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La redécouverte de Dogen

Dogen est maintenant largement reconnu, tant au Japon qu’en Occident, tout au moins dans les milieux avertis, comme l’un des plus grands penseurs de l’histoire du Japon et du bouddhisme

Par Pierre Crépon

Dogen est maintenant largement reconnu, tant au Japon qu’en Occident, tout au moins dans les milieux avertis, comme l’un des plus grands penseurs de l’histoire du Japon et du bouddhisme. Plus

généralement, nombreux sont ceux qui considèrent qu’il apporte une contribution décisive à l’approche philosophique et religieuse de l’humanité. Cette reconnaissance universelle fut pourtant tardive et pendant des siècles, son oeuvre resta ignorée ou, au mieux, étudiée seulement au sein de cercles étroits de la tradition Soto.

En fait, les débuts de cette tradition Soto au Japon, après son implantation par Dogen au début du 13e siècle reste en partie méconnue. C’est la tradition Rinzai qui fut adoptée par la famille impériale et la haute aristocratie et, de ce fait, eut une influence déterminante sur maints aspects de la culture japonaise : peinture, cérémonie du thé, arrangement floral, théâtre No. De son côté, le Soto se diffusait parmi les fermiers et la classe des petits samouraïs dans les régions rurales, notamment après Keizan qui eut une oeuvre missionnaire importante. Cette expansion hors de la classe dominante explique le relatif manque d’informations sur les périodes anciennes.

En tout cas, il semble que l’oeuvre de Dogen ait été largement ignorée même parmi les moines Soto entre 1400 (c’est-à-dire 3 à 4 générations après Keizan) et 1700. Il n’y a pas de commentaires

du Shobogenzo à cette époque et si certains de ces écrits étaient recopiés, ils étaient gardés secrets et peu diffusés. Aux environ de 1690, le 35e abbé de Eihei-ji, Kozen, collecta les différents textes et compila la version en 95 chapitres, rangée dans l’ordre chronologique du Shobogenzo. Au 18e siècle, plusieurs maîtres importants reviennent à l’enseignement de Dogen : Manzan Dohaku (1636-1715) insiste sur la transmission de personne à personne, Menzan Zuiho (1683-1769) étudie pendant 45 ans le Shobogenzo en recherchant les sources des termes et des citations qui y sont utilisés, d’autres rédigent des commentaires. En 1816, la version collectée par Kozen est publiée par Eihei-ji avec l’assentiment du gouvernement. Toutefois, malgré l’effort de ces maîtres, le Shobogenzo reste encore à l’époque méconnu et difficile à consulter, comme en témoigne les pérégrinations de Ryokan se rendant de temple en temple pour retrouver certains chapitres.

C’est au début du 20e siècle que se situe la véritable diffusion du Sbobogenzo de Dogen, d’une part au sein du Soto avec des maîtres comme Nishihari Bokusan ou Banjin Dokan, mouvance à laquelle appartient Kodo Sawaki, et d’autre part par l’oeuvre d’universitaires et bouddhistes japonais (l’école de Kyoto), notamment Tetsuro Watsuji qui publie en 1926 une série d’essais intitulé "Le moine Dogen". pour ces derniers, l’oeuvre de Dogen échappe au cadre du Soto et a une signification religieuse, philosophique et morale universelle. Dogen devient alors un sujet d’étude au Japon, que ce soit au point de vie philosophique ou littéraire.

Après guerre, l’intérêt pour Dogen va croissant avec la publication de nombreuses études, commentaires et versions en japonais moderne du Shobogenzo. Les premières traductions en langue occidentale, essentiellement en anglais, paraissent dans les années 60, en même temps que se répand la pratique de zazen.

En langue anglaise, la première traduction de d’un texte de Dogen est de Reiho Masunaga en 1958, puis il y eut de nombreuses traductions d’un texte de différents chapitres, notamment celle de Wadell et Masao parue dans la revue Eastern Buddhism dans les années 70, ou celle de Kazuaki Tanahashi et de bien d’autres traducteurs. Il existe trois versions complètes en anglais : celle de Nishiyamaet Stevens, celle de Yokoi, et plus récemment celle de Nishijima.

En français, maître Deshimaru a fait paraître une Introduction au Shobogenzo dés 1970 et a traduit et commenté plusieurs chapitres. Signalons également les traductions de Bernard Faure et plus récemment celles de Janine Coursin et de Shimano et Vacher.

Cette recension très succincte ne donne qu’un vague aperçu des multiples travaux menés aujourd’hui sur Dogen et dont le projet le plus ambitieux est le " Soto Zen Text Project " initié par le département international de la Shumucho qui veut faire une traduction avec appareil critique le plus complet possible des oeuvres majeures de Dogen et Keizan (parallèlement à la traduction d’autres textes liturgiques).

Pierre Crépon

Décembre 1999



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