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> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Psychologie et développement personnel


La méditation : fondement d’une autothérapie pour l’occident ?

Par Luc Marianni

AU COMMENCEMENT ETAIENT LES 4 NOBLES VERITES

Dans les 4 Nobles Vérités, fondement du bouddhisme, le Bouddha décrit la souffrance, son origine, les moyens de nous en guérir et de la quitter définitivement. Cet enseignement oral n’est pas uniquement une philosophie, une psychologie ou un art de vivre. Il décrit avant tout une thérapie de l’esprit et les moyens de faire l’expérience de l’unité en nous de façon individuelle. Pour réaliser cette expérience nous partons de ce qui nous concerne le plus : nos souffrances physiques et psychologiques. Nous découvrons dès lors les bases d’une thérapie psychologique dont la pratique centrale est la méditation.

LA MEDITATION : CHEMIN VERS L’UNITE DANS LA DUALITE

L’enseignement du Bouddha s’appuie en priorité sur la pratique de la méditation. Qu’est-ce que la méditation ? Chez nous, le mot, quand il n’a pas une connotation négative, englobe une multitude de notions et est souvent assimilé à concentration, prière, faire le vide dans son esprit, rester Zen, faire Za zen…

Le mot a pour origine, d’une part : medius, medium, milieu, med qui signifie prendre avec autorité des mesures appropriées et, d’autre part, mederi qui signifie donner des soins à. A ces définitions s’ajoute le sens chrétien de contemplation puis le sens moderne de réfléchir, élaborer quelque chose par une longue réflexion. Si nous résumons ces différentes définitions, il en ressort l’idée d’être au milieu, de réfléchir (action de porter un regard sur soi), de contempler et de soigner quelque chose de façon énergique en prenant des mesures appropriées. La méditation est donc le médium entre le corps et l’esprit et la manière intérieure de se guérir.

Notons au passage que les mots "médecin" et "médicament" ont la même racine (medium/med) que "méditation" et ont également une fonction de soin. Par contre les médecins/médicaments interviennent de l’extérieur quand la personne n’est pas capable de se guérir elle-même de l’intérieur.

La guérison se manifeste toujours par le fait de revenir à l’état d’équilibre initial dans lequel nous étions avant de contacter la maladie ou la perturbation (physique ou psychologique). Une fois guéris, disposant de nouveau d’un libre arbitre, nous pouvons faire le nécessaire pour ne pas contacter de nouveau l’état de maladie. Vue sous cet angle, la méditation devient un outil privilégié qui aide à passer d’un état de dépendance à une condition plus autonome.

LA MEDITATION : PRATIQUE ESSENTIELLE

Avant de se diriger vers un travail de développement personnel ou spirituel, le but de l’être humain est de se perpétuer et prolonger son existence en ressentant sa vie comme correcte et agréable. Ressentir sa vie comme correcte et agréable dépend surtout du soutien (physique, psychologique, spirituel) dont l’être bénéficie. Comment envisager ce soutien ? A l’intérieur ou à l’extérieur ? Au début de sa vie l’être le recherche à l’extérieur. Cela commence par le passage incontournable du ventre de sa mère. Puis progressivement l’être gagne en indépendance et son besoin de prise en charge par l’extérieur diminue. Quand il décide consciemment, non plus mentalement, de rechercher ce soutien en lui, il commence une recherche spirituelle dans le sens d’aller à la découverte de l’esprit et de se diriger au fil de son vécu vers une expérience plus subtile que celle du physique et du mental.

Pour appréhender la réalité, nous n’avons dans notre vie que 3 états intermédiaires (notion de bardos) 1/ les actions extérieures de notre vie éveillée (paroles/pensées/actes) 2/ le rêve qui correspond à notre activité de nuit dans le sommeil et 3/ la méditation. Parmi ces 3 états, la méditation est la seule pratique (avec celle du rêve lucide : voir Samsara n°9 page 50-53) qui nous amène non seulement à créer un pôle d’équilibre face à notre activité physique et intellectuelle mais aussi à aller au delà de notre fonctionnement mental automatique, inconscient et incessant. Elle procure la détente et l’accès à la dimension de l’esprit. En résumé, la méditation est à l’activité mentale ce que le sommeil est à l’activité physique.

LA MEDITATION ADAPTEE A L’OCCIDENT

Kalou Rinpoché, l’un des grands maîtres tibétains éveillés de ce siècle, parmi les premiers à avoir contacté l’occident, définit, dans Fondements de la pratique spirituelle, le processus de méditation du Vajrayana en deux phases :

"La première est la phase de développement. C’est une méditation formelle durant laquelle s’élaborent et se développent le corps et les attributs de la divinité (yidam) sur laquelle on médite, et cela par les différentes séquences rituelles de visualisations, de prières, de récitations, de mantras. La phase d’achèvement est généralement informelle et consiste en une méditation sur la vacuité."

Si la méditation bouddhiste traditionnelle telle qu’elle est enseignée par Kalou Rinpoché convient à certaines personnes, notamment les tibétains pour lesquels cette "thérapie de l’esprit" est souvent vécue avec un objectif spirituel (le Nirvana doublé du vœu de compassion), l’enseignement du Bouddha montre aussi que la méditation n’est pas rattachée à une culture particulière et uniquement réservée à des personnes initiées ayant pris des vœux à l’intérieur d’une lignée. En Occident, où beaucoup de personnes ont perdu la foi et la "notion de spirituel" avec des doutes concernant la capacité de la science à résoudre leurs problèmes, ces enseignements sur l’esprit ont des objectifs plus modestes que ceux exposés par Kalou Rinpoché et proposent avant tout de retrouver un équilibre intérieur, individuel. La méditation aujourd’hui s’adapte de façon laïque au delà des initiations et des pouvoirs transmis et a un objectif plus pragmatique : pratiquer le calme mental, le repos et la détente de l’esprit au quotidien le matin et le soir, au centre de sa vie familiale et professionnelle, et se servir de la méditation comme soutien d’une vie sociale/active plus épanouissante et consciente.

Le lama français Denis Teundroup dans L’interdépendance, fondement du bouddhisme traduit cette tendance en donnant une autre définition : "Dans le contexte du Dharma, le terme de méditation ne signifie pas réflexion, ni cogitation mais renvoie à l’ensemble de tous les exercices spirituels qui permettent de travailler avec l’esprit et ses manifestations, ainsi qu’avec toutes les situations de notre vie quotidienne. La pratique de la méditation est, fondamentalement, l’apprentissage d’une relation juste à toutes nos expériences intérieures : pensées et émotions" (méditation dite assise) "et extérieures : en relation avec notre environnement, qu’il soit familial, professionnel ou autre" (méditation dite en action)..

Mais là encore comment opérer l’apprentissage d’une relation juste à nos expériences intérieures et extérieures… ou tout simplement comment préserver une qualité d’attention, une vigilance face à l’apparition de toute activité intellectuelle, pensée, image, forme, parole intérieure ? Et pourquoi avons-nous tant de mal à le faire ?

Avant d’accéder à la non-pensée, d’aller au delà de l’activité mentale, d’atteindre les états de shamatha et samadhi, de pratiquer des méditations Zazen, Vipashyana, Dzogchen….il est nécessaire de revenir à une guérison par des pratiques méditatives adaptées. Comment aller vers le calme mental lorsque l’intellect dirige, récupère toutes les difficultés contactées dans la pratique méditative, les amplifie et les complexifie…et, en définitive, rejette à l’extérieur ce que nous n’arrivons pas à transformer intérieurement ? Nous touchons ici aux fondements de la thérapie psychologique : quelles sont les méthodes, les pratiques qui permettent de renouer avec cet équilibre essentiel ?

PRATIQUES DE BASE : 5 ELEMENTS, 5 SENS, 5 CENTRES ENERGETIQUES

Ces pratiques de méditation sont issues de la philosophie bouddhiste et comportent 4 phases : phase 1 : l’apaisement de l’activité mentale à partir d’un travail sur le souffle et la respiration, phase 2 : la détente physique, atteinte par le contact profond avec notre sensation corporelle, qui s’effectue en allant dans chaque partie de notre corps (relâcher mais aussi rentrer dans les tensions musculaires), phase 3 : l’objet de la pratique, phase 4 : retour à notre état d’activité. Ces pratiques tiennent compte du fonctionnement primordial de l’Humain, ne représentent pas des techniques prêtes à l’emploi (comme un médicament par exemple) et, en accord avec l’enseignement du Bouddha, elles s’adaptent à chaque individu qui, lui-même, en fait une expérience unique.

Les phases 1 et 2, incontournables, sont le point de départ de tout travail. Nous créons ainsi un terrain stable sur lequel il est possible de travailler. La phase 3 nous amène à faire l’expérience de la méditation dirigée en utilisant les 3 "objets" qui composent l’essence du corps humain dans sa relation avec lui-même et son environnement : les éléments, les sens et les centres énergétiques.

Outre la sensation de mieux-être, ces 3 "objets" de pratique développent en nous une interaction, un contact intérieur de plus en plus fin entre le corps et l’esprit, une qualité d’énergie subtile qui dissout nos tensions physiques et mentales et nous régénère. Comme nous avons une sensation corporelle plus forte, nous retrouvons le chemin de l’intuition en créant un pôle d’équilibre face à une activité mentale empirique et inconsciente (1ère étape incontournable de tout développement personnel).

LA MEDITATION : CHEMIN VERS LA COMPASSION

Après avoir médité sur ce qui nous concerne de façon vitale (notre corps et nos souffrances) en appliquant les pratiques essentielles et universelles décrites ci-dessus, nous retournons dans la vie active. La méditation "assise" devient méditation "dans l’action". Pourrait-il en être autrement en occident où tout acte est tourné vers l’extérieur ?

C’est, par ailleurs, une idée erronée de penser que la méditation réduit notre capacité d’action et entraîne la négation de soi, la perte de notre volonté et du contrôle de nos facultés intellectuelles. En fait notre intellect très développé, pointu dans sa fonction critique et discriminatoire, a aussi la capacité de raisonner sur lui-même et de se mettre au service de notre développement personnel. Il sort à ce moment-là de sa fixité et rentre dans le mouvement de la vie (l’intellect devient intelligence). Nous pouvons ainsi avoir un regard intérieur critique sans projection extérieure et une pratique de nous-mêmes sans rechercher une prise en charge. La méditation rend nos actions plus justes, moins désordonnées et préjudiciables à nous-mêmes et au monde extérieur. Nous parvenons à diriger notre vie de façon correcte.

Enfin, l’approche méditative exposée dans l’article développe bien un processus autonome de thérapie psychologique qui, non centré sur les questions de l’enfance/rapport aux parents/contact à la société, m’amène à la découverte de l’esprit. Toutes les aides préalables que j’ai reçues m’accompagnent, me renforcent et me remettent sur mon chemin, mais seul ma détermination, mon expérience et ma capacité à pratiquer par moi-même m’aident à transformer et résoudre mes souffrances psychologiques. Ce processus me procure une libération énergétique qui débouche toujours sur une expérience d’unité. Avec surprise je constate, qu’en partant de la transformation d’un ressenti énergétique, fort et égocentré (par exemple une émotion perturbatrice, un cauchemar…), je retrouve "l’unité perdue", une force intérieure, un sentiment de moi-même plus stable… et je m’ouvre naturellement vers l’extérieur. Cette énergie est voisine de celle de la compassion.

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Nous avons donc aujourd’hui tous les moyens et les enseignements à notre disposition pour pratiquer.

"La civilisation tibétaine est au cœur des gens et non plus dans des monuments et des philosophies enfermées dans un pays" (Jean-Claude Carrière). A nous de les adapter à nos besoins et d’en faire bon usage pour nous-mêmes et le bien de tous les êtres.

4 avril 1999

7 rue des Bûchettes, 95100 Argenteuil
Tél./fax : 01 39 82 68 00


http://perso.wanadoo.fr/marianni/





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