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La légende de Kouan-Yin déesse de la compassion

Kouan-Yin, bodhisattva de la compassion, dont un dit que le Dalaï-lama est l’émanation, fait l’objet d’une véritable dévotion dans toute l’Asie. Son histoire alimente bien des légendes. Au Vietnam où elle est particulièrement vénérée, Kouan-Yin puise ses origines dans une famille royale.

Par Jean-Pierre Chambraud

Au Vietnam, Kouan-Yin fut appelée Quan Am Nam Hai (Kouan-Yin de la mer du Sud). De son vrai nom : Dieu Thien, Kouan-Yin et ses deux soeurs, Dieu Thanh et Dieu Am, filles du roi Subhavyuha du Hung Lam, auraient été dans leur vie antérieure les trois fils de la famille des Thi connue pour sa bonté et sa grande piété. Dans la littérature vietnamienne, deux romans Quan Am Thi Kinh et Quan Nam Hai, écrits vers la fin du XVIème siècle, reprennent le principe de Kouan-Yin, emanation féminine de Avalokitesvara (Tchenrezi pour les Tibétains) que l’on a intégré à des histoires populaires. Le message, présenté souvent sous forme théâtrale, présente Kouan-Yin sous les traits d’une jeune femme qui, dans sa vie antérieure, était un jeune homme. Le livre bouddhique vietnamien Pho Mon Kinh Phap Hoa, explique que le bodhisattva, dans ses voyages en Inde, en Chine et au Vietnam, s’est métamorphosé en femme. Son entourage, des bouddhistes en train de réciter le livre bouddhique Phap Hoa, ne fit aucune attention à sa présence, rappelant par là l’aspect humain, humble et discret du bodhisattva. Les moines qui ont rédigé les textes du Phap Hoa insistent sur cette particularité : " Pour venir en aide à autrui, Kouan-Yin est prêt à se métamorphoser en n’importe qui : le roi, le premier ministre, l’enfant, la femme... ". Ainsi, au Vietnam, comme dans certains autres pays d’Asie, là où apparaît un être doté d’un coeur généreux, est-on prêt à le considérer comme l’incarnation de Kouan Yin. Cela a donné naissance dans la littérature bouddhique vietnamienne à de singulières légendes où les histoires font toujours triompher la victoire du bien sur le mal, la justice sur l’injustice, l’amour et la compassion sur la haine et la violence.

Fille de roi au coeur pur

Quan The Am (Avalokitesvara) signifie "l’homme qui est à l’écoute des lamentations de la vie", pour venir en aide aux malheureux. Ses deux soeurs, Dieu Thanh et Dieu Am fondèrent un foyer. Quant à la princesse Dieu Thien, elle entra en religion bouddhique et deviendra par la suite Kouan-Yin de la pagode Huong Tich. Le refus de la princesse de prendre mari provoque la colère du roi qui la chasse du palais royal et la force à vivre dans le jardin familial. Sa mère et ses deux soeurs viennent en cachette pour tenter de la dissuader, mais la princesse persiste dans sa résolution. Le roi l’envoie alors dans une pagode où le bonze en chef a reçu l’ordre secret du roi de la décourager de sa foi par des travaux pénibles. Mais tout en vaquant à des travaux multiples : transporter de l’eau, faire la cuisine, balayer la cour... et assurant un volume de travail pour dix personnes, Dieu Thien étudie régulièrement les leçons bouddhiques et pratique assidûment la méditation. Après plusieurs semaines d’attente vaine, le roi donne l’ordre d’incendier la pagode, croyant que les bonzes lui ont été désobéi. La princesse regarde alors le ciel et prie Bouddha de venir en aide. Un dragon descendit aussitôt et éteignit l’incendie en crachant de l’eau. Le roi donna l’ordre qu’on coupe la tête de la désobéissante. Mais l’épée se cassa dès qu’elle toucha le cou de la jeune fille. Alors, le ciel s’assombrit et le tonnerre se mit à gronder, un tigre vint et emmena Dieu Thien on ne sait où.

Le fauve déposa la princesse au sommet d’une colline, L’âme de la jeune fille descendit dans les enfers et passa par les dix-huit enfers où elle assista aux souffrances endurées par les criminels après leur mort. Son guide lui dit qu’elle ne figurait pas encore sur la liste des morts et que le roi des Enfers voulait simplement lui faire faire ce voyage " pour lui montrer les conséquences karmiques des êtres dans ce lieu terrible. "

Images infernales

Afin de dissuader les fidèles et frapper leur l’esprit, les moines ont donné libre cours à leur imagination, donnant des enfers une vision dantesque où les scène rappellent les peintures de Jérôme Boch. Par exemple, la partie réservée aux mandarins et notables corrompus : " Dans l’enfer du char de feu, la chair est écrasée sous ses roues. Cette peine est réservée aux gens qui oppriment les faibles et s’emparent des terres d’autrui. Dans l’enfer de la cheminée de bronze rouge. Les notables corrompus doivent l’embrasser. "

Dans la partie réservée aux escrocs et aux malhonnêtes, le spectacle n’est guère plus réjouissant : " Dans l’enfer où on arrache les langues. A la pince, on arrache les langues jusqu’au sang. C’est la sanction infligée aux gens qui usent de leur langue pour semer le trouble et nuire aux autres."

Affligée par ces scènes, Dieu Thien s’emploie à prier Bouddha et à invoquer ses sentiments de miséricorde.

Touché par l’esprit de charité de la princesse, le roi des Enfers accorde la grâce aux suppliciés. L’âme de la jeune fille retourne au monde des vivants et entre dans son corps. Bouddha Nhu Lai veut lui faire subir une dernière épreuve. Sous l’apparence d’un beau jeune homme, il tente de la séduire. La jeune fille reste inébranlable devant les avances du jeune homme, qui reprend alors la forme de Bouddha et indique à Dieu Thien le chemin menant à la pagode Huong Tich :

" Bouddha lui dit alors qu’il y a une pagode au mont Huong Tich, tout près de la

Mer du Nam Viet (ou Vietnam), qui s’y rendra prier pour devenir Bouddha. " Sur ces conseils, la jeune fille vint à Hunng Tich : En ce point, les sommets de montagne touchent au ciel, un pagodon solitaire s’y perd au milieu d’une végétation qui verdoie toute l’année, Des nuages aux cinq couleurs le couvrent et se mirent dans l’eau pure d’un proche bassin.

Après plusieurs années de vie religieuse, Dieu Thien devint enfin le Bouddha Kouan-Yin : " Doté d’un pouvoir miraculeux, Bouddha peut se métamorphoser en plusieurs sortes d’êtres. Il peut regarder dans tous les coins du monde des vivants ; Et il est attentif à tout ce que l’on-dit au loin comme dans son voisinage ", disent les textes.

Pour sa capacité à se métamorphoser pour venir à temps en aide aux malheureux et à tout voir, tout connaître, il a été symbolisé par un Bouddha aux mille bras et mille yeux. " Ces mille yeux et ces mille bras efficaces proviennent d’un même esprit ".

Février 2000

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