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L’établissement de l’attention. Signification, méthode et but

Le Message du Bouddha, en tant que Doctrine de l’esprit, enseigne trois choses : connaître l’esprit,—qui est si proche de nous et pourtant si mal connu ; former l’esprit,—qui est si lourd et si obstiné et qui pourtant peut être si souple ; libérer l’esprit,—qui est partout enchaîné et qui pourtant peut d’ores et déjà obtenir sa libération.

Par Vénérable Nyanaponika Maha Thera

En l’époque actuelle, après deux guerres mondiales, l’histoire semble répéter ses leçons à l’humanité d’une voix plus forte que jamais parce que la turbulence et la souffrance, qui hélas, sont généralement inhérentes à l’histoire politique, affectent directement ou indirectement des sections toujours plus grandes de l’humanité. Pourtant il ne semble pas que ces leçons aient été mieux apprises qu’avant. Pour un esprit réfléchi, plus poignante et plus navrante que les nombreux exemples individuels de souffrance qu’a fournis l’histoire récente, est l’étrange et tragique monotonie de conduite qui pousse l’humanité à se préparer pour un nouvel accès de cette folie qu’on appelle la guerre. Le même vieux mécanisme est de nouveau en marche : l’interaction de la convoitise, de la crainte. La convoitise du pouvoir ou le désire de dominer sont à peine refrénés par la crainte - crainte des propres instruments de destruction de l’homme ; cependant la crainte n’est pas un frein très sûr pour les impulsions de l’homme et elle empoisonne constamment l’atmosphère en créant un sentiment de frustration qui attisera de nouveau les feux de la haine. Mais les hommes ne détruisent encore que par les symptômes de leur maladie, et restent aveugles quant à la source de la maladie qui n’est autre que les trois fortes Racines du Mal (akusala mula) que mentionne le Bouddha : la convoitise, la haine et l’illusion.

A ce monde malade et vraiment insensé qu’est la nôtre, vient un enseignement ancien, de sagesse éternelle et de conduite infaillible, le Bouddha-Dhamma, la Doctrine de l’Eveillé, avec son message et son pouvoir curatif. Il vient avec la question ardente des peuples du monde qui seront prêts à saisir la main secourable que l’Eveillé a tendue à humanité souffrante à travers son Enseignement éternel. Ou bien, le monde attendra-t-il encore jusqu’à ce qu’il ait réussi à conjurer une épreuve encore plus macabre qui peut se terminer par le déclin final de humanité, tant matériel que spirituel ?

Les nations du monde semblent penser inconsidérément que leurs réserves de force sont inépuisables de l’Impermenence, le fait du changement incessant sur lequel le Bouddha a insisté si fortement. Cette Loi de l’Impermanence, comprend le fait démontré par l’histoire et l’expérience quotidienne, que les occasions extérieures de régénération matérielle et spirituelle et la force vitale et l’empressement intérieur requis à cette fin ne sont jamais sans limites, soit pour les individus, soit pour les nations. Combien d’empires puissants comme ceux de notre époque, se sont écroulés et combien d’hommes ont été, malgré leur repentir et leurs "meilleures intentions", confrontés avec un implacable "trop tard !" Nous ne savons jamais si ce n’est pas ce moment - même ou juste cette situation présente qui nous ouvre la porte de l’occasion pour la dernière fois. Nous ne savons jamais si la force que nous sentons encore dans nos veines, si faible soit - elle, n’est pas la dernière capable de nous faire sortir de notre détresse. Ce moment même est donc le plus précieux. "Ne le laissez pas échapper !" nous avertit le Bouddha.

Le Message du Bouddha vient au monde comme un moyen d’aide efficace aux afflictions et problèmes actuels et comme un remède radical contre le Mal toujours présent. Un doute peut naître dans l’esprit des Occidentaux : comment une doctrine d’Extrême Orient pourrait-elle les aider à résoudre leurs problèmes actuels ? Et d’autres, même en Orient peuvent se demander comment des paroles prononcées il y a 2.500 ans peuvent se demander si Bénarès est vraiment plus étrangère à un citoyen de Londres que Nazareth d’où est sorti un enseignement qui pour ce même citoyen, est devenu familier et occupe une partie importante de sa vie et de sa pensée.

En outre ils doivent être prêts à admettre que les lois mathématiques découvertes jadis dans la lointaine Grèce ne sont pas moins valables aujourd’hui, en Angleterre ou ailleurs. Mais ces objecteurs doivent en particulier considérer les nombreux faits de base la vie, communes à toute l’humanité. C’est de ces faits que le Bouddha excelle à parler. Ceux qui soulèvent l’objection de la distance dans le temps, se rappelleront certainement maintes paroles précieuses de sages et de poètes morts depuis longtemps qui touchent une corde si profonde et sensible dans nos cœurs que nous ressentons fortement un contact intime et vivant avec ces grands hommes qui ont quitté ce monde depuis longtemps.

Une telle expérience contraste avec le sot bavardage "très présent" de la société, des journaux ou de la radio, qui, comparé à ces voix anciennes de la sagesse et de la beauté, semblera émaner du niveau mental d’un homme préhistorique jeune et toujours à la portée de l’esprit ouvert qui a atteint péniblement ses hauteurs et a eu la chance de l’écouter.

La doctrine de l’Esprit, Cœur du Message du Bouddha.

En particulier, le point culminant de la sagesse humaine, l’Enseignement du Bouddha, ne traite pas de quelque chose d’étranger, de lointain ou d’ancien, mais de ce qui est commune à toute l’humanité, de ce qui est toujours jeune et plus près de nous que les mains et les pieds - l’esprit humain.

Dans la doctrine bouddhique, l’esprit est le point de départ, le point focal et aussi, en tant qu’esprit libéré et purifié du Saint, le Point Culminant.

C’est un fait significatif et qui mérite qu’on y réfléchisse, que la bible débute par les mots : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre..." tandis que le Dhammapada, un des livres les plus beaux et les populaires des écritures bouddhiques, commence par les mots : "L’esprit précède les choses, les domine, les crée" (traduction du Bhikkhu Kassapa). Ces paroles importantes sont la réponse calme, incontestable mais inébranlable du Bouddha à cette croyance biblique. Là se séparent les routes de ces deux religions : l’une mène loin, dans un Au-delà imaginaire, l’autre conduite droit au but, dans le cœur même de l’homme.

L’esprit est le plus proche de nous, parce que c’est par lui seul que nous sommes conscients du soi-disant monde extérieur, y compris notre propre corps. "Si l’esprit est compris, toutes les choses sont comprises", dit un texte du Bouddhisme Mahayana (Ratanamega-sutta).

L’esprit est la source de tout le bien qui s’élève de l’intérieur et de tout le mal qui nous arrive de l’extérieur. Ceci est expressément affirmé dans les deux premiers versets du "Dhammapada" et, parmi de nombreux autres exemples, dans les paroles suivantes du Bouddha :

"Tout ce qu’il y a de mal, lié au mal, appartenant au mal tout provient de l’esprit. Tous ce qu’il y a de bien, lié au bien, appartenant au bien tous provient de l’esprit" (Anguttara Nikaya)

D’où détour résolu des sentiers désastreux, détour qui peut sauver le monde de sa crise présente et qui doit être nécessairement un détour vers par intérieur, dans le tréfonds de l’esprit de l’homme. C’est seulement par un changement intérieur qu’il y aura un changement extérieur. Même s’il est quelquefois lent à centre intérieur fort et bien ordonné, toute confusion à la périphérie disparaîtra graduellement et les forces périphériques se grouperont spontanément autour du point focal, partageant sa clarté et sa force.

L’ordre ou la confusion de la société correspond à, ou suit, l’ordre ou la confusion des esprit individuels. Cela ne veut pas dire que l’humanité souffrante devra attendre jusqu’à l’aube d’un Age "L’expérience et l’histoire nous montrent que souvent, on n’a besoin que d’un très petit nombre d’hommes vraiment nobles et possédant la détermination et la vision intérieur, pour former "les points focaux du Bien" auxquels se rallieront ceux qui n’ont pas le courage de prendre la tête, mais qui sont prêts à suivre. Cependant, du Mal peuvent exercer la même attraction, et même plus grande. Mais c’est une des quelques consolations de ce monde pas tout à fait désespéré que non seulement le Mal, mais aussi le Bien puisse avoir aussi un pouvoir fortement contagieux qui se révélera de plus en plus si seulement nous avons le courage d’en faire l’essai.

‘Ainsi c’est notre propre esprit qui doit s’établir dans toutes les Racines du Bien ; c’est notre propre esprit qui doit être lavé par la pluie de la vérité ; c’est notre propre esprit qui doit être purifié de toutes qualités obstructives ; c’est notre propre esprit qui doit être rendu vigoureux par l’énergie’.

Donc le message du Bouddha consiste juste en l’aide qu’il donne à l’esprit. Personne, sauf lui, I’Eveillé, n’a donné cette aide d’une façon aussi parfaite, profonde et efficace. Le message se prolonge par la valeur des grands résultats curatifs et théoriques qu’a obtenus la psychologie analytique moderne qui, chez nombre de ses représentants, particulièrement la grande personnalité de C.G. Jung, a pris un tournant décisif dans la reconnaissance de l’importance de l’élément religieux et dans l’appréciation de la sagesse orientale. La science moderne de l’esprit peut très bien compléter, en plus d’un détail pratique et théorique, la doctrine de l’esprit du Bouddha ; elle peut traduire cette dernière dans la langue conceptuelle des temps modernes ; elle peut faciliter son application curative et théorique aux problèmes individuels et sociaux de notre époque. Mais les principes fondamentaux de la doctrine de l’esprit bouddhique ont gardé toute leur valeur et toute leur puissance ; ils ne sont pas affectés par les changements d’époque et de théories scientifiques. C’est parce que les principales situations de l’existence humaine se répètent sans cesse et que les principaux faits de la structure physique et mentale de l’homme demeureront essentiellement inchangés pendant longtemps encore. Ces deux facteurs relativement stables– les événements typiques de la vie humaine et la constitution physique et mentale typique de l’homme– doivent toujours former le point de départ de toute science de l’esprit humain et de toute tentative pour le guider. La doctrine de l’esprit du Bouddha est basée sur une compréhension exceptionnellement claire de ces deux facteurs, ce qui lui confère son caractère "éternel", c’est-à-dire son "modernisme" et sa validité non diminués.

Le Message du Bouddha, en tant que Doctrine de l’esprit, enseigne trois choses :

- connaître l’esprit,—qui est si proche de nous et pourtant si mal connu ;

- former l’esprit,—qui est si lourd et si obstiné et qui pourtant peut être si souple ;

- libérer l’esprit,—qui est partout enchaîné et qui pourtant peut d’ores et déjà obtenir sa libération.

Ce qu’on peut appeler l’aspect théorique de la doctrine de l’esprit du Bouddha est classe sous la première des trois rubriques ci-dessus et ne sera traité qu’autant qu’il est nécessaire pour l’utilité pratique par excellence de ces pages.

L’attention juste, Cœur de la Doctrine de l’esprit du Bouddha

Toutes les implications tant du message curatif du Bouddha que du centre de sa doctrine de l’esprit sont comprises dans l’exhortation : « soyez attentifs » contenue dans le grand sermon du Bouddha sur l’établissement de l’attention (satipatthâna sutta). L’exhortation nécessite naturellement l’éclaircissement supplémentaire des questions : "être attentif à quoi ?" et "être attentif, comment ?" La réponse est donnée dans le Discours lui-même, dans son commentaire ancien et dans l’interprétation condensée qui suit ici.

Si nous avons parlé plus haut de la doctrine de l’esprit comme point de départ focal et message culminant du Bouddha. nous pouvvons ajouter maintenant que l’attention juste occupe exactement la même place dans la doctrine bouddhique de l’esprit.

L’attention est donc le passe-partout infaillible pour connaître l’esprit et est ainsi le point de départ ; l’outil parfait pour former l’esprit et est ainsi le point focal ; la manifestation sublime de la libération accomplie de l’esprit et est ainsi le point culminant.

Donc Bouddha a déclaré justement l’établissement de l’attention (satipatthâna) comme étant le seul sentier (ekayano-maggo).

Qu’est-ce que l’attention ?

L’attention, bien que si hautement louée et capable de grands accomplissements, n’est pas du tout un état "mystique" hors de portée de l’homme ordinaire. C’est au contraire quelque chose de très simple et de commun et qui nous est très familier. Dans sa manifestation élémentaire, connue sous le terme "attention", c’est une des fonctions principales de la conscience sans laquelle il ne peut y avoir perception d’aucun objet. Si un objet des sens exerce une action stimulante suffisamment forte, l’attention est éveillée dans sa forme basique d’observation initiale de l’objet, de premier "mouvement vers" lui. A cause de cela, la conscience se fraie un passage à travers le sombre courant du subconscient (fonction qui, selon l’Abhidhamma (psychologie bouddhique) est accomplie d’innombrables fois au cours de chaque seconde de veille). Cette fonction d’attention germinale ou initiale est encore un progrès assez primitif, mais d’une importance décisive puisque c’est la première apparition de la conscience de son domaine inconscient.

De cette première phase du progrès perceptible, il ne résulte naturellement qu’une image très générale et indistincte de l’objet. Si l’on s’intéresse davantage à l’objet, ou si son impact sur les sens est suffisamment fort, on accordera une attention plus soutenue aux détails. L’attention s’attachera alors, non seulement aux diverses caractéristiques de l’objet mais aussi à sa relation par rapport à l’observateur. Ceci permettra à l’esprit de comparer la perception présente avec des perceptions semblables resurgies du passé et de cette façon une coordination d’expérience sera possible. Cette période marque une étape très importante dans le développement mental, appelée en psychologie "pensée associative". Elle nous montre aussi le lien étroit et constant entre les fonctions de la mémoire et de l’attention, ce qui expliquera pourquoi en Pâli, langue des écritures bouddhiques, ces deux fonctions mentales sont désignées par le même mot sati3. Sans mémoire, l’attention à l’égard d’un objet produira simplement des faits isolés, comme c’est le cas pour la plupart des perceptions des animaux.

C’est de la pensée associative qu’est dérivée l’importante étape suivante dans le développement d’évolution : la généralisation de l’expérience, c’est-à-dire la capacité de penser abstraitement. Pour la commodité de l’exposé, nous l’intégrons dans le deuxième stade de la connaissance telle que l’affecte le développement de l’attention. Nous avons trouvé quatre caractéristiques de ce deuxième stade : augmentation du détail, référence à l’observateur (subjectivité), pensée associative et abstraite.

La plus grande partie de la vie mentale de l’humanité d’aujourd’hui a lieu sur le plan de cette deuxième phase. Elle couvre un domaine très vaste : depuis toute observation attentive des faits de tous les jours et l’exécution attentive de n’importe quel travail jusqu’au travail de recherche du savant et aux pensées subtiles du philosophe. Ici, la perception est certainement plus détaillée et compréhensive, mais elle n’est pas nécessairement plus sûre. Elle est encore plus ou moins altérée par des associations fausses et d’autres mélanges, par des préjugés émotionnels et intellectuels, une pensée désireuse, etc... et surtout par la cause principale de toute illusion : le désir conscient ou irréfléchi d’assumer une substance permanente dans les choses et d’un ego ou âme chez les êtres vivants. Par tous ces facteurs la sûreté des perceptions et des jugements même les plus communs peut être sérieusement altérée. Au niveau de ce second stade resteront de loin la majeure partie de tous ceux qui manquent de la conduite du bouddha-dhamma ainsi que ceux qui ’appliquent pas cet enseignement au développement systématique de leur propre esprit.

Avec l’étape suivante du développement progressif de l’Attention nous entrons dans le domaine même de l’Attention Juste (samma-sati). Elle est appelée ’juste’ parce qu’elle protège l’esprit des influences falsificatrices ; parce qu’elle est la base aussi bien qu’une partie de la Compréhension Juste ; parce qu’elle nous apprend à faire la chose exacte d’une manière exacte et parce qu’elle sert exactement aux fins qu’a mentionnées le Bouddha : la Cessation de la Souffrance.

Les objets de la perception et de la pensée, tels que les présente l’Attention Juste, ont été passés au tamis de l’analyse sévère et incorruptible et sont donc des éléments sûrs pour toutes les autres fonctions mentales, comme les jugements théoriques, les décisions pratiques et éthiques, etc. ; et notamment ces présentations inaltérées de l’actualité formeront une base ferme pour la méditation bouddhique principale, c’est-à-dire pour examiner tous les phénomènes comme impermanents, sujets à la souffrance et dénués de substance, âme ou Ego.

On peut être sûr que le niveau élevé de la clarté mentale représentée par l’Attention Juste sera, pour un esprit négligé, tout sauf ’proche’ et ’familier’. Au mieux, un esprit non entraîné touchera très occasionnellment sa limite. Mais si l’on suit le chemin indiqué par la méthode Satipatthana, l’Attention Juste peut devenir quelque chose de très proche et de familier parce que, comme nous l’avons vu auparavant, elle a ses racines dans les fonctions communes et élémentaires de l’esprit.

L’Attention Juste accomplit les mêmes fonctions que les deux étapes inférieures du développement, bien qu’elle le fasse à un degré plus élevé. Ces fonctions, qui leur sont communes, sont : produire une clarté et une intensité de conscience toujours plus grandes, et présenter une image de l’actualité toujours plus purifiée de toute falscification.

Nous avons donné ici bref résumé de l’évolution des processus mentaux tels que reflètent les étapes et les différences qualitiatives de la perception : de l’inconscient au conscient ; de la première perception vague de l’objet à une perception plus distincte et à une connaissance plus détaillée de cet objet ; de la perception de faits isolés à la découverte de leurs rapports de cause ou autres ; d’une connaissance encore défectueuse, inexacte ou préconçue à la presentation claire et inaltérée de l’Attention Juste. Nous avons vu comment dans toutes ces étapes, c’est une augmentation de l’intensité et de la qualité de l’attention qui sert d’instrument principal à l’établissement d’une transition vers l’étape supérieure suivante. Si l’esprit humain veut un remède à ses présents maux, et désire s’établir fermement dans la voie du progrès de l’évolution, il devra recommencer par la Noble Entrée de l’Attention.

Le chemin vers le developpement de la Conscience

La seconde étape du développement----la connaissance plus étendue,mais encore trompeuse, du monde des objets—est déjà une possession sûre de la conscience humaine. Elle ne tient compte maintenant du développement que dans le sens de la largeur, c’est-à-dire l’addition de nouveaux faits et détails et leur emploi à des fins matérielles. Grâce à la connaissance croissante des détails, la spécialisation poussée avec les effets bénéfiques et nuisibles qui en découlent, est allée très loin dans la civilisation moderne. Les conséquencees biologiques du devéloppement unilatéral sont bien connues : dégénération et finalement disparition de l’espèce, comme dans le cas des lèzards géants de la préhistoire, dotés d’un corps énorme et d’un cerveau minuscule. Cependant, le danger d’aujourd’hui est l’hypertrophie de l’activité unilatérale du cerveau consacrée uniquement à des fins matérielles, au service d’une soif des plaisirs des sens et d’une convoitise de la puissance. Le danger simultané est que l’humanité risque un jour d’être écrassée par les créations mêmes de son cerveau hypertrophié—ses inventions meurtrières du corps et des ’distractions’ meurtrières de l’esprit. Le sort de la civilisation moderne pourrait bien être une répétition de l’effondrement de cette merveille technique que fut la Tour de Babel avec ses constructeurs qui ne se comprennent pas mais se battent. Le remède qui empêchera un dèveloppement catastrohique est le Sentier du Milieu du Bouddha. C’est le gardien éternel qui, si on l’écoute, protégera l’humanité du naufrage sur les rochers des extrémes, tant dans le domaine mental, que spirituel et social.

Répétons : si l’humanité continue à ne se developper que sur le plan de la deuxième étape d’évolution, la stagnation, sinon la catastrophe, l’attend. Ce n’est que par un nouveau pas en avant dans la clarté mentale, c’est-à-dire dans la qualité de l’attention, qu’un mouvement et un progrès nouveaux seront introduits dans la structure de la conscience moderne. Ce pas peut être fait par l’Etablissement de l’Attention enseigné ici. Cependant, le chemin doit être construit sur les fondations sûres de la ’bonté-humaine’ (Confucius), c’est-à-dire sur une moralité aussi élevée que réaliste. Ceci se trouve également dans le Bouddha-Damma.

L’attention Juste ou Satipatthana a été explicitement déclarée par le Bouddha comme la voie vers la libération de l’esprit et par là, vers la vraie grandeur de l’homme. C’est un nouveau type d’homme, le vrai ’surhomme’ dont rêvent tant d’esprits nobles mais aussi égarés, un idéal auquel tendent tant d’efforts mal dirigés. Pour illustrer notre assertion, nous avons incorporé ici la conversation remarquable suivante qui nous a été transmise dans les Ecritures bouddhiques :

Sariputta, le pricipal disciple du Maître, s’adressa au Bouddha : ’On parle de "Grands Homme" (maha-purisa) Seigneur ! Comment Seigneur, l’homme est-il grand ?’. Le Bouddha répondit : ’ Avec un esprit libéré, Sariputta, on est un Grand Homme ; sans esprit libéré, on n’est pas un Grand Homme. Comment, Sariputta, l’esprit est-il libéré ? Voici, un moine demeure contemplant le corps.....les sensations...la conscience...les objets mentaux, énergique, compréhensif et attentif...Pour celui qui demeure de cette façon, l’esprit se détache des souillures et se libère. Ainsi, Sariputta, l’esprit est-il libéré. Avec un esprit libéré, je le déclare, on est un Grand Homme ; sans esprit libéré, je le déclare, on n’est pas un Grand Homme’.

C’est cette Attention Juste, d’un objectif si élevé et d’un pouvoir si grand, qui sera traitée dans les pages suivantes.

L’Attention Juste, est le septième facteur du Noble Sentier Octuple conduisant à la Cessation de la Souffrance. Dans l’explication canonique de ce Sentier, elle est expressément définie comme les quatre ’Fondation de l’Attention’ (Satipatthana). Attention Juste et ’Fondations de l’Attention’ ou Satipatthana seront donc utilisées ici comme termes interchangeables.

L’Attention Juste est quadruple à l’égard de ses objets. Elle est dirigée 1. vers le corps, 2. les sensations, 3. l’état d’esprit, c’est-à-dire la condition générale à un moment donné, 4. les objets mentaux de la conscience, c’est-à-dire ce qui est contenu dans l’esprit à ce moment donné.

Ce sont les quatre ’Contemplations’ (anupassana) formant la division principale du Discours. Elles sont quelque fois appelées les quatre Satipatthana, dans le sens d’objets de base de l’Attention ou Sati.

Dans les écritures bouddhique, le terme ’attention’ (sati) est fréquemment accolé à un autre terme, traduit ici par ’compréhension claire’ ( sampajanna). Ces deux concepts forment, en pali, le terme composé Sati-Sampajanna qui apparaît très souvent dans les textes bouddhiques. Dans le contexte de ce terme double, l’Attention (Sati) s’applique principalement à l’attitude et à la pratique de l’Attention Pure dans un état d’esprit purement réceptif. La Compréhension Claire ’Sampajanna) entre en jeu quand toute sorte d’action est exigée, y compris les pensées actives réfléchies sur les chose observées.

Ces deux termes peuvent aussi servir de division générale de l’Attention Juste ou Satipatthana, désignant deux modes caractérisques de son application. Nous traiterons d’abord cette division double tandis que la division quadruple, selon les objets de l’Attention, fera l’objet d’une étude suivante.

La place de l’Attention dans le cadre de la Doctrine Bouddhique

Le terme ’attention’ figure dans de nombreux contextes des écritures bouddhiques et est un membre de plusieurs groupes de termes doctrinaux dont seuls les plus importants seront mentionnés ici.

’l’Attention Juste’ (samma-sati) est le septième facture du ’Noble Sentier Octuple conduisant à la Cessation de la Souffrance’ qui constitue la quatrième des Quatre Noble Vérités. Dans une division triple de ce sentier octuple- conduite éthique, discipline mentale et sagesse- l’Attention Juste fait partie du second groupe, Discipline mentale (samadhi) à côté de l’Effort Juste et de la Concentration Juste.

L’Attention est le premier des sept Facteurs d’Eveil (bojjhanga).C’est le premier d’entre eux, non seulement dans l’ordre numérique mais parce qu’il constitue la base du développement complet des six autres qualités et en particulier, il est indispensable pour le second facteur, l’investigation des phénomènes (physiques et mentaux)(dhamma-vicaya-sambojjhanga). La vision expérimentale directe de la réalité ne peut être obtenue qu’à l’aide du facteur d’éveil Attention (sati-sambojjhanga)

L’Attention est l’une des cinq Facultés (indriya) ; les quatre autres sont : la confiance, l’énergie, la concentration et la sagesse. L’Attention, outre le fait qu’elle est une faculté basique de plein droit, a la fonction importante de veiller sur le développement même et l’équilibre des quatre autres facultés, en particulier de la confiance (foi) par rapport à la sagesse (raison) et de l’énergie par rapport à la concentration (ou calme intérieur)

Des deux facteurs de cette division, c’est l‘Attention, dans son aspect spécifique d’Attention Pure, qui fournit la clé de la méthode distinctive de Satipatthana et en accompagne la pratique systématique. Depuis le début jusqu’à l’atteinte de son but le plus élevé. Le présent ouvrage traite donc d’abord de l’attention, et ceci d’une manière plus détaillée.

I - Attention Pure

Qu’est-ce que l’Attention Pure ?

L’Attention Pure est la connaissance claire et entière de ce qui nous arrive réellement, à nous et en nous, dans les moments successifs de la perception. Elle est appelée " pure " parce qu’elle ne s’applique qu’aux faits simples d’une perception telle qu’elle se présente, soit par les cinq sens physiques, soit par l’esprit qui, dans la pensée bouddhique, constitue le sixième sens. Lorsqu’elle se fixe sur l’impression sextuple des sens, l’attention est limitée à un simple enregistrement des faits observés, sans y réagir par un acte, une parole ou une remarque mentale qui peut concerner une référence à soi (goût, dégoût, etc.), un jugement ou une réflexion. Si pendant le moment, court ou long, consacré à la pratique de l’Attention Pure, de telles remarques surgissent dans l’esprit, elles deviennent elles-mêmes des objets de l’Attention Pure et ne sont ni répudiées ni poursuivies, mais rejetées après qu’une brève note mentale en a été faite.

Ceci peut suffire ici pour indiquer le principe général sous-jacent à la pratique de l’Attention Pure. Les chapitres quatre et cinq donnent des détails sur la pratique méthodique. Dans les pages suivantes, nous traiterons de la signification théorique et pratique de l’Attention Pure et des résultats qu’on attend de son application. Nous avons pensé qu’il serait bon d’insister plus longuement sur ces questions afin que ceux qui désirent se livrer à une pratique qui, à quelques-uns, paraîtra inhabituelle, puissent commencer avec quelque confiance dans son efficacité et la compréhension de son but. Cependant, ce n’est que par sa propre expérience acquise au cours d’une pratique assidue que cette confiance et cette compréhension initiales seront à la fin confirmées indubitablement.

L’application sérieuse

Tout effort de valeur exige l’application sérieuse s’il veut atteindre son but et particulièrement lorsque l’œuvre est aussi élevée et aussi ardue que celle que le Bouddha a indiquée dans le Noble Sentier Octuple conduisant à l’Extinction de la Souffrance. Parmi les huit facteurs de ce Sentier, c’est l’Attention Juste qui représente cet élément indispensable de l’application sérieuse, bien que l’Attention Juste ait en outre plusieurs autres aspects. Dans les écritures bouddhiques, l’une des qualités attribuées à l’Attention Juste est appelée " non - superficialité " et c’est bien sûr, une façon négative d’exprimer notre terme positif " application sérieuse ".

Il est évident que la pratique de l’Attention Juste elle-même devra utiliser au plus haut point l’application sérieuse pour progresser. S’en abstenir ou la négliger serait juste le contraire d’une qualité méritant le nom d’Attention et priverait la méthode de ses chances de succès. De même que des conséquences préjudiciables doivent résulter d’une fondation solide et sûre s’étendront loin dans l’avenir.

L’Attention Juste commence donc au début. En employant la méthode de l’Attention Pure, elle revient à l’état germinatif des choses. Appliqué à l’activité de l’esprit, cela signifie : l’observation retourne à la toute première phase du progrès de perception quand l’esprit est dans un état purement réceptif, et quand l’attention est limitée à une simple remarque de l’objet. Cette phase est d’une durée très courte et à peine perceptible et, comme nous l’avons dit, elle donne une image superficielle, incomplète et souvent erronée de l’objet. C’est la tâche de la phase perceptive suivante de corriger et de compléter cette première impression, mais elle ne le fait pas toujours. Souvent, la première impression est regardée comme admise et il s’y ajoute même de nouvelles altérations, caractéristique des fonctions mentales plus complexes du second stade.

Ici commence le travail de l’Attention Pure, travail de culture et de renforcement de ce premier état d’esprit réceptif, lui donnant une plus grande chance d’accomplir sa tâche importante dans le progrès de la connaissance . L’Attention Pure prouve l’application sérieuse de son opération en nettoyant et en préparant soigneusement le terrain pour tous les progrès mentaux subséquents. Par cette fonction de nettoyage elle sert le but élevé de toute la Méthode énoncée dans le Discours : " pour la purification des êtres... ", qui, dans le Commentaire, est expliquée comme la purification, ou le nettoyage de l’esprit.

Obtention de l’Objet Simple

L’Attention Pure consiste en un enregistrement simple et exact de l’objet. Ce n’est pas une tâche aussi aisée qu’elle ne le paraît, car nous ne le faisons généralement pas, sauf lorsque nous nous livrons à une investigation détachée. Normalement l’homme ne s’inquiète pas de connaître d’une manière détachée les " choses telles qu’elles sont vraiment ", mais de les " manier " et de les juger du point de vue de son intérêt personnel, qui peut être vaste ou petit, noble ou bas. Il fixe des étiquettes aux choses qui forment son univers physique et mental, et la plupart de ces étiquettes montrent clairement l’impression de son intérêt personnel et de sa vision limitée. C’est un tel assemblage d’étiquettes dans lequel il vit généralement, qui détermine ses actions et ses réactions.

D’où l’attitude de l’Attention Pure - dénuée d’étiquettes - qui ouvrira à l’homme un monde nouveau. Il trouvera d’abord que, là où il croyait s’occuper d’une unité, c’est-à-dire d’un seul objet présenté par un seul acte de perception, il y a en fait, multiplicité, c’est-à-dire toute une série de différents progrès physiques et mentaux, que présentent des actes de perception correspondants qui se suivent en une succession rapide. De plus, il remarquera avec consternation combien rarement il est conscient d’un objet simple sans aucune adjonction étrangère. Par exemple, la perception visuelle normale, si elle est d’un intérêt quelconque pour l’observateur, présentera rarement l’objet visuel simple, mais l’objet paraîtra à la lumière de jugements subjectifs rajoutés tels que : beau ou laid, plaisant ou déplaisant, utile, inutile ou nuisible. Si la perception concerne une personne, il y entrera aussi la notion préconçue : ‘ C’est une personnalité, un Ego, de même que " je " suis, aussi ‘.

Dans cette condition, c’est-à-dire étroitement mêlée aux additions subjectives, la perception sombrera dans la réserve de la mémoire. Lorsque, ressouvenue par la pensée associative, elle exercera son influence déformante aussi sur les perceptions futures d’objets semblables, ainsi que sur les jugements, décisions et humeurs qui s’y rapportent.

L’Attention Pure a pour tâche d’éliminer toutes ces adjonctions étrangères de l’objet même qui est alors dans le champ de la perception. On peut, si l’on veut, considérer ces additions séparément plus tard, mais l’objet initial de la perception doit en être laquelle, l’attention s’intensifiant graduellement, usera de tamis aux mailles toujours plus fines, tamis par lesquels seront séparées d’abord les adjonctions les plus grosses puis les plus fines jusqu’à ce que reste l’objet simple.

Le Satipatthana Sutta lui-même insiste sur la nécessité de telles définition et délimitation exactes, en mentionnant régulièrement deux fois l’objet respectif de l’attention, par exemple : " Il demeure contemplant le corps dans le corps ", et non par exemple : ses " sensations ou idées qui s’y rapportent ", comme le Commentaire l’explique expressément. Prenons l’exemple d’une personne qui regarde une blessure à son avant-bras. Dans ce cas, l’objet visuel propre consistera exclusivement en la partie respective du corps et en son état endommagé. Ses différents traits, comme chair, sang, pus, etc., seront les objets de la " Contemplation du Corps ", en particulier de l’exercice concernant les " Parties du Corps ". La douleur ressentie à cause de la blessure formera un objet de la " Contemplation des Sensations ". La notion plus ou moins consciente que c’est un Ego, un soi qui est blessé et qui souffre, viendra sous la " Contemplation de l’Etat d’Esprit " (‘esprit trompé’) ou sous la " Contemplation des Objets mentaux " : au sujet des ‘Entraves’ mentales qui surgissent par le contact corporel (voir dans le Discours, la section sur les Bases Sensorielles). La rancune qu’on peut éprouver (apparemment au même moment ) à l’égard de la personne qui cause la blessure fait partie de la Contemplation de l’Etat d’Esprit (‘l’esprit avec la haine’) ou de la ‘Contemplation des Objets Mentaux’ (l’obstacle de la Colère). Cet exemple suffira pour illustrer le processus de tamisage qu’effectue l’Attention Pure.

Le Bouddha lui-même a insisté sur l’importance, lourde de conséquences, d’atteindre l’objet simple. A un moine qui lui demandait un bref conseil, le Maître donna la règle suivante à pratiquer :

‘Dans ce qui est vu, il ne doit y avoir que le vu ; dans ce qui est entendu, que l’entendu ; dans ce qui est senti (comme l’odorat, le goût ou le toucher,) que le senti ; dans ce qui est pensé, que le pensé’ (Udanu 1,10).

Cette parole du Maître, concise mais de poids, doit servir de guide et de compagnon à celui qui se consacre à la pratique de l’Attention Pure.

Triple Valeur De L’attention Pure.

L’Attention Pure a la même valeur triple attribuée plus haut à la Doctrine de l’Esprit du Bouddha et à l’Attention Juste en général : elle sera d’une aide précieuse pour connaître, former et libérer l’esprit.

Valeur de l’Attention Pure pour Connaître l’Esprit.

L’esprit est l’élément même dans lequel et au moyen duquel nous vivons, et pourtant, c’est ce qui est le plus insaisissable et le plus mystérieux. Cependant, l’Attention pure, en s’occupant d’abord patiemment des faits de base des progrès mentaux, est capable de jeter la lumière sur l’obscurité et de tenir fermement son flux insaisissable. La pratique systématique de l’Attention commençant par l’Attention Pure, fournira toute cette connaissance au sujet de l’esprit qui est essentielle pour des fins pratiques, c’est-à-dire pour la maîtrise, le développement et la libération finale de l’esprit. Mais même au-delà de cet aspect intrinsèquement pratique de la méthode Satipatthana, dès que l’attention et la compréhension claire seront fermement établies dans un secteur limité mais vital de l’étendue de l’esprit, la lumière se répandra graduellement et naturellement et atteindra même des coins éloignés et obscurs du royaume de l’esprit et qui avaient été jusqu’ici inaccessibles. Ceci sera dû surtout au fait que l’instrument de cette recherche de la connaissance aura subi un changement radical : l’esprit qui cherche aura lui-même gagné en lucidité et en force de pénétration.

Seules les choses bien examinées par l’Attention peuvent être comprises par la Sagesse, mais non les choses embrouillées (Commentaire de Sutta Nipata). Un spécimen de recherche à examiner à l’aide d’un microscope doit d’abord être préparé soigneusement, nettoyé, débarrassé des corps étrangers et fermement placé sous la lentille. Pareillement, "l’objet simple" que doit examiner la sagesse est préparé par l’Attention Pure. Elle nettoie l’objet d’investigation, des impuretés du préjugé et de la passion ; elle le débarrasse des mélanges étrangers et des points de vue qui ne la concernent pas ; elle le tient fermement devant l’Oeil de la Sagesse en ralentissant la transition de la phase réceptive à la phase active du progrès perceptuel ou connaissant, donnant ainsi une chance beaucoup plus développée pour l’investigation serrée et détachée.

Ce travail préliminaire de l’Attention Pure est important non seulement pour la fonction analytique, c’est-à-dire, séparative et discriminante de l’esprit par lequel les éléments de constitution de l’objet sont révélés. Il est aussi d’une grande aide pour la synthèse, également importante, c’est-à-dire pour trouver les liens de l’objet avec, et ses relations à l’égard des autres choses, son relation avec elles, sa nature conditionnée et conditionnante. Beaucoup de ces choses passeront inaperçues s’il n’y a pas une période assez longue d’Attention Pure. Comme maxime de grande importance et d’application variée, aussi pour les questions pratiques, on doit toujours se rappeler qu’on ne peut s’assurer des relations entre les choses que si les membres seuls de cette relation ont été d’abord soigneusement examinés dans leurs aspects variés qui indiquent d’autres liens. La préparation analytique insuffisante est une source d’erreur fréquente dans la partie synthétique des systèmes philosophiques et des théories scientifiques. C’est cette préparation dont s’occupe soigneusement la méthode de l’Attention Pure et à laquelle elle a recours. L’Attention Pure permet d’abord aux choses de parler d’elles-mêmes sans être interrompues par des verdicts finals prononcés trop hâtivement. L’Attention Pure leur donne une chance de terminer leur conversation et on arrivera ainsi à apprendre qu’en fait, elles ont beaucoup à dire d’elles-mêmes, qu’on ignorait auparavant par imprudence ou parce que ces choses étaient noyées dans le bruit intérieur et extérieur dans lequel l’homme ordinaire vit normalement. C’est parce que l’Attention Pure voit les choses dans les habituels jugements aux effets limitatifs et nivelants qu’elles les voit toujours neuves, comme si c’était pour la première fois ; il arrivera donc, avec une fréquence progressive, que les choses auront quelque chose de nouveau et de précieux à nous révéler. Une réflexion patiente dans une telle attitude d’Attention Pure ouvrira de vastes horizons à la compréhension, obtenant ainsi, sans effort apparent, des résultats refusés aux efforts tendus d’un intellect impatient. A cause de l’imprudence ou de la limitation, de l’étiquetage, du jugement erroné et du mauvais traitement habituel des choses, d’importantes sources de connaissance demeurent souvent fermées. L’Occident en particulier, devra apprendre de l’Orient à garder l’esprit plus longtemps et plus fréquemment dans un état réceptif, mais observant intensément - attitude mentale que cultivent le savant et le chercheur, mais qui doit devenir de plus en plus le patrimoine commun. Cette attitude de l’Attention Pure sera, par une pratique constante, une source riche de connaissance et d’inspiration.

Quels sont maintenant en particuliers, les résultats, en termes de connaissance, qu’on peut obtenir au moyen de l’Attention Pure. Nous n’en mentionnerons ici que quelques-uns, de première importance. Il faut laisser à la propre "expérience de voyage" de chacun, sur l’Etablissement de l’Attention, le soin de travailler et de compléter ce que nous disons brièvement ici.

Nous avons déjà dit, et nous répétons en raison de son importance fondamentale, qu’à la lumière de l’Attention Pure, l’acte de perception apparemment uniforme, paraîtra de plus en plus clairement être une suite de phases simples, nombreuses et différenciées, se suivant en une succession rapide. Cette observation de base dévoilera graduellement sa richesse inhérente de faits simples et leurs implications lourdes de conséquences. Ce sera une observation vraiment scientifique au sens littéral du terme, c’est-à-dire "produisant la connaissance" (C.J.Ducasse). Elle montrera par exemple la différenciation de base du progrès perceptuel : la présentation des données des sens comparativement simples et la phase subséquente de leur interprétation et de leur évaluation. C’est l’ancienne connaissance psychologique des Bouddhistes qui remonte aux Discours du Maître lui-même et qui est élaborée dans les ouvrages et commentaires postérieurs de l’Abhidhamma. Cette distinction entre les "faits simples du cas" et l’attitude à leur égard, outre son apport scientifique ("produisant la connaissance") a aussi une signification pratique lourde des conséquences : elle place le point le plus ancien, c’est-à-dire le plus prometteur, là où nous pouvons déterminer le développement ultérieur de la situation donnée autant qu’il dépend de notre attitude à son égard. Cependant la considération de cet aspect fait l’objet du chapitre suivant sur la formation de l’esprit.

Dans la pratique de l’Attention Pure, le premier choc violent sur l’esprit de l’observateur sera probablement la confrontation directe avec le fait toujours présent du Changement. En termes de Dhamma, c’est la première des trois Caractéristiques ou Signes, de la Vie : impermanence (anicca). La suite incessante de naissances et de morts individuelles des événements qu’observe l’Attention Pure deviendra une expérience d’une force grandissante, et aura des conséquences décisives sur le progrès de la méditation. De cette même expérience de changement momentané, émergera en temps voulu la conscience directe des deux autres Caractéristiques de l’Existence, C’est-à-dire le Mal (Souffrance, Insuffisance ; dukkha et l’Impersonnalité (anatta).

Bien que le fait du Changement soit communément admis au moins jusqu’à un certain point, dans la vie ordinaire, les gens n’en deviennent généralement conscients que lorsqu’il les défie assez violemment d’une façon soit agréable, soit le plus souvent désagréable. Toutefois, la pratique de l’Attention Pure prouvera fortement que le Changement est toujours en nous ; que même dans une fraction de temps infime, la fréquence des changements qui arrivent échappe à notre vue. Nous serons frappés probablement pour la première fois- non seulement intellectuellement mais aussi dans tout notre être - de voir dans quelle sorte de monde nous vivons actuellement. Faisant face au Changement tel que nous l’avons éprouvé fortement en notre corps et en notre esprit, nous avons maintenant commencé à voir les choses telles qu’elles sont vraiment. Et ceci concerne particulièrement les "choses de l’esprit ". On ne peut comprendre l’esprit sans le connaître comme un flux et en demeurant conscient de ce fait dans toutes les invesigations consacrées à la connaissance de l’esprit. Montrer le fait aussi bien que la nature du Changement dans les progrès mentaux est donc une contribution fondamentale de la pratique de l’Attention Pure à la connaissance de l’esprit. Le fait du Changement y contribuera d’une manière négative en excluant toute vue statique de l’esprit, en assumant des entités permanentes, des qualités fixées, etc. La vision intérieure dans la nature du Changement sera une contribution d’une manière la nature du Changement sera une contribution d’une manière positive constituée par la fourniture d’une mine de renseignements détaillés sur la nature dynamique des progrès mentaux.

A la lumière de l’Attention Pure projetée sur la perception des sens, le caractère distinctif des progrès matériels et mentaux, leur inter-relation et leur rencontre fortuite alternée ainsi que la fonction de base ’objectifiante’ de l’esprit gagneront en clarté.

En parlant ici de fonction ’objectifiante’ (c’est-à-dire, ayant pour objet, prenant comme objet) et de progrès matériels et mentaux, nous ne le faisons que dans notre but d’analyse pratique. Ces termes ne signifient pas que nous défendons un dualisme sujet/objet et esprit/matière. Nous ne soutenons pas davantage un monisme quelconque de l’Esprit seulement ou de la Matière seulement. L’Enseignement Moyen de la Production Conditionnée (paticca-samuppade) Bouddhique transcende tous ces concepts de monisme, pluralisme et dualisme. Dans un monde d’état conditionnel, de relativité et de flux tel qu’on en fait l’expérience dans la pratique de l’Attention Pure, ces notions rigides paraîtront bientôt tout à fait inappropriées.

Nos dernières remarques fortuites indiquent une autre contribution à la connaissance de l’esprit d’un caractère plus théorique concernant les vieilles attitudes philosophiques mentionnées ci-dessus qui surgissent des fausses prémisses de faits avec de vastes superstructures théoriques construites pour s’adapter à ces problèmes. Mais nous ne nous occupons pas directement de ces problèmes ici . Dans notre contexte, il nous suffit d’indiquer que cette expérience commune ainsi que l’examen pénétrant nous montrent des différenciations dans le progrès et les contenus de connaissance qui sont suffisamment forts pour justifier notre usage pragmatique des groupes de termes traditionnels, sujet/objet et esprit/matière.

Après que la pratique de l’Attention pure a résulté en une certaine largeur et profondeur d’expérience dans son traitement des événements mentaux, celui qui médite aura la certitude immédiate que l’esprit n’est rien en dehors de sa fonction connaissante. Nulle part, derrière ou à l’intérieur de cette fonction, un agent individuel ou une entité permanente ne peut être détecté. Au moyen de l’expérience personnelle directe, on sera ainsi arrivé à la grande vérité du Non-âme ou Impersonnalité (anatta ; Skt. Anatma), montrant que toute existence est dépourvue de personnalité permanente (soi, âme, super-soi etc) ou de substance permanente de n’importe quelle description. Dans la psychologie moderne aussi, cet enseignement unique et révolutionnaire d’Anatta peut devenir ’produisant la connaissance’ à un degré élevé, au moyen de son impact violent sur la racine et les diverses branches de la science de l’esprit. Ces implications seront évidentes pour celui qui étudie ce domaine de la connaissance, mais nous ne puvons les illustrer ici. En qualifiant la doctrine d’Anatta d’unique, nous avons voulu la distinguer de ce qui est connu en Occident comme ’psychologie sans psyché’ qui est surtout teintée de matérialisme et qu’on appelle parfois avec une nuance de regret ’sans âme’. Cependant la psychologie bouddhique n’est pas matérialisme, Ni dans le sens éthique du terme. La vraie signification philosophique et éthique de la doctrine du Non-Soi et aussi son ’ton émotif’ ne peuvent être pleinement compris que dans le contexte de la doctrine bouddhique tout entière et non pas isolément. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point.

L’Attention Pure fournira de plus, des renseignements surprenants et utiles sur le travail de l’esprit : le mécanisme des émotions et des passions, la sûreté de la puissance de raisonnement, les motifs vrais et faux et de nombreux autres aspects de la vie mentale. La claire lumière tombera aussi bien sur les points faibles que sur les points forts, et on deviendra conscient de quelques-uns de ces points pour la première fois.

Cette méthode de l’Attention Pure, si utile à la connaissance de l’esprit et par elle, à la connaissance du monde, s’accorde avec l’action et l’attitude du vrai savant et de l’homme de science : définition claire du sujet-matière et des terme ; réceptivité sans préjugés pour l’instruction qui vient des choses elles-mêmes ; exclusion, ou au moins, réduction du facteur subjectif dans le jugement ; ajournement du jugement jusqu’à examen attentif des faits. Cet esprit authentique du chercheur qui se manifeste dans l’attitude de l’Attention Pure, unira toujours le Bouddha -Dharma à la vraie science, bien que pas nécessairement à toutes les théories du jour. Mais le but du Bouddha Dharma n’est pas le même que celui de la science séculière, limitée à la découverte et à explication des faites. Cependant, la doctrine bouddhique de l’esprit n’est pas restreinte à une connaissance théorique de l’esprit, mais elle vises à la formation de l’esprit et par lui, de la vie.

La plus grande partie de la souffrance que crée l’homme dans le monde ne provient pas tant de la méchanceté délibérée que de l’ignorance, la négligence, l’irréflexion et le manque de maîtrise. Très souvent, un seul moment d’attention ou de sage réflexion aurait évité une cause de misère ou de culpabilité lourde de conséquences. En réfléchissant avant d’agir, dans une attitude habituelle de l’Attention Pure, on sera capable de saisir ce moment bref mais décisif lorsque l’esprit ne s’est pas encore fixé sur une action ou une attitude définie, mais est encore ouvert pour recevoir des directions habiles. Le moment suivant peut changer totalement la situation et donner la suprématie finale à des impulsions altérées, à des jugements erronés venant de l’intérieur ou à des influences nuisibles provenant de l’extérieur. L’attention Pure ralentit ou même arrête la transition de la pensée à l’action, accordant plus de temps pour arriver à une décision mûrie. Un tel ralentissement est d’une importance vitale tant que des paroles et des actions sans profit, nuisibles ou mauvaises se produisent avec une trop grande spontanéité. C’est-à-dire tant qu’elles paraissent comme réactions immédiates à des événements ou à des pensées sans donner aux « freins intérieurs » de la sagesse, de l’habitude de « ralentir » sera une arme efficace contre la dureté de paroles et d’actions. En apprenant, au moyen de l’Attention Pure, à ralentir et à s’arrêter, la plasticité et la réceptivité de l’esprit augmenteront considérablement, parce que les réactions de nature indésirable ne se produiront plus automatiquement, avec la même fréquence qu’auparavant. Lorsque la suprématie de ces réactions habituelles, qui demeurent si souvent sans opposition et ne soulèvent pas de question, est régulièrement provoquée, elles perdront graduellement de leur force.

L’Attention Pure nous donnera aussi du temps pour réfléchir si, dans une situation donnée, l’activité par l’action, la parole ou l’application mentale est nécessaire ou souhaitable. Il y a souvent une trop grande tendance à l’intervention non nécessaire et c’est là une autre cause de grande souffrance et d’embarras superflu qu’on peut éviter. Lorsqu’on est familiarisé avec la paix de l’esprit que procure l’attitude de l’Attention Pure, on sera moins tenté de se précipiter dans l’action ou d’intervenir dans les affaires d’autrui. Si, de cette façon les complications et conflits de toutes sortes sont diminués, l’effort pour former l’esprit rencontrera moins de résistance.

En ce qui concerne ces deux derniers points (imprudence et intervention), le conseil pratique est en bref : bien regarder avant de sauter, donner à l’esprit une chance d’avoir une vue plus étendue et plus large des choses, refréner le désir de l’action à tout prix.

L’Attention Pure ne concerne que le présent. Elle enseigne ce que tant d’hommes ont oublié : vivre avec une pleine conscience dans le « Ici et Maintenant ». Elle nous enseigne à faire face au présent sans essayer de se réfugier dans des pensées du passé ou de l’avenir. Le passé et l’avenir ne sont pas pour la conscience moyenne des objets d’observation, mais de réflexion. Et, dans la vie ordinaire, le passé et l’avenir sont rarement pris comme objets de réflexion vraiment sage mais ne sont pour la plupart que des objets de rêverie et d’imagination vaine qui sont les principales ennemies de l’Attention Juste, de la Compréhension Juste et de l’Action Juste. L’Attention Pure, demeurant fidèlement à son poste d’observation, surveille calment et sans attachement la marche incessante du temps : elle attend tranquillement que les choses de l’avenir parassent à ses yeux. Se changeant ainsi en objets du présent et disparaissant ensuite dans le passé. Combien d’énergie gaspillée en pensées inutiles du passé, en paresseuse envie des jours révolus, en regrets et repentirs vains et en bavardages dépourvus de sens, en parole ou pensée de toutes les banalités du passée ! Également futile est la majeure partie de la pensée consacrée à l’avenir : vains espoirs, projets fantastiques et rêves creux, craintes non fondées et soucis inutiles. Tout cela est encore une cause de chagrin et de déception évitable que l’Attention Pure peut éliminer.

L’Attention Juste recouvre pour l’homme, la perle perdue de sa liberté qu’elle arrache de la gueule du dragon Temps. L’Attention Juste libère l’homme des entraves qu’il essaie stupidement de renforcer en regardant trop fréquemment en arrière avec des yeux chargés de désir, de ressentiment ou de regret. L’Attention Juste empêche l’homme de s’enchaîner même maintenant, par l’imagination de ses craintes et de ses espoirs quant aux événements anticipés de l’avenir. Ainsi l’Attention juste restitue à l’homme une liberté qui ne se trouve que dans le présent.

Les pensées du passé et de l’avenir sont les principaux éléments de la rêverie qui, par sa substance dure et collante, au caractère se répétant sans cesse, remplit l’espace étroit de la conscience présente, ne lui donnant aucune occasion de se former et la rendant en fait encore plus informe et nonchalante. Ces rêveries futiles sont les principaux obstacles à la concentration. Un moyen sûr de les expulser est de tourner résolument l’esprit vers l’observation simple d’un objet quelconque à proximité, quand il n’y a pas nécessité ou impulsion pour une pensée ou une action particulière et utile, et quand il est rapidement envahi par les rêveries. Si elles ont déjà pénétré, on n’a qu’à faire de ces rêveries des objet d’observation proche afin de les priver de leur pouvoir de diluer l’esprit, et finalement les disperser. C’est un exemple de la méthode efficace pour « transformer les troubles de méditation en objets de méditation », méthode qui sera traitée plus loin.

L’Attention Pure met de l’ordre dans les coins en désordre de l’esprit. Elle dévoile les nombreuses perceptions vagues et fragmentaires, les lignes inachevées de la pensée, les idées confuses, les émotions étouffées etc., qui passent quotidiennement à travers l’esprit. Pris individuellement, ces vains dissipateurs d’énergie mentale sont faibles et impuissants, mais par leur accumulation, il diminueront graduellement l’efficacité des fonctions mentales. Comme on permet à la plupart de ces fragments de pensée de pénétrer dans le subconscient sans les traiter convenablement, ils affecteront naturellement la structure de base du caractère, les dispositions et les tendance. Ils réduiront progressivement l’étendue et la lucidité de la conscience en général ainsi que sa plasticité, c’est à dire sa possibilité d’être modelée, transformée et développée.

La connaissance non flatteuse de soi accumulée au moyen de l’Attention Pure introspective dans les endroits sales et vils de notre propre esprit incitera à une résistance intérieure et à un état de choses où la clarté et l’ordre sont changés en désordre et le métal précieux de l’esprit en scorie. Par la pression de cette répugnance l’application sincère à la pratique de l’Établissement de l’Attention s’intensifiera et le gaspillage excessif de l’énergie mentale sera contrôlé progressivement. C’est la fonction « ordonnante » de l’Attention Pure qui sert ici à la Formation de l’Esprit.

L’Attention Pure dirigée vers notre propre esprit fournira cette information franche sur lui, information indispensable au succès de sa formation. En accordant toute l’Attention à nos pensées telles qu’elles surgissent, nous connaîtrons mieux nos capacités. L’illusion sur les premières et l’ignorance des secondes rendent l’éducation de soi impossible.

Par la capacité obtenue au moyen de l’Attention Pure de désigner immédiatement les choses mauvaises ou nuisibles par leur vrai nom, on fera le premier pas vers leur élimination. Si l’on est clairement conscient, par exemple dans la Contemplation de l’État d’Esprit : « il y a une pensée de convoitise », ou dans la Contemplation des Objet Mentaux : « en moi se trouve maintenant l’Obstacle de l’Agitation » ; cette simple habitude de formuler de tels rapports clairs produira une résistance intérieure à ces défauts, résistance qui se fera sentir de plus en plus. Cette forme brève et impartiale de simple « enregistrement » sera souvent plus efficace qu’un appel à la volonté, à l’émotion ou à la raison qui fréquemment n’oppose que des forces antagonistes de l’esprit à une résistance plus rigide.

Nos qualités positives aussi seront bien sûr projetées plus clairement et celles qui sont faibles ou ne sont pas dûment remarquées auront leur chance et se développeront, fleuriront et porteront des fruits. Des ressources d’énergie et de connaissance seront révélées. Tout cela renforcera la confiance en soi qui est si importante pour le progrès intérieur. Par ces moyens et par d’autres, la méthode simple et non coercible de l’Attention Pure est aide des plus efficaces pour Former l’Esprit.

Nous suggérons au lecteur d’essayer, d’abord pendant quelques jours, de s’en tenir autant que possible à une attitude d’Attention Pure à l’égard des gens, des choses inanimées et des divers événements du jour. En faisant ainsi, il sentira bientôt combien plus harmonieusement ces jours s’écoulent en comparaison avec ceux où il cédait au plus léger stimulant pour intervenir par l’action, la parole, l’émotion ou la pensée. Comme protégé par une armure invisible contre les banalités et les importunités du monde extérieur, on avancera au cours de ces jours, serein et heureux, avec un sentiment vivifiant d’aise et de liberté. C’est comme si l’on s’éloignait de la proximité déplaisante d’une foule remuante et bruyante pour aller vers le silence et la solitude du sommet d’une colline, et, avec un soupir de soulagement, on considérait l’agitation et le bruit d’en bas. C’est la paix et le bonheur du détachement que l’on "éprouvera ainsi. En se retirant ainsi des choses et des hommes, l’attitude à leur égard deviendra même plus amicale parce que les tension qui naissent si souvent de l’intervention, du désir, de l’aversion ou des autres formes de référence à soi feront défaut. La vie deviendra beaucoup plus, facile et la monde intérieur plus spacieux. De plus, nous constaterons que le monde va très bien sans notre intervention préalable, et que nous-mêmes, ne nous parlons que immixtion ! Ainsi l’Attention Pure nous enseigne l’art de laisser aller, nous éloigne de l’immixion et de l’intervention habituelles.

La distance intérieure des choses, des hommes et de nous-mêmes, telle que l’obtient temporairement et partiellement l’Attention Pure, nous montre, par notre propre expérience la possibilité d’obtenir finalement le détachement parfait et le bonheur qui en résulte. Elle nous donne l’espoir qu’une telle mise à l’écart temporaire peut devenir un jour une sortie complète de ce monde de souffrance. Elle donne une sortie d’avant-goût, ou du moins une idée, de la liberté la plus élevée, la sainteté du vivant même (dittadhamma-nibbana) à laquelle on a fait allusion par les mots ‘Dans le monde, mais pas du monde’.

Pour arriver à cette libération élevée et ultime de l’esprit, l’Attention Pure forge l’outil principal – la pénétration la plus haute de la Vérité qui, dans le Dhamma, est appelée vision intérieure (vipassana). Cela, et seulement cela, est le but ultime de la méthode décrite ici, et la forme la plus élevée de sa fonction libératrice de l’esprit.

La Vision Intérieure est la compréhension directe et pénétrante des trois Caractéristiques de l’Existence, c’est-à-dire de l’impermanence, la souffrance et l’impersonnalité. Ce n’est pas une simple appréciation intellectuelle ou une connaissance conceptuelle de ces vérités mais une expérience personnelle indubitable et inébranlable, obtenue et mûre au moyen d’une confrontation méditative répétée avec les faits sous-jacents à ces vérités. La Vision Intérieure appartient à ce type de connaissance transformant la vie et auquel le penseur français Guyeau faisait allusion lorsqu’il disait : ‘Si l’on sait mais n’agit pas en conséquence, on sait imparfaitement’. C’est la nature intrinsèque de la Vision Intérieure de produire un détachement et une libération croissant de l’avidité, culminant à la délivrance finale de l’esprit de tout ce qui cause son attachement au monde de la souffrance.

Cette confrontation directe avec l’actualité, qui doit mûrir en Vision Intérieure, s’obtient par la pratique de l’Attention Pure, et de Satipatthana en général. Son développement méthodique est décrit plus loin. Mais même son application fortuite dans la vie quotidienne révélera son influence libératrice sur l’esprit, et elle est appliquée de façon continue, elle créera un arrière- plan mental utile à la pratique rigoureuse et sytématique.

C’est la nature de la Vision Intérieur d’être libre de désir, d’Aversion et d’illusion et de voir clairement toutes les choses du monde intérieur et extérieur comme ‘phénomènes simples’ (suddha-dhamma) c’est-à-dire comme processus impersonnels. C’est aussi exactement la caractéristique de l’attitude de l’Attention pure et par conséquent sa pratique servira d’acclimatation graduelle aux hautes altitudes de la Vision Intérieure parfait, et de la Délivrance finale.

Ce but élevé de détachement parfait et de vision intérieure peut encore être très éloigné pour le débutant sur le Sentier mais grâce à ses expériences semblables pendant la pratique de l’Attention Pure, il ne lui sera pas complètement étranger. Pour un tel disciple le but aura, même alors, une certaine familiarité et par conséquent, un pouvoir d’attraction positif qu’il ne posséderait pas s’il était demeuré pour lui une simple notion abstraite sans rien de correspondant dans sa propre expérience intérieure. Pour celui qui est entré dans l’Etablissement de l’Attention, le but apparaîtra comme les contours d’une haute chaîne de montagne à l’horizon lointaine et ces contours assumeront graduellement une familiarité amicale pour l’ errant qui les contemple tout en peinant sur son chemin ardu, si éloigné encore de ces sommets élevés. Bien que le pèlerin doive accorder la plus grande attention à la section de route souvent triste qui est sous ses pieds, aux divers obstacles et aux tournants trompeurs de son chemin, il n’est pas sans importance que de que de temps en temps, ses yeux se posent sur les sommets de son but qui paraissent à l’horizon de son expérience. Ils garderont devant les yeux de son esprit la vraie direction de son voyage, l’aidant à retourner sur ses pas lorsqu’il s’est écarté du chemin. Ils donneront une vigueur nouvelle à ses pieds fatigués, un courage nouveau à son esprit et à l’espoir qui souvent pourrait lui faire défaut si les montagnes étaient toujours cachées ou s’il n’en avait eu connaissance que par ouï-dire ou par la lecture. Ils lui rappelleront aussi de ne pas oublier parmi toutes les " petites joies du chemin ", la gloire de ces sommets qui l’attend à l’horizon.

L’attitude réceptive et détachée l’Attention Pure peut et doit certainement occuper une place beaucoup plus grande dans notre vie mentale qu’elle ne le fait habituellement et c’est pourquoi elle a ici fait l’objet d’une étude aussi détaillée. Mais cela ne doit pas nous faire oublier le fait que l’Attention Pure ne peut généralement être maintenue que pendant un temps limité de la vie ordinaire, à part les périodes expressément consacrées à son application. Chaque heure du jour exige une activité par l’action , la parole ou la pensée. D’abord il y a les nombreuses qu’un changement de position devenu nécessaire. Il nous faut aussi abandonner maintes fois la protection et l’indépendance du silence et entrer en relation avec les autres par la parole. Et l’esprit aussi ne peut éviter de définir sa position, à lui-même et au monde extérieur et de donner des ordres d’action un nombre incalculable de fois par jour. L’esprit doit choisir, décider et juger.

C’est la Compréhension Claire (sampajana), second aspect de l’Attention Juste, qui a rapport à la majeure partie de notre vie, la partie active. L’un des activités, physiques, verbales et mentales. Sa tâche est de les rendre utiles et efficaces, en accord avec l’actualité, avec nos idéaux et avec le plus haut degré de notre compréhension. Le terme ‘Compréhension Claire’ doit être compris comme signifiant qu’à la clarté de l’attention pure s’ajoute toute la compréhension du but et de l’actualité, intérieure et extérieure, ou en d’autres termes : la Compréhension Claire est la connaissance juste (nana) ou la sagesse (panna), basée sur l’attention juste (sati)

Les Quatre Sortes De Comprehension Claire

La tradition bouddhique telle que l "incarnent les commentaires des Discours du Bouddha, distingue quatre sortes de Compréhension Claire (1) La Compréhension Claire du But (( satthakasampajanna) (2) La Compréhension Claire de la Convenance (sappaya-sampajanna), (3) La Compréhension Claire de la Réalité (lit. De la Non-illusion ; asammoha-sampajanna).

1.Compréhension Claire du But

Cette première sorte de Compréhension Claire exige que, avant d’agir, on se demande toujours si l’activité projetée est bien en accord avec le sens pratique le plus étroit comme au point de vue de l’idéal. L’interruption opportune pour se poser cette question de l’idéal. L’interruption opportune pour se posercette question – si elle n’est pas déjà familière au pratiquant – devra s’apprendre par l’entraînement à l’Attention Pure.

Certains pourraient penser qu’il n’est pas nécessaire de faire de l’action utile un objet spécial de leur étude ou de leur entrainement, parce qu’ils croient que , comme êtres rationnels’, ils agissent par nature ‘rationnellement’, ils agissent par nature ‘rationnellement de l’Attention, on admettra certainement que l’homme ne se conduit pas toujours rationnellement ; même lorsque le but qu’il a en vue est très étroit et profondément égoïste et matérialiste. L’homme oublie souvent ses desseins, programmes et principes, il néglige même son intérêt le plus évident, et tout cela pas seulement par témérité ou par passion, mais même en raison de caprices tout à fait fortuits, de curiosité puérile

ou indolence. Pour ces raisons ou pour d’autres secondaires, les hommes s’écartent souvent dans des directions tout autres que leurs propres buts dans la vie et leurs véritables intérêts.

Sous le choc d’impression innombrables qui, du monde de la multiplicité (papanca) extérieure et intérieure, s’assemblent sur l’homme, une déviation accidentelle de la direction générale de la vie est certainement compréhensible et même, jusqu’à un certain point, inévitable pour la plupart d’entre nous. Il n’en devient que plus nécessaire de limiter de telles déviation au minimum et de lutter pour leur complète élimination qui cependant, n’est obtenue que par l’Attention parfaite du Saint (arahat).Mais ces déviations du sentier droit de vie utile ne peuvent être exclues ni même considérablement réduits, par une subordination forcée au pourvoir dictatorial de la raison ou de la morale sèche. Le côte émotif de l’homme pour lequel de telles déviations ou escapades bizarres sont souvent une sortie ou une sorte de protestation, se révolterait vite et même se vengerait par une conduite démonstrative irrationnelle. Afin d’effectuer une " pénétrations paisible " des région irrationnelles de l’esprit et de les gagner à une participation volontaire dans l’atteinte du but clairement compris, le travail doit " recommencer au début " : sur les vaste fondations de l’Attention Pure. Par les méthodes simples, non - coercibles et harmonieuses de cette pratique, les forces qui créent de la tension dans l’esprit et qui interrompent l’activité utile, seront absorbées graduellement dans le courant principal des buts et des idéaux. Une coordination utile des tendances et besoins divers de l’esprit humain et des nombreuses activités humaines ne s’effectuera que par une extension systématique, mais organique et naturelle, du contrôle conscient, ou de la maîtrise de soi. Ce n’est que de cette façon que résulteront un équilibre croissant des émotions, une harmonie générale et une stabilité de caractère – auxquels toute obstination, tout arbitraire, jusqu’à et les tendances auto - destructrices, deviendront fondamentalement étranger. La base sûre d’une telle maîtrise de soi, c’est-à-dire du contrôle des sens et du contrôle de l’esprit, est la méthode non - coercible de l’Attention Pure. En renforçant l’habitude de ‘s’arrêter et de penser’, elle donne à la compréhension claire du But une chance accrue d’entrer en vigueur ; et par sa présentation des faits non dénaturés, elle fournit à la Compréhension Claire le matériel sûr pour prendre ses décisions.

Il peut arriver, causant de grands regrets par la suite, qu’un idéal élevé ou un but important, oublié ou mis temporairement de côté à cause d’un caprice ou d’une fantaisie éphémère, soit, avant d’être repris, complètement hors de portée en raison d’une situation extérieure changée, qu’on a causée par ces digression accidentelles. L’idéal, ou le but, peut de même être hors de portée en raison d’un changement intérieur chez l’individu lui même, causé par la même conduite. On regrettera moins les occasion perdues si l’on cultive la Compréhension Claire du But jusqu’à ce qu’elle devienne profondément ancrée en soi.

Si, d’un autre côté, on se livre habituellement à toutes les fantaisies, ou si on se permet de dévier trop facilement de son but , alors les qualités comme l’énergie l’endurance, la concentration, la loyauté, etc., seront graduellement minées et affaiblies à un tel point qu’elles deviendront insuffisantes pour atteindre ce but original ou même pour l’apprécier vraiment plus longtemps. De cette façon, il arrive souvent que les idéaux, les convictions religieuses et même les buts et ambitions ordinaires de la personne, négligés par elle, se changent en coquilles vides qu’elle emporte encore avec elle, uniquement par habitude.

Ces remarques suffiront pour monter l’urgente nécessité d’un renforcement du but dans l’action et pour étendre son orbite. Cela se fait par la présence constante de la Compréhension Claire du But. Elle a la fonction négative de contrecarrer partie de l’activité humaine, en actions, paroles et pensées. Sa fonction positives est de concentrer l’énergie dispersée de vie. De cette façon la compréhension Claire du But établit la formation d’un centre intérieur fort dans le caractère, assez puissant pour coordonner graduellement toutes les activités. De plus, la Compréhension Claire du But renforce la direction de l’esprit en lui donnant une initiative habile et déterminée dans les cas où l’esprit avait l’habitude de céder passivement ou de régir automatiquement à la pression venant de l’intérieur et de l’extérieur. Elle prend soin aussi de la sélection et de la limitation sages dans l’activité de l’homme, rendues nécessaires par la multitude troublante des impressions, intérêt, exigences, etc.. aux - quels nous avons à faire face dans la vie. Ils ne distrairont pas facilement un but ferme.

Le but propre de cette initiative et le principe dirigeant vraiment convenable de cette sélection, est la croissance dans le Dhamma (dhammato vuddhi), c4est-à-dire le développement dans la compréhension et le progrès dans la pratique, de la doctrine libératrice du Bouddha. C’est la ,selon les Maîtres anciens, le vrai but que se propose cette première sorte de Compréhension Claire. Si la Vérité de la Souffrance a été comprise dans toute sa gravité, Le progrès sur le Sentier menant à l’Extinction de cette Souffrance deviendra en fait le besoin le plus pressant, le seul but vrai et digne de la vie humaine.

2. La Comprehension Claire De Convenance

La Compréhension Claire de convenance d’une action dans des circonstances données considère dûment la fait qu’il n’est pas toujours en notre pouvoir de choisir le cours de l’action le plus utile et plus souhaitable mais que notre sélection (dont nous avons parlé plus haut) est souvent restreinte par les circonstances ou par les limitations de nos capacités. Cette seconde sorte de Compréhension Claire enseigne l’Art du Praticable, l’adaptation aux conditions du moment, du lieu et du caractère individuel. Elle freine l’impétuosité aveugle et l’obstination des souhait ou désire, des buts ou idéaux de l’homme. Elle empêchera de nombreux échecs non nécessaires que l’homme, dans sa déception ou son découragement reproche souvent au but ou à l’idéal lui-même, au lieu de les attribuer à sa propre manière d’agir qui est fausse. La Compréhension Claire de Convenance enseigne ‘l’Habileté. Dans le choix des moyens justes’ (upayakossalla), qualité que le Bouddha possédait au plus haut degré et qu’il appliqua si admirablement à l’instruction et à la direction des hommes.

3. Compréhension Claire du Domaine de la Méditation.

Les deux premières division de la Compréhension Claire s’appliquent aussi buts purement pratiques de la vie ordinaire, bien qu’on insiste aussi sur la conformité à l’idéal religieux, (dhamma) à l’égard de cette application pratique. Nous entrons maintenant dans le domaine propre du Dhamma comme force transformant la vie. Par la troisième sorte de Compréhension Claire les méthodes caractéristiques du développement de l’esprit utilisées dans le Dhamma sont incorporées dans la vie même chose avec la doctrine fondamentale du Dhamma, c’est-à dire l’enseignement de l’impersonnalité ou l’absolue fluidité de l’individu.

Les Commentateurs anciens expliquent la Compréhension Claire du Domaine de la Méditation comme ‘Ne pas abandonner le sujet de méditation au de la routine journalière’. On doit comprendre ceci de deux façons.

1. Si l’on pratique un sujet de méditation particulier, c’est-à-dire unique, on doit essayer de la mêler au travail ou à la pensée qu’exigent directement les occupations du jour ; ou, en autres termes, on doit donner une place au travail en main dans le cadre de la méditation, comme illustration de son sujet. Par exemple, la fonction de manger peut se rapporter facilement aux contemplations sur l’impermanence du corps, les quatre éléments, le conditionnement, etc. Ainsi les deux domaines de la méditation et de la vie ordinaire se mêleront – pour le bien des deux. Si comme cela peut être dans de nombreux cas, on ne peut établir de lien entre le travail présent et la méditation particulière, où si un tel lien semble trop vague ou artificiel pour avoir une valeur réelle, alors le sujet de méditation doit être délibérément ‘abandonné comme des marchandises qu’on tient à la main mais on ne doit pas oublier de le reprendre dès que le travail en question est terminé. Cette manière d’agir comptera aussi comme ‘ne pas abandonner le sujet de méditation’.

2. Mais si la pratique de la méditation est l’attention qui embrasse tout, comme nous le conseillons ici, il n’y aura nul besoin de mettre de côte le sujet de méditation qui, en fait, comprendra tout. Pas à pas, la pratique de l’attention juste doit absorber toutes les activités du corps, de la parole et de l’esprit, de sorte qu’à la fin, le sujet de méditation ne sera jamais abandonné. Le succès obtenu dépendra de la présence d’esprit disponible dans les occasions particulières de la formation, des habitudes et de la force croissante de la pratique diligente. Le but auquel doit aspirer le disciple de cette méthode est que la vie soit une avec la pratique spirituelle et que la pratique soit la vie vigoureuse.

Le ‘domaine’ (gocara) de la pratique de l’Attention Juste n’a pas de limite rigides. C’est un royaume qui s’accroît constamment en absorbant toujours de nouveaux territoires de vie. C’est en se référant à ce domaine comprenant tout de la méthode Satipatthana que le Maître parla un jour comme suit : ‘Quel est, ô moines, le domaine (gocara) du moine, sa demeure paternelle ? C’est exactement ces quatre Etablissements de l’Attention’,

Le disciple de cette méthode doit donc toujours se demander selon les paroles de Santideva :

‘Comment la pratique de l’Attention Peut-elle être effectuée dans ces mêmes circonstances ?’

Celui qui n’oublie pas de se poser des questions et aussi d’agir en conséquence on peut dire qu’il possède ‘la Compréhension Claire du Domaine’ de l’Attention Juste.

L’atteindre n’est certainement pas une tâche aisée, mais les difficultés seront moindres si les deux première sortes de Compréhension Claire ont préparé le terrain. Par la Compréhension Claire du But, l’esprit aura acquis un certain degré de fermeté et de ‘pouvoir façonnant’ nécessaires pour l’absorption de la vie ordinaire dans le ‘domaine de la pratique’. Par ailleurs, la Compréhension Claire de Convenance aura développé les qualités complémentaires de la plasticité et de l’adaptation mentales. Si de cette façon, on est arrivé à une approximation du niveau de l’esprit méditatif, l’entrée dans le domaine de la pratique et son extension graduelle seront plus faciles.

Compréhension Claire de la Réalité.

La compréhension Claire de la Réalité (lit. De la Non-illusion retire, par la Claire lumière d’une compréhension d’actualité non obscurcie, l’illusion la plus profonde et la plus obstinée chez l’homme : sa croyance en un soi, une âme ou une substance éternelle d’une description quelconque. Cette illusion, avec son prolongement d’avidité et de haine, est la véritable force motrice de cette Roue tournante de Vie et de Souffrance à laquelle, comme sur un instrument de torture, des être sont liés et sont brisés maintes et maintes fois.

‘La Compréhension Claire de la réalité’ est la clarté et la présence de la connaissance que, dans ou derrière les fonctions qu’ont accomplies les trois premiers modes de Compréhension claire, il n’y a pas de personnalité permanente, soi, Ego, âme ou toute substance semblable. Ici celui qui médite sera confronté avec l’opposition intérieure la plus forte, parce que contre cet accomplissement suprême de la pensée humaine qu’est la doctrine d’Anatta du Bouddha, se dressera la résistance obstinée qu’oppose l’habitude vieille comme le monde de penser et d’agir en termes de ‘Je’ et de " Mien’, ainsi que l’instinctive et puissante ‘Volonté de vivre’, se manifestant comme une affirmation de soi. La difficulté principale ne sera pas tant de saisir théoriquement et d’approuver la doctrine d’Anatta que de l’appliquer patiemment et constamment aux cas particuliers de pensée et d’action. Aider dans cette difficulté est la tâche spéciale de la quatrième sorte de Compréhension Claire, la ‘dénuée d’illusion’ ; et dans cette tâche elle reçoit l’aide vitale des trois autres sortes. Ce n’est qu’en s’entraînant à maintes reprises à voir les pensées et sentiments surgir comme de simple processus impersonnels, qu’on peut briser la puissance des habitudes de pensées égocentriques et des instincts égoïstes, la réduire et enfin l’éliminer.

Comme brève digression, il convient de dire ici quelques mots sur le ‘ton émotif’ de la vérité de l’Impersonnalité si souvent mal comprise. Le discernement du fait de l’impersonnalité par réflexion, ou comme résultat de la pratique méthodique de l’Attention Pure, est en lui-même certainement aussi impassible et sobre que l’attitude parfaite, des répercussions émotives peuvent surgir, comme elles peuvent aussi surgir en rapport avec les résultats irréfutables de la recherche scientifique. Ces répercussions émotives de la vision intérieure sur l’Impersonnalité ne sont pas cependant limitées à une seule note, et sûrement pas à la note plaintive de et désespérée qu’implique le mot ‘sans âme’. Le ‘ton émotif’ variera selon l’angle d’observation et le degré de développement intérieure de l’observateur ; il arrivera à son finale dans le rythme calme de la sérénité du saint. Dans la confrontation réelle et non pas simplement conceptuelle avec le fait de l’Impersonnalité telle que l’offre l’Attention Pure. Toute sa gravité se fera certainement sentir intensément, en accord avec la gravité de l’existence entière dont elle est le fait le plus significatif. Mais ce ne sera pas la seule expérience émotive provenant de la pris de conscience d’Anatta (Impersonnalité). Les témoignages de méditants anciens et modernes parlent des états d’esprit de bonheur élevé couvrant un champ étendu, depuis le ravissement et l’exultation jusqu’à la joie sereine. Ils expriment la gaieté et le soulagement qu’on éprouve quand l’étreinte mauvaise de ‘je’ et ‘Mien’ se desserre ; quand la tension qu’elle produit dans le corps et dans l’esprit se relâche ; quand on peut relever la tête au-dessus du courant violent et du tourbillon dans lesquels l’obsession de ‘Je’ et ‘Mien’ nous engouffre ; quand on prend de plus en plus conscience que le fait même de l’Impersonnalité tient pour nous la porte ouverte à la Libération du Mal qu’on ressentait d’une manière si poignante dans ce que nous appelions l’aspect grave de l’impersonnalité.

La quatrième sorte de Compréhension Claire a encore une autre fonction à remplir, qui est de grande conséquence pour le progrès régulier sur le Sentier menant à l’extinction du Mal.

En pratiquant les trois premiers modes de compréhension Claire, le disciple a laissé la sécurité et le détachement relatifs de l’Attention Pure, et est retourné vers le monde périlleux de l’action de but – action qui provoque la réaction de ce sur quoi on agit. Mais, laissant les réaction de côté, le disciple constatera d’abord le fait que presque toutes ses actions l’entraînent plus loin dans les labyrinthes de la dispersion du monde (papanca) auquel cette action elle-même ajoute sa part. L’action a une tendance inhérente à se multiplier et à se reproduire, à s’intensifier et à s’étendre. Le disciple constatera , même dans ses efforts pour pratiquer les trois premiers modes de la Compréhension Claire, que ses action tendent à le mêler à de nouveaux intérêts, plans, devoir , buts, complication, etc. Cela veut dire qu’il sera toujours exposé au danger de perdre ce qu’il a accompli dans sa pratique précédente, ou de perdre de vue, à moins qu’il ne soit extrêmement vigilant. Ici, la Compréhension Claire Réaliste ou Dénuée d’Illusion, c’est-à-dire la prise de conscience vivante de l’Impersonnalité, viendra à son aide. ‘A l’intérieur il n’y a pas de soi qui agit, et à l’extérieur il n’y a pas de soi affecté par l’action !’ Si l’on garde cela en vue, non seulement dans les grandes entreprises, mais aussi dans les activités mineures de la vie ordinaire, qui ne sont pas moins importantes, alors se développeront un sentiment bienfaisant de distance intérieure de ses soi-disant ‘propres’ actions et un détachement croissant à l’égard de n’importe quel succès ou échec, louange ou blâme, résultant d’une telle action. L‘action, une fois son but et sa convenance clairement établis, est maintenant accomplie pour elle-même et dans son propre droit. Pour cette raison même, l’indifférence apparente avec laquelle l’action est accomplie ne causera aucune perte d’énergie dans son accomplissement. Au contraire, lorsqu’il n’y a plus d’attente intéressée pour soi, les autres ou les résultats cette dévotion exclusive au travail lui-même augmentera ses chances de succès.

Si l’on ne s’attache plus à une action de tout son cœur et de tout son être, s’il n’y a plus de désir pour le succès personnel ou la renommée, alors il y aura moins de danger d’être emporté par le courant de l’action créée par soi, action en vue d’atteintes toujours nouvelles de l’océan samsarique. Il sera aussi plus facile d’exercer un certain contrôle sur les mesures résultant de la première action ou, lorsque souhaitable, de ‘briser l’action’ et de se retirer dans la ‘non-action’ c’est-à-dire dans la paix et la protection de l’attitude de l’Attention Pure.

L’action à des fins mondaines, telle que l’accomplit un esprit non libéré, est surtout un esclavage supplémentaire. Conserver dans ce monde d’ ‘esclavage’ par l’action’(kamma) la plus grande ‘liberté d’action’ possible, est l’une des tâches et l’un des accomplissement particuliers de la Compréhension Claire de la réalité en coopération avec les trois autres modes l’Attention Pure enseigne la ‘liberté dans la non-action’ complémentaire ou la ‘liberté’ dans le laisser aller’. >Nous avons cité plus haut (p. 28) une parole du Maître selon laquelle l’esprit libéré d’un vrai grand homme, c’est-à-dire d’un saint homme, est le résultat de la pratique consommée de Satipatthãna. Maintenant, après avoir appris les deux sortes de liberté qu’accordent l’Attention et la Compréhension Claire, nous serons plus à même de comprendre cette parole à effet libérateur de pratique de Satipatthãna.

En conclusion, un autre fait significatif du quatrième mode de Compréhension Claire mérite d’être mentionné. Par la Compréhension Claire de la Réalité, la part active de la vie sera aussi pénétrée par la pensée vraiment révolutionnaire de l’Impersonalité (anatta), qui est l’enseignement central du Bouddha et le plus décisif pour la délivrance réelle de la souffrance. On ne doit donc pas restreindre son influence aux quelques heures de réflexion ou de méditation laissées aux hommes par leurs devoirs mondains. Notre vie est courte. Nous ne pouvons pas nous permettre de considérer la plus grande partie de cette vie, consacrée aux tâches routinières pratiques, comme un simple poids mort, ni de la traiter comme une basse caste de travailleur esclaves, nécessaires mais méprisés, maintenus à un niveau culturel bas, soit intentionnellement, soit par négligence. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ce grande secteur de notre vie sans emploi et sans contrôle, autorisant la plupart de nos pensées, émotions et activités, à errer à leur guise, si souvent pour notre plus grand mal.

Mis à part le principe essentiel de Satipattana, la fusion de la vie et de la pratique spirituelle, même la courte durée de notre vie exige impérieusement que chaque moment, selon les occasion qu’elle offre, et toute activité, même la plus ordinaire en son genre, soit utilisé pour l’œuvre de Libération . La Compréhension Claire de la Réalité entreprend cette pénétration de la vie avec la connaissance libératrice, avec une attention particulière à l’expérience immédiate de l’Impersonnalité.

La sagesse tibétaine dit :

‘Un système de méditation qui donnera le pouvoir de concentrer l’esprit ssur n’importe quoi est indispensable.

Un art de vivre qui permettra à chacun d’utiliser chaque activité comme aide sur le Sentier est indispensable ’

Un tel système de méditation, un tel ‘art de vivre’ est Satipattana.

Conclusion sur les deux modes de Pratique.

Maintenant, à la fin de notre exposé de la Compréhension Claire, nous en sommes arrives à un trait qui correspond étroitement à celui que nous avions mentionné en concluant sur notre exposé de l’Attention Pure.

Il est encourageant de constater que même l’étape initiale de la pratique sincère montre une parenté et une correspondance avec le but le plus haut de la liberté et du détachement complets.

Dans l’étude de l’Attention Pure, révélant la ‘liberté dans la non - action’ , nous avons vu que le retrait temporaire à un point d’observation avantageux correspond à la sortie finale du Saint de ce monde de souffrance. Dans l’étude de la Compréhension Claire, en particulier de sa quatrième sorte, le détachement croissant à l’égard de n’importe quelle action correspond à ‘l’acte parfait’ du Saint, qui bien qu’utile en lui-même, est complètement désintéressé et libre de tout attachement. Bien que le monde le perçoive comme un ‘bon acte’ il n’a pas de résultat karmique pour le Saint, il ne le conduit à aucune existence nouvelle. Un acte accompli avec la Compréhension Claire est dans le degré de son détachement et dans sa fonction de réducteur d’enchevêtrement Karmique, une approximation de ‘l’acte parfait’ du Saint.

Les deux modes de pratique, (Attention Pure) et Compréhension Claire, s’entraident et se complètent. Le degré élevé de vigilance et de contrôle de soi, atteint à l’école de l’Attention Pure, rendra beaucoup plus facile la direction des action et des paroles par la Compréhension Claire au lieu d’être pris au dépourvu par les situation, emporté par les passions ou égaré par les apparences trompeuses. Par ailleurs, la Compréhension Claire crée une atmosphère plus appropriée et fait plus de place à l’Attention Pure par le contrôle et l’influence apaisante qu’elle exerce sur le monde d’action intéressée et de pensée agitée.

L’Attention Pure présente ces faits soigneusement tamisés et d’une façon désintéressée et sur lesquels une action clairement compréhensive peut baser sûrement ses décisions et la pensée clairement compréhensive ses conclusion. L’Attention Pure élimine les concepts erronés et les valeurs fausses qui ont été ajoutée aveuglement aux faits simplement. La Compréhension Claire les remplace par des concepts examinés par la critique et des valeurs vraies, comme celles présente le Dhamma.

L’Attention Pure accroît et affine la sensibilité de l’esprit humain ; la Compréhension Claire Guide et renforce les énergies activement formatrices et créatrices. L’Attention Pure contribue à l’accroissement, à la conservation et au raffinement de l’intuition - cette indispensable source d’inspiration Par ailleurs, La Compréhension Claire, en tant que force active et activante, travaille à faire de l’esprit un instrument parfait pour sa lourde tâche de développement harmonieux et de libération finale. En même temps elle exerce les hommes au travail désintéressé, pour le service l’humanité souffrante, en leur conférant l’œil ardent de la sagesse et la main sûre de l’habileté aussi nécessaires pour ce service qu’un cœur chaleureux. La Compréhension Claire est capable de donner cet entraînement parce qu’elle fournit un excellent enseignement dans l’action utile, circonspecte et désintéressée.

Donc, Satipatthana, dans l’ensemble de ses deux aspects, produit une harmonie parfaite de réceptivité et d’activité dans l’esprit humain. C’est un des aspects sous lesquels apparaît le Sentier Moyen du Bouddha dans cette méthode de l’Attention Juste.

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