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La chronopsychologie

Peu savent qu’il existe une chronopsychologie qui régit nos comportements, et de laquelle il serait bon de s’inspirer afin d’éviter d’importantes pertes d’énergie.

Par Alexandre Koehler

Sommaire :

Chronopsychologie et chronobiologie

Les deux hémisphères cérébraux

Chaque hémisphère attend son heure

Une question de nez

Une hygiène des rythmes

Les autres cycles

Les rythmes scolaires

La Chronosociologie

Une complexification non maîtrisée

Une évolution inquiétante

Un rythme rassurant

Les rythmes du quotidien

Des accidents et des rythmes

Chronopsychologie et chronobiologie

La chronopsychologie, qui se présente comme une science à part entière, voisine de la chronobiologie, n’est cependant pas complètement dissociable de cette dernière, puisqu’il n’existe pas, à proprement parler, de rythmes psychologiques qui ne soient liés à l’horloge biologique.

C’est donc bien sur la base des rythmes d’activation organique, des courbes de température, et, bien sûr, des rythmes cérébraux, que se fonde cette chronopsychologie dont les applications pratiques s’exercent généralement plutôt dans le domaine des performances professionnelles ou scolaires, que dans celui de l’affect ou du sentiment.

Néanmoins, diverses recherches s’attachent à mettre à jour une chronobiologie des troubles psychiques et psychosomatiques.

On a découvert, par exemple, que certaines maladies psychosomatiques seraient liées à la désynchronisation du rythme cérébral de 90mn et à l’anarchie hormonale et nerveuse qui s’en suivrait.

On sait, d’autre part, que de nombreux maniaco-dépressifs perdent tout lien avec les synchroniseurs circadiens, et décalent leur cycle sommeil/veille un peu plus chaque jour.

Cela étant, la majorité des études portent sur les facultés intellectuelles du citoyen normal. Et, bien qu’encore officiellement totalement ignorées, les lois du rythme qui découlent des récentes découvertes de la chronopsychologie pourraient changer bien des choses, dans un proche avenir, en matière d’éducation et de travail.

Mais, pour comprendre le pourquoi de ces lois, sans doute faut-il connaître le comment du fonctionnement cérébral, et, surtout, celui des deux hémisphères du cortex dont les rythmes ultradiens semblent présider à tant d’activités humaines...

Les deux hémisphères cérébraux

Lorsque nous étions enfant, on nous a appris à parler, lire, écrire, compter, analyser, etc. Mais, il faut bien reconnaître que nos parents et enseignants ont consacré beaucoup moins de temps à nous sensibiliser a la poésie, à la musique, aux arts plastiques, à la mystique, ainsi qu’à toutes formes de communication non verbale.

Adulte, nous avons pu constater que trop de relations humaines se limitaient à un aspect purement fonctionnel, que notre souci de rentabilité avait rejeté toute la sphère affective dans l’ordre des préoccupations secondaires, que nous avions complètement perdu le sens de la fête, et même celui de l’orientation, tous deux innés chez le primitif...

Cependant, la plupart d’entre nous n’a-t-il pas ressenti, plusieurs fois dans son existence, la nécessité d’une perception différente des choses, le besoin d’une relation plus intime avec la vie ? Pour répondre à cet appel, nous avons pu nous intéresser vivement à un art, ou nous découvrir une soudaine vocation spirituelle...

Mais il est également possible que nous ayons refoulé la plupart des pulsions irrationnelles de notre être intime, nous forgeant, au cours des ans, une carapace de logique emprisonnant un grand vide douloureux...

Dans ce dernier cas, plus que dans tout autre, nous subissons les conséquences d’un fâcheux déséquilibre : une certaine partie de notre personnalité a été cultivée, quelquefois jusqu’à la pléthore, alors qu’une autre reste, trop souvent, totalement indigente.

Ces deux parties de la personnalité correspondent à deux modes de traitement cérébral de l’information totalement différents : l’un est digital, et l’autre analogique.

Et chacun de ces modes se localise dans l’un ou l’autre des hémisphères du néocortex cérébral, se répartissant les tâche de la manière suivante :

ü l’hémisphère gauche est verbal, analytique, abstrait, numérique (digital), temporel, linéaire, rationnel et logique ;

ü l’hémisphère droit est non verbal, synthétique, concret, analogique, atemporel, spatial, global, irrationnel et intuitif.

Cette division verticale du psychisme est relativement récente et, selon certains auteurs, en train de détrôner la division horizontale, purement conceptuelle, entre conscient et inconscient.

Or, comme nous l’avons dit, la socioculture actuelle détermine chez l’individu une très large prédominance des fonctions de l’hémisphère gauche sur celles de l’hémisphère droit ; et les problèmes psychologiques et psychosomatiques qui en découlent trouveront, de toute évidence, leur résolution dans la rééquilibration de ces fonctions.

Nous pouvons déjà observer les réactions spontanées à cet état de prédominance excessive, chez les jeunes qui, de plus en plus, répondent à l’hyper-intellectualisation (cerveau gauche) que leur font subir leurs aînés, par une boulimie de musique et d’images (TV, cinéma, vidéo, BD, multimédia). Ces dernières formes de communication parlent en effet le langage de l’hémisphère droit, et contribuent à rétablir un peu l’équilibre... Mais ce n’est pas toujours suffisant...

Chaque hémisphère attend son heure

Chacun des hémisphères cérébraux étant spécialisé, il possède naturellement une compétence pour certains travaux, et s’avère plus ou moins incapable d’en accomplir d’autres.

Or, il se trouve que ces deux hémisphères ne fonctionnent pas de manière synchrone. On peut même dire qu’ils sont en opposition de phase. Lorsque le droit fonctionne au maximum de son rendement le gauche est au minimum, et inversement.

L’existence de rythmes ultradiens d’alternance de l’activité des deux hémisphères a été démontrée depuis plus de vingt ans. D’une manière générale, chaque hémisphère cérébral domine sur l’autre en alternance suivant des cycles d’environ 90 minutes ; ces fameux cycles de 90 minutes qui règlent le sommeil et la veille du nouveau né, et auxquels tant de rythmes vitaux sont liés.

Malgré cette découverte si importante, les écoliers, étudiants, intellectuels et autres créateurs, continuent de peiner lamentablement plusieurs heures par jour, en exigeant d’un de leurs hémisphères en pleine phase de repos une activité qu’il ne peut fournir.

L’orateur, alors, s’embrouille, l’écrivain ne trouve plus ses mots, l’écolier regarde voler les mouches, le comptable a les paupières lourdes... Une heure et demie plus tard, c’est l’inverse qui se produit, et le menuisier se tape sur les doigts, le musicien fait des couacs, le dessinateur lâche son crayon et va discuter le coup au bistrot du coin.

Pourquoi donc ne pas être attentif aux signes, pourtant clairs, accompagnant cette alternance ; et changer alors d’activité, ou, si ce n’est pas possible, faire une petite pose relaxante de quelques minutes ?

Les diverses alternances d’humeurs que l’on peut observer au cours de la journée s’expliquent par cette conversion énergétique inter-hémisphèrique ; et notre efficacité y gagnerait très certainement à composer avec ces rythmes, notamment en organisant nos activités en fonction de la spécialité de l’hémisphère dominant du moment.

Ainsi, lorsque l’hémisphère gauche atteint son pic, livrons-nous préférentiellement à l’analyse, à la logique, aux raisonnements mathématiques ou techniques, organisons, planifions, contrôlons... Et, lorsque le droit prend le relais, globalisons, synthétisons, visualisons, conceptualisons, faisons jouer notre sens artistique ou tout au moins notre fantaisie, notre émotion, notre intuition, entrons en relation avec les autres... ou avec le soi-même spirituel.

Une question de nez

Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais comment reconnaître la dominance d’un hémisphère ?

Eh bien, rien de plus simple, en fait, puisque des chercheurs du Salk Institute for Biological Studies de San Diego ont récemment découvert une étonnante correspondance entre les cycles de congestion/décongestion nasales, et le cycle de dominance des hémisphères cérébraux.

Chacun aura sans doute pu remarquer, lors d’un rhume, qu’une narine était toujours plus bouchée que l’autre. Or, ce phénomène, bien que moins perceptible, persiste même en dehors des rhumes. Il est alors facile de constater laquelle des deux narines est la plus libre, la moins congestionnée. S’il s’agit de la droite, c’est que l’hémisphère gauche est prédominant, et qu’il faut alors s’exercer à la logique ; s’il s’agit de la gauche, c’est que l’hémisphère droit est en pleine forme et nous invite à la fantaisie, au repos, ou à la créativité...

Une hygiène des rythmes

Dans cette approche chronopsychologique, il est important de comprendre que le changement d’occupations, toutes les 90 minutes, ne relève pas du caprice, mais bien d’une nécessité biologique. Il n’y a rien d’abstrait ou de philosophique dans une telle conception du travail ; et il faudra bien que les autorités “ compétentes ” finissent par en tenir compte.

Il n’est en effet pas naturel de bloquer, trois ou quatre heures durant, des enfants dans une salle d’examen, sur une activité cerveau gauche. Pas plus qu’il n’est souhaitable de regarder la TV sans arrêt.

C’est toute une hygiène du rythme qui doit être inculquée à chacun, afin de ne plus faire violence à la nature. Car, répétons-le, il est naturel de passer cycliquement de l’abstrait au concret, de la raison à la fantaisie, comme de l’immobilisme à la mobilité...

Nos activités ne doivent donc plus être organisées linéairement, mais doivent prendre un certain relief. Ce n’est que de cette manière que l’on atteindra à une véritable efficacité dans l’accomplissement des tâches, et, qu’en plus, on trouvera, dans le travail, plaisir et bien-être.

Les autres cycles

Il serait toutefois faux de dire que l’activité cérébrale ne connaît pas d’autres cycles que celui de 90 minutes dont nous venons de parler. Au cours de la journée, les différentes fonctions intellectuelles connaissent en effet de nombreuses fluctuations indépendantes, par elles-mêmes, de l’alternance droite/gauche des hémisphères cérébraux.

Globalement, l’activité intellectuelle croît de 9h à 13h, en même temps que la courbe de la température, avec un petit creux vers 10h 30, puis se dégrade entre 13h et 16h, pour remonter enfin, de 16h à 20h.

Ce schéma général est toutefois modulé par le cycle de 90 minutes qui intervient évidemment continuellement, mais parallèlement. D’autre part, il faut ajouter que la courbe est un peu décalée chez les “ léve-tard ”, par rapport aux “ lève-tôt ” ; et qu’un petit déjeuner de mauvaise qualité perturbera plus ou moins le cycle normal des facultés intellectuelles.

Diverses autres statistiques révèlent encore des fluctuations fonctionnelles, notamment chez les élèves. Ainsi, la vitesse de lecture atteint-elle son pic vers 10h 30, pour chuter lentement mais sûrement jusqu’à 17h où elle connaît une légère amélioration jusqu’à 20h 30.

Inversement, la compréhension monte de 10h 30 à 14h 30, puis stagne (avec un vague creux vers 17h) jusqu’à 20h 30, et décroît ensuite.

La mémoire, enfin, monte tout au long de la matinée, jusque vers 14h, descend légèrement jusqu’à 17h, pour remonter de plus belle jusqu’à son pic absolu vers 20h.

Il est toutefois important de distinguer le pic de 14h, plutôt favorable à la mémoire à court terme, du pic de 20h, favorisant la mémoire à long terme.

L’idéal, pour l’apprentissage de matières importantes, consisterait donc à les étudier en fin d’après-midi, puis à les réviser éventuellement le soir, à condition de dîner légèrement vers 18h, ainsi que le font les Américains, par exemple. Cet emploi du temps serait d’ailleurs d’autant plus judicieux, que l’humeur et la sensibilité, elles aussi, subissent des variations cycliques, et, qu’en général, la bonne humeur augmente durant l’après-midi, pour culminer en début de soirée.

Que de fatigue, de pleurs et de grincements de dents seraient épargnés aux écoliers français, si l’on tenait compte de ces données scientifiques, plutôt que de continuer de leur imposer, à peu de choses prés, exactement l’inverse de ce que réclament leurs rythmes biologiques !

La mémorisation à long terme, on le sait, est favorisée par l’approche de la nuit, le sommeil paradoxal comptant pour beaucoup dans ce domaine. Aussi, et à défaut de renvoyer les enfants à l’école entre 20h et 22h - ce qui ne déchaînerait pas leur enthousiasme -, tout au moins faudrait-il leur permettre une étude détendue, en soirée, quitte à alléger les cours du matin, en les réservant à une sorte d’échauffement intellectuel, c’est à dire à des activités plutôt répétitives.

Hélas, c’est précisément le matin que l’on concentre généralement le maximum de matières importantes, et que l’on demande, par conséquent, aux élèves le plus d’efforts.

Et que dire des malheureux “ léve-tard ” que l’on propulse, dés potron-minet, devant un examinateur ? Même pour les meilleurs d’entre eux, les résultats resteront médiocres.

Les rythmes scolaires

Un autre scandale, est celui du nombre d’heures de classe par jour. De l’avis unanime des pédiatres et des psychologues, un enfant de 7 ans ne peut guère supporter plus de trois heures d’étude par jour ; un enfant de 9 ans, quatre heures ; un enfant de 11 ans, cinq heures. Nous sommes évidemment très loin du compte !

Or, il suffirait de diminuer le nombre de jours de congés (beaucoup plus important en France que dans la plupart des autres pays), pour compenser, sur la durée, la réduction du nombre quotidien d’heures de classe à ce qui est supportable par les enfants.

On sait déjà que les Lundi et Jeudi sont les jours où s’enregistrent les plus mauvaises performances à cause des congés qui les précédent ; et il va de soi que les retours de vacances sont encore plus catastrophiques, sur ce plan.

Malheureusement, l’industrie des loisirs pèse de tout son poids politique et financier sur les décideurs (comme, dans d’autres domaines, l’industrie pharmaceutique) ; et il n’y aura aucune amélioration à espérer tant que le ras le bol ne sera pas perçu au niveau populaire.

La Chronosociologie

Imaginez - ce qu’à Dieu ne plaise - que l’hiver s’abatte sur la forêt tropicale. Le feuillage perpétuel des arbres les composant gèlerait bien vite sous les frimas, et la forêt mourrait bien avant le retour de l’été.

Dans nos régions, fort heureusement, les arbres perdent leurs feuilles en hiver, et peuvent ainsi s’adapter au changement de température. Grâce à ce rythme biologique de vie et de mort du feuillage, l’arbre peut rester en vie.

En fait, le vivant est rythme. Et le rythme est la vie même ; il témoigne de l’effort de l’individu pour s’adapter à son environnement.

Bien sûr, toute rythmicité procède d’une succession de déséquilibres qui peuvent paraître inquiétants ; mais comment l’évolution serait-elle possible sans déséquilibre ? La marche illustre fort bien la question, où chaque pas nous fait dangereusement pencher d’un coté, puis le suivant de l’autre...

D’autre part, tout rythme implique des hauts et des bas. Et là encore, certains parmi nous préféreraient dans bien des cas éviter les bas. Pourtant, ces bas, qui en réalité constituent des périodes de repos, sont non seulement inévitables, mais indispensables Comment le cœur pomperait-il le sang s’il ne laissait alterner diastoles (repos) et systoles (activité).

Il est donc important de comprendre les raisons des rythmes naturels. L’individu pourra s’en porter mieux et se rendre plus efficace ; et la société s’en inspirer pour se structurer.

Actuellement, notre société qui, en bien des domaines fait à peu près le contraire de ce que la nature exige, comprend bien peu de choses aux rythmes et à leur indispensable alternance de hauts et de bas. « Cette société » , écrit Gabriel Racle, « a une vision rectiligne des choses et pense que l’efficacité est au bout d’une ligne droite ». En fait, cette société est une structure morte. Car il faut être mort pour refuser aussi systématiquement l’universelle sinusoïde, nier aussi catégoriquement l’existence des grandes diastoles et systoles du monde, et mettre ainsi en péril la vie de la planète elle-même !

Que se passe-t-il donc, dans notre société ?...

Une complexification non maîtrisée

Le vivant étant dynamique, il doit dépenser beaucoup d’énergie pour se maintenir en état ; ce dont le minéral, dans sa stabilité, est dispensé. Le vivant, en fait, est instable, et ne dispose que d’une seule stratégie pour conserver sa cohérence : se complexifier. C’est ce que l’on appelle l’évolution.

Malheureusement, la société moderne croit pouvoir échapper à l’instabilité naturelle du vivant (instabilité qui lui fait peur), en laissant le mécanisme de complexification s’emballer. Or, loin de s’assurer ainsi une cohérence, elle dépasse les limites du système social, sidère totalement ses capacités énergétiques, et rend l’existence proprement insupportable à un nombre croissant de nos contemporains.

Pour économiser intelligemment l’énergie, il est nécessaire de ménager des temps forts et des temps faibles, et de comprendre, comme dit l’Ecclésiaste, qu’il y a un temps pour toutes choses sous les cieux, un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour extirper le plant, un temps pour chercher et un temps pour perdre...

Une évolution inquiétante

Mais, quelle que soit la qualité de la société, l’homme vit, malgré tout, toujours quelque part entre la nature et la culture… tout au moins tant que la culture en question n’est pas trop éloignée de la nature, car alors il ne vit plus : il meurt.

Nature et culture vibrent donc à leurs rythmes respectifs, et l’individu réalise le mixage le plus harmonieux possible entre les deux. Cette recherche d’harmonisation pourra s’appeler " religion ", " commerce ", " art " ou " sport ", mais suscitera toujours la création de nouveaux rythmes susceptibles de rendre supportables les obligations anti-naturelles inhérentes à la vie en société.

Bien sûr, les sociétés rurales sont moins contraignantes que les sociétés urbaines : on se lève et se couche avec le soleil, on travaille à la saison chaude et se repose en hiver... Cependant, les rythmes sociaux y existent néanmoins...

Le solstice d’hiver, par exemple, marque une date socioculturelle remontant à la nuit des temps. A partir de cette date, la nuit va décroître, et le jour croître. C’est la victoire de la lumière. Les Chrétiens, à la suite des Celtes, en ont fait la naissance symbolique du Verbe, et l’on profite de l’occasion d’une telle fête pour se recueillir, et se reposer.

Dans notre société urbaine, évidemment, Noël fait plutôt marcher le commerce, et, comme toutes les autres ex-fêtes religieuses, donne le départ pour les vacances.

On peut donc constater l’évolution suivante : les rythmes cosmiques naturels ont été transformés en rythmes religieux qui, eux-mêmes finirent pas être transformés en rythmes de consommation.

D’aucuns pourront se dire que les hommes, même par le truchement des achats de Noël ou des vacances de Pâques, restent en contact avec les rythmes saisonniers de la nature. Peut-être... A la seule différence que l’agitation et l’affairisme qui remplacent aujourd’hui les fêtes religieuses sont aux antipodes du repos et du recueillement.

Un rythme rassurant

Le seul aspect psychologiquement positif de ces rythmes commerciaux est de rassurer l’esprit inquiet de l’homme moderne. La modernité, en effet, avec son progrès technologique vertigineux et son insécurité sociale, géopolitique et économique, est ressentie par beaucoup - et certainement à juste titre - comme une fuite en avant vers un futur dont on pense qu’il sera de plus en plus dur, mais qui, pour le reste, nous demeure tragiquement inconnu.

Par contre, l’inlassable répétition des mêmes rites commerciaux et touristiques à dates fixes, nous rend soudain plus familier une partie de ce futur. Nous ne savons pas si, dans dix ans, nos gosses pourront encore se rendre à leur école sans gilets pare-balles ; mais nous conservons, comme une quasi certitude, l’idée que " Noël sera toujours Noël ".

Les rythmes rassurent donc nos psychismes humains, et aident nos intellects à nous situer dans l’infinitude du temps et de l’espace.

Cela dit, le seul rythme qui, par rapport aux excès actuels, soit vraiment rassurant est celui, historique, de l’alternance des prédominances droite ou gauche des fonctions cérébrales.

Sans remonter trop loin, considérons, par exemple, les temps de la splendeur de l’empire Romain comme une période assez rationnelle, donc gouvernée par une prédominance de l’hémisphère gauche. L’orgueilleux Empire, on le sait, s’effondra ; et lui succéda la période médiévale, apparemment gouvernée par l’hémisphère droit, mystique et irrationnel. Depuis la renaissance, on assiste, de toute évidence, à un retour en force de l’hémisphère gauche rationnel, qui culmine avec la société industrielle.

L’époque post-moderne dans laquelle nous entrons verra-t-elle donc la résurgence de la prédominance droite ? La tendance - assez indéniable - à privilégier l’image, que nous observons de plus en plus chez nos contemporains, est peut-être un symptôme avant-coureur du prochain avènement de la civilisation spirituelle qu’avait prophétisée Malraux.

Souhaitons-le, en tous cas, car nous poussons actuellement la culture du rationalisme au-delà du raisonnable.

Les rythmes du quotidien

Nous avons vu que de nombreux rythmes artificiels, créés par la consommation, influençaient l’activité sociale ; mais il en résulte aussi, par la même occasion, certains risques pour l’individu.

Lorsque plusieurs millions de personnes se retrouvent soudainement sur les routes le même jour, le nombre de morts par accident augmente nécessairement dans la même proportion.

De la même manière, les crises de foie et autres indigestions ont un brutal pic après les fêtes de fin d’année.

L’origine de ces rythmes est donc bien sociale, et uniquement sociale.

Inversement, certains rythmes naturels affectent la vie sociale. Les dentistes, par exemple, sont submergés entre la fin de l’hiver et le début du printemps, à cause du manque de soleil durant la période hivernale, et donc de la carence en vitamine D, qui entraîne de la décalcification et des problèmes dentaires.

Le rythme des suicides est sans doute le phénomène le plus grave. Curieusement, il a son pic au début des beaux jours. Il semblerait, en effet, que ce soit la brutale variation de température, de climat et notamment d’hygrométrie, qui affecte certaines structures psychologiques, une rupture du rythme naturel qui provoque une rupture fatale dans l’affect de l’individu prédisposé.

Des accidents et des rythmes

Les accidents, eux non plus, ne sont pas tout à fait le fruit du hasard. Les statistiques montrent, au contraire, qu’ils surviennent très majoritairement dans des tranches horaires bien particulières, et avant tout durant la nuit, bien sûr en partie à cause de la fatigue, de l’obscurité, voire du taux d’alcoolémie, mais aussi parce que le tempo nocturne est différent du tempo diurne, et que ce changement insidieux engendre de nombreuses erreurs d’appréciation.

Les grandes catastrophes modernes (Tchernobyl, Three Miles Island, Bhopal, etc.) ont toujours eut lieu la nuit. Et ceci pose le problème du travail nocturne dans de nombreuses activités nécessitant une grande vigilance. Tous les tests prouvent, en effet, que deux pics de baisse de vigilance se produisent : l’un, tout relatif, à midi ; et l’autre, beaucoup plus important, à trois heures du matin. Le sommet de la courbe de risque, aussi bien en ce qui concerne le travail que la conduite automobile, se situe donc entre 3h et 4h. Cette courbe descend ensuite jusqu’aux environs de 10h, remonte légèrement vers midi, pour redescendre largement tout au long de l’après-midi, et remonter enfin à partir de 20h jusqu’à 3h.

Toutefois, si 3h est effectivement l’heure de tous les dangers, la période située entre 5h et 8h reste encore très critique, et la plupart des accidents de travail diurne ont lieu à ces heures matinales.

Chez les enfants, les tranches horaires dangereuses se situent globalement entre 10h et 11h, et surtout entre 16h et 17h (18h pour les accidents de circulation).

Quant aux suicides, ils coïncident fréquemment avec la tombée de la nuit, entre 18h et 20h, période propice à l’anxiété et... à la consommation d’alcool.

Janvier 2001

Alexandre Koehler





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