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L’esprit d’éveil et la vacuité

Par Yongey Mingyour Rinpoché

MINGYUR RINPOCHE À ST LEON SUR VEZERE

du 20 au 21 Octobre 2001 (2ème partie)

L’ESPRIT D’EVEIL ET LA VACUITE

Hier, Je vous ai parlé de la pratique de chiné en détails.

Rappel de Chiné, la pacification de l’esprit

Le point crucial de chiné c’est la non-distraction : si l’esprit n’est pas distrait, la pratique de chiné est présente

Pourquoi est-ce qu’il faut arriver à cette absence de distraction ? C’est parce que lorsqu’on pratique le Dharma, lorsqu’on pratique la méditation, que ce soit la bodhicitta ou lorsque l’on observe l’essence de son esprit ou qu’on médite sur la vacuité, on n’a pas le contrôle de notre propre esprit et cet esprit est sans cesse sous le pouvoir des émotions négatives.

Il y a des gens qui s’en rendent compte et qui disent que par exemple la colère n’est pas une bonne chose en soi mais ils ne peuvent pas s’empêcher de tomber sous le coup de cette colère ; ils essaient de la bloquer, de l’arrêter, mais ils n’y arrivent pas.

A cause de cela, nous sommes incapables de maîtriser notre esprit, d’avoir une indépendance de notre esprit ; à cause de cela nous tombons dans le piège de l’extrême de l’espoir et du doute, nous créons toutes sortes de souffrances à la fois pour nous-mêmes et pour les autres, et cette souffrance s’étend à tout l’univers.
Donc, ce à quoi nous voulons arriver, c’est à maîtriser notre esprit et le meilleur moyen de maîtriser notre esprit, c’est d’être sans distraction. Si l’on arrive à rester sans la moindre distraction, alors on a maîtrisé son esprit.

Si l’on arrive grâce à l’absence de distraction à maîtriser son esprit, alors quelle que soit la pratique que l’on fasse, ou même que ce soit la pratique de la bodhicitta ou de la vacuité etc … toutes les pratiques qu’on pourra faire, et même quelle que soit l’activité, même mondaine, qu’on effectuera, on aura la maîtrise de notre esprit et on n’aura pas de difficultés pour accomplir ces activités ou ces pratiques.

Le meilleur moyen d’atteindre à cet état de non-distraction, comme je l’ai expliqué hier, c’est de rester l’esprit totalement détendu sans avoir quelque chose de précis à méditer, simplement l’esprit totalement détendu et présent. Et si l’on n’arrive pas à cet état-là du premier coup, on peut utiliser les méthodes que je vous ai donné nous a données hier, en dirigeant son esprit sur une forme, un son etc…ou alors une image du Bouddha.
Donc cette pratique, cette absence de distraction est extrêmement utile.
Par exemple, si on visualise une déité, qu’on visualise la déité, on visualise la syllabe-germe, cela devient un support pour notre esprit.

On peut aussi diriger son esprit vers les pensées, quelles soient bonnes ou mauvaises, les pensées bonnes, par exemple si on est content, les pensées mauvaises, si on est mécontent ; quelles que soient les pensées vertueuses ou non vertueuses qui passent dans notre esprit, si on dirige notre esprit et si on s’en sert de supports, on obtient le même résultat. Cela peut être une fleur aussi.

Si on est obsédé par une pensée particulière, par exemple on veut absolument avoir une maison, ou bien alors on veut avoir de l’argent, ou bien on veut trouver de l’or, à ce moment-là, si on est obsédé et qu’on n’arrive pas à arrêter ces pensées, simplement au lieu de vouloir éviter ces pensées, au contraire on dirige son esprit vers cet objet, vers la maison, ou vers l’argent ou vers l’or, on laisse cet esprit qui se projette sur cet objet sans distraction. Si vous êtes fermier et que vous êtes obsédé par les vaches, vous pouvez faire la même chose avec les vaches.

Il y avait en Inde un homme qui habitait dans une ville et qui était vraiment complètement passionné par la vina, un instrument de musique, et qui passait tout son temps à jouer. Et il allait dans d’autres régions pour jouer aussi. On l’invitait. A force de partir comme cela, sa femme l’a remplacé et quand il est revenu à la maison, il était vraiment triste.
Peu de temps après, il a rencontré un Maître.

Il a rencontré ce Maître qui habitait dans un cimetière, ou un charnier ; il habitait dans une espèce de hutte en herbe ou en paille et il était en train de méditer ; il lui a demandé de lui enseigner le Dharma et il lui a enseigné la méditation ou plutôt, il lui a enseigné comment rester l’esprit totalement détendu. Cet homme a donc construit une cabane d’herbe, lui aussi, à côté de celle du Maître ; il a fait cette pratique et il était très content.

Le problème, c’est qu’il pensait encore à sa vina et il était sans arrêt distrait de sa méditation.
Chaque fois qu’il essayait, il pouvait passer cinq minutes à méditer et puis repenser à sa vina et il n’arrivait pas à continuer.
Et donc il est allé voir le maître et il lui a dit : " Je n’arrive pas à méditer parce que je suis sans arrêt distrait par les pensées de ma vina. " .
Et sa méditation est devenue fructueuse.
Il commençait sa pratique de la méditation en jouant de la vina. Ensuite peu à peu, il a maîtrisé son esprit et il n’a plus eu besoin du son de sa vina. Donc le plus important, c’est de garder l’esprit complètement détendu et si on n’y arrive pas, on peut diriger son esprit vers un objet.

Au départ il faut toujours commencer cette séance de pratique par la pensée de l’esprit d’Eveil, la pensée que je ne vais pas faire cela uniquement pour moi-même, mais pour amener tous les êtres à l’Eveil total des Bouddhas, et ensuite on prie son Maître sous la forme de Bouddha Shakyamuni ou de la déité qu’on a prise, quelle qu’elle soit, au dessus de sa tête par exemple, et ensuite on considère qu’il se dissout en soi et que l’on devient inséparable de ce Maître.

Ensuite il est très important aussi après la pratique de dédier le mérite ainsi acquis au bien de tous les êtres.
Voilà c’était pour la pratique de chiné ou la pacification de l’esprit ou le calme mental, quel que soit le nom qu’on lui donne.
Maintenant j’aimerais parler de la compassion, de l’esprit d’Eveil et puis de la vacuité.

Compassion, esprit d’Eveil et vacuité

Les trois causes principales qui nous mènent à l’Eveil sont :
- la compassion
- la compréhension, la réalisation de la non-dualité ou de la vacuité
- l’esprit d’Eveil

La première chose à faire, c’est de prendre refuge : c’est la base ; on prend refuge et ensuite on passe à ces trois pratiques, dans l’ordre, l’une après l’autre.
Il y a plusieurs traditions. Selon certaines traditions, on commence par la vacuité ; ensuite on passe à la compassion. Parfois on commence par la compassion, ensuite on étudie la vacuité. L’esprit d’Eveil vient toujours à la fin.
Aujourd’hui nous allons suivre l’ordre suivant : je vais d’abord parler de la vacuité et ensuite sur la base de la vacuité, je parlerai de la compassion et ensuite de l’esprit d’Eveil.

LA VACUITÉ

Pour comprendre la vacuité il faut d’abord comprendre l’impermanence.
Il y a deux sortes d’impermanence : l’impermanence qu’on peut appeler grossière et l’impermanence subtile qui est d’instant en instant.

Il y a deux manières d’aborder la vacuité : il y a celle qui est fondée sur les particules, sur les composants ultimes de la matière en quelque sorte, puis celle qui est fondée sur la compréhension du temps.
Celle qui est fondée sur la compréhension du temps, c’est celle qui est liée à l’impermanence.
Aujourd’hui nous parlerons de la seconde approche, c’est-à-dire en envisageant le temps et l’impermanence. On peut réaliser la vacuité en comprenant cette impermanence ou ce temps.

Rinpoché : est-ce que vous comprenez ce qu’est le temps ? Dites tout ce qui vous passe par la tête, n’ayez pas peur.

Réponse inaudible.

Rinpoché :
C’est possible ! Si on prend le relatif, c’est possible ! Selon la vérité relative ce n’est pas faux. Selon la vérité relative, une chose est définie par ce qui peut avoir un effet.

Autre intervention : Quelqu’un dit qu’il ne comprend pas du tout ce qu’est le temps, car il y a des scientifiques qui disent que le temps peut aller dans l’autre sens, à l’envers, peut aller du futur au passé.

Rinpoché : Selon certains scientifiques le temps est une fonction ; il est lié à la gravité, à l’espace et aux atomes. Ce verre vieillit parce que les atomes qui le composent se désagrègent peu à peu.
On peut diviser le temps en trois catégories : le passé, le présent, le futur de manière générale.

Le passé, c’est ce qui n’existe plus. Par exemple si vous brûlez cette serviette, elle n’existe plus. Elle fait partie du passé. C’est ce qui a été détruit et qui n’existe plus.

Le futur, c’est ce qui n’existe pas encore. Par exemple, un enfant qui n’est pas né n’existe pas. Donc c’est ce qui n’a pas encore surgi.
On a l’habitude de classifier le temps en trois, de cette manière, et en fait, si on y réfléchit bien, ce n’est pas très juste, parce que le passé n’est pas vraiment le temps et le futur n’est pas le temps non plus. Le vrai temps, c’est le présent.

Par exemple, on dit l’année passée, cette année et l’année prochaine : il y a trois aspects.

Combien y a t-il de mois dans cette année ? Dans cette année présente, il y a combien de mois ? Tout le monde le sait ! Et le mois dans lequel nous sommes, c’est lequel ?
Les neuf premiers mois n’existent plus ! Ils sont passés ! Et les deux mois qui vont suivre ne sont pas encore arrivés ! Et donc il n’y a que ce mois-ci

Et de nouveau, ce mois a trente jours ?
Alors les vingt premiers jours ont déjà disparu : ils n’existent plus et les neuf jours qui restent ne sont pas encore apparus.

De nouveau, dans cette journée il y a vingt-quatre heures ! On est donc à la quinzième heure : il y a déjà quatorze heures qui n’existent plus et les heures qui viennent ne sont pas encore là, elles n’existent pas.

Et de nouveau dans cette heure il y a soixante minutes et en fait il n’y a qu’une minute dans toutes ces minutes-là, car on est à la quarante-cinquième minute. Les quarante-quatre minutes précédentes n’existent plus et les suivantes n’existent pas encore.

Et de nouveau dans une minute il y a soixante secondes… (Rires) …
On est, disons, à la trentième seconde : les vingt-neuf secondes précédentes n’existent plus et les trente qui restent n’existent pas encore. Et cela change à chaque instant !

Essayons maintenant d’envisager cet instant qu’on peut appeler une seconde pour l’instant ! Imaginons qu’on le plie jusqu’à ce qu’il y ait mille plis. Puis on prend un clou et avec un marteau, on tape sur le papier et on traverse toutes les feuilles de papier avec une aiguille très pointue. En une seconde toutes les feuilles sont traversées, n’est-ce pas ?
Si on se fie à notre perception ordinaire, ces feuilles sont toutes percées au même moment.
En fait, ce n’est pas vrai. D’abord elle a traversé la première, ensuite la deuxième et la troisième… Avant qu’elle n’ait percé la première, elle n’a pas pu percer la seconde.

On est obligé d’en déduire qu’il y a un temps où la première est percée et un moment où la seconde est percée, et la troisième de même. Donc c’est impossible que les trois aient été percées en même temps.
Et au moment où l’aiguille perce la deuxième, la première est déjà percée, la troisième n’est pas encore percée. C’est comme les trois temps. C’est très subtil !

Si parmi les trois feuilles il y en a deux qui se touchent, il n’y en a que deux !
Et donc on a envisagé trois parties qui deviennent le passé, le présent et le futur et si on envisage la deuxième feuille et qu’on la divise en ses constituants, de nouveau on a le même phénomène, c’est-à-dire que le temps de nouveau se divise en passé, en présent, en futur et on peut continuer à l’infini comme cela jusqu’à ce que l’idée même de temps disparaisse.
Et donc c’est ce qu’on appelle cette impermanence de chaque instant qui est subtile.

Et si on l’analyse, elle se désagrège en quelque sorte et on arrive à l’idée de vacuité.
Il y a des scientifiques comme Hawking qui disent qu’il n’y a pas de temps, que le temps est une catégorie de l’esprit, une fabrication de l’esprit. Elle est fabriquée par notre cerveau.
Il y a beaucoup d’opinions différentes des scientifiques, mais toutes sont vraies puisque dans l’Absolu il n’y a pas de temps.
S’il n’y a pas de temps, il ne peut pas y avoir aussi de particules ou d’atomes.

J’ai entendu parler d’un accélérateur de particules en Californie où l’on provoque une collision entre deux particules et le résultat en est que les deux à la fois disparaissent.
On en arrive à la conclusion que les choses sont vides, mais en même temps, on doit bien se rendre compte que cette eau, je peux la boire et elle me fait du bien, que si je tape sur la table, j’ai mal à la main et qu’on peut voir toutes ces choses autour de nous, qu’elles nous semblent réelles et que si l’on saute au milieu d’un feu, on va se brûler.
Qu’est-ce que c’est que cela alors ? C’est ce qu’on appelle les perceptions illusionnées, la méprise.
Ce qu’on appelle les perceptions illusionnées, c’est ce qui n’existe pas mais qui apparaît, ou qui apparaît mais n’existe pas vraiment.

Toute cette maison, par exemple, et tout ce que perçoivent les êtres dans ce monde est illusoire et ces choses n’ont pas d’existence réelle.
Néanmoins, elles nous apparaissent ; d’un côté elles apparaissent, de l’autre elles sont vides, mais ces deux aspects de l’apparence et de la vacuité ne sont pas des choses différentes : il y a une identité entre les deux.

Si l’on détruit cette illusion, on atteint ce qu’on appelle l’omniscience. De cet état surgissent spontanément ce qu’on appelle des qualités et certaines vertus spontanées de cet état qui sont en particulier la compassion et la capacité d’aider les autres.
Je vous donne une image, un exemple.

Je vais prendre l’image du rêve pour illustrer ce qu’est la vacuité.
Dans un rêve, il nous arrive d’être heureux, d’avoir une belle maison, d’avoir beaucoup d’argent, beaucoup de voitures, d’entendre des louanges : " Oh ! Tu es un type bien ! Une personne vraiment extra… " Et on est vraiment content.

Et puis il arrive aussi que dans les rêves, notre maison soit détruite, qu’on ait un accident terrible et qu’on n’ait plus de voiture, qu’on perde tout son argent, que quelqu’un nous dise : " Tu es vraiment trop gros … " (Rires)
Et alors à ce moment-là, on souffre. Par exemple si l’on rêve qu’on a un accident de voiture, on voit qu’on s’est cassé la jambe par exemple et cette jambe nous fait beaucoup souffrir. Parfois on pleure et on pleure réellement ! Parfois quand on se réveille, notre oreiller est tout mouillé de larmes.
Maintenant je vais vous poser une question : répondez selon votre point de vue ordinaire, pas à un cours de Dharma, mais juste selon votre expérience de tous les jours.

Rinpoché : La voiture que vous voyez en rêve est-ce une véritable voiture ou non ?

Réponse inaudible.

Rinpoché : Dans le rêve, c’est entendu, elle est vraie ! Mais si vous la considérez selon le point de vue de votre vie ordinaire à l’état éveillé, est-ce que la voiture elle est vraie ou non ?

Réponse inaudible

Rinpoché : C’est vraiment quelque chose que vous dites sincèrement, en réfléchissant ? C’est une vraie voiture ? (Rires)

Réponse négative …

Rinpoché : Oui, c’est vrai ! Ce n’est pas une vraie voiture !
Mais comme quelqu’un vient de le dire : dans le rêve, c’est une vraie voiture. Dans le rêve, la voiture peut avoir un accident, on peut soi-même souffrir de sa jambe cassée. Quand notre jambe est cassée dans le rêve, on souffre, n’est-ce pas ?

Réponse inaudible

Questionnement de Rinpoché pour faire préciser les réponses :
Et tu te sentais bien ? Tu étais heureuse…
Tu as des rêves ?
Il n’y a ni bien-être, ni souffrance ?
Et tu comprends que c’est un rêve ou non ?
Es-tu consciente que le rêve est un rêve ?
Parfois tu ne t’en rends pas compte ?
Et quand tu ne te rends pas compte que ton rêve est un rêve … cela arrive ?
Et quand tu ne te rends pas compte que ton rêve est un rêve, tu crois à la vérité de ce que tu vois ?
Tu vois une maison et tu crois que c’est une vraie maison ?

Rinpoché : Tous les cas sont différents. Il y a des gens qui peuvent souffrir dans les rêves, il y en a qui sont heureux, il y en a qui ne ressentent rien du tout.
Mais ceci est en général. Ce ne sont simplement que des exemples.
Mais quand vous voyez quelque chose en rêve, vous pensez sur le moment que c’est réel ?

Réponse inaudible

Rinpoché : Et quand cela t’arrive et que tu vois une maison, tu penses que c’est une vraie maison ?

Réponse affirmative

Rinpoché : Alors tu sais que c’est une maison et en fait il n’y a pas de maison. C’est bien cela ?

Il y a des tas de choses qui viennent dans nos rêves et on y croit, on pense que c’est réel.
Si dans un rêve vous voyez que vous achetez une voiture neuve qui vous plaît beaucoup, vous êtes content. Et si vous voyez dans le rêve que cette voiture a un accident, vous n’êtes pas content. Vous êtes malheureux. Même si ce n’est pas lié à une sensation de bonheur ou de souffrance, quand vous voyez une voiture en rêve, vous la prenez pour réelle. En fait il n’y a pas de voiture du tout. Il n’y a même pas un atome d’une voiture. Il n’y a pas de voiture et pourtant vous voyez une voiture. Et vous croyez que vous voyez une voiture dans le rêve.
Cette voiture peut remplir une fonction.
Il en est de même avec nos perceptions ordinaires de chaque jour.

En réalité ces phénomènes de notre vie quotidienne n’ont pas d’existence propre, mais pourtant nous les percevons, nous les voyons. Si je bois cette eau, elle étanche ma soif. Comme quelqu’un l’a dit auparavant, de même que dans le rêve ce que l’on voit, nous apparaît comme réel, dans notre vie ordinaire ces choses nous apparaissent comme réelles.
Ces phénomènes qui nous apparaissent sont des phénomènes illusionnés comme ceux du rêve. Et comme dans le rêve, ces perceptions ont un pouvoir. Par exemple, si nous faisons le bien, nous renaissons dans les mondes supérieurs, nous pouvons aller dans les champs de Bouddhas etc… et si nous accomplissons des actes négatifs nuisibles, cela a le pouvoir de nous envoyer dans les mondes inférieurs.
Dans le rêve jusqu’à ce que vous vous éveilliez, est-ce qu’il y a un moyen de sortir de votre souffrance ?
C’est une question que je vous pose : est-ce qu’il y a un moyen de vous libérer de votre peur, de sortir de cette souffrance sans se réveiller ?

Réponses inaudibles.

Rinpoché : Parfois dans les rêves il arrive le contraire. Par exemple, il arrive que l’on rêve d’un démon qui vient vous attaquer et l’on reste, on récite des mantras et à chaque mantra le démon devient de plus en plus gros ! (Rires)

Autres réponses.

Rinpoché : Il y a une différence : c’est que dans le premier cas on est encore endormi et dans l’autre on est complètement réveillé.
C’est facile.

Rinpoché : Je vais vous parler d’une méthode.
Je vous ai posé une question : " Est-ce que dans le rêve il y a un moyen de se libérer de la souffrance ? " Et quelqu’un a répondu : " Oui, c’est de se rendre compte que l’on rêve. "
Si par exemple on se rend compte qu’on est en train de rêver et qu’il y a un grand feu en face de soi, alors on se dit : " C’est un rêve, ce feu n’existe pas. Moi, je peux sauter dedans et on ne souffrira pas. Mon corps aussi est une illusion, le feu est une illusion. "
Le meilleur moyen de se libérer de l’illusion du rêve, c’est de se rendre compte à l’intérieur du rêve que c’est un rêve.
De même, dans la perception de notre vie ordinaire, réveillé, si on est illusionné, on souffre dans le samsara et le meilleur moyen de se libérer de cette souffrance, c’est de comprendre ce qu’on appelle la vacuité. C’est de comprendre que ces choses n’ont pas d’existence réelle.

De même dans le rêve, la voiture que vous voyez, si vous cherchez à savoir d’où elle vient, dans quelle usine elle a été fabriquée et où elle va après, vous ne trouverez rien du tout.
De même la maison que vous habitez en rêve, si vous cherchez à savoir d’où elle vient, qui l’a construite, vous ne trouverez rien du tout !
D’où elle vient ? Certains scientifiques diront qu’elle vient de notre cerveau. Les bouddhistes diront qu’elle est une production de notre esprit. En gros, cette maison vue en rêve, personne ne l’a construite, c’est une invention pure de notre esprit.

De même que tout ce que l’on voit en rêve est une pure fabrication de notre esprit, le Bouddha a dit que tous les phénomènes que nous percevons, cette maison que nous voyons etc …ne sont que des fabrications de notre esprit. Elles ne proviennent que de notre esprit.
Donc la première chose à faire, c’est de nous rendre compte que c’est comme une illusion, que c’est comme un rêve.

Mais le simple fait de comprendre cela ne va pas immédiatement vous libérer de toute illusion, ne vous amènera pas au niveau de Bouddha.
Par exemple, vous m’écoutez et vous venez d’entendre que le feu est quelque chose de vide.
Mais si en sortant de l’enseignement vous allez sauter dans un feu, vous verrez que vous allez vous brûler.

Ce qu’il faut faire ensuite, c’est cultiver la dévotion, cultiver ce qu’on appelle l’esprit d’Eveil, et cultiver ce qu’on appelle le courage ou l’effort, la diligence.
Pourquoi est-ce que l’on prie les trois Joyaux ou le Bouddha ? Pourquoi avoir foi en eux ? C’est parce que le Bouddha a réalisé la vérité, connaît le réel et la réalité des choses, et nous ne l’avons pas encore réalisée. Cette prière qu’on lui adresse crée un lien d’interdépendance qui augure de notre propre Eveil.

Les phénomènes sont donc vides et pourtant tout est possible. De cette nature vide, peut surgir tout, absolument tout. Tout est possible. Nagarjuna disait : " Ce qui est vide peut apparaître sous n’importe quelle forme. "
Le fait que cette maison nous apparaisse et que tous les phénomènes du monde nous apparaissent est dû précisément au fait qu’ils sont vides. C’est la raison pour laquelle ils apparaissent.
Sans la vacuité, si ces phénomènes n’étaient pas vides, ils seraient incapables de surgir.
Donc les phénomènes apparaissent, mais ils sont en même temps vides.

Rappelons nous de l’image du rêve…
Dans le rêve la voiture que nous croyons voir n’existe pas, il n’empêche que nous la voyons : elle nous apparaît.
Dans le rêve, le fait que cette voiture nous apparaisse mais n’existe pas, n’est pas véritablement contradictoire, n’est-ce pas ?
De même les phénomènes surgissent, nous apparaissent, mais sont en même temps vides et il n’y a pas de contradiction entre ces deux aspects.
On explique le mot tongpani (emptyness), comme si on disait que le mot " vacuité " se divisait en deux : vacui et puis té ! Mais c’est juste pour comparer !
Dans le mot tibétain tongpani, les deux premières syllabes tongpa se réfèrent à l’aspect vide des choses et ni se réfère au pouvoir de se manifester, le fait que tout puisse apparaître.
D’un côté, il n’y a rien et de l’autre, tout.
Tout est possible, comme la voiture vue en rêve. La voiture n’existe pas, elle est vide et pourtant on la voit, n’est-ce pas ? Mais ces deux choses sont inséparables.

Donc, cette vacuité dans le sens de tongpani avec ses deux sens, signifie que les choses ne sont ni vides dans le sens où il n’y a rien, ni existantes dans le sens où elles ont une existence solide, en soi.
Si on comprend la vacuité, alors on comprend l’interdépendance, on comprend le samsara, on comprend comment on atteint l’éveil parce que rien n’est existant en soi, tout est interdépendant. Tout surgit par le concours de causes et de circonstances.

Cette pratique ou cette réflexion sur la vacuité a un pouvoir bénéfique extraordinaire : on dit que le fait même de douter après avoir écouté l’enseignement sur la vacuité, le fait de ne plus être sûr que les choses existent vraiment en soi, ce simple doute est apte à purifier des kalpas et des kalpas d’actes négatifs.
Inutile de dire que si on atteint la certitude que les choses sont véritablement vides de sens propre, alors des centaines de milliers de kalpas en un instant sont purifiés.
Rien que le fait de comprendre le sens du mot " vacuité ", a des vertus extrêmement bénéfiques. C’est une chose qui évidemment demande un effort et une continuité dans la pratique. C’est en méditant que peu à peu la compréhension surgit en soi. On ne peut pas comprendre immédiatement.

Pour aider à comprendre cette vacuité aussi, il est utile d’éviter tous les actes nuisibles possibles et d’accomplir tous les actes positifs possibles, de cultiver une attitude altruiste.
Tout cela sert de support et d’aide pour réaliser, pour comprendre la vacuité.
La réalisation de la vacuité n’est pas quelque chose qui surgit comme cela sur le champ et il est important de se rendre compte que c’est un processus graduel et que si on avait compris vraiment cette vacuité, alors on serait parfaitement libre.
On pourrait faire naître tout ce que l’on veut. On aurait atteint la maîtrise totale, la liberté totale, et rien ne pourrait nous faire souffrir. Mais il est important de se rendre compte qu’on est encore dans l’illusion.
Tant qu’on est encore dans l’illusion, il y a des actes négatifs, il y a des actes positifs et des choses à éviter et il y a des choses à accomplir.

Il y a des gens qui au début en comprenant un peu ce que veut dire la vacuité ressentent une certaine peur, mais c’est un bon signe et il faut continuer. Peu à peu en s’habituant à la vacuité, rien qu’en y pensant, on dissout en quelque sorte nos propres souffrances et il devient impossible de tomber dans la folie par exemple.
Il y a des gens qui ont des problèmes psychologiques importants et sont au bord de la folie. S’ils comprennent vraiment ce qu’est la vacuité, ils seront totalement libérés de ce risque.

Est-ce que vous avez des questions à poser ?

Question inaudible

Rinpoché : Cela peut arriver. Tous les cas sont différents. C’est une question de canaux d’énergie.
Le rêve prend le support de l’esprit, et l’esprit aussi celui des canaux d’énergie, et selon les dispositions de ces énergies, on peut avoir différents phénomènes. Il n’y a pas de souci à se faire de ce côté-là.

Autre question (notamment sur la prémonition)

Rinpoché : C’est à nouveau une question de différences de disposition entre les êtres et ce n’est pas quelque chose de particulier : d’abord le fait de crier, même si on est une personne saine n’est pas un signe de quoi que ce soit, cela dépend de ses propres dispositions. Il y a des gens qui sont comme cela, il y en a qui ne sont pas comme cela et le fait de voir des évènements qui se passent ensuite dans notre monde n’est pas quelque chose d’extraordinaire, puisque les évènements sont produits dans notre esprit et par notre karma ; les graines, en fait, des évènements se trouvent déjà à l’intérieur de nous en tant que potentiel et le fait de voir ces évènements, c’est simplement le fait de voir ses graines mûrir dans le futur, mais elles sont déjà présentes en nous. Il s’agit toujours d’un plan relatif ici, le plan de la réalité relative.

Autre question

Rinpoché : L’essence de notre esprit est vide, mais en même temps on perçoit les choses. C’est cet aspect de clarté. De cet aspect de clarté se manifeste un mouvement, une manifestation et si l’on comprend que ce mouvement de la clarté est vide, cela devient la sagesse.
Si l’on ne comprend pas que cette manifestation est vide, c’est ce qu’on appelle l’ignorance.
Donc la différence entre la sagesse ou l’ignorance, c’est le fait de comprendre ou de ne pas comprendre la vacuité.
Si l’on comprend la nature des apparences à partir de la Nature de l’esprit, tous les phénomènes apparents, toutes les perceptions, deviennent des perceptions pures et si l’on ne comprend pas, si l’on est encore dans l’ignorance, toutes les perceptions deviennent des perceptions illusionnées.

Quand on atteint l’Eveil d’un Bouddha, on ne tombe pas dans cette espèce de stupidité où on ne perçoit plus rien, mais au contraire il n’y a rien qu’on ne puisse percevoir : on a ce qu’on appelle l’omniscience.
Dans notre état actuel par exemple, on ne sait pas ce que l’on va penser ce soir, alors qu’un Bouddha sait tout ce qui se passe dans les trois temps mais ces perceptions de Bouddhas ne sont accompagnées d’aucune illusion, ni d’aucune saisie dualiste, d’attachement.

Cette compréhension de la vacuité est un moyen de vaincre les émotions négatives.
Je vais vous en parler maintenant.

Prenez l’exemple de la colère : si vous vous mettez en colère contre quelqu’un, vous avez envie de le tuer, de prendre un fusil, de le faire disparaître, mais si vous réalisez que celui que vous prenez pour un ennemi est vide, que vous-même vous êtes vide et que votre colère est elle-même vide, et vous êtes en droit de vous posez la question : qui se met en colère contre quoi ? Contre qui ?
Il n’y a aucun objet à votre colère, l’objet est vide, celui en qui est né la colère est lui-même vide… Qui ressent cette colère ? La colère elle-même est vide. Alors vous détendez votre esprit. Cela sera bénéfique pendant cinq ou six secondes, puis de nouveau la colère va resurgir.
Puis vous recommencez ce processus : vous regardez la nature de ces choses-là. Votre colère va de nouveau diminuer puis disparaître pendant quelques secondes et si votre pratique est bonne, votre colère disparaîtra dès le début.
Si vous êtes vraiment quelqu’un de diligent, par la pratique votre colère diminuera petit à petit.
Et puis il arrivera un jour où dès que vous aurez une pensée de colère, vous aurez en même temps la perception de la vacuité. Vous penserez immédiatement à la vacuité et il se passera ce qu’on appelle la libération des émotions négatives, l’auto-libération des émotions négatives, c’est-à-dire les émotions se libérant elles-mêmes. Il en sera de même de toutes les autres émotions négatives, telles que l’orgueil, la jalousie, le désir etc …

Et puis à d’autres moments vous pouvez être très mal dans votre peau, vous souffrez pour différentes raisons, vous avez envie de vous arracher les cheveux, vous pleurez, vous êtes vraiment mal, vous vous battez la poitrine, vous vous plaignez sans arrêt que vous êtes déprimé etc … à ce moment-là, regardez votre souffrance ! L’objet de votre souffrance est vide, votre souffrance elle-même est vide, et celui qui la ressent est vide lui-même.
La souffrance perd toute utilité.
Qu’est-ce qui fait souffrir qui ? La souffrance est vide ! Restez détendu complètement… Regardez la souffrance : elle est vide. Détendez-vous et la souffrance se libère d’elle-même.
Et peu à peu, à force de regarder ces souffrances, elles diminueront. Les souffrances deviendront elles-mêmes des aides et plus vous souffrirez, plus les souffrances deviendront des supports de votre compréhension.

Il y a des gens qui sont timides sans raison, ils ont peur de se montrer ; il y en a qui ont le trac, qui sont poursuivis par une sorte de peur et c’est la même chose : regardez cette timidité ; regardez ce sentiment de peur.

Vous pouvez utiliser tout ce qui surgit dans votre esprit, toutes les difficultés, toutes les souffrances, tous les sentiments de bonheur qui surgissent.
Si vous êtes heureux, tant mieux, si vous souffrez, tant mieux aussi, et peu importe ! Tout va bien ! (Rires)
Si vous savez en faire une pratique, tout est bon ! Ce qu’il arrivera, c’est que vous aurez l’esprit vaste, spacieux, heureux et à l’aise, satisfait !

LA COMPASSION

Cela, c’était pour la vacuité, maintenant je vais vous parler de la compassion.

Il y a de nombreuses manières de méditer sur la compassion, mais la meilleure méthode de méditer sur la compassion, c’est de reconnaître la vacuité, de méditer en fait sur ce qu’on appelle l’union inséparable de la vacuité et de la compassion.

Tous les phénomènes, comme nous l’avons dit, sont vides, mais bien qu’ils soient vides, les êtres ne s’en rendent pas compte. Ils prennent pour réel un moi qui n’existe pas, ils prennent pour réel un autre qui n’existe pas ; sur la base de cette méprise, toutes sortes de difficultés, d’émotions négatives surgissent, l’attachement, la haine, la jalousie etc …
Et à cause de cela, de même que dans le rêve les apparitions nous semblent réelles, dans cette vie, les phénomènes nous semblent réels. A cause de cela, il y a des êtres qui souffrent dans les mondes qu’on peut appeler les enfers.

Si l’on comprend la vacuité et que l’on pratique cette vacuité, il n’est plus nécessaire de souffrir, il n’est plus nécessaire d’être illusionné, mais ces êtres ne le comprennent pas.
Pour des choses insignifiantes, ils souffrent continuellement.
Si vous arrivez au point où vous vous dites : " Pauvres êtres, puissent-ils un jour reconnaître cette vacuité pour être libérés de cette souffrance ! ", c’est ce qu’on appelle cultiver la compassion sur la base de la vacuité ou engendrer la compassion à partir de la vacuité.
Réalisant que tous les êtres sont vides, on souhaite : " Puissent-ils tous réaliser la vacuité ! "
Et si on arrive à étendre ce sentiment de compassion à tous les êtres, c’est ce qu’on appelle la compassion incommensurable ou sans limite.

Cette compassion est extrêmement importante, sensible.
On distingue trois sortes de compassion, et celle-ci est la plus utile, la plus essentielle.
Je vous raconte une histoire à ce sujet…

C’était à l’époque du grand Asanga. A cette époque, les enseignements du Bouddha étaient en train de sombrer, de disparaître et Asanga a songé qu’il devrait aller dans le paradis de Tushita pour aller demander un enseignement au Bouddha Maitreya et ensuite revenir sur terre pour répandre cet enseignement.
Il ne voyait pas, il ne percevait pas évidemment Jampa, mais il a fait une pratique de Maitreya et il s’est dit : " Quand j’aurai une vision de Maitreya, je lui demanderai les enseignements. "
Pendant ces six ans il est allé sur une montagne, et il a pratiqué en faisant des offrandes, en méditant et en récitant de nombreux mantras de Maitreya.
Mais sans parler d’une vision de Maitreya, il n’a même pas eu un bon rêve pendant ces six années ! Il en a eu vraiment " ras-le-bol " et il a abandonné !
Il a quitté sa retraite et il est parti. Il est allé vagabonder, errer un peu partout.

Puis il est arrivé dans un village où il a vu un homme en train d’essayer de détruire un énorme rocher.
Il lui a demandé : " Mais qu’est-ce que vous faites ici ? "
Et l’homme lui a répondu : " Eh, bien je suis en train de détruire ce rocher, parce que ce rocher fait de l’ombre à ma maison et tant qu’il est là, ma maison est dans l’ombre. "
Il lui dit : " Mais comment allez-vous pouvoir faire ? Ce rocher est énorme ! "
Il lui dit : " Oh ! Mais il n’y a pas de problème ! Avec un peu d’effort, on arrive à tout ! "
Il s’est dit : " Ca, alors ! Dans un petit but aussi insignifiant, faire un si grand effort ! Et moi qui pratique le Dharma et qui suis incapable de continuer… ! " Aussitôt il est retourné dans sa grotte.
Il a médité encore pendant trois ans et puis de nouveau aucun succès. Même pas un bon rêve !
Inutile de parler d’une vision, il n’avait même pas un bon rêve.
Alors il en avait vraiment assez.
Il a jeté en l’air son mala, il a pu jeter tout ce qu’il avait et il est parti.
De nouveau il est allé vagabonder et il est arrivé dans un village où il a vu un homme qui était en train de passer un chiffon sur une énorme barre de fer.

- Qu’est-ce que tu fais là ? demande-t-il.
- Dans ce pays il n’y a pas d’aiguille et je suis en train de fabriquer une aiguille en usant cette barre.
Il lui dit alors : " Même à votre mort, l’aiguille ne sera pas encore faite ! "
Il lui répond : " Mais avec un peu d’effort, on arrive à tout ! "
Il a eu honte à ce moment-là et il s’est dit : " Bon, alors il faut que j’y retourne ! "
Il a recommencé pendant trois ans.
Et puis même chose : au bout de trois ans, il n’avait toujours pas un bon rêve et il s’est dit : " C’est fini maintenant, je n’y arriverai jamais ", et il est parti.
Il est arrivé à un endroit où il y avait une énorme falaise avec une rivière qui coulait au pied. Il n’y avait pas de chemin pour continuer. Il y avait bien une sorte de petit chemin, mais si on le prenait, on avait toutes les chances de tomber dans l’eau.
Sur ce minuscule chemin si dangereux, il y avait une chienne qui avait des plaies et qui était dévorée vivante par des vers, qui malgré cela aboyait sans cesse.
Il essaie de faire fuir la chienne pour pouvoir passer mais la chienne ne bouge pas et au contraire, elle essaie de le mordre.
Là, il a été envahi de compassion. Il s’est dit : " Quelle pauvre chienne ! Elle a le bas du corps complètement envahi par les vers qui la dévorent et elle a quand même assez de haine pour essayer de me mordre ! " Et il s’est mis à pleurer.
Il s’est dit : " Je n’ai pas d’autre choix, je vais l’aider. "
Il commença par enlever tous ces vers qui la dévoraient.
Il les enlever avec ses doigts et il se rend compte qu’en les prenant avec ses doigts, il les écrase. Donc il s’est dit : " Il faut que j’utilise ma langue. " Et il a commencé à enlever les vers avec sa langue.
Et comme le corps de la chienne était complètement pourri, il y avait une odeur pestilentielle qui commençait à remonter dans ses narines. Avec ses yeux il voyait toute la pourriture qui était dans le corps de la chienne et il n’a pas pu tirer la langue.
Alors il a essayé en fermant les yeux pour ne pas voir les plaies et en se bouchant le nez pour ne pas sentir l’odeur, et il a tiré la langue.
Et alors à sa grande surprise …

(Note ajoutée par le transcripteur : on raconte qu’au lieu de rencontrer les plaies, sa langue toucha le sol. Il ouvrit les yeux et, dans un halo de lumière, vit devant lui Maitreya.)

(Rires)

Alors il commença vraiment à réprimander Maitreya : " J’ai fait votre pratique pendant douze ans et vous ne m’êtes jamais apparu ! "
Et se plaignant : " Vous ne m’avez fait aucune prédiction, vous ne m’avez jamais apparu ! "
Et il pleurait tout en se plaignant.
Maitreya lui répondit : " En fait, dès le premier instant où tu as commencé ta retraite, j’étais avec toi, mais à cause de tes actes négatifs, tu ne me voyais pas. Mais en rencontrant cette chienne, tu as ressenti une telle compassion que tous tes actes négatifs ont été purifiés et c’est pour cela que tu peux me voir à présent. Par le pouvoir de ta pratique pendant douze ans tu as pu voir ce chien. Mais c’est grâce à ta compassion que tu as pu me voir. Et si tu ne me crois pas, mets-moi sur ton épaule et puis va au marché et demande aux gens : " Qu’est-ce qu’il y a sur mon épaule ? "… "
Il mis donc Maitreya sur son épaule et s’en alla sur la place du marché ; il demandait à tout le monde : " Qu’est-ce que vous voyez sur mon épaule ? " Et tout le monde pensait : " C’est un fou ! ". Les gens ne voyaient rien du tout, donc ils pensaient qu’il était fou.
Il n’y a qu’une vieille femme qui s’est mise à couvrir son nez et qui lui a dit : " Mais tu es fou : il y a un vieux chien pourri sur ton épaule. Tu vas tomber malade ! Jette-le quelque part ! "
Parce qu’elle s’était quelque peu purifiée de son karma négatif, elle pouvait voir au moins le chien.

Cette compassion est un des trois types de compassion : c’est la compassion qui prend le support ou qui prend appui sur la souffrance des êtres. Et c’est une compassion qui est considérée comme étroite et petite par rapport à celle dont je vous ai parlé, mais même cette compassion-là est capable de nous libérer de tout notre karma négatif.
Alors inutile de dire que la compassion plus vaste que l’on a appelée " la compassion unie inséparablement à la vacuité " a un pouvoir infini.

L’ESPRIT D’ÉVEIL

C’est ce que je voulais dire à propos de la compassion. Maintenant je vais parler de l’esprit d’Eveil ou bodhicitta.

La bodhicitta ou esprit d’Eveil a deux sens ou plutôt on en distingue deux sortes.
La première, c’est la bodhicitta qui s’appuie sur la compassion.

La première étape c’est donc de méditer ou de cultiver la compassion, l’un des trois types de compassion, de préférence celle qui est liée à la compréhension de la vacuité, mais aussi il y a celle dont j’ai parlé qui est liée à la souffrance des êtres, et puis il y en a aussi une troisième qui est liée à la nature des choses, à l’impermanence par exemple. C’est la première chose à faire.

La deuxième étape consiste à se dire : " Les êtres souffrent. Qu’est-ce qui peut les aider ? " C’est la réalisation de la vacuité, c’est le fait d’atteindre l’éveil des Bouddhas.
Mais ces êtres ne connaissent pas le Dharma, donc c’est moi qui vais pratiquer le Dharma pour libérer tous ces êtres et les amener au niveau de l’éveil parfait des Bouddhas.
Et si on a cette attitude, cette pensée de vouloir libérer tous les êtres et de les amener à l’état de Bouddhas, quelle que soit la pratique que l’on fasse, c’est ce que l’on appelle l’esprit d’Eveil dans lequel sont réunies en même temps l’aspiration et la mise en œuvre.

C’est ce que l’on appelle l’esprit d’Eveil.
Il doit y avoir ces deux éléments dans le but d’amener tous les êtres à l’Eveil des Bouddhas, au niveau des Bouddhas, c’est le premier point, et je vais moi-même pratiquer le Dharma. C’est pour amener tous les êtres au niveau des Bouddhas que je vais pratiquer le Dharma. C’est deux choses.

Il y a des gens qui pensent : " Je vais pratiquer le Dharma pour le bien de tous les êtres. "
Mais ce n’est pas vraiment l’esprit d’Eveil ! On peut l’appeler l’amour ou la compassion incommensurable, mais ce n’est pas l’esprit d’Eveil.
Pour qu’il y ait esprit d’Eveil, il faut qu’il y ait désir d’amener tous les êtres au niveau de la Bouddhéité, à l’Eveil parfait des Bouddhas.

Djang tchoub sem ou bodhicitta se divise donc en djang tchoub qui veut dire " l’Eveil ", le niveau des Bouddhas, et sem, c’est le désir d’amener les êtres au niveau des Bouddhas.

Voilà je viens d’expliquer ces trois choses : la vacuité, la compassion et l’esprit d’Eveil.

Donc au début de chaque pratique du Dharma, nous devons absolument passer par cette pratique de l’esprit d’Eveil.
Cet esprit d’Eveil est aussi essentiel que la tête sur un corps.
Sans cet esprit d’Eveil, il n’y a pas de pratique authentique du Dharma.
Ensuite on prie les Bouddhas ou le Bouddha Shakyamouni. On le visualise devant soi ou au dessus de sa tête. On le prie parce qu’il est omniscient et donc on le prie, parce que si on le prie, il sait qu’on le prie, et on lui demande de nous aider et de nous bénir pour purifier tous nos actes négatifs.
Ensuite le Bouddha se dissout en nous et nous considérons que nous devenons inséparables de Lui.
Donc cet esprit d’Eveil et ce que nous voulons décrire, c’est-à-dire la prise de refuge, c’est comme la tête du corps, aussi essentiel que la tête.
Pour escalader une montagne par exemple, il faut avoir une tête pour penser, il faut avoir des bras et des jambes pour avancer et il faut être en vie aussi, il faut avoir le principe vital.
Sans tête, on ne peut pas escalader une montagne. Sans les bras et les jambes, idem : avec les bras il faut attraper la corde ou les prises, et finalement sans le troisième élément, la force ou le principe vital, on est un cadavre. Donc on ne peut pas escalader une montagne, non plus.
La prise de refuge et l’esprit d’Eveil sont donc comme la tête, la pratique principale, cela peut être la méditation sur la vacuité, cela peut être la pratique de la création de la complétude etc … c’est comme la force vitale. Et la dédicace, c’est comme les bras et les jambes. Et si l’on a ces trois choses, de même que celui qui a une tête, deux bras, deux jambes et est en vie, peut escalader une montagne, de même, nous pouvons arriver jusqu’à l’Eveil.

LES PRIÈRES DE DÉDICACE

Maintenant je veux vous parler des prières de dédicace ou des prières et de la dédicace.

Il y en a trois sortes :

Le premier type de dédicace, c’est aussi le meilleur et le plus noble, ou la dédicace ultime en quelque sorte ; c’est réservé à ceux qui ont compris, qui ont vu réellement la vacuité ou la réalité de la vacuité, c’est-à-dire ceux qui ont atteint au moins le premier niveau de bodhisattva, sans parler des Bouddhas … mais simplement ceux qui sont arrivés au premier niveau de bodhisattva.
On voit réellement la vacuité telle qu’elle est et ceux-là peuvent pratiquer le premier type de dédicace, qui est appelée " la dédicace sans concept de sujet, objet, action ".
Mais cette dédicace est pour le moment hors de notre portée et donc nous devons nous rabattre sur les deux autres, d’abord celle qui est appelée la dédicace qui est à la suite des êtres sublimes, c’est-à-dire en imitant en quelque sorte, et la troisième est appelée " celle qui est mêlée de poison ".

Concernant la deuxième dédicace : quand on fait une dédicace, on se doit de prendre quelqu’un à témoin. On pense que l’on a en face de soi, soit le Bouddha Shakyamouni, soit Guru Rinpoché, ou Chenrezi ou tous les Bouddhas, et on pense : " Ils me voient, ils tournent vraiment leur esprit vers moi. "
Donc ces Bouddhas et bodhisattvas savent dédier les mérites et donc nous-mêmes après avoir accompli un acte positif, après avoir pratiqué, après avoir récité des mantras, après avoir même tourné autour d’un stupa par exemple, quel que soit l’acte positif que nous ayons accompli, nous nous disons : " Je le dédie au bien des êtres, comme vous, vous le faîtes vous-mêmes, et vous savez le faire. "
On pense : " Par le mérite que j’ai ainsi accompli, puissè-je amener tous les êtres à l’Eveil et puissiez-vous me bénir, et puissè-je dédier ce mérite comme vous, vous le faites. " Et nous considérons que les Bouddhas nous disent alors : " Puisse ton souhait se réaliser !
Puisse-t-il devenir réalité ! " Et à la fin nous pensons : " L’objet de ma dédicace, ce que j’ai dédié et celui qui dédie sont tous les trois vides. " Et on se détend dans cette attitude.

Troisième type de dédicace appelée " la dédicace mêlée de poison ", la dédicace qui est faite sans comprendre la vacuité et sans prendre les bouddhas et bodhisattvas à témoin : elle consiste simplement à dire : " Puisse ce mérite aider tous les êtres ! "
Je précise : cette dédicace consiste simplement à dire : " Ce mérite puisse-t-il amener tous les êtres à l’état de Bouddhas ! " ou bien : " Ce mérite puisse-t-il être bénéfique à tous les êtres ! "
Ce mérite n’a pas la même puissance ou ne peut pas se développer, se multiplier en quelque sorte. J’ajoute que si on ne dédie pas nos mérites, les mérites sont détruits un moment ou un autre, mais là, ce mérite qui est mêlé de poison, en fait, ne peut pas se développer à cause de cela.
Cette dédicace mêlée de poison est utile, mais elle ne l’est pas vraiment par rapport aux autres.
Par contre, si l’on n’effectue pas une de ces trois dédicaces et si l’on fait simplement un acte positif, la première émotion négative qui surgit peut détruire entièrement toute cette énergie positive. On dit qu’une pensée de colère par exemple peut détruire des kalpas de mérites. Par contre si l’on dédie ce mérite de la bonne manière, c’est-à-dire de la première et deuxième, cette énergie positive ne cessera de croître jusqu’à l’Eveil, un peu comme l’argent qu’on investit ou qu’on place avec intérêt, il n’arrête pas de croître. Comme l’argent que l’on place et qui n’arrête pas de fructifier, le mérite que l’on dédie ne cesse pas de se multiplier.

Je vous remercie de porter un tel intérêt au Dharma.
Le but de cette vie, si l’on peut dire, c’est la pratique du Dharma, et si l’on pratique ce Dharma, cela sera utile en cette vie ; ce serait utile aussi pour les vies suivantes.
Maintenant nous allons dédier ce mérite. Nous allons faire prières de dédicace.
Excusez-moi … j’ai un trou … Je vais faire des prières moi-même pour nous tous, pour que tout se passe bien en cette vie et dans les vies suivantes.

Souhaits de dédicace de l’activité bénéfique

Prière pour les Maîtres

Prière de longue vie pour Mingyour Rinpoché

Offrandes de kata à Rinpoché et remerciements à Rinpoché après le rappel des projets de Rinpoché à Bodh-gayâ.


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Buddhaline

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