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Thierry Verhelst

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La féminisation de nos cultures

L’émergence des énergies " féminines " à l’échelle planétaire fait éclore de nouvelles manières d’être. Il y a lieu de laisser s’épanouir d’autres façons de penser et d’agir.

Par Thierry Verhelst

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

Dans le chaos social, économique et politique qui s’installe dans des mégapoles telles que Kinshasa, ce sont les femmes le dernier rempart de la vie. C’est sur le marché, tenu par les femmes, que demeure vivace le lien social. Tandis que le monde kinois des hommes semble sombrer dans la violence et le désespoir, le monde des " mamans " résiste et vit. " On ne touche pas aux mamans " est un proverbe central de la vie kinoise : la femme est source de vie, de fécondité. Une morale de base, faite de respect élémentaire pour le vivant émerge sous les ruines d’une civilisation occidentalisatrice de façade que tenta d’apporter la colonisation.

L’émergence des énergies " féminines " à l’échelle planétaire fait éclore de nouvelles manières d’être. Il y a lieu de laisser s’épanouir d’autres façons de penser et d’agir. Les valeurs dites " masculines ", liées à la conquête, à un sur-moi dominateur, au goût du pouvoir, à l’agressivité, tout cela a conduit à un monde en difficulté et dont tous sont victimes, qu’ils soient femmes ou hommes.

Il est donc important de laisser s’exprimer les composantes dites " féminines " de chacun : voilà l’alternative. La nouvelle culture sera " féminine " avec des valeurs d’intériorité, d’expression sincère de ses sentiments, de communication non-violente, de convivialité, de souci de re-liance, de tendresse. " Les moteurs symboliques féminins sont la mise en relation, le refus de fragmenter, de cloisonner, de s’enferrer dans des pensées dichotomiques et hiérarchiques. Ainsi, par exemple, l’économie et l’écologie sont à penser ensemble, non séparément et encore moins en termes de la supériorité de l’économique sur l’écologique " affirma une militante écologiste européenne. Autres valeurs généralement attribuées au côté féminin de l’être humain : l’accueil, la réconciliation, la paix. On y ajoute souvent l’esprit intuitif, lié à l’hémisphère droit du cerveau : un esprit cordial et holiste qui complète ainsi la raison qui analyse et conceptualise. On parlera, avec Noël Cannat, d’esprit concret qui corrige et complète la pensée abstraite, de démarche inductive proche de la vie qui corrige les excès d’une pensée déductive trop conceptuelle. Il s’agit de l’esprit concret qui observe comment les choses se font plutôt que d’imposer un système pensé à l’avance. Il s’agit encore lorsqu’on évoque les valeurs attribuées à la " féminité " d’une attention privilégiée aux " relations courtes " (de personne à personne) par rapport aux rapports entre groupes, classes et institutions qualifiées de " relations longues " et davantage associées à la " masculinité ".

Le yin et le yang dans chaque culture

Ce qui précède appelle évidemment de nombreuses nuances. Parler de la féminisation des cultures c’est plaider en faveur d’un " mouvement de libération " qui intéresse l’homme autant que la femme et qui libère toute la société du carcan trop " yang " qui la mutile. " La libération féminine ", écrit un participant haïtien, ne devrait pas être dissociée de la nécessité de libérer l’ensemble de la société de toutes ses oppressions. Mais elle peut en être une étape décisive et un levier puissant. Il ne s’agit donc pas d’une opposition hommes-femmes, qui serait stérile. Il y a aussi lieu d’éviter les généralisations hâtives et d’attribuer un rôle prédéterminé à chaque genre. L’expérience d’une féministe marocaine enseigne combien l’usage de stéréotypes peut devenir enfermant : " Je ne veux pas d’une identité féminine définie par la séduction et la fragilité ". Il s’agit plutôt de mettre en valeur en chaque être humain son côté " yin " alors que la culture patriarcale, présente à peu près dans toutes les sociétés, est excessivement " yang ". En ce sens, un féminisme qui ne serait qu’une revanche agressive des femmes sur l’homme pêcherait par masculinité extrême. Loin d’engendrer du neuf, il ne ferait que s’enfermer dans une logique guerrière. De nombreux hommes, époux et pères, souffrent de ce combat en perdant leur rôle légitime et indispensable. Cela ne veut cependant pas dire qu’il ne faille pas œuvrer fermement pour que la femme exerce des droits égaux en société : ce combat-là relève de la simple justice et il doit être mené. Mais l’essentiel ici ne réside pas dans ce féminisme-là. Il s’agit de féminisation de la culture et non d’abord de rapports de force, même si ceux-ci sont importants. (...)

Action sur soi, action sur le monde ?

Si la spiritualité est au centre des préoccupations de ce Projet, l’action sociale et politique pour une société meilleure l’est tout autant. Aux antipodes d’une spiritualité conçue comme luxe nombriliste ou comme retrait du monde, les participants affirment le lien intime entre le chemin spirituel personnel et l’action sociale. Une participante allemande l’affirme en ces termes : " Il s’agit de surmonter tout égoïsme personnel, social, religieux, national ". Un Français de religion musulmane parle de la nécessaire " révolution intérieure " et de Suisse vient l’accent porté sur le travail sur soi comme condition d’une action sociale utile : " Surveiller l’émotivité, les jugements, l’irritation ". D’autres occidentaux insistent sur la sobriété de vie, à savoir une frugalité joyeuse qui confère à l’être humain légèreté et élégance. Cette frugalité doit contribuer à rétablir un peu de justice et d’égalité dans un monde déchiré par le fossé croissant entre riches et pauvres.

Gandhi le disait naguère : il existe un lien mystérieux entre le travail sur soi et le changement social, entre l’intériorité et l’extériorité. La plupart des participants au projet sont d’accord : " La haine, l’envie ou le désespoir que je laisse en mon cœur est mystérieusement complice d’un meurtre, d’une injustice ou d’une catastrophe naturelle qui se passent à des milliers de kilomètres, même concernant des gens que je n’ai jamais rencontré ". Le changement social et politique passe par le changement personnel. La spiritualité est, en quelque sorte, déjà politique. La méditation fait partie de la responsabilité citoyenne (en tous cas de ceux qui s’y sentent appelés).

A l’issue de la Rencontre, une participante écrit combien elle est remuée par les témoignages, principalement ceux venus de pays frappés par la dictature. Elle évoque ce qu’elle appelle la " puissance de la Haute Tendresse ", celle de la résistance non-violente fermement et sereinement à contre-courant. La militance devient alors mutance.

Ceci est d’ailleurs un constat et un appel qui ressort clairement du Projet " Ailes et Racines " : certains " militants " de demain seront aussi des " mutants " sur le plan personnel, au niveau de leurs valeurs et de leur façon de vivre. Il s’agit de se mettre personnellement en cause, de changer son comportement en lien avec sa conscience citoyenne et sa conviction qu’il y a urgence à opposer à la logique dominante une sorte " d’objection de conscience ". Cette conclusion concerne le Nord et le Sud. D’Haïti s’élève en outre une voix qui complète utilement ce qui précède : " Les préoccupations des ami(e)s du Nord de l’Europe, tout en rejoignant les nôtres au Sud, en diffèrent un peu puisqu’ils (elles) ont à gérer les impasses et contradictions de leur propre " développement " qui est, en quelque sorte, le revers de notre " sous-développement " (principe des vases communicants). "

Ailes et Racines

Les débats ont conduit certains à tenter une présentation schématique (et forcément un peu gauche) de la militance classique et des formes alternatives d’engagement. René Macaire parlait de " militants " classiques et de " mutants ".

" MILITANTS "

" MUTANTS "

1. Approche sécularisée

Peu ou pas de spiritualité ni beaucoup d’attention aux relations interpersonnelles ;

Attentive au visible, au mesurable, au quantitatif

1. Approche spirituelle

Le spirituel et l’interpersonnel y sont essentiels ; attentive à la dimension invisible, non-mesurable, qualitative

2. Le résultat à tout prix

La fin justifie les moyens ; Léninisme (capitalisme aussi !) ; la taille, la force, la croissance, l’efficacité importent

2. Cohérence du processus

Les moyens sont conformes aux buts (l’arbre est dans la semence) ; non-violence active ; " small " peut être " beautiful " ; fécondité

3. Action spécialisée

Approche fragmentée de la connaissance (saucissonage) et de l’action ; " expertise " acquise dans un seul domaine, à base d’une seule discipline

3. Action multifonctionnelle

Approche de la connaissance et de l’action en reconnaissant la complexité et l’inter/rétroaction ; approche transdisciplinaire

4. Rationalisme et volontarisme

Analyse (à distance) et décision rationnelles (froides) conduisant à la maîtrise du réel et la planification ; convictions pré-établies (idéologies)

4. Holisme et synergie

Raison et intuition (logos et mythos) pour aborder la réalité vivante et l’action ; l’action sociale comme acte sacré (bien qu’imparfaite) ; lâcher-prise et proximité (des gens, des évènements)

5. Dominer (" top-down ")

Approche hiérarchique ; valeurs patriarcales, males (yang) ; mentalité " d’avant-garde " politique : savoir (ce qui est bon) pour " les gens à la base " ; paternalisme (y compris paternalisme de gauche) ; les gens comme objets d’analyse sociale et d’action

5. Participer (" bottom-up ")

Approche participative ; valeurs autant féminines que masculines (équilibre yin/yang) ; Recherche-Action Participative ; modestie intellectuelle ; abilité à écouter et être patient ; les gens sont acteurs, sujets de l’analyse sociale et de l’action

6. Prise de pouvoir

Ce qui importe c’est de prendre et d’exercer le pouvoir (de l’Etat)

6. Stimulation de la société civile

Appuyer des groupes humains et la dynamique associative ; aider les gens à se réaliser et à acquérir une voix, du pouvoir

7. Ethnocentrisme

Pas ou peu d’attention aux cultures locales ; projets de développement anti-culturels ; impérialisme culturel ; universalisme abstrait

7. Prise en compte de la culture

La dynamique culturelle locale comme point de départ (donc participation intense) ; culture comme dation de sens : ni relativisme ni universalisme fallacieux ; culture comme point de départ du changement

POUR REFONDER L’ACTION CITOYENNE

Une économie sociale pour un développement local

Le mur de Berlin a été remplacé par un mur d’argent. Le capitalisme néo-libéral effréné triomphe partout mais ne menace-t-il pas l’humanité et la nature par sa compétitivité insensée et son productivisme ravageur ? L’idéologie néo-libérale actuelle réduit tout à de la marchandise, rogne la cohésion sociale entre les individus et nous entraîne dans un " économisme " aliénateur et qui engendre, dans le Nord, exclusion sociale et, dans le Sud, misère croissante. (Qu’il suffise de se référer aux travaux du Club de Lisbonne et de Riccardo Petrella à ce sujet.) Il est important d’y résister. Malgré la lente démystification qu’entraîne l’effondrement des " modèles " asiatiques hier encore brandis comme exemples universels, l’hégémonie du système capitaliste néo-libéral effréné reste lourde. L’invraisemblable proposition nord-américaine d’acheter aux pays du Sud des " droits à la pollution " est un exemple consternant de cette philosophie bornée et dangereuse du tout-au-marché. Il est nécessaire, disent les participants à la Rencontre, d’organiser toutes sortes de formes de résistance et de solidarité, voire même, pour un participant, une " Internationale " ou un parti politique international.

L’épanouissement de l’économie sociale peut constituer une des forces positives qui vient humaniser l’économie et sauvegarder les liens non-marchands entre les individus. L’économie sociale est peut-être une concrétisation dans le domaine économique de la " féminisation de la culture " dont il a été question. Elle se fonde non d’abord sur le capital et la motivation de profit maximal, mais sur les ressources humaines disponibles et le besoin de solidarité et de coopération. C’est pourquoi l’économiste chilien Luis Razeto l’appelle " l’économie avec facteur C " pour : convivialité, collaboration, coopération … Il s’agit de cette faculté " féminine " de re-lier, de ré-unir, d’associer. Cette faculté-là se distingue de la faculté " masculine " de séparer, entrer en compétition, de combattre et de vaincre.

Il s’agit d’associer, dans une économie plurielle, le privé, le public et le social sans que toute l’activité économique ne soit absorbée dans le marché (le système actuel) ou dans l’Etat (selon le modèle soviétique). Cette économie sociale doit être reconnue comme un " troisième secteur " à part entière. (...)

L’individu, le pire ennemi du citoyen

" Dans les conditions actuelles de la démocratie, écrit récemment Joël Roman (dans " La démocratie des individus ", Calmann-Lévy, 1998), le citoyen n’a pas de pire adversaire que l’individu ". Cet écart croissant et paradoxal entre individu et citoyen est une des causes des crises de fonctionnement et de légitimité des démocraties en Occident. La notion de citoyen et les réflexes civiques sont en crise tant est grande l’atomisation des individus et la déliquescence des liens sociaux sous l’impact de la recherche effrénée de profit et de compétitivité entraînée par la globalisation. Le recours à la norme pénale comme garantie d’une possible coexistence, et le rêve proclamé par certains, d’une démocratie directe de type médiatique ne sont pas de bonne augure …

L’animateur du mouvement français " Démocratie et Spiritualité " écrivit, à l’issue de la Rencontre : " Quant aux relations entre partis et société civile, il faudrait admettre que les partis politiques ne sont plus les principaux porteurs du sens. Celui-ci provient des " acteurs/sujets ", qu’il faut donc reconnaître. " Il préconise de leur déléguer le maximum de responsabilités et de faciliter la diffusion d’une nouvelle culture politique. Les décideurs auront à traduire cette culture nouvelle en mesures législatives et réglementaires. Les partis devraient par ailleurs " accompagner " et non " embrigader " les hommes politiques.

Si l’engrenage implacable du néo-libéralisme constitue une menace, le refoulement des questions de spiritualité en est une autre, plus ancienne. Au nom du respect de la liberté de chacun, les questions spirituelles ont été reléguées dans la sphère privée. N’a-t-on pas ainsi privé le débat public d’une dimension capitale, à savoir la question de sens ? Sans nier en aucune manière les apports utiles voire indispensables de la laïcité, ne faut-il pas, en Europe, trouver le moyen de réintroduire la spiritualité (la quête de sens) dans la sphère publique et surmonter ainsi ce que certains appellent " un rationalisme castrateur " ?

En définitive, relier l’initiative locale des acteurs à la quête de sens, voilà l’enjeu de groupes et mouvements tels que ceux représentés à la Rencontre (" Démocratie et Spiritualité ", " Holon ", Projet " Ailes et Racines ", " Concertation des Ruraux ", etc.). Il nous faut non seulement mettre les initiateurs en réseau mais surtout en dégager le sens commun de leurs mouvements et le faire partager peu à peu. C’est le but du présent texte. Ce renouveau de la démocratie passe par la militance-mutance évoquée ici même. (...)

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

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