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La méditation bouddhique

L’esprit est à l’origine de toutes choses. La méditation bouddhiste est la méthode qui permet de clarifier l’esprit...

Par Vénérable Thich Huyen-Vi

1- ORIGINES DE LA MEDITATION BOUDDHIQUE

La méditation bouddhique vient de notre maître, le Bouddha Sàkyamuni. Après avoir quitté sa famille à la recherche de la Voie, il se décida à pratiquer la méditation, jusqu’à ce que l’Eveil vienne couronner ses efforts (Anuttara Samyaksambouddha) :

" Durant six ans, Bouddha s’assit dans la forêt épaisse,

Durant sept semaines, il s’appliqua à la pure méditation."

Après le parinirvàna du Bouddha, deux écoles propagèrent sa doctrine : celle des Anciens ou Theravàda et celle du Grand Véhicule ou mahàyàna. Toutes deux enseignèrent et enseignent la pratique de la méditation considérée comme base pour parvenir à l’Eveil.

2- QU EST-CE QUE LA MEDITATION

Lorsqu’il ne se produit pas d’agitations mentales, il y a méditation. Quand, en position assise, on reconnaît sa nature originelle, c’est qu’on atteint la tranquillité de l’esprit, qu’on médite. La nature originelle représente ainsi l’essence non née de chacun. La tranquillité de l’esprit constitue le paysage mental non créé dans lequel le souffle des Huit Vents reste immobile. Les Huit Vents sont : les profits, la décadence, la calomnie, la glorification, la louange, la critique, la souffrance, la joie. Lorsqu’on médite ainsi, on est considéré comme étant entré dans l’état de Bouddha bien qu’on soit simple créature.

Par l’introspection, nous devons chercher à nous connaître, à savoir si nous sommes bons ou méchants, intelligents ou bornés, braves ou peureux, honnêtes ou vils. Ces réflexions, ces examens, ces analyses qui sont dénommés l’observation psychologique, constituent la méditation.

Le mental, enclin à la distinction, au préjugé, à l’égoïsme, à l’avidité, à la colère, à l’ignorance... a pour nom faux mental, mental pervers, mental de créature. Ce faux mental doit être détruit pour laisser la place au mental d’amour, de compassion, au vrai mental, au mental de Bouddha apparaissant. La méditation supprime l’agitation mentale, la remplace par la nature vraie, pure, c’est à dire la vérité. Elle est encore appelée méthode de commandement du mental, ou de concentration des pensées. Les idées de chacun sont très complexes ; chaque personne a ses opinions qui diffèrent de celles des autres ; elles suscitent, par leur diversité même, mille et mille mécontentements, par la suite des fautes variées commises et qui occasionnent, dès lors, les souffrances pour soi-même, pour les hommes, la famille, la société, la nation, le monde, toute l’humanité. Les effets dépendent tous des agitations mentales distinctes, des idées erronées, qui se sont formées.

Pour maîtriser, pour participer les diverses passions, les idées erronées, et mettre en lumière le mental vrai, pur, présent en toute personne, il faut recourir à la méthode de la méditation. "Toutes les créatures portent, en elles, la nature de Bouddha" voilà l’enseignement de base du Bouddha. La nature de Bouddha est le "mental vrai et pur, présent en tout être" dont il est indiqué ci-dessus. Toutes les catégories d’êtres vivants en possèdent, sans exception ; ainsi ce mental est-il encore dénommé " l’Avoir originel", ou la "Physionomie existante dès l’origine", autrement dit, le mental vrai que les créatures ont d’une façon tout innée. C’est pour revenir à ce mental originel que nous pratiquons la méditation.

3- BUT DE LA MEDITATION BOUDDHIQUE

Le but de la méditation bouddhique est " d’arrêter les agitations mentales, de retrouver la nature de Bouddha" . Pour cela, il faut décanter les diverses souillures de notre mental, retrouver la vraie physionomie de notre nature. Ces souillures sont justement les illusions. Notre propre nature est la représentation de la sagesse Tathàgata ( Esprit sans attache). Les Bouddhas comme les créatures en possèdent en entier, unique, identique à elle-même. Si nous nous débarrassons des pensées impures, nous ferons ressurgir en nous la représentation de la sagesse du Tathàgata, nous serons Bouddha ; sinon, nous resterons des créatures. Parce que depuis d’innombrables kalpas jusqu’aujourd’hui, nous nous sommes aveuglément plongés dans les ténèbres du cycle des re-naissance, parce que depuis longtemps nous nous sommes laissés contaminer par des pourritures, il ne nous est pas possible, en un moment, de nous libérer des illusions, de voir réellement notre nature originelle ; c’est pourquoi nous devons pratiquer la méditation. La condition primordiale dans la pratique de la méditation consiste à détruire les illusions. Comment la méthode de destruction des illusions procède-t-elle ? Le Bouddha Sàkyamuni enseigna beaucoup de procédés, mais le point essentiel réside dans l’expression " La Fin des illusions". La fin des illusions, c’est l’éveil. L’école de méditation que le fondateur Bodhidharma avait transmise en Chine, jusqu’au sixième patriarche Houei Neng, s’était répandue partout, apportant une lumière éblouissante depuis l’antiquité jusqu’aux temps modernes.

La phrase très importante par laquelle Bodhidharma et le sixième patriarche Houei Neng initient les pratiquants de méditation est : " Supprimer complètement les liens, ne laisser naître aucune pensée". Supprimer complètement les liens, c’est se débarrasser entièrement de tous les liens. Les deux expressions :" Se débarrasser entièrement de tous les liens , ne laisser naître aucune pensée", constituent la condition déterminante avant tout autre dans la pratique de la méditation. S’il n’est pas possible de réaliser ces deux expressions, la méditation, non seulement, ne pourra réussir mais la porte de la délivrance serait difficilement franchissable. Tant que les innombrables liens continuent à nous attacher, que les agitations mentales, sans cesse, se produisent et se détruisent, comment pouvons-nous pratiquer la méditation avec succès ?

" Se débarrasser entièrement de tous les liens, ne laisser naître aucune pensée" constituent, nous le savons bien entendu déjà, la condition primordiale dans la pratique de la méditation. Ce pendant comment devons-nous la réaliser ? Il en existe deux façons :

1. L’une est l’apanage des natures d’élite et des intelligences transcendantes pour qui l’illusion disparaît de façon durable ; ces personnes se dirigeant vers les non-nés, parviennent à l’éveil, sans aucune parcelle d’attachement, voient l’essence originelle et atteignent le but avec facilité.

2. L’autre est celle que doit suivre le commun des mortels. Ceux-ci doivent pratiquer tous les jours la méditation, se servir de la logique pour détruire les faits, reconnaître nettement leur propre nature toujours pure. Les passions sont l’éveil, la naissance et la mort sont le nirvàna ; toutes sont des fausses illusions extérieures à notre nature originelle. Toutes choses, toutes oeuvres ne sont que rêves, songes, bulles, ombres. Notre corps composé de quatre éléments ( terre, eau, feu, air ) ; les montagnes et les fleuves, les continents de notre nature même sont comme des écumes de l’océan, qui, malgré leur formation et leur destruction, ne s’inquiètent nullement de leur propre essence. Nous ne devons pas suivre l’évolution, naissance, séjour changement, disparition..., de toutes ces illusions pour commencer à aimer, à se dégoûter, à conserver, à abandonner. Si nous abandonnons totalement notre corps, comme un cadavre indifférent, les facultés, les objets de naissance , les formes de conscience et l’esprit se dissolvent ; l’avidité, la colère, l’ignorance, le désir seront complètement anéantis. Toute affaire, mal et douleur, souffrance et joie, faim et froid, nourriture et habilement, honneur et outrage, naissance et mort, malheur et bonheur, paix et danger, critique et louange, possession et perte, tranquillité et trouble, difficulté et aisance etc. intéressant le corps doivent en être chassés au-dehors. C’est seulement dans ces conditions qu’il est possible d’espérer les abandonner tous. On les abandonne tous une fois, et, on les abandonne, c’est ce qu’on appelle abandonner complètement mille liens. Sitôt mille et mille liens sont complètement abandonnés, les illusions sont dissolues, les distinctions ne se forment plus, les préjugés constamment s’éloignent. A ce moment aucune pensée ne naît, notre propre nature devient perspicace, l’essence entière se présente. Si l’on parvient à de tels résultats, c’est que les conditions requises par la méthode de la méditation sont bien remplies, et l’on utilise tous les moyens de recherche afin de pouvoir parvenir à l’Eveil.

4- LA PRATIQUE DE LA MEDITATION

1. Pendant la séance, il est préférable de porter des vêtements amples, pas trop serrés à la taille et aux manches.

2. Position assise dite en demi-lotus : le dos du pied droit posé sur la cuisse gauche ou inversement. Cette position est conseillée aux débutants.

3. Position assise dite en lotus, deux variantes :

a. Position assise destinée à soumettre les démons : le dos du pied droit étant appuyé jusqu’à l’aine sur la cuisse gauche, le dos du pied gauche vient ensuite s’appuyer jusqu’à l’aine sur la cuisse droite, les mollets croisés.

b. Position assise de tranquillité : appliquer d’abord le dos du pied gauche sur la cuisse droite jusqu’à l’aine, ensuite amener le dos du pied droit pour l’appliquer jusqu’à l’aine sur la cuisse gauche, les mollets croisés.

Cette position est conseillée aux pratiquants qui s’exercent à leur domicile, elle donne facilement des bons résultats.

4. Position des mains : la main gauche, ouverte en dessous, la main droite également ouverte, appliquée sur la paume de la main gauche et recouvrante celle-ci, les pouces joints bout à bout. Les mains sont posées sur les talons ou à la hauteur du nombril, selon la convenance du pratiquant. Les coudes doivent être serrés au corps. Dans la position en lotus, les deux genoux doivent toucher le paquet.

5. Le pratiquant doit garder le buste vertical, la colonne vertébrale droite, les épaules à la même hauteur et juste au-dessous des oreilles. Baisser les paupières, garder les yeux ouverts aux trois quarts, tout en fixant l’arrête du nez. Il ne faut pas maintenir les yeux grands ouverts, cela perturberait la méditation. Les fermer hermétiquement, on risquerait de s’assoupir. Appliquer légèrement la langue sur la voûte du palais.

EXERCICE

Après avoir compris exactement la méthode, le pratiquant s’exerce à s’asseoir. Il concentre sa pensée sur l’image de Bouddha en pleine méditation et qui nous apprend, d’une façon claire et intelligente, les pratiques adoptées par lui-même. Jadis, il suffisait aux patriarches d’entrer en méditation pour découvrir l’essence de Bouddha. Ainsi la méthode "Sérénité Mentale de Bodhidharma, la dissertation "Vision du Moi inné" du sixième patriarche HOUEI NENG étaient des méthodes directes pour atteindre la sagesse, sans avoir recours aux "formules d’initiation". Plus tard, les patriarches des générations qui suivent, se sont aperçus que leurs disciples étaient moins doués que les anciens. Ils n’étaient plus aussi réceptifs, leur coeur s’était avili et n’était plus malléable ; la cupidité et la mauvaise foi s’étaient emparées des esprits. Aussi durent-ils trouver, chacun, une méthode particulière d’enseignement. Ils fondèrent ainsi diverses écoles où ils apprirent aux débutants des formules d’initiation. Celles-ci sont très nombreuses, citons par exemple :

Toutes les doctrines convergent vers une seule, où va celle-ci ?

Avant que nous soyons nés de nos parents, quel était notre vrai visage ?

Mais la formule la plus répandue est celle-ci : " Purifier son esprit ", garder pur son coeur, son mental.

Pendant les deux ou trois premières années consacrées à la méditation, le pratiquant doit concentrer son esprit sur ces formules. Lorsqu’il aura atteint la sérénité mentale, il aura l’intelligence éclairée, il pourra se mettre aux exercices d’un niveau plus élevé.

5- EFFETS DE LA MEDITATION

Appliquant exactement les méthodes ci-dessus exposées, les pratiquants se porteront bien, leur santé s’améliorera, leur esprit deviendra plus clair et éveillé, ils parviendront à la tranquillité de l’esprit. Ils obtiendront les dix beaux résultats suivants :

1. Une existence sereine, dans l’observance de la foi. Au bout d’un temps assez long, les cinq sens s’assagissent, la vraie méditation apparaît et sans besoin d’effort. On se sent calme, en sécurité et délivré de toutes entraves.

2. Une plus grande disposition à l’amour et à la compassion. Pendant la méditation, on peut conserver l’esprit d’amour et de compassion, vis-à-vis de toutes les créatures.

3. La dissipation des soucis. Grâce à la méditation, les poisons tels que l’avidité, la colère et l’ignorance ne pourront plus se produire.

4. Un contrôle efficace des sens, d’où une grande force de résistance contre l’attirance des perceptions extérieures : forme, son, odeur, saveur, chose tangible, objet mental ( idées et pensées). 5. Le corps et l’esprit joyeux. La méditation est considérée comme la meilleure des nourritures spirituelles parmi les autres nourritures dans le monde.

6. Les désirs débarrassés. Une fois l’esprit tranquillisé, les désirs ne se forment plus et ne peuvent plus nous contaminer.

7. La vérité atteinte sans jamais être constatée.

8. La délivrance de tous les soucis d’attachement, jusqu’au stade de non-renaissance.

9. La découverte de la sagesse illimitée et la jouissance du domaine des Bouddhas.

10. La libération totale à laquelle rien ne pourra plus s’opposer, la prise de conscience de la nature de Bouddha.

6- CONCLUSION

En appliquant les règles millénaires édictées par Bouddha, chaque pratiquant peut parvenir à un certain niveau de la méditation et à un certain degré dans la sagesse. La méditation est une méthode réservée à toutes les catégories humaines, sans distinction de couleurs, de nationalités, de religions, de pays. Chaque personne qui l’utilise, peut atteindre la délivrance et l’éveil. Tous les grands éveillés sont arrivés au merveilleux couronnement de leurs efforts par la méditation bouddhique. C’est pourquoi nous pouvons conclure en affirmant que la méditation est un exercice indispensable à tous, particulièrement là où la vie spirituelle est en but à de graves bouleversements. La méditation est un remède miraculeux contre les souffrances morales. Elle ne doit pas être délaissée par ceux qui désirent réaliser l’équilibre entre le corps et l’esprit, dans la recherche du bonheur au cours de l’existence présente.

2000

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