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L’observation est naturelle, pourtant elle nous est étrangère

Quiconque tente d’entrer dans l’observation échoue, tout simplement parce qu’il occupe l’espace et recouvre la présence silencieuse de cet espace infiniment ouvert.

Par Marc Marciszewer

Quiconque tente d’entrer dans l’observation échoue, tout simplement parce qu’il occupe l’espace et recouvre la présence silencieuse de cet espace infiniment ouvert. Tant que je suis là, en tant que personne pensante, changeante, limitée, l’observation demeure étrangère. Elle est si subtile qu’elle est voilée, camouflée par la moindre intrusion personnelle, intentionnelle. Pourtant, elle est absolument naturelle et nous reposons en elle chaque fois que nous sommes tranquilles, non identifiés à notre structure mentale et physique. Ce qui arrive des tas de fois en une seule journée, mais la mémoire ne l’enregistre pas et notre focalisation sur ce que nous pensons, éprouvons, ressentons empêche de le reconnaître. Prenons une analogie :

lorsqu’il y a des sons, nous pouvons oublier le silence, l’ignorer même. Pourtant, entre deux sons, nous réalisons que le silence est toujours là. Il est là avant, pendant, et encore après le son. Il est la toile de fond où les sons peuvent naître et mourir. Nous sommes habitués à prêter attention aux sons plutôt qu’au silence, aux formes plutôt qu’au fond, aussi nous est-il difficile parce que inhabituel de percevoir que le silence est la présence constante originelle accueillant le surgissement et la cessation des sons. Comme l’observation est la toile de fond qui accueille le surgissement et la cessation des pensées, des convictions, des images, des sensations, des émotions...

L’observation requiert l’espace, et si quelqu’un s’y trouve déjà, elle demeure à l’arrière-plan, silencieuse, invisible et insaisissable. Là où on ne peut même pas soupçonner qu’elle se tient, vivante, disponible et éveillée, dans une (non) dimension qui échappe à toute identification.

En fait, l’observation ne se pratique pas. Quand on prétend observer, la plupart du temps on ne fait rien d’autre que chercher un état particulier à l’exclusion de tout autre, un état qui correspond aux représentations qu’on se fait de l’observation, et des résultats qu’elle est censée produire. Soit parce qu’on l’a lu ou entendu, soit parce que à l’arrière-plan de notre démarche, des croyances ou théories non vues, donc non questionnées, colorent d’emblée notre démarche, lui donnent une direction, nous restreignant ainsi dans le cercle limité du connu. L’observation est une ouverture dans l’inconnu, qui prend naissance dans la prise de conscience que nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir ce qu’est le mystère de la vie, que nous n’y comprenons rien et ne pouvons rien y comprendre. Si nous croyons savoir ou comprendre la vie, cela signifie que nous sommes esclave de nos théories et conceptions, que probablement d’ailleurs nous ne voyons même pas comme des théories ou des croyances aveugles...

L’observation commence à opérer lorsque nous sommes vraiment conscient que tout ce que nous faisons ou voulons faire en vue de cesser de souffrir renforce notre souffrance en alimentant la dynamique d’auto-illusionnement et de fuite. Tant que nous croyons que notre liberté dépend de l’acquisition ou de la suppression d’objets, de formes ou de situations, ou encore que d’autres personnes peuvent contribuer ou au contraire empêcher cette liberté, tant que nous croyons que des techniques ou des pratiques particulières peuvent nous libérer ou du moins nous faire progresser (?!), nous ne pouvons entrer dans l’observation, ou plus justement, nous ne pouvons laisser l’observation se dévoiler et opérer le passage d’une perspective limitée à une perspective illimitée, en d’autres mots à l’absence de toute perspective.

L’observation se découvre chaque fois que nous n’intervenons pas, et bien sûr, nous ne pouvons pas décider de ne pas intervenir, ce serait encore une intervention ! Tout ce que nous pouvons faire est apprendre à observer de moment en moment ce qui se présente à nous, pensées et sensations, et dans le même temps pressentir, nous sensibiliser à l’espace infiniment silencieux où elles naissent et meurent. Non pas le silence qui exclut les bruits et les pensées, qu’on peut atteindre à force de concentration, mais celui, naturel et toujours présent, qui inclut absolument tout ce que nous pouvons expérimenter...

Cela exige que nous fassions connaissance intimement, expérientiellement, avec cette dynamique égocentrée interventionniste, sans la contrarier ou chercher à nous en débarrasser. Juste observer, laisser venir et partir ce qui se présente à notre attention, sans nous fixer où que ce soit, sans focaliser sur quoi que ce soit.

Notre difficulté principale réside essentiellement là : traverser les yeux ouverts toutes les couches de conditionnement, aussi bien sensorielles qu’affectives ou conceptuelles. Et pressentir l’espace infiniment ouvert au-delà de ces vagues mentales et sensorielles.

Bien souvent, notre habitude réactive dévoie l’observation.

Nous commençons à observer, mais à l’arrière se nichent nos espoirs, nos attentes, nos craintes, nos représentations, et dès qu’il y a un moment de silence, ils surgissent et leurs vagues troublent la surface de notre conscience, si bien qu’il nous semble presque impossible de plonger plus profondément et de voir clair.

Sans doute nous faut-il bien des fois faire face à ce qui empêche la plongée avant de réellement être en mesure de plonger dans les profondeurs, où la présence nous attend sans impatience.

Pour nombre d’entre nous, même si nous avons un pressentiment de l’infinie disponibilité de notre être véritable, quelque chose nous fait douter. Nous croyons tellement à la réalité de notre personne, nous sommes tellement identifiés à nos pensées, à nos sensations, à nos émotions, à nos représentations, que nous sommes totalement inconscients du tableau sur lequel elles viennent s’inscrire.

Concrètement, parce que nous croyons à la réalité de ce qui est limité et nous limite en retour, nous considérons qu’il y a un chemin à parcourir, long et difficile, qu’il nous faut un maître, une pratique, etc...

Peu importe que nous ayons ou non un maître ou une pratique. Peu importent nos conditions de vie. Peu importe la façon dont nous expérimentons la vie. Seule importe notre disposition d’esprit : voulons-nous vraiment découvrir la réalité telle qu’elle est, ce que personne ne peut faire pour nous ?

Voulons-nous vraiment être libre, ne dépendre de rien ni de personne ?

Il est important de savoir expérientiellement ce que nous voulons réellement, et le moyen de le savoir est d’observer.

Savoir expérientiellement implique d’observer notre sensibilité corporelle. Si nous ignorons la relation entre nos pensées et nos sensations, si nous ignorons la façon dont notre corps est affecté par les images mentales, les représentations, les peurs, les désirs, si nous ignorons l’état réel dans lequel nous sommes sensoriellement dans le moment même, alors nous ne percevons pas, nous pensons. Nous savons qui nous pensons être, qui nous croyons être, mais nous ne percevons pas, nous ne voyons pas.

Observer les sensations met en évidence nos croyances, nos théories, nos fantasmes, nos craintes, nos identifications. Observant les sensations à travers tout le corps, nous voyons que nous passons l’essentiel de notre temps à réagir aux sensations, à tenter d’éprouver uniquement des sensations agréables, plaisantes, confortables. Dès que nous éprouvons une sensation que nous qualifions de pénible, d’inconfortable, nous déployons toute notre énergie à essayer de l’évacuer, de l’éliminer. Nous n’observons pas, nous réagissons, nous intervenons.

Cela aussi il nous faut l’observer.

Mille fois peut-être, nous allons réagir, intervenir. Mais de temps à autre, il va y avoir des moments, même fugaces, où nous cesserons d’intervenir, nous cesserons de chercher à expérimenter autre chose que ce qui nous est accordé dans le moment. Ces moments sont des moments bénis, car ils mettent en évidence la possibilité d’approcher tout autrement ce que nous expérimentons.

Ce sont ces moments qui nous font basculer de l’acte conscient et délibéré d’observer à l’observation même, sans la moindre intention, sans la moindre séparation.

Lorsque nous accordons du temps à observer nos sensations, les réactions qu’elles provoquent, notre sensibilité sensorielle se développe, s’affine. Nous percevons des choses de plus en plus subtiles, et cela aussi devient éventuellement un obstacle : nous pouvons nous approprier cette sensibilité, et en rester là. Cela aussi il nous faut l’observer.

L’observation des sensations n’est pas une fin en soi. Son véritable propos est de faire passer de la dynamique interventionniste, réactive, à la (non) dynamique de l’observation.

Il ne s’agit pas de pratiquer l’observation des sensations en vue de... mais d’observer et réaliser qu’en vérité, nous ne sommes pas ce que nous observons, mais ce qui observe.

Mars 2001






Buddhaline

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