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L’innocence face aux oeuvres

ou le parti-pris innovant de Marie-Pierre Foissy-Aufrère, Conservatrice en chef au Musée des arts asiatiques de Nice, musée du Conseil Général des Alpes Maritimes

Par Sofia Stril-Rever

Au Musée des Arts asiatiques de Nice, le premier chef d’œuvre est le musée lui-même, construit par l’architecte japonais Kenzo Tange. Le bâtiment a d’ailleurs inspiré les choix muséographiques innovants et audacieux de la conservatrice en chef du musée, Marie-Pierre Foissy-Aufrère. La visite de ce musée est, pour le visiteur, l’occasion de se ressourcer, au cœur d’un parcours sensible dans l’esthétique et l’âme japonaises, à la rencontre des cultures plurimillénaires de l’Asie.

Une métaphore architecturale

Le musée des Arts asiatiques de Nice illustre certainement ce que les architectes japonais appellent une « métaphore architecturale ». Kenzo Tange, architecte et concepteur du musée, n’est pas avare en métaphores pour caractériser le bâtiment qu’il a construit : « Ce musée est un bijou couleur de neige brillant dans l’azur de la Méditerranée. C’est un cygne qui flotte sur un lac paisible au milieu de la végétation luxuriante… Tel est cet édifice de marbre blanc posé sur l’eau, servant de mirage vers un autre monde, comme un mandala flottant. »

Le bijou couleur de neige et le cygne font référence au matériau, le marbre blanc poli recouvrant les volumes du musée, le cylindre central et les quatre cubes qui l’encadrent. Mais le cygne évoque aussi la légèreté, une qualité quasi aérienne que l’on retrouve dans l’esthétique du musée où les pleins contrastent et s’allient avec les évidements ménagés par les parois de verre transparentes, la pyramide surplombante en verre ou la passerelle sur pilotis qui conduit à un petit belvédère entre ciel et terre, à l’apparente fragilité, qui apporte à l’ensemble une touche fantaisiste.

L’assimilation du musée à un cygne est encore facilitée par le contexte. Car le musée est effectivement construit sur un lac artificiel, au sein d’un parc verdoyant planté des fameux « arbres de la connaissance », les gingko qui, dans les pays asiatiques, poussent traditionnellement à proximité des temples. Des cygnes blancs et des cygnes noirs glissent sur les eaux du lac où se réfléchit le cygne-musée, métaphore architecturale de l’oiseau monture des divinités dans les mythologies orientales. Les jeux de miroirs et de reflets sont infinis, passagers, ils se recomposent sans cesse sous notre regard, selon les états du ciel, le passage des nuages et du vent. Sans doute est-ce le génie de Kenzo Tange d’avoir su enrichir notre vision dans un espace foncièrement ouvert d’images, de symboles et de réflexions.

L’effet obtenu, s’il joue avec l’immatériel et l’éphémère, n’est cependant pas dû au hasard. Pour réaliser un tel projet d’une esthétique délicate, Kenzo Tange a dû faire des choix architecturaux complexes et savants. L’audace a été le maître-mot de cette composition. L’architecte commente en ces termes la forme générale du musée : « Le plan du musée repose sur deux formes géométriques fondamentales de la tradition japonaise, le carré, symbole de la terre, et le cercle, symbole du ciel. Autour d’un point d’origine, ces formes se développent dans l’espace en se divisant comme une cellule. Cette division provoque des vides qui sont l’essence de l’architecture. Ainsi sont créées des ondes successives… Dans cette évolution, le point d’origine est déployé et se replie pour définir un point central d’équilibre naturel de ce mouvement. Le musée donne l’impression de flotter sur le lac, créant une intéressante réflexion sur l’eau. »

L’innocence face aux œuvres,

un parti-pris innovant de la conservatrice en chef

La conservatrice en chef du musée, Marie-Pierre Foissy-Aufrère, a pris le parti de définir la muséographie des lieux en s’inspirant de la dynamique d’espace engendrée par Kenzo Tange, en se laissant porter par le mouvement immatériel et subtil qui habite les lieux : « Je travaille, dit-elle, à partir de la première pièce du musée, le bâtiment imprégné de tradition et de modernité. Je me suis efforcée de refléter cette double orientation, caractéristique de toute l’Asie. » Et dans ce musée neuf, dont la conservatrice nous dit qu’il n’a pas d’équivalent au monde, le maître-mot a été créer, inventer, renouveler.

Marie-Pierre Foissy-Aufrère définit ainsi la ligne de travail qui l’a inspirée : « faire saisir au public, d’une manière à la fois simplificatrice et profonde, l’essence des civilisations évoquées, en essayant de renouveler la vision de l’Asie, héritière de l’histoire du goût, de l’inclure dans une vision plus universelle. » Le style minimaliste et épuré du bâtiment, joint à une expressivité sensuelle, a incité la conservatrice à choisir le parti-pris du « dépouillement, plutôt que de l’accumulation et de l’insistance sur la force emblématique des œuvres. » Et la créativité de Marie-Pierre Foissy-Aufrère se déploie avec une originalité qui donne au musée un cachet unique, prodiguant au visiteur la fraîcheur d’une « innocence » retrouvée face aux œuvres, selon le terme même de la conservatrice. « Innocence » qu’elle entend comme « une approche sensible et intuitive plutôt qu’une démarche historique et intellectuelle ».

Alors à une époque où nous nous trouvons saturés d’images invasives et agressives, une grâce merveilleuse nous est donnée dans ce musée hors du commun de nous ressourcer dans une démarche contemplative, parfaitement cohérente avec l’esprit des cultures présentées. Cela parce que la conservatrice a décidé de « donner à voir l’objet en lui-même, tel qu’il peut être saisi là, dans l’instant, par un regard neuf qui en embrasse d’un seul coup les caractères immédiats, en saisit la beauté, en pressent le mystère ». Et la présentation des œuvres, leur emplacement, leur éclairage « faisant de chaque pièce une œuvre unique, apparaissant magiquement dans la lumière », permettent de ressentir la densité, la présence, le rayonnement de chaque objet, au cours d’une visite où l’on s’imprègne de la plastique formelle autant que de l’esprit des cultures représentées … à condition bien sûr de s’en donner le temps et de s’offrir la disponibilité qui permet de goûter la subtilité d’un tel festin. Mais le visiteur, même pressé, gardera certainement l’impression d’une différence marquée dans un lieu empreint d’un savoir-être induisant la sérénité et le repos de nos esprits agités et inquiets.

Une muséographie à la mesure du continent asiatique

La présentation muséographique évoque par touches la globalité du continent asiatique, de l’Afghanistan au Japon, de la Mongolie à l’Indonésie. Et l’architecture du bâtiment s’accorde avec les différentes destinations proposées. Au rez-de-chaussée, on devrait dire plutôt, au rez-de-lac, les quatre cubes correspondent aux pôles géographiques du musée, aux lieux des deux civilisations sources de l’Asie, l’Inde et la Chine, et aux pays que leur rayonnement a touchés, le Japon et le sud-est asiatique. Reliée par une passerelle au corps principal du musée, une salle du Thé où officient régulièrement des maîtres de Thé, a été ménagée dans le « croissant de lune » que forme l’aile arrière du bâtiment.

Le sous-sol, sous le niveau des eaux du lac, a été conçu comme l’espace où s’enracinent les traditions. Volontairement, la conservatrice a décidé de « montrer aux visiteurs la richesse des choses les plus simples ». La perspective ethnographique est donc présente avec des pièces humbles et ethniques comme le mobilier en bambou, témoin d’une technique complexe dont la tradition se perd chez les artisans asiatiques. Mais la beauté des gestes que les mains ont accomplis des millénaires durant est ici mise en valeur pour que la mémoire de cette beauté continue de nous inspirer le respect des choses de la vie.

Enfin, au premier étage, Marie-Pierre Foissy-Aufrère a pris le parti de préserver un espace uniquement spirituel, dédié au bouddhisme qui a imprégné toutes les cultures d’Asie. Elle explique : « La rotonde inondée de la lumière zénithale de sa pyramide de verre appelle tout naturellement la sphère spirituelle et développe le thème du bouddhisme qui fut et reste, en partie, un élément unificateur du monde asiatique. »

Il est bon de conclure la visite du musée des Arts asiatiques de Nice par cette rotonde où le visiteur goûte le bonheur de rencontres privilégiées avec des visages de Buddhas dont les yeux baissés, mi-clos, et le sourire intériorisé appellent à découvrir la joie ineffable des mondes spirituels.

Rencontre avec deux Bouddha de la rotondeBouddha debout Népal, VIII°-IX° siècle (époque post-gupta) bronze doré, 50 cm H, prêt du musée de l’Homme – Le Népal et le Tibet reçoivent les influences indiennes et chinoises, développant un style original, enrichi par la variété des matériaux travaillés, pierre, bronze et bois. Bodhisattva Gandhara, IV° siècle, schiste, 135 cm H, prêt, Paris, collection particulière – Rayonnant hors de l’Inde à partir du III° siècle avant notre ère, le bouddhisme se diffuse en Asie sans grandes modifications doctrinales, tout en se caractérisant sur le plan iconographique, par une série d’interprétations variées. Certains caractères immuables – postures, gestes, vêtement monastique – permettent toujours une reconnaissance du Bouddha, cependant qu’un premier courant venu du Gandhara et de l’Afghanistan pénètre en Chine, en Corée et au Japon.

Bibliographie

Les citations de Kenzo Tange et Marie-Pierre Foissy-Aufrère sont extraites des publications citées ci-après, qui présentent le musée des Arts asiatiques de Nice :

· MUSEE DES ARTS ASIATIQUES musée du Conseil général des Alpes-Maritimes, publication du musée, août 1998

· CONNAISSANCE DES ARTS, MUSEE DES ARTS ASIATIQUES, numéro hors série, 1998

Renseignements pratiques

Le musée départemental des Arts asiatiques des Alpes-Maritimes est situé au 405, avenue des Anglais – Arenas – 06200 NICE

Tel : 04 92 29 37 00

http://www.arts-asiatiques.com

Le musée est ouvert au public tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18h, du 1° mai au 15 octobre, et de 10h à 17h, du 16 octobre au 30 avril.

Tarif individuel d’entrée : 35 F – tarif réduit : 25 F – gratuité : enfants de moins de six ans, journalistes, conservateurs

Situé au rez-de-chaussée, un « comptoir des ventes » propose à la fois ouvrages, CD-Rom et cartes postales sur les civilisations asiatiques ainsi qu’une sélection d’objets artisanaux. Une cafétéria est prévue pour l’accueil des visiteurs.

Le musée organise des expositions temporaires. Du 18 janvier au 16 avril 2001 : CONTES D’ICI ET DE L’AU-DELA, Paravents japonais du musée des Arts asiatiques. Des événements en liaison directe avec ce thème sont prévus pendant la durée de l’exposition.


http://www.buddhaline.net





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