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La révolution intérieure du bouddhisme

Le bouddhisme propose une révolution intérieure, seule susceptible de conduire à la paix collective.

Par Michel Henri Dufour

L’époque actuelle ressemble en beaucoup de points au VIe siècle avant notre ère en Inde, époque à laquelle vécut le Bouddha : confusion des idées, angoisse pour le futur, prolifération des “faux prophètes” et des fausses doctrines, recul du respect de la vie, effritement des valeurs morales au profit du formalisme et du matérialisme. De multiples organisations cherchent un moyen de résoudre ces problèmes, mais la plupart en voulant changer l’environnement de l’homme, ses conditions extérieures de vie. Le bouddhisme propose une autre révolution : la révolution intérieure seule capable de bouleverser toutes les conditions, mais la possibilité nous en est voilée par l’ignorance et cette ignorance est mère de toutes les souffrances. En quoi cette ignorance consiste-t-elle ?

Ce n’est pas la simple ignorance intellectuelle, c’est celle de la véritable nature de l’homme et de l’univers tout entier. Rien dans le monde ne dure éternellement, tout est inexorablement détruit à plus ou moins longue échéance, que ce soit civilisation, cité, montagne, richesses ou être vivant ; rien dans le monde n’est capable de produire de la satisfaction ou un plaisir durable, la souffrance et la douleur sont inséparables de la vie telle que nous la connaissons. Enfin, il n’existe rien dans l’homme (et en toutes choses) qui subsiste inchangé et éternel, pas d’“âme immortelle”, tout est vide de réelle substance.

L’homme agit justement selon le contraire de tout ceci, d’où la masse de souffrance qui l’assaille. Cependant, la compréhension de ces faits ne doit pas nous conduire au désespoir et au pessimisme, car il existe un chemin pour en sortir, un chemin qui nous mène des ténèbres à la lumière, à la libération de la souffrance, à la paix suprême, au Nibbâna. Ce chemin nous a été montré par le Bouddha qui l’a parcouru, compris en son entier, et exposé aux hommes pour le bonheur de tous les êtres.

Le Bouddha, après son Éveil, exposa dans son premier sermon les "Quatre Nobles Vérités", coeur de tout son enseignement :

1 – La vie est insatisfaisante, dépourvue d’harmonie.

2 – La cause de cette insatisfaction est l’attachement aux désirs, le désir égocentrique, l’avidité, la soif.

3 – Il est possible d’y échapper par l’extinction de cet attachement, de cette soif, c’est le Nibbâna.

4 – Le chemin qui conduit à cette extinction est le Noble Sentier aux Huit Voies. Ce sentier comprend la Compréhension Parfaite, l’Intention Parfaite, la Parole Parfaite, l’Action Parfaite, le Mode de Vie Parfait, l’Effort

Parfait, l’Attention Parfaite, l’Unification de l’esprit Parfaite. Ce sentier fondé sur le comportement éthique et la méditation (culture mentale) débouche sur la sagesse parfaite.

Le laïc bouddhiste est censé suivre les Cinq Préceptes (qui ne sont ni des interdictions ni des commandements, mais des moyens de discipline que l’on adopte de soi-même) : s’abstenir de tuer ou blesser les êtres vivants, de prendre ce qui n’est pas donné, d’indulgence dans les plaisirs des sens, de mauvaises paroles, de tout ce qui trouble la conscience claire.

Lorsque la conduite éthique est bien établie le disciple peut entreprendre la pratique de la méditation qui lui permettra de comprendre par ses propres efforts ce que le Bouddha a lui-même compris. Rien dans le bouddhisme n’est affirmé comme dogme mais tout doit être vérifié à la lumière de l’expérience personnelle de la méditation et de la contemplation quotidienne des choses telles qu’elles sont.

Pour le Bouddha l’univers est l’expression d’une loi immuable et n’a pas été crée par un “Dieu” tout-puissant. C’est la loi de cause-effet (ou kamma et son résultat, vipâka) ; l’homme récolte en dépendance de ce qu’il a semé, ses actions volontaires et consciemment acceptées façonnent son futur, et son présent dépend de ses actions passées. Ses actions le jettent dans la “ronde des renaissances” dont il ne pourra sortir que par la conquête du Nibbâna, dans cette vie ou dans “une autre”. Cependant, aucune “âme éternelle” ne passe d’une vie à une autre ; c’est simplement une énergie qui se transmet, une conscience qui en conditionne une autre, une flamme de bougie qui allume une autre bougie. Lorsque les feux de la convoitise, de l’illusion et de la haine sont éteints, les renaissances sont terminées, la paix du Nibbâna est atteinte.

La plupart des hommes réagissent à toutes les stimulations et sont atteints par tous les événements extérieurs et intérieurs (joie, peine, flatterie, reproche, succès, échec, etc. ) au point que leur jugement s’en trouve faussé et leur paix compromise. Leur esprit est alors aussi agité qu’“un singe ivre piqué par un serpent et bondissant de branche en branche”. Que de fois n’entendons-nous pas dire : « Je suis hors de moi » ou « Je suis distrait » ! Comment de telles personnes peuvent-elles obtenir la paix si elles sont constamment ballottées par le moindre souffle de vent ? Que feront-elles en face d’une provocation, d’une insulte, d’un coup ? Le remède à cette activité anarchique de l’esprit est la méditation ; elle seule permet de parvenir à cette égalité d’esprit qui n’est pas pure indifférence ni sécheresse de coeur, mais force intérieure capable de faire face à toutes les épreuves même les plus sévères.

À tort le mot “méditation” est souvent associé à la seule forme de réflexion intellectuelle sur un sujet. La véritable méditation est unification de l’esprit, elle est parfaite adaptation de l’être tout entier à chacun des actions, parfaite “présence” à tous les instants de la vie quotidienne et nous délivre de l’esclavage des pensées et idées envahissantes. Elle nécessite une attention sans relâchement. Essayez de rester, ne serait-ce que cinq minutes, assis, dans le silence ! au bout d’une minute vous éprouverez un besoin irrésistible de bouger, de vous gratter l’oeil, de feuilleter un magazine, d’allumer la télévision. Vous vous mettrez à penser à votre prochain repas, aux yeux de votre voisine, à votre patron ou à toute autre chose ; en un mot vous chercherez à fuir les conditions présentes telles qu’elles sont !

La méditation est une véritable culture mentale qui s’acquiert au prix d’un effort soutenu et correctement dirigé ; ce n’est qu’à ce prix que l’homme obtiendra la paix intérieure sans laquelle la volonté de construire la paix collective est un non-sens.

La vie du Bouddha en bref

Celui qui allait devenir le Bouddha naquit vers 560 avant notre ère près de Kapilavatthu, cité du clan des Sakyas, située actuellement au Népal. Il s’appelait Siddhatta Gotama, son père Suddhodana, probablement chef de province, et sa mère Maha Maya. Dès sa naissance on lui prédit une vie extraordinaire ; s’il suivait la voie du monde il deviendrait un monarque puissant, et s’il adoptait la voie du renoncement il serait un Éveillé, un Sage parfait, un Bouddha. Un vieux brahmane annonça au père de Siddhatta que c’est cette dernière voie qui serait choisie. Pour éviter que les prédictions du brahmane ne s’accomplissent Suddhodana entoura son fils de tous les plaisirs et de tout le luxe de la vie princière ; rien de laid ou de déplaisant ne devait pénétrer dans le palais. L’enfance du futur Bouddha se passa donc au milieu des courtisanes, de la musique et des plus subtils plaisirs. Mais il portait en lui la semence de son futur état, résultat de nombreuses “vies antérieures” ; et on dit que le Bodhisatta (Bouddha en devenir) fit quatre promenades hors du palais avec son fidèle cocher. Au cours de ses sorties il fut confronté à la vie réelle et réalisa qu’elle n’était pas exclusivement joie et plaisir : il rencontra successivement un vieillard, un malade, un cadavre que l’on portait au bûcher, et comprit l’universelle présence de la souffrance. Sa dernière rencontre, un moine rayonnant de sérénité, lui fit entrevoir la solution ; depuis ce jour il résolut de fuir la vie princière et de chercher la vérité dans la vie errante.

Une nuit, alors que tout le monde était endormi, il alla voir une dernière fois sa femme Yasodhara (qu’il avait épousé à seize ans) et son fils nouveau-né, Rahula, sans les réveiller et quitta la palais. Parvenu à la lisière de la forêt il donna ses vêtements et ses bijoux à son cocher, fit ses adieux à son cheval, se coupa les cheveux en signe de renoncement, et partit. Le Bodhisatta avait alors vingt-neuf ans.

Il étudia d’abord sous la direction de deux maîtres célèbres de l’époque ; mais leurs enseignements n’apportèrent aucune solution à son problème. Il résolut alors de suivre la voie de l’extrême ascétisme ; c’est à cette période que vinrent à lui cinq disciples attirés par l’austérité de ses pratiques. Il fut bientôt réduit à l’état de squelette, ne pouvant plus se soutenir, aux portes de la mort. Au bout de six années de mortifications, il vit que cette voie non plus ne pouvait être la solution et il l’abandonna. Croyant qu’il avait adopté une vie facile, ses compagnons le quittèrent.

Il reprit de la nourriture pour fortifier son corps, s’assit sous un arbre en prenant la résolution de ne pas se lever avant d’avoir réalisé pleinement la vérité. Il resta ainsi pendant un semaine, et aux premières lueurs de l’aube de la dernière nuit, la lumière se fit totalement en lui ; il était devenu le Bouddha, le Parfaitement Éveillé. Ceci se passait à Bodh Gaya, à la pleine lune de mai, le Bouddha avait alors trente-cinq ans.

Juste après son Éveil une doute s’éleva en lui : les hommes, englués dans l’ignorance, la convoitise, pourront-ils comprendre cette vérité sublime, difficile et profonde ? Mais, se dit-il, « certains n’ont sur les yeux qu’un voile léger, et ceux-là comprendront », et il décida d’offrir son enseignement au monde par compassion pour tous les êtres. Il pensa toute de suite à ses cinq premiers compagnons, car ceux-ci, songea-t-il, seront capables de comprendre. Il les retrouva à Sarnath, non loin de Bénarès, et bien que ses anciens disciples eurent l’intention de ne pas lui manifester d’égards, ils furent immédiatement frappés par sa majesté et sa sérénité

L’Inde au temps du Bouddha

Sur le plan culturel et spirituel l’Inde du Bouddha se caractérise par un intense bouillonnement.

De nombreux maîtres ou philosophes proposent de multiples spéculations ou vues métaphysiques. L’élite spirituelle est de deux ordres :

- les brahmanes, représentant une caste sacerdotale omniprésente et omnipotente. Pour eux, le salut s’obtient par l’accomplissement des rites. Le fait qu’ils soient d’ailleurs seuls habilités à les accomplir leur confrère un pouvoir social important.

- les sharamanas (ceux qui s’efforcent), ascètes errants issus de toutes les castes, ayant abandonné leur statut social, ce qui les met en totale opposition avec les brahmanes. Loin de représenter une entité monolithique ils entretiennent des pratiques et des théories les plus diverses (théories que l’on retrouve exposées en détails dans les Sutta, le tout premier du Canon pali). Il sont fréquément mentionnés dans les Sutta – en tant qu’interlocuteur du Bouddha ou sujet de débats avec les moines – sous les thèmes titthiya (ascètes non bouddhistes en général) ou paribbaajaka (ascètes errants dont certains étaient liés au brahamanisme védique).

Déjà, avant l’époque du Bouddha, la religion prédominante de l’Inde était le brahamanisme védique mais, parallèlement à cette tradition existait un courant ascétique (shramanique) de pratique et pensée religieuses, prenant ses origines dans les temps préhistoriques. C’est avec cette culture shramanique que le Bouddhisme présente le plus d’affinités, il est néamoins le produit unique de l’Eveil de Bouddha. L’indouisme, construction plus tardive, est issue de la fussion du brahamanisme védique, du Bouddhisme et d’autres tentances religieuses shramaniques .

Les castes Caste

Paali : va.n.na (littéralement : apparence, forme, couleur).

Classe sociale dans l’Inde brahmanique :

1. khattiya, guerriers

2. braahma.na, brahmanes

3. vessa, marchands et agriculteurs

4. sudda, travailleurs manuels., structures sociales prédominantes, reposant, à l’origine, sur des critères de différenciation d’activités socio-professionnelles, de « devoirs », étaient devenues des séparations étanches au sein de la population et source de nombreuses discriminations. Il est important de noter que, à l’inverse de tous les autres enseignants de son temps, le Bouddha n’a jamais tenu compte des castes dans la dispensation de son enseignement.

Parmi toutes les traditions religieurses contemporaines du Bouddha, le jaïnisme se distingue tout particulièrement. Le fondateur de cette religion, cité sous le nom de Nigantha Naataputta dans les Sutta, est plusieurs fois l’objet d’exposés doctrinaux du Bouddha aux moines. Bien qu’à première vue cette tradition puisse présenter certaines similitudes avec l’enseignement bouddhique, car se situant tout comme lui, dans la lignée d’une tradition shramanique, elle s’en distingue essentiellement par des conceptions théistes marquées et des comportements et des vues extrémistes toujours stigmatisées par le Bouddha.

Le bouddhisme en peu de mots

Le bouddhisme n’est pas une croyance au sens traditionnel du terme, c’est un mode de vie, une manière de se comporter vis-à-vis des choses, des personnes et des évènements, en actes, paroles et pensées, une hygiène mentale radicale conduisant non pas à une “adaptation” au monde ou à un refus du monde mais à une transcendance de celui-ci. Il n’impose pas de suivre aveuglément une série de propositions dogmatiques mais invite à “voir”, constater et comprendre par expérience personnelle afin d’agir armé d’une sagesse toujours plus profonde.

Cette sagesse consiste en la vision directe dans la véritable nature de tout ce qui existe : impermanence, insatisfaction et vide de réelle substance ; elle seule nous permet d’aller jusqu’au bout dans l’implication de ces “Trois Caractéristiques”. Elle conduit au détachement et au renoncement à toute idée de “moi” et permet de détruire les racines de toutes souffrances : haine, convoitise et illusion.

Être bouddhiste c’est :

- placer sa confiance (foi raisonnée) dans les “Trois Joyaux”* (ou “Refuges”) : le Bouddha (celui-ci n’étant pas révéré en tant que personne historique mais comme représentation de la connaissance transcendante suprême, idéal de perfection accessible à chacun par ses propres efforts), l’Enseignement, Dhamma (en tant que Vérité ultime, vision des choses telles qu’elles sont), la Communauté des Nobles Disciples, Sangha (en tant qu’exemple de vie vertueuse), et les prendre comme guides,

- accepter les principes de base enseignés par le Bouddha et travailler à leur vérification par la pratique de la culture mentale (ou méditation),

- avoir compris la nécessité de vivre selon les principes éthiques fondamentaux, sîla.

Principes de base

– Les “Quatre Nobles Vérités” : 1. l’insatisfaction (la “souffrance”) est omniprésente, 2. l’origine de l’insatisfaction est l’attachement au désir, l’esclavage des désirs, 3. cette insatisfaction peut cesser, 4. le chemin qui conduit à cette cessation est le “Noble Sentier aux Huit Branches” reposant sur les trois fondations : Connaissance transcendante, Conduite éthique, Culture mentale.

– Les “Trois Caractéristiques” : tout ce qui existe dans l’univers relatif est : impermanent, source d’insatisfaction ou de souffrance et vide de réelle substance (“sans soi”).

– La “Production Conditionnée” : toute chose dans l’univers existe en raison de causes déterminantes et détermine à son tour d’autres choses ; rien n’est un commencement en soi ou une fin en soi (la seule exception étant l’arahâ, l’être pleinement libéré).

– Kamma : action volitionnelle consciente, intention. Elle peut être bénéfique et conduire à l’extinction de la souffrance ou mal orientée et source de souffrance. Les effets de kamma fonctionnent selon le principe d’action et réaction appliqué au domaine éthique.

– Renaissance : réorganisation des énergies vitales en fonction des affinités développées dans le passé, conséquence des actes volontaires et conscients, et manifestant des êtres vivants à différents niveaux d’évolution.

– Nibbâna : extinction de la souffrance par l’extinction de la haine, de la convoitise et de l’illusion, mettant fin à toute possibilité de production d’énergies manifestant des êtres vivants. C’est la Paix ultime dont la saveur est expérimentable dans cette vie même.

Quel bouddhisme ?

Une grande confusion existe dans le public et chez tous ceux qui désirent s’informer sur la Voie bouddhique et éventuellement s’y engager, confusion en grande partie provoquée par la pléthore d’écoles et de sous-écoles différentes, souvent en apparence bien éloignées de l’Enseignement originel. L’approche se complexifie en raison des greffes hétérogènes issues du contexte socioculturel des pays dans lesquels le bouddhisme a été introduit, greffes quelquefois sans effet sur la pratique fondamentale mais présentant occasionnellement des aspects antinomiques avec les principes et Préceptes de base, créant ainsi un syncrétisme dévastateur.

Quelle que soit l’école bouddhique deux formes d’approche, de pratique, sont par conséquent observables :

– le bouddhisme populaire, en tant que religion, fondé sur la peur, d’où : “croyance(s)”, matérialisme spirituel (acquisition de “mérites”, d’une “meilleure renaissance”, etc. ), rites propitiatoires, excroissances animistes, accommodements avec l’éthique, prédominance de l’aspect dévotionnel et émotionnel, bas niveau de la Sangha (Discipline – Vinaya – peu solide, d’où estompage des différences entre moines et laïcs, le moine n’étant plus “concurrent” du laïc puisqu’il lui ressemble de plus en plus).

– le bouddhisme profond, en tant que philosophie de vie, fondé sur la connaissance, sur un certain préalable de sagesse, d’où : “foi raisonnée”, pratique de la culture mentale (méditation), aspect dévotionnel à sa juste place, Sangha possédant un Vinaya solide, concience de l’importance de la conduite éthique. Ce second aspect, pouvant paraître une simple vue de l’esprit, existe réellement dans le monde bouddhique, en Orient comme en Occident. En raison de sa rareté, conséquence de son exigence, un effort s’impose pour le rencontrer. Ses pratiquants, en outre, ne recherchent pas nécessairement l’approbation publique ou les faveurs des médias.

Lorque l’on parle de bouddhisme il doit par conséquent être fait référence au second aspect, le premier n’étant que de façon anecdotique relié au Bouddha. Puisque celui-ci ne lui est pas indispensable, toute autre entité peut devenir l’objet du “culte”. Nous pouvons néanmoins admettre que cette approche puisse présenter un certain intérêt pour des personnes spirituellement immatures, mais cela n’est pas la Voie de la libération enseignée par le Bouddha et ne peut constituer, au mieux, qu’une étape préliminaire.

Peut-on d’ailleurs exposer un idéal spirituel de la richesse et de la profondeur du bouddhisme sans le rabaisser, considérant que seul un être éveillé est capable de donner à chacun le remède qui lui convient, c’est à dire lui enseigner ce dont il a besoin en des termes qui le font évoluer au lieu de l’enfermer dans un système de vues et de croyances a priori ? Ce qui est souvent présenté comme étant l’Enseignement bouddhique n’est en fait que l’antichambre du bouddhisme. Beaucoup ne font que tourner en rond dans cette antichambre sans daigner ouvrir la porte pour aller plus loin, voire sans soupçonner que cette porte existe. Dans certains milieux on désire par conséquent présenter un bouddhisme plus “libéral”, moins contraignant. Ce n’est pour nous qu’une astuce de propagande, de la publicité mensongère en quelque sorte, cela n’ayant rien à voir avec l’utilisation habile des moyens nécessaires (upâya kosalla). Il est aussi de bon ton actuellement de parler de réforme ou d’“adaptation” du Vinaya et de certains points de l’Enseignement jugés trop astreignants.

Cependant, si l’on va trop loin il est à craindre que la “civilisation moderne” ne l’emporte au détriment du témoignage des valeurs de base qui constituent la caractéristique de l’Enseignement du Bouddha. L’obéissance à tous les désirs prenant la prééminence sur l’esprit de pauvreté et le contentement, la recherche du superflu sur la culture de l’essentiel, la vitesse et la précipitation sur la lenteur et la circonspection, l’agressivité sur la douceur et la paix mentale, la conformité sociale sur la transcendance. Ceci ne ferait que poser cette prétendue civilisation moderne comme valeur suprême et étalon de tous les comportements et de toutes les compromissions.

2000

Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ -
Tél. : 03 85 20 14 42


http://perso.club-internet.fr/mhd-abt/vivekarama





Buddhaline

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