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Le Buddha, un pionnier des droits... et des devoirs de l’homme... et de l’animal par Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar

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> Bouddhisme > Essais


L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits

Par Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar

v. 2.2 (1998/2002)

par Gabriel “Jîvasattha” Bittar, Dr en Sciences
chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
intervenant à l’Université Bouddhique Européenne, Paris

cofondateur du Buddhâyatana
PO box 281, American River, Kangaroo Island, South Australia 5221
http://www.buddhayatana.org ;
buddhayatana@kin.net.au

A’niccâ vata san’khârâ

Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar

1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”

3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits

S’il est certain que le Buddha aurait fermement approuvé certains aspects concrets du combat pour les "droits de l’homme" commencé au Siècle des Lumières, il est tout aussi certain qu’il aurait trouvé celui-ci fort déséquilibré et incomplet. Premièrement du fait de l’escamotage, comme nous l’avons vu, du paramètre essentiel du binôme droits/devoirs, à savoir celui des devoirs ; mais aussi, et deuxièmement, de par la restriction de ces "droits" aux seuls êtres humains. Car pour l’Éveillé, tous les êtres vivants avaient des "droits" aussi bien que des devoirs, à chacun selon sa coupe.

Le Buddha aimait et respectait les animaux, qui le lui rendaient bien, comme l’attestent nombre de Sûtras. Pour l’Éveillé rien ne justifiait les violences commises à leur égard, rien ne justifiait les souffrances que les êtres humains leur font subir. Rien, ni les habitudes alimentaires (Jîvaka Sutta [7]), ni les traditions religieuses (Aggi Sutta [8]).

Hélas, depuis 2’500 ans, l’irrespect reste la norme sociale à l’égard de nos frères animaux. De fait, le développement des religions monothéistes s’est fait totalement en la défaveur des animaux, et la-dessus s’est greffée l’exigence de rendement maximum de la société consumériste. Les animaux ont été chosifiés, leur massacre a été désacralisé, et se produit actuellement à l’échelle industrielle.

Corollairement au développement de la société urbaine et à l’éloignement de la souffrance animale loin des yeux, la société actuelle consomme de la chair animale à l’extrême. Celle-ci, industriellement préparée, est consommée sans aucune pensée envers l’être qui l’a fournie. C’est l’anonyme le plus absolu - et le mépris le plus total. Loin, très loin de l’exigence éthique du Buddha, pour qui la compassion, applicable à tous les êtres capables de souffrance, impliquait une alimentation aussi végétarienne que possible.

Quant aux sacrifices à connotation religieuse... Y a-t-il réellement une différence de fond entre l’époque du Buddha, où certains sacrifiaient des animaux afin de s’assurer une vie éternelle de qualité, et l’époque actuelle où des animaux sont sacrifiés en masse à des impératifs cosmétiques ou dits de santé, dans la quête illusoire d’une éternelle jeunesse ou d’une vie sans maladie ?

De plus, une société où s’étend l’irresponsabilité personnelle et l’irrationalité ne peut que voir resurgir des tréfonds l’impulsion violente, irrésistible, de désigner des boucs émissaires, des victimes sacrificielles aux dieux conjugués de l’ignorance, de la peur et de l’insensibilité. Et de fait, d’une certaine façon les grands sacrifices d’animaux sont de retour, à l’occasion d’holocaustes monstrueux où les animaux, souffrant de terribles maladies dues aux pratiques humaines elles-mêmes, sont massacrés en masse, sacrifiés aux dieux Molochs nouvellement associés du rendement avide et d’une "santé publique" pervertie dans son esprit. Pire dans l’hypocrisie, des groupes entiers d’animaux sont parfois massacrés et la souffrance infligée à très large échelle au nom même de la "protection de la Nature" (avec un N majuscule), à l’image inversée des horreurs génocidaires commises au nom du "progrès de la civilisation humaine".

À cet égard, de la même façon qu’il combattait les souffrances irrationnelles ou cruelles infligées à tout être vivant, le Buddha aurait certainement condamné l’attitude insensible, avide et irresponsable des sociétés humaines actuelles à l’égard de la nature dans son ensemble. Il aurait certainement condamné une société qui nie à des êtres vivants leur qualité d’êtres sensibles pour en faire des objets de consommation. Il aurait trouvé abjects les élevages industriels et les usines à viande, au sein desquels chaque année des dizaines de milliards d’animaux connaissent une vie de cauchemar, pour en fin de compte subir une mort indigne - et il aurait été horrifié de voir de combien d’autres façons encore les animaux sont maltraités actuellement ! Enfin, le Buddha aurait aussi trouvé affreux que chaque jour, par son expansion démographique, sa surextension planétaire et sa surconsommation des ressources naturelles, l’être humain soit la cause de la disparition irréversible de dizaines d’espèces vivantes. Mais ceci également est une autre histoire...

Que faire ? Pour un bouddhiste sincère, la première étape pour sortir de ce torrent karmique infernal est de pratiquer "la vue juste" (sammâ-ditthi), première branche de l’Ariya Atth’ang’ika-Magga, le Noble Octuple Sentier. Cela commence par un examen de conscience approfondi de soi-même, de ses actes et de ses motivations ; dans le cadre de sa relation au monde animal, cela implique pour lui de constater son ignorance et son inconscience, et de partir à la découverte des réalités du monde des animaux [9]. Ensuite, il lui faut agir en fonction de sa conscience, et modifier ses habitudes de vie.

Notes :

[7] "Je rends à la liberté tous mes animaux, je leur laisse la vie. Qu’ils mangent librement de l’herbe, qu’ils boivent librement l’eau fraîche, qu’ils jouissent de la douceur du vent soufflant sur leur corps." - Aggi Sutta (lien -> binome4g), "Sermon sur les Feux", Anguttara-Nikâya, Sattaka-Nipâta, Vagga VI, [IV, 41-46 PTS]

[8] Au nom de la compassion (karunâ), l’une des quatre sublimes qualités que tous ses adeptes étaient appelés à développer, le Buddha très clairement prônait une alimentation végétarienne chaque fois que cela était possible.

"Jîvaka, si quelqu’un tue un animal (directement ou indirectement ; ndt) pour le Tathâgata ou son disciple, on peut dire qu’il a commis du mal par cinq fois. Premièrement, dans la pensée même de capturer un animal (c’est une idée perverse, faisant du mal à celui qui la conçoit ; ndt). Deuxièmement, du fait que cet animal ressent peur et souffrance lorsqu’il est capturé ou mené à sa mort. Troisièmement, par la pensée même de tuer (une idée encore plus perverse, faisant encore plus de mal à celui qui la conçoit ; ndt). Quatrièmement, du fait que cet animal ressent peur et souffrance pendant qu’on le tue. Et cinquièmement, du fait même de fournir au Tathâgata ou à son disciple une nourriture qui ne devrait pas leur être destinée (les bhikkhus sont des moines de charité, se nourrissant de ce qu’on leur offre - pas plus que les disciples laïques du Buddha, ils ne feront d’histoires - c’est donc un manque de respect à leur égard et un abus de pouvoir que de leur offrir la chair d’un animal qui, en définitive et quel que soit le détour suivi, a subi des souffrances à cette fin ; ndt). Ainsi, quiconque tue un animal pour en offrir la viande au Tathâgata ou à son disciple commet du mal selon ces quatre aspects (deux fois en pensée, donc à son propre égard, et deux fois dans les faits, à l’égard de l’animal ; ndt), et en plus selon ce cinquième aspect (à l’égard du Buddha et de ses disciples, ndt)." - Jîvaka Sutta (lien -> binome4h), "Sermon pour l’homme de la Vie", Majjhima-Nikâya 55

[9] Curieusement, s’il n’est plus vraiment nécessaire de nos jours de démontrer l’intelligence merveilleuse que déploient nombre d’animaux dans leurs vies de tous les jours (il existe quantité d’ouvrages fort bien documentés sur le sujet), il est par contre encore nombre de gens pour leur dénier des sentiments. Heureusement, des chercheurs ont consacré leur temps et leurs efforts à la démolition de ce type de préjugés que le Buddha, en pionnier, dénonçait déjà, et ceux qui souhaitent poser un nouveau regard sur nos frères animaux peuvent consulter, parmi d’autres, les ouvrages suivants :

[] Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy, "When elephants weep : the emotional lives of animals" (1995) ; "Quand les éléphants pleurent : la vie émotionnelle des animaux", Albin Michel 1997.

[] Marie-Claude Bomsel, "Le dépit du gorille amoureux, et autres effets de la passion dans le règne animal", Lattès 1998

[] Anne Collet, "Danse avec les baleines", Plon 1998

Sommaire

1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”

3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits

Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar

Docteur en Sciences chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
Buddhâyatana
PO box 281, American River, Kangaroo Island, South Australia 5221






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