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La psychiatrie spirituelle, interview du Dr Mantel

L’objectif principal est d’élaborer une médecine psycho-spirituelle alliant l’esprit scientifique à l’inspiration mystique.

Par Jean-Claude Cartier

Fondée en Mars 94, “ l’Association Internationale de Psychiatrie Spirituelle ” organise plusieurs congrès chaque année, des rencontres diverses, des séminaires et un site Internet. Elle regroupe des médecins venant de nombreux pays, dont l’objectif principal est d’élaborer une médecine psycho-spirituelle alliant l’esprit scientifique à l’inspiration mystique. Selon son fondateur, le Dr. Mantel, cette approche veut faire éclater les cadres conceptuels conventionnels.

La Psychiatrie Spirituelle s’adresse-t-elle uniquement aux spiritualistes, ou à tout le monde ?

Sous le terme de “ Psychiatrie Spirituelle ”, on désigne une qualité d’approche de la souffrance humaine, qui ne soit plus fragmentaire mais globale et intégrative. Or, dans une telle démarche d’intégration, il n’est pas possible de dissocier la dimension spirituelle et le fonctionnement psycho-corporel.

En fait, le rôle de la psychiatrie spirituelle est de montrer comment les divers plans de conscience s’articulent, et de faire apparaître les rouages intérieurs jusque là invisibles (invisibles non pas parce qu’ils sont cachés mais simplement parce que notre oeil est obscurci).

Je pourrais dire aussi qu’il s’agit de percevoir la santé derrière la souffrance, et d’aider les gens à intégrer cette santé première.

En fait, à l’origine de la souffrance et de la maladie, il n’y a qu’une confusion entre ce que nous sommes vraiment et ce que nous croyons être. De cette confusion naît évidemment un puissant conflit intérieur qui sécrète à son tour ce que nous appelons la “ maladie ”. Celle-ci n’est donc que le résultat d’une perturbation des flux harmonieux, la conséquence d’un état interne de dispersion que l’on ne peut combattre qu’en incitant le patient à poser son attention.

Ainsi, dans l’optique de la Psychiatrie Spirituelle, la santé réside au niveau d’une fluidité relevant d’une certaine qualité d’attention.

La Psychiatrie Spirituelle a-t-elle des indications ou des prescriptions spécifiques ?

Non, pas du tout. Comme je l’ai dit, il s’agit seulement d’une qualité d’approche.

Ce que propose la Psychiatrie Spirituelle, c’est de regarder les choses avec un esprit dégagé, une vision globale, libre des préjugés et de toute connaissance acquise, et de laisser les mécanismes psychiques devenir conscients, en les prenant sur le vif. N’oublions pas, en effet, que ce que l’on appelle l’inconscient, c’est simplement ce que l’on ne voit pas. Donc, tant que les mécanismes restent non-vus, ils continuent de fonctionner, au niveau de ce que l’on appelle l’inconscient. Par contre, lorsqu’ils sont clairement identifiés, des transformations se produisent.

Pourrait-on dire que la Psychiatrie Spirituelle tendrait à rendre conscient l’inconscient ?

Disons : à voir les choses telles qu’elles sont. Les voir comme un spectacle dont on prend note des mouvances... Nous voulons proposer à nos patients d’opérer un recul par rapport à leurs investissements émotionnels habituels, surtout dans les situations qui génèrent la souffrance.

Par quels moyens invitez-vous le patient à ce recul ?

Ce qui soigne, avant tout, c’est la qualité d’être, l’authenticité, qui émane du thérapeute. Mais bien sûr, cette qualité d’être n’est pas formulable. Toujours est-il que c’est elle qui va renvoyer le patient à sa propre qualité d’être.

Il n’est pas question de conditionner pour soigner, mais seulement de laisser un contact se faire. Il s’agit là d’une communication qui n’a même pas d’outil, une communication instantanée, une communion...

En fait, la thérapie commence à partir du moment où l’on perd l’habitude de se prendre pour un thérapeute... car c’est cette habitude qui pousse le patient à se croire malade.

La Psychiatrie Spirituelle préconise-t-elle l’usage des psychotropes de synthèse, ou s’oriente-t-elle vers les médecines alternatives ?

Cette association ne prétend pas imposer un carcan aux thérapeutes, ni des modèles de soins. Il s’agit vraiment d’une approche ouverte, libre, et qui se veut non conditionnée.

Les choix thérapeutiques sont l’expression de l’approche spirituelle de chacun. D’autre part, chacun utilise les outils qu’il connaît et qui sont adaptés au moment présent. En fait, ces différents outils thérapeutiques s’adressent à divers niveaux de maturation.

Cela étant, on retrouve certainement parmi nous davantage de thérapeutes inspirés du yoga, de la méditation et des thérapies alternatives, que de forcenés de la chimiothérapie.

Mais je ne crois vraiment pas qu’il faille exclure la chimiothérapie, qui peut avoir son utilité dans certains cas.

Quel regard la Psy Spirituelle jette-t-elle sur la psychologie et les psychothérapies conventionnelles ?

Sur la base de mon expérience, je dirais que l’approche psychologique ou psychothérapeutique conventionnelle donne consistance à la réalité de l’ego, de la personnalité en tant que réalité une et indivisible, et fonctionne sur et à partir de ce plan.

Par contre, une approche plus méditative éveillera et développera la dimension contemplative de l’être. Ainsi, lorsque, au sein de cette contemplation, la personnalité et les mécanismes mentaux qui génèrent la souffrance surgissent, ils peuvent être vus et appréhendés dans leur globalité, ce qui, comme je l’ai déjà dit, constitue un processus auto-thérapeutique.

Autrement dit, cette approche méditative n’entre pas forcément dans le contenu mental, mais utilise plutôt le “ regard ” comme outil de libération. Il s’agit de revenir à une qualité de perception qui soit dégagée de la mémoire. C’est cette qualité du regard qui crée une sorte de distanciation, naturelle et très confortable, entre ce qui est vu et ce qui voit.

De cette manière, au lieu d’être crispé et cristallisé sur la situation pénible, le patient pourra, au contraire, s’en dégager, et se retrouver libre de la souffrance.

Par la suite, ce vécu de liberté servira de guide à une thérapie visant à vivre, plus durablement, cette même liberté.

Ne pensez-vous pas que le recul dont vous parlez ait été présent, bien que dans une moindre mesure, dans les approches conventionnelles ?

Il est probable qu’un recul progressif ait eu lieu, puisqu’entre la psychanalyse de 1900 et la psychologie transpersonnelle des années 60, on peut observer une indéniable maturation. Il y a effectivement eu, petit à petit, une distanciation de plus en plus englobante.

Quelles relations entretient la Psychiatrie Spirituelle avec des pionniers comme Jung, Assagioli, Frankl, Maslow ou Grof ?

Personnellement, je n’ai jamais été sensible à ces approches, y compris dans mes études. Dans mes jeunes années, je ne connaissais même pas la psychologie transpersonnelle, et tout ce que j’ai appris ne me servait que d’outil de communication et de référence... ou pour passer des examens, mais sans que cela ne suscite jamais un intérêt profond.

En réalité, les premiers écrits qui m’ont vraiment parlé étaient du genre “ Krishnamurti ”, parce qu’il s’agissait là de propos que j’ai senti authentiques dans le vécu.

En ce qui concerne notre association, elle est constituée d’un certain nombre d’individus, thérapeutes et non-thérapeutes ; et chacun possède son bagage, toutes les références qui ont contribué à son épanouissement. Mais ces références sont simplement des outils qu’il saura mieux manier que d’autres ; et, tant que je m’occuperai de cette association, nous éviterons de dicter des règles thérapeutiques qui seraient à l’encontre d’une créativité dans la guérison.

Pourtant, ne croyez-vous pas que beaucoup de gens aient besoin d’une structuration et de théories ?

Je crois qu’on peut éviter d’entrer dans les théories. Si l’on apprend à découvrir les choses, à regarder, et si l’on se fie à son expérience intérieure, à ce que l’on comprend par soi-même, même si c’est plus lent, on n’éprouve aucun besoin de construire des théories. Il est toujours possible de se référer (il ne s’agit pas de renier les livres ou de ne pas les lire), mais si vous vous laissez guider par votre intuition profonde, par votre expérience, par votre connaissance et par votre inconnaissance, à ce moment là apparaîtra une extraordinaire authenticité dans votre manière d’être et dans votre manière de soigner, avec également une conscience des limites de ce que vous pouvez faire et de ce que vous ne pouvez pas faire.

Admettez-vous des techniques New Age, comme le Channeling ou le revécu d’incarnations antérieures ?

Sur le plan général de l’association, il n’y a pas de sélection au niveau des membres, et il ne s’est jamais agit de construire une sorte d’élite.

Personnellement, je crois qu’il y a divers types de thérapeutiques s’adressant aux diverses phases de la maturation. Chaque être en quête va donc trouver les thérapies qui lui sont appropriées dans le moment, et il s’adressera de manière spontanée au type de thérapeute qui convient à la perspective où il se situe.

Je ne pense pas qu’il y ait de mauvaises méthodes. Toutefois, il est important de stimuler chez les gens, et en soi-même, une capacité à discriminer, à ressentir si telle ou telle méthode est appropriée ou non. Il vaut mieux apprendre à suivre son propre fil, plutôt que de faire ce que les autres vous disent.

A quelles familles spirituelles les membres de la Psychiatrie Spirituelle font-ils le plus souvent référence ?

Il y a des gens de tous horizons. Chacun vit la spiritualité en fonction de ses propres repères et critères. Et il ne me viendrait pas à l’idée de demander à quelqu’un ce qu’il pratique.

Cela dit, ayant, moi-même, été très sensible aux approches non duelles de la connaissance de soi, les thèmes des congrès sont évidemment colorés d’un certain védantisme, et les intervenants que je choisis, généralement sont plus intéressés par les philosophies orientales que par le Christianisme ou le Judaïsme. Mais de telles orientations ne trahissent pas une tendance générale.

Où se situe la Psychiatrie Spirituelle par rapport à la démarche strictement spiritualiste ?

Je pense qu’elle y est très liée. D’une certaine façon, un des objectifs de cette association est justement de faire entrer, dans la médecine et la psychologie moderne, ces pratiques spirituelles qui ont un long passé.

Je ne pense pas qu’il y ait de dissonance entre ce qui se passe dans les lieux de travail purement spirituels - quels qu’en soient les orientations - et ce qui se passe dans cette association.

A la différence que, dans un ashram, on ne pratique pas la médecine...

L’instructeur spirituel agit en tant que médecin, à l’état pur.

Les “ maîtres ” ont toujours recommandé de n’apporter une assistance spirituelle à autrui qu’après avoir réalisé le Soi. De quelle nature est donc l’aide apportée par les psy spiritualistes ?

Chacun soigne avec les limites de ce qu’il est au moment présent. Autrement dit, les limites de la thérapie sont celles de notre propre vécu et de notre compréhension.

Si l’on attendait de réaliser l’éveil, il y aurait peu de thérapeutes. Mais il est certain que ce conseil donné par les “ maîtres ” est fondé quelque part, dans la mesure où la “ médecine ultime ” vise à l’établissement dans la source de ce que nous sommes, et qu’il faut effectivement avoir réalisé l’éveil pour mettre en pratique une telle médecine.

Mais admettons simplement qu’il y a des médecines qui ne sont pas “ ultimes ”.

De toute façon, les humains, quels qu’ils soient, ne peuvent pas éviter d’agir en tant que thérapeutes. Vis à vis des règnes végétal, animal, humain, vis à vis de notre propre corps, nous sommes constamment en attitude de thérapeute. Que l’expérience vécue soit partagée avec un soi-disant patient, ou qu’elle ne soit pas partagée, cela ne change rien.

Il est vrai qu’il existe un art, qui s’apprend, un art de la pédagogie, de transmettre, d’échanger, d’éveiller la compréhension... mais il se cultive également à travers la pratique. Les pratiques du médecin, du psychiatre, du thérapeute, sont autant de préparations à l’éveil d’outil d’écoute, de compréhension, de transmission.

Il n’y a pas de doctrine qui règne ici.

Selon la Psychiatrie Spirituelle, quel serait le sens spirituel de la maladie, et en particulier de ce que l’on appelle la maladie mentale ?

La quête du bonheur, de l’accomplissement et de la plénitude existe chez tout un chacun.

Lorsque cette quête s’exprime à travers une souffrance, on l’appelle névrotique ; lorsqu’elle s’exprime dans une sorte de décentrage, on l’appelle psychotique... mais, toujours, cette quête fondamentale est présente.

Devenir conscient de cette quête, c’est aider la santé à s’exprimer à travers nous.

Peut-on dire, pour autant, qu’il y ait des rapports entre les états psychotiques et les états mystiques ?

Bien sûr qu’il y a des rapports ! Beaucoup de soi-disant psychotiques sont des grands médiums, décentrés, mais comme le sont beaucoup de médiums. La médiumnité est en effet souvent le reflet d’un décentrage ; et le médium doit apprendre à s’intégrer pleinement.

Beaucoup de ce qu’on appelle des phénomènes psychotiques sont en rapport avec un niveau de perceptions médiumniques qui n’est pas intégré, avec une affectivité immature.

La différence entre le réalisé et le psychotique n’est pas dans la qualité de perception ou la manière de percevoir, mais dans la réaction par rapport à ce qui est perçu. Si, intérieurement, vous êtes complètement libre de votre personnalité, et que vous viviez dans une parfaite tranquillité, eh bien, tout ce qui est perçu, va couler à travers ce calme profond.

Par contre, si vous êtes en état de défense, de réactivité, à ce moment là la perception va entraîner une réaction qui peut être extrêmement puissante et perturbante.

C’est toute la différence entre la résistance et la transparence.

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Adresse

Association Internationale de Psychiatrie Spirituelle - 2094, avenue des Templiers - 06140 Vence – Tél. : 04 93 58 53 53 – Fax : 04 93 58 53 63 - Email : info@essence-euro.org - Internet : http://www.essence-euro.org/aips/

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Bibliographie

« Méditation et psychothérapie » - Collectif - Le Fennec.

« Psychothérapie et réalisation spirituelle » - Collectif - Diamantel

« Au cœur de l’impensable » - Dr Mantel – Recto Verseau

Novembre 2000






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