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Régis Ribette

Complexité des mondes et reliance entre les hommes par Régis Ribette

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> Bouddhisme > Intégration > Société > Ethique et action


L’entreprise se construit en marchant sur les chemins de la complexité

Dans le monde entrepreneurial, il n’y a qu’une seule chose qui ne change pas vraiment …… c’est le changement !

Par Régis Ribette

Exposé fait lors d’un "petit-déjeuner" de GAGNER le 8 mars 2001.

Deux articles en ont été extraits pour la revue Dirigeants du CJD.

Dans le monde entrepreneurial, il n’y a qu’une seule chose qui ne change pas vraiment …… c’est le changement ! Tout s’écoule, disait déjà Héraclite, tout se transforme, on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve. Tout est en mouvement : nous-mêmes dans les fluctuations de notre monde intérieur et, bien sûr, le "courant" de notre environnement, celui des mondes qui nous sont extérieurs. Ainsi, les chemins des conduites managériales sont doublement complexes et remplis d’incertitudes.

Cependant, dans la dynamique du siècle des lumières, les scientifiques ont cru qu’il y avait un plan de l’univers, certes compliqué par la multiplicité de toutes ses lois, mais que l’on arriverait un jour à explorer complètement. Le père du positivisme Auguste Comte disait que l’homme pourrait tout prévoir de l’évolution de nos différents mondes, mais nous savons, depuis les travaux du mathématicien Henri Poincaré Henri Poincaré (1854-1912) a découvert les mouvements chaotiques à partir de l’étude du mouvement de trois corps dans l’espace. En 1889, il remporta le prix mis au concours par le roi de Suède, entre tous les géomètres du monde, sur le Problème des trois corps et les équations de la dynamique. et surtout depuis ceux de Benoît Mandelbrot et des théoriciens du chaos, que les mondes dans lesquels nous vivons sont structurellement complexes et conséquemment imprévisibles.

Les chemins du vivant sont pleins de bifurcations inopinées mais, si l’on représente l’évolution d’un système complexe dans un espace graphique, on constate l’existence de cycles d’équilibre dénommés "attracteurs étranges" Ou attracteurs de Lorenz qui, le premier, mit les phénomènes chaotiques en évidence en étudiant concrètement les problèmes liés aux prévisions météorologiques dans l’atmosphère. Dans le domaine des systèmes dynamiques non linéaires, très sensibles aux conditions initiales, un battement d’ailes de papillon à Hong-Kong peut créer une tempête au-dessus de New York. Philosophiquement, la théorie du chaos signifie que l’action d’un individu donné peut avoir des conséquences fortes au niveau d’un univers social complexe qui n’est pas linéaire. C’est tout à fait réconfortant pour ceux qui investissent sur chaque personne humaine espérant qu’un individu soit capable, à lui seul, de faire "bouger" son propre milieu.

Voir le tome 2 de l’Encyclopédie des Ressources Humaines, Térence, L’Homme, ressource stratégique, Les Editions d’Organisation, 1993.. On ne peut prévoir le tracé précis de la "trajectoire" figurant le mouvement du système étudié, on sait seulement que le point final va se trouver "quelle que part" sur un attracteur étrange ! Ainsi, dans nos modèles de représentation du monde, le déterminisme chaotique non linéaire est venu compléter récemment le déterminisme causal linéaire de la science traditionnelle.

De plus, la réalité profonde du monde extérieur est insaisissable ! En effet, "la réalité de sa réalité" n’est qu’une représentation mentale subjective que l’homme construit à la frontière de son monde intérieur et des mondes qui lui sont extérieurs.

Chacun construit sa propre représentation de l’univers à l’interface de ses propres structures internes et des structures externes environnantes.

Nécessité de démarches managériales "doublement constructivistes" conjuguant : individuel et collectif ; gestion prévisionnelle et gestion préventive

Dans l’ingénierie traditionnelle, on part d’objectifs à atteindre puis, par les méthodes de la gestion prévisionnelle, on gère la transition du présent au futur, c’est-à-dire que l’on trace le chemin de l’action, en optimisant l’utilisation des ressources disponibles .

Etymologiquement prévoir signifie, voir avant, connaître par avance. La gestion prévisionnelle consiste à "visualiser" différents scénarios imaginés du futur puis, par l’organisation de l’action, à raccorder la situation présente au futur retenu. C’est possible, non seulement quand le milieu dans lequel on agit n’est pas trop complexe, mais aussi quand l’ordre interne de l’entreprise n’est pas remis en cause par de nombreuses et fréquentes "révolutions internes". Par contre, quand les projets des différents acteurs individuels ne sont pas stabilisés et quand les événements de l’environnement sont eux-mêmes flous et imprévisibles, il faut utiliser des cheminements "doublement constructivistes" Dans le constructivisme dont Piaget fut un des pères fondateurs, l’important est plus dans la conduite sur le chemin de l’action que dans la définition à priori des buts à atteindre.

Le chemin est plus important que le but, disait Goethe. laissant le temps aux acteurs, non seulement d’exprimer leurs pensées, mais aussi de faire évoluer leurs représentations mentales de la réalité externe, afin de prendre en compte les données de leur propre environnement, elles-mêmes évolutives car fonction de l’avancement et de la réalisation matérielle du projet collectif.

Projets individuels et projets collectifs se construisent en interactivité permanente Projets individuels et projets collectifs, construction et régulation, tome 4 de l’Encyclopédie des Ressources Humaines, Térence, Les Editions d’Organisation, 1994..

Autonomie et responsabilités accrues de chaque acteur dans des marges grandissantes de liberté des organisations, mais également fédération des intelligences individuelles sont les réponses à la problématique de la complexité croissante et de l’insaisissable certitude. Le bon fonctionnement d’un maillage en réseaux des compétences et des motivations humaines nécessite de savoir "prévenir" individuellement un devenir collectif imprévisible. En effet, si prévoir c’est "voir avant", prévenir c’est "agir avant", avant même de connaître le but précis et l’essentiel de la "gestion préventive"est de se mettre en route …… la finalité n’émergeant qu’au bout du chemin.

S’il faut cependant continuer de "prévoir" pour s’efforcer de gérer collectivement un futur déterminé de façon volontariste, simultanément chaque acteur doit "prévenir", c’est-à-dire agir individuellement pour aller au-devant des futurs incertains. Ainsi, la gestion préventive doit venir compléter la gestion prévisionnelle, répartissant dans les organisations humaines la gestion de la complexité et de l’incertitude" entre plusieurs "pilotes", à condition toutefois que les acteurs apprennent à mieux gérer leurs propres ressources humaines pour cheminer efficacement et que leurs cerveaux soient reliés par un réseau communicationnel suffisamment opérant.

Reliances entre les hommes et développement des intelligences collectives

Après avoir rappelé la proximité sémantique de complexité avec le latin complexus qui signifie "tisser ensemble", Edgar Morin affirme que la reliance est la réponse à la question posée par la complexité du monde.

"Tisser ensemble" les intelligences a été, tout au long de l’histoire de l’humanité, une quête permanente, par la parole aux aubes de l’humanité à la chasse et dans les cavernes autour des feux, puis par l’écrit surtout après Gutenberg Ainsi, on aurait pu appeler l’époque de Gutenberg, celle des NTIC (les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) et pourquoi pas celle de la "nouvelle économie" ! en permettant aux hommes de mieux se relier dans l’espace à d’autres hommes et dans le passé à des hommes disparus, enfin, ces dernières années par le développement fulgurant des réseaux électroniques - tel Internet - offrant, dans les différents moments du temps et dans la pluralité des lieux, de nouvelles voies pour construire d’autres reliances entre les hommes.

C’est grâce aux tissages des intelligences individuelles et collectives que se développera l’innovation Le système de pilotage doit avoir plus de "variété" (loi d’Ashby) que le système à piloter. Il doit être "plus complexe" que "la complexité" à gérer, d’où l’importance pour le pilotage d’être innovant. nécessaire au pilotage des systèmes complexes du monde.

Ainsi, la variété managériale utile à la maitrise de la complexité peut émerger concrètement d’un meilleur "tissé ensemble" de la Parole, de l’Ecriture et de l’Ecran.

Ces nouvelles intelligences sont à construire par tous ceux qui estiment que les idéologies monolithiques de gestion d’hier ont montré leurs limites et qu’il faut, chemin faisant, inventer une nouvelle gouvernance des organisations autour de valeurs plaçant l’homme au centre de toute chose Selon la définition de l’humanisme donnée par Cicéron.. Cette nouvelle alliance entre les hommes, pour un univers humain solidaire, pluriel et responsable Voir sur Internet dans le site re-liance.net, l’Alliance Térence mais aussi l’Alliance pour un monde solidaire et responsable …… étoile, elle aussi, de première grandeur dans la galaxie Re-liance. Le site Internet re-liance est géré par le Cadippe. Le Cadippe, ou Comité d’Action pour le Développement de l’Intérêt des Personnes au Progrès de leur Entreprise, est né au cours des années 50 de la volonté d’hommes et de femmes en position de responsabilités, désireux de substituer le débat social à l’affrontement stérile. est inéluctable à plus ou moins long terme et, si l’on ne sait pas aujourd’hui quelle forme définitive elle prendra, l’essentiel n’est-il pas de se mettre dès maintenant en chemin Se mettre en chemin avec les responsables actuels - par leur formation - et avec les responsables de demain - par leur éducation - ….. aux modalités de mise en œuvre de cette nécessaire intelligence collective. pour la construire ensemble pas à pas sur tous les chemins de la complexité du monde ? Pour cela, il faut créer de nouveaux espaces de coopération entre les hommes pour construire le monde de demain dans l’amitié, le respect de l’autre Ainsi les "associations de gestion des ressources humaines" de sept pays, Algérie, Espagne, France, Italie, Maroc, Portugal, Tunisie ont créé le 9 février 2001 à Casablanca, la "Fédération Euroméditerrénéenne des Ressources Humaines", en tant qu’espace d’expression, de coopération et de dialogue entre les hommes, pour construire le monde de demain dans l’amitié et le respect de l’autre avec pour devise : je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. et le bon usage de la nature.

"Ethique en action" et guidance sur les chemins de la complexité

Dans la multiplicité des changements tant internes qu’externes, certaines structures communes peuvent servir à la guidance de l’homme sur les chemins de la pensée et de l’action comme celles d’un référentiel de valeurs éthiques issu de l’élaboration contractuelle de "règles du jeu" entre les acteurs d’un projet commun.

L’"éthique en pensée" est le fruit d’une logique déductive à partir de grands principes comme ceux des préceptes religieux, des droits de l’homme, du code du travail ….. ou également à partir de certaines coutumes ancestrales pour la plupart issues du respect de la vie et de la nature environnante. Par contre, les chartes éthiques Les exemples ne manquent pas dans les entreprises, voir par exemples, au niveau d’un modèle "incitatif" : les principes d’action du Groupe Lafarge et, à un niveau plus "opérationnel" : le processus mis en place au sein du Groupe Suez avec des "déontologues" qui ont pour mission la rédaction de chartes "sur mesure" et le contrôle de leur mise en application (en quelque sorte leur audit). locales sont souvent élaborées de manière plus inductive "avec et par" un groupe d’acteurs et l’on y trouve des raccourcis de conduite Régis Ribette, Projets et élaboration des morales entre construits individuels et construits collectifs, Cercle d’Ethique des Affaires, Quelle gestion éthique des personnes ? n° 8 avril 1998. qui servent de modèles implicites pour le développement des cohésions sociales.

Toutefois, ces différentes règles du jeu déductives et/ou inductives peuvent parfois s’opposer et entraîner chez les décideurs des cas de conscience insolubles.

Ainsi, récemment l’opinion publique a obligé un producteur de ballons fabriqués par de jeunes enfants de pays pauvres à changer de fournisseur. Du coup, ces enfants qui n’avaient déjà pas grand-chose pour survivre ont reçu encore moins ! Quel paradoxe ! Peut-être, existait-il d’autres voies possibles comme celle mise en œuvre par un grand groupe de distribution qui, avec la partie de la marge financière dégagée entre un bas prix de revient et un prix de vente élevé, finance un "système éducatif" local réservé à ces "enfants producteurs". Mais il est vrai que ceux qui ne peuvent s’empêcher de juger "au nom de certains grands principes" accuseront ces entreprises de paternalisme, si ce n’est même de néocolonialisme !

Les situations humaines sont complexes, souvent paradoxales et en impasse quand les rapports entre les hommes ne sont pas marqués du sceau de l’humanisme, de l’amitié et de la confiance. Ainsi, au-delà des démarches inspirées par les dogmes, les modes ou les courants d’opinion, il y a une méthode qui commence à se développer, celles d’une recherche d’éthique à petit pas, c’est-à-dire une démarche inductive et constructiviste. Dans une approche en quelque sorte casuistique, c’est un "constructivisme" progressif de type réflexif et itératif dans lequel la conscience de l’individu et conséquemment celle de la collectivité se développe pragmatiquement dans l’action et dans le respect de chaque personne. Cette "éthique en action" a besoin de chaleur humaine, bien que l’homme chemine seul dans un monde qu’il construit et qui le construit. Le grand biologiste Dobszansky écrivait : En changeant ce qu’il connaît du monde, l’homme change le monde qu’il connaît ; en changeant le monde dans lequel il vit, l’homme se change lui-même. Un verset du Coran, dit que Dieu changera le monde quand l’homme modifiera le regard qu’il porte sur le monde.

Alors, pour avoir une meilleure maîtrise de soi et du monde, comment moduler son propre regard sur les multiples choses qui influencent toute vie ?

Comment apprendre à connaître Connais-toi, toi-même ….. et tu connaîtras l’univers et les dieux. et à gérer ses propres ressources humaines et selon quelle maïeutique socratique "accoucher" de son projet personnel ?

C’est à chaque personne d’être responsable de son projet de vie et de construire son propre chemin ….. en cheminant avec nos grands anciens, les philosophes, les artistes, les poètes, les hommes de pensée et d’action qui au fil des siècles ont fait émerger les valeurs humaines qui sont aujourd’hui les fondations de nos différentes communautés culturelles. Le poète, carthaginois et romain, Térence peut être la figure emblématique de ce projet d’alliance, grâce à sa formulation il y a plus de deux millénaires de cette pensée qui nous relie encore aujourd’hui :

Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger

Mars 2001

Reliance


http://www.re-liance.net/





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