant ces différents domaines.

Dharma signifie fondamentalement et principalement "réalité", "ce qui est". Son sens le plus courant est celui d’"enseignement", entendu comme exposé "de la réalité", "de ce qui est" ou "de comment sont vraiment les choses et les êtres". Il n’y a là, a priori, rien de bien "religieux" au sens habituel.

Si l’on se pose néanmoins la question de savoir si le dharma est une religion, il faut d’abord s’interroger sur ce que ce mot recouvre pour nous. Dans l’esprit commun, il évoque un ensemble de croyances, de dogmes, de formalismes et de morales. Dans cette perspective, le dharma n’est certainement pas une religion. En effet, son approche n’est pas fondée sur la foi au sens de l’adhésion à une croyance posée comme a priori. Il n’est ni dogmatique, ni formaliste, ni moraliste.

Par contre, si l’on entend le mot "religion" dans son sens étymologique, comme "ce qui relie au divin ou à l’ultime", le dharma est religieux car il permet de réaliser et d’atteindre "l’ultime nature de l’esprit".

Nous avons défini le mot dharma comme signifiant "réalité". On peut dire que le dharma est une approche "réaliste" : c’est l’étude de la réalité essentielle des choses. Si l’on entend maintenant par spiritualité : l’étude de l’esprit et des pratiques qui y sont associées, alors le dharma est une spiritualité. Il se définit même souvent comme "science de l’intériorité" ou "science de l’esprit", non pas de l’esprit opposé à la matière, mais de l’esprit comme processus cognitif dans lequel les notions habituelles d’esprit et de matière sont incluses. Le dharma comme science de l’intériorité est fondé sur un raisonnement et une vérification expérimentale. Ce n’est pas une science extérieure du mesurable, mais une science tournée vers l’intérieur, avec ses outils propres qui sont les différentes pratiques de la méditation. Cette science du dharma a une dimension extrêmement moderne, en tant que connaissance de la connaissance, faisant une étude critique éminemment fine et profonde de nos perceptions et de notre connaissance.

PK. : Si le bouddhisme n’est pas une religion telle qu’on l’entend habituellement, peut-on dire alors que c’est un enseignement qui peut avoir des aspects religieux ?

LD : Il faut continuer à faire attention au scintillement des mots, et particulièrement aux ’ismes’ qui font facilement penser à une idéologie ou à une doctrine. Le dharma est une tradition complète, c’est-à-dire un cheminement qui conduit à la réalisation de l’ultime réalité. C’est ce que l’on appelle une voie traditionnelle, une tradition authentique. Ce n’est pas une religion au sens monothéiste habituel, mais il a, au sens évoqué précédemment ou dans certaines de ses manifestations, un caractère religieux. Le dharma fait appel à tout ce que nous sommes : à notre corps, à notre parole et à notre esprit. Sa pratique intègre tout l’être et s’applique à tous les domaines de la vie quotidienne.

PK. : Quelle est la position du dharma vis-à-vis des autres religions et voies spirituelles ?

LD : Pour le dharma, les différentes voies spirituelles, les différentes traditions authentiques sont envisagées comme autant de voies parallèles allant dans une même direction. Certaines peuvent conduire à des états divins, d’autres à la délivrance ; toutes contribuent à la progression spirituelle. Celles qui sont complètes sont des chemins d’accès à la réalité de l’ultime expérience informelle transcendant les noms et les formes, et la réalité de cette expérience se situe complètement au-delà des théologies, des métaphysiques, des philosophies, et de toutes les doctrines qui sont particulières à chacune et qui permettent d’y accéder. Cette réalité transcendante n’est pas l’apanage ou le monopole d’une tradition à l’exclusion des autres, pas plus du bouddhisme que de n’importe quelle autre. Le dharma considère qu’au fil des siècles, de nombreux êtres sont arrivés à l’éveil et ont connu la réalisation suprême. Ils l’ont ensuite exprimée différemment en fonction du contexte ambiant, des concepts parlants pour leurs contemporains, du milieu socio-culturel, de la langue etc. Ils avaient tous en vue, derrière cette variété d’expressions, une même réalité. De ce point de vue, leur diversité n’est que contingente ; elle a une fonction pédagogique, didactique, et c’est en fait une richesse qui permet d’adapter le même message à la variété des entendements et des réceptivités des êtres. Il y a ainsi une unité transcendante des traditions qui est dans l’au-delà des concepts et des représentations. C’est une expérience atemporelle, à jamais accessible dans l’immédiateté de l’instant présent. Différents êtres réalisés, qu’on peut appeler des bouddhas ou des grands bodhisattvas, même s’ils n’en ont pas eu le nom dans leur tradition, en ont rendu compte, l’exprimant dans leur tradition en différents types d’enseignements.

PK. : Donc toutes ces différentes traditions seraient bonnes ?

LD : Pour le dharma, tel que nous l’a présenté Kyabdjé Kalou Rimpotché, il y a, dans notre monde, différentes traditions authentiques qui toutes méritent notre respect et notre estime, car leurs expressions correspondent à la diversité des hommes avec leurs différentes mentalités et les stades d’évolution de chacun. De ce point de vue, la diversité n’est pas un problème, mais au contraire une richesse.

Ainsi, il y a dans le bouddhisme non seulement une tolérance mais une véritable estime des autres traditions authentiques. Elles sont des voies parallèles qui vont dans une même direction et qui ont la même finalité : apporter aux hommes sagesse et compassion.

PK. : Quelles sont les traditions authentiques dont vous parlez ?

LD : Il faudrait ici distinguer deux problèmes différents : celui des traditions authentiques et celui des traditions complètes. Les traditions authentiques ont, à leur départ, l’inspiration véritablement transcendante que leur initiateur a puisée à la source qu’est l’expérience de l’ultime réalité, telle que nous venons d’en parler. On distinguera ces dernières des divers mouvements qui reposent à l’origine sur l’inspiration de quelque illuminé ’auto-proclamé’ qui a eu "sa révélation", c’est-à-dire qui a trouvé "sa vérité" et s’est mis à l’enseigner.

Une tradition authentique est, dans son origine comme dans sa transmission, au-delà des individualités. En effet, ceux qui en deviennent les détenteurs font partie d’une lignée spirituelle ininterrompue depuis l’initiateur. A chaque maillon de la chaîne de transmission, un disciple reçoit l’enseignement de son maître, qui l’a lui-même étudié et surtout pratiqué. Il l’étudie, le pratique, le réalise à son tour puis le transmet, dans l’esprit et dans la lettre, sans que ce soit "son" enseignement. La transmission restera pure dans la mesure où elle ne sera pas altérée par l’intervention d’êtres ordinaires et de leurs egos individuels. Il y a ainsi continuité de l’enseignement par-delà les egos individuels. Des traditions authentiques se sont ainsi transmises depuis des siècles et, dans certains cas, depuis des millénaires.

Il y a ensuite la question des traditions complètes : une tradition peut très bien avoir été authentique et complète au début mais avoir dégénéré, subi au cours de sa longue histoire toutes sortes d’altérations et de déviations. Elle peut avoir perdu son esprit, être devenue lettre morte et n’être plus qu’un cadavre. Pour qu’une tradition authentique soit complète, il faut que sa transmission soit encore effectuée par des personnes qui en ont la réalisation ultime et qui la transmettent ainsi totalement.

PK. : Que serait alors une tradition incomplète ?

LD : Une tradition incomplète serait une tradition avec en son sein des déviations, ou qui s’arrêterait avant l’ultime expérience. Pour illustrer cette idée, on peut comparer l’ascension spirituelle à celle d’une montagne. Le sommet représente l’ultime expérience transcendante dont nous avons parlé. Il y a sur ses versants différents chemins et sentiers qui permettent d’y accéder. Ceux-ci correspondent aux multiples approches des traditions authentiques. Ces voies d’accès se rapprochent en convergeant vers le haut. Pourtant, certaines voies sont coupées, elles ne mènent plus au sommet et ne permettent plus que de faire un cheminement partiel.

Il est donc nécessaire de suivre une tradition authentique et complète et, de plus, pour éviter sur la voie les nombreux écueils, comme dans l’ascension en montagne, il est indispensable d’avoir un guide compétent qui connaisse la voie et qui puisse nous y diriger pas à pas.

PK. : Il y a une chose difficile à comprendre quand même : si une tradition était authentique au départ, pourquoi ne mènerait-elle plus au sommet de la montagne, comment a-t-elle pu se dénaturer ?

LD : Une tradition peut avoir été complète initialement mais avoir été mal transmise à travers les siècles. Sa transmission authentique dépend de la réalisation véritable de ses membres, elle peut s’être altérée, et progressivement le "savoir-faire" traditionnel qui permettait d’atteindre la réalisation peut s’être perdu. Dans ce cas, il n’y a plus la possibilité de faire le trajet complet. C’est un phénomène très courant, particulièrement de nos jours, et c’est d’ailleurs pourquoi notre époque est appelée "le temps de la dégénérescence".

PK. : Est-ce que reconnaître ainsi les traditions authentiques prend en compte le fait qu’il pourrait en apparaître d’autres ?

LD : D’autres bouddhas et d’autres éveillés ont enseigné avant le Bouddha Sakyamuni qui est à l’origine de la formulation du dharma que nous pratiquons actuellement ; il y en a eu d’autres avant lui et il y en aura encore d’autres ultérieurement. Ils réexpliqueront et réactualiseront l’enseignement. Chacune de leurs interventions introduit et adapte à une époque différente une nouvelle présentation de l’enseignement. Donc, l’apparition d’une nouvelle forme ou d’une nouvelle formulation traditionnelle est une possibilité.

Mais là aussi, il est nécessaire d’appliquer des critères de discernement extrêmement précis, d’autant plus que foisonnent aujourd’hui les pseudo-spiritualités qui se prétendent toutes authentiques. C’est une caractéristique de l’époque de dégénérescence et de confusion

Pour garder un discernement sain, on peut se référer aux critères déjà évoqués précédemment. Il faut aussi faire attention : beaucoup de nouveaux courants spirituels et mouvements dits de "renouveau" - qui sont en fait des syncrétismes douteux - ont, pour se valoriser, tendance à présenter les traditions anciennes comme périmées et obsolètes. De plus, ces mouvements ont fréquemment une approche mercantile qui tend à éliminer tout ce qui pourrait gêner les idées et les egos de leurs clients potentiels. Ils gardent, par contre, ce qui peut les satisfaire et les flatter, ouvrant ainsi la voie à une commercialisation plus facile ! Ce genre d’adaptations faites en fonction des appétences de la clientèle, est bien loin de la réactualisation de la vérité atemporelle dont nous parlions précédemment. On se trouve alors devant une sorte de spiritualité de l’ego, et bien loin de sa transcendance. On arrive, dans certains cas, à une véritable inversion. Il y a, dans nombre de ces approches, beaucoup de confusion et de dangers. Et, si l’on ne peut, bien sûr, pas porter de jugement d’ensemble, on ne saurait trop mettre en garde.

PK. : Vous avez dit que Bouddha lui-même avait déclaré avoir ouvert à nouveau une voie encore plus ancienne. De quoi voulait-il parler ?

LD : Le dharma, "l’expression de la réalité" et la possibilité d’accéder à l’éveil, ne sont pas apparus avec le Bouddha Sakyamuni. Dans la perspective que nous venons d’exposer, celui-ci a ré-exprimé un enseignement qui est essentiellement atemporel. L’éveil a existé de tout temps. Le Bouddha Sakyamuni nous a rouvert une porte d’accès à une réalisation qui, en elle-même, existe depuis toujours. Il est apparu cinq siècles avant Jésus-Christ, mais il y eut, avant lui, d’autres maîtres, d’autres "bouddhas, grands bodhisattvas" qui enseignèrent des traditions authentiques menant à l’illumination ultime, et il y en aura d’autres après lui.

Au sein du bouddhisme, le Bouddha Sakyamuni est considéré comme étant le quatrième bouddha initiateur du dharma de notre cycle cosmique qui doit en compter un millier !

PK. : Les grandes traditions religieuses ou spirituelles sont-elles toujours apparues après une période de crise ?

LD : Les initiateurs des grandes traditions sont généralement apparus à des tournants de l’histoire, dans des périodes de transition. Leur présentation avait un caractère nouveau, ils opéraient une rénovation par rapport aux aspects dominants de traditions qui avaient dégénéré ; ce qui d’ailleurs ne signifie pas que celles-ci étaient périmées dans leur totalité.

Chaque fois que le terrain était favorable, c’est-à-dire lorsque le contexte historique et culturel était approprié, et que cela pouvait être utile, à des tournants de civilisations, des êtres éveillés ont semé la graine d’une nouvelle forme de spiritualité.

Notons que dans une tradition qui reste totalement vivante, cette adaptation de la présentation, qui ne change en rien le fond, se fait constamment. Une tradition reste complète et pleinement vivante aussi longtemps que cette adaptation se fait de l’intérieur, à partir de l’expérience ultime d’éveil. C’est lorsqu’elle devient le fait de réformateurs qui ont perdu cette expérience fondamentale, qu’elle dégénère. Elle perd alors progressivement son esprit, devient lettre morte : un dogme rigide qui a tendance à se décomposer.

Lama V. DenysExtrait de Le dharma et la vie

Albin Michel " Spiritualités vivantes "

Institut Karma Ling
Hameau de St Hugon
F-73110 ARVILLARD
TEL. : 04.79.25.78.00 -
FAX : 04.79.25.78.08


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