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Robert de Caumont

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> Bouddhisme > Intégration > Société > Développement local et durable


La montagne, laboratoire permanent d’autodéveloppement

L’hypothèse ici défendue, notamment à travers l’exemple de l’accompagnement de la pluriactivité, consiste à envisager la montagne comme un laboratoire de l’autodéveloppement.

Par Robert de Caumont

La montagne, une zone à jamais défavorisée ? Voici une vision ardemment combattue par Robert de Caumont. L’hypothèse ici défendue, notamment à travers l’exemple de l’accompagnement de la pluriactivité, consiste à envisager la montagne comme un laboratoire de l’autodéveloppement. Un territoire forcément en avance.

9 janvier 1985 : par un vote unanime, le Parlement dote la France jacobine de sa première loi d’aménagement du territoire s’appliquant à un cinquième du pays : la montagne. S’agit-il, au nom de la solidarité nationale, de compenser les handicaps de zones défavorisées ? Pas seulement. L’essentiel de la loi est d’une toute autre nature : elle reconnaît le rôle économique, social, culturel original de la montagne dans la collectivité nationale et considère que la meilleure manière de sauvegarder ce patrimoine naturel et humain, est de permettre à chaque pays de montagne de valoriser lui-même ses atouts dans le cadre de projets de territoires spécifiques. Autrement dit, de substituer à une logique d’assistance, entretenant le sous-développement, une logique plus stimulante d’aide à l’autodéveloppement.

Le titre deux de la loi s’intitule « du droit à la différence et à la solidarité nationale » et s’ouvre sur un article huit qui prévoit que « les dispositions relatives au développement économique, social et culturel et à la protection de la montagne sont en outre adaptées à la situation particulière de chaque massif ou partie de massif ». De telles dispositions donnent matière à réflexion dans l’actuel débat sur le statut de la Corse - pays de montagne.

Des solutions pour tout le territoire national

La montagne n’est pas uniquement rurale et n’est pas toujours défavorisée, elle n’a donc aucun intérêt à dissoudre son originalité dans le vaste ensemble de la France sous-développée, ajoutant sa partition à son concert misérabiliste. Elle a besoin au contraire que l’on desserre les freins réglementaires que l’État niveleur impose à son autodéveloppement. Ainsi, en haute montagne, la régulation budgétaire qui veut que les investissements soient répartis tout au long de l’année a des effets ravageurs sur l’économie locale : l’alternance des saisons impose au contraire que les travaux commencent quand la neige disparaît, pour permettre la continuité de l’emploi.

Dès lors, la montagne peut devenir, grâce au « droit à la différence » un champ d’expérimentation pour des solutions qui concerneront tout le territoire national. Et de ce fait, l’aide à l’étude, à la recherche et à la valorisation des atouts, à la levée des obstacles au développement, aux expériences transférables, telle que définie au titre du fonds d’intervention pour l’autodéveloppement de la montagne (Fiam), se justifie pleinement : « Le Fiam a pour mission (...) de contribuer à la valorisation de tous les atouts de la montagne en soutenant la recherche appliquée, l’expérimentation, l’innovation, l’animation locale et l’assistance technique nécessaires à la mise en uvre de projets de développement global, ainsi que la diffusion des expériences et des techniques adaptées au milieu montagnard ».

C’est ainsi que la convergence des notions de développement et de protection - c’est le titre même de la loi - peut être mieux gérée en montagne, où la qualité de l’environnement est l’un des principaux ressorts du développement. Ces notions, que les aménageurs ravageurs et les écologistes intégristes ont un intérêt commun à opposer, sont loin d’être incompatibles dans nos fonds de vallées, où le maintien de l’emploi des jeunes passe par la sauvegarde et l’entretien des paysages, appuyés sur une agriculture respectueuse des équilibres naturels. Ce sont le plus souvent des modèles de développement « plaqués » sur la montagne qui en ont compromis l’équilibre (espèces animales ou végétales inadaptées à la montagne ou modèle urbain concentrationnaire parachuté dans les stations de sports d’hiver).

Les galériens de notre système social

Autre exemple des vertus de l’expérimentation locale : la pluriactivité. Ce mode de travail de plus en plus répandu se heurte à l’idéologie dominante de tous les partenaires sociaux. Or, en montagne, ce phénomène atteint, du fait de l’alternance saisonnière, une concentration exceptionnelle (54 % des actifs dans le Nord des Hautes-Alpes). De telle sorte que les acteurs sociaux se sentent tous obligés localement de le prendre en considération et d’en résoudre les contradictions.

Absence de continuité de la protection sociale, inégalité devant les cotisations et les prestations, inadaptation des programmes de formation et des aides à la création d’entreprises, groupements d’employeurs rendus impossibles là où ils seraient le plus nécessaires, droit du travail muet... les pluriactifs sont les galériens de notre système social, parce que, par delà des rapports de commissions et en dépit des orientations de la loi montagne, pouvoirs publics et partenaires sociaux sont encore « bloqués » au niveau national par des schémas surannés. Au plan local, en revanche, à condition de laisser libre cours à l’expérimentation, il apparaît que les mêmes partenaires ont un diagnostic partagé et une volonté commune d’aboutir. Sous l’égide du comité de bassin d’emploi de la Haute-Durance, un Guide des pluriactifs et saisonniers des Hautes-Alpes a été édité avec l’aide du conseil général, et sera développé cette année au plan national et par plusieurs départements ; une recherche-action a également été engagée sur tous les blocages recensés, avec l’aide du gouvernement : elle s’appuiera sur l’expérimentation d’une « maison des saisonniers » qui débutera en cette fin d’année, à Serre-Chevalier.

Information des pluriactifs, guichet unique et caisse pivot, adaptation des formations et des aides à la création, meilleures complémentarités saisonnières, groupement d’employeurs créé pour leur gestion, propositions législatives... En prenant appui sur un réseau national qui dépasse la montagne, cette expérience pourrait bien démontrer qu’il n’y a pas de rigidité sociale qui résiste à la synergie des acteurs de terrain dans une « partie de massif », comme dit la loi montagne. Et, s’il en est ainsi, la démarche expérimentale préconisée par ce texte législatif insolite pourrait bien se trouver, une fois de plus, légitimée. R. de C.

octobre 2000

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