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L’économie solidaire - Conversation avec Jacques Archimbaud

L’économie solidaire est à la fois dans le marché et en dehors du marché, à cheval sur le marchand et le non - marchand, elle est en effet dans le don, le troc, c’est pour ça que d’aucuns parlaient de marché solidaire, de marché du sens, ou de marché alternatif et solidaire

Par La Vie Nouvelle

Pour avoir été longtemps responsable du REAS, Jacques Archimbaud est aujourd’hui conseiller de Dominique Voynet pour le développement local et l’aménagement du territoire. C’est on implication militante dans l’économie solidaire qui nous intéresse aujourd’hui.

L’économie solidaire

L’économie solidaire est à la fois dans le marché et en dehors du marché, à cheval sur le marchand et le non - marchand, elle est en effet dans le don, le troc, c’est pour ça que d’aucuns parlaient de marché solidaire, de marché du sens, ou de marché alternatif et solidaire. Vous faites de l’alimentation naturelle aujourd’hui qui a une évidente fonction de santé, une évidente fonction d’aménagement du territoire, vous êtes sur le marché, vous êtes en concurrence avec d’autres produits, d’autres... c’est pour ça que l’économie solidaire ne s’enferme dans aucune catégorie de public, aucune catégorie de produit, on peut tout faire en économie solidaire, sauf ce qui n’est pas solidaire, on peut faire de l’industrie,

Citoyens ? même de la promotion immobilière ?

on pourrait faire de la promotion immobilière, bien sûr, il y a des tas de gens qui s’en sont occupés, à but humaniste, la solidarité face au logement... on peut avoir une vision de l’économie, qui ne soit pas une catégorie de produit ou de public, c’était mon territoire, qui ne soit pas une économie de la relégation. J’ai souvent dit ça aussi : c’est une autre façon de produire de la richesse qu’une entreprise classique, et une autre façon de produire de la solidarité que l’état. Parce qu’on vit dans une société où en gros l’état est censé répartir de la richesse produite par les entreprises. Non, là on est dans un même mouvement. C’est l’élan qui fait la vitalité des gens et des réalisations,

L’économie solidaire : combien de bataillon ?

Il y a des outils de connaissance. Désormais, il y a des comptes par région, des comptes pour le logement, etc. On pourrait très bien imaginer une sorte de comptabilité nationale du secteur sanitaire par exemple, qui résumerait, récapitulerait, la partie bénévole. Il y a eu des recherches sur ces questions là, des agrégats du "compter autrement". On vient de faire 22 consultations régionales des comités d’économie solidaire, et voilà que l’on découvre qu’il y a du monde qui vient à ces consultations, indépendamment de leur qualité parfois inégale, il y a 250, 300 personnes. Ils n’imaginaient pas ça.

Stupéfaction, dans le nord, le préfet dit que l’économie sociale et solidaire, ça fait 8% de l’activité locale. Ca commence à faire des unités qui comptent. Evidemment, ce qui n’est pas du tout compté, c’est ce que ça permet de faire comme économie, des logiques de précaution, d’anticipation ; ce que ça évite comme dépense et comme coût social et coût environnemental, ça ce n’est pas compté, ce n’est pas étudié. Pourtant c’est complètement fondamental, on peut tout-à-fait imaginer, la comptabilité en terme de durabilité de la production et des services qui vaut aussi pour l’économie globale, on va y venir. Quand on réfléchit éco-taxe, ou éco-fiscalité, en impôts positifs ou négatifs, il y a toute une série d’externalités qu’on n’a jamais comptabilisé jusqu’à présent, les émissions de gaz - effet de serre -, la pollution des sols, c’est intéressant, quand on me dit : « vous, les opérateurs d’énergie nucléaire, vous n’avez pas intégré dans vos calculs les coûts de démantèlement des centrales, de la gestion pure, pour le traitement des déchets ».

Est-ce qu’on peut parler d’économie solidaire autrement qu’en parlant « d’entreprendre » ? Est-ce que le mot « entreprendre » veut dire « entreprise », pour être plus précis ?

Le langage de l’entreprise est un langage qui m’intéresse. C’est le langage d’une aventure personnelle, d’une aventure collective, il y a une dimension de prise de risque, une importante prise de risque, il y a une dimension d’engagement, de reconstitution de la totalité sociale, et puis une dimension de responsabilité. Effectivement, ce n’est pas seulement (avec un grand E ou avec un petit e). Il y a quelque chose de commun entre l’économie solidaire et l’économie classique. Ce n’est pas seulement qu’il faut tenir un compte de bilan, un compte de résultat, ça va rembaucher, ça va licencier, les quatre actes fondamentaux ; ce n’est pas seulement pour ces raisons là. C’est plutôt que dans la relation même à son activité, il y a quelque chose qui est du domaine de la cohérence. C’est-à-dire que, il y a des modèles de vie où le banquier refuse d’ouvrir un crédit dans la journée, et va dans des cigales le soir, ou à La Vie Nouvelle pour faire autrement. L’idée de l’entreprise solidaire, c’est aussi l’idée d’une cohérence. C’est l’idée d’un acte économique dans lequel on remet du sens. C’est piégé dans une seule forme. Une entreprise associative, une entreprise coopérative, une entreprise mutualiste, une entreprise tout court, - un système d’échange, c’est une entreprise - une monnaie artificielle, Économie solidaire, c’est comme argent, éthique, c’est comme argent solidaire, - ce n’est pas à vous que je vais raconter ça - c’est la volonté de réconcilier, de remettre du lien, là où l’économique traditionnel a mis de la distanciation, on a dans l’idée de l’économie classique l’idée de la compétition, - la compétition négative d’ailleurs, pour tuer, la compétition pour détruire -. Moi je suis prêt à filer le paradoxe. C’est-à-dire concurrence solidaire, profit solidaire, capital solidaire, travail solidaire, technologie solidaire, on peut mettre du solidaire, pas seulement par plaisir de mettre des mots au bout des mots, mais parce qu’au fond c’est quand même une volonté de remettre de la cohérence, du sens, là où l’économie a eu tendance à séparer l’homme de son produit, l’argent de son utilisateur, l’entrepreneur du salarié. C’est comme quand on dit : dans une coopérative il y a des salariés entrepreneurs, des patrons salariés, c’est un mélange de l’eau et du feu mais c’est de fait la tentative d’avoir les avantages de deux systèmes qui apparemment sont inconciliables. Il y a quelque chose de cet ordre là.

Concrètement ? Ca rejoint bien évidemment le problème des statuts, mais pas seulement. Ca rejoint les problèmes de système … il y a certainement quelque chose de spécifique là-dedans.

Avec l’argent solidaire, je crois qu’on est dans une contradiction. C’est-à-dire que tous les gens qui mettent de l’argent, du capital, du financement, du prêt, dans des activités, par solidarité, dans les activités solidaires, ne peuvent pas suivre complètement l’usage social et solidaire de cet argent. Parce qu’on n’a pas le temps, parce qu’il y a le coté : je donne, et je ne contrôle pas. Néanmoins, je crois qu’il est très important, qu’il y ait une sorte de cohésion qui s’organise entre l’argent et l’utilisateur, entre l’entrepreneur et le financeur... que l’argent ne soit pas le seul lien, parce que sinon on aurait des phénomènes de guichets, des phénomènes de déresponsabilisation. Ce sont les « cigales ». Il y a un contrôle permanent pendant 5 ans, on ne sait pas si on retrouvera son argent mais on contrôle ce qui est donné, et puis 5 ans après on recompte. En même temps il ne faut pas qu’on abandonne tout dispositif de risque. Il n’y a pas de solidarité sans risque. Si je mets de l’argent et que j’attends qu’il revienne, je peux dire que la solidarité porte sur le fait que je ne consomme pas une partie de l’épargne, et que ça m’aurait rapporté si j’en avais fait un autre usage. En théorie. Je crois vraiment qu’il faut culturellement accepter l’idée du risque. L’idée de la fraternité, du partage, de la souffrance, de la douleur. En même temps, comme je ne peux pas fonctionner seulement sur la souffrance, du risque, il faut s’adresser au plus grand nombre et à l’humain tel qu’il est constitué, il faut qu’on ait cette notion de garantie aussi. Ce qui est difficile, c’est qu’en général les systèmes d’argent solidaire ne partagent pas vraiment le risque. C’est-à-dire que les banques prennent très peu de risque. Dans la relation bi-polaire c’est l’emprunteur qui prend le plus gros risque. Dans l’argent solidaire, c’est celui qui prête l’argent qui prend le risque.

Est-ce qu’une meilleure connaissance de ce qu’est l’économie solidaire peut faciliter le drainage d’une épargne plus solidaire ? Est-ce que l’argent solidaire peut se contenter d’une non-rémunération de l’argent, finalement ?

Je crois que le principe même que l’argent soit de l’argent au fond n’est pas scandaleux. Parce que c’est l’arbitrage d’usage. Après c’est un vieux problème de théologie, sur l’usure. Et sur la position des emprunteurs. En gros on tombe sur des critères d’acceptabilité sociale, d’acceptabilité de vie, et cette acceptabilité ne peut être produite que dans des négociations. C’est forcément une relation arbitrée, négociée, médiatisée, avec ce que ça signifie d’humain, de lien, de négociation, de palabres, enfin.

Est-ce que l’économie solidaire telle qu’on la définit là rime avec auto-gestion ?

Je ne suis pas sûr que ce soit ... enfin, si c’est auto gestion, mais c’est gestion plus quelque chose. C’est autonomie plus solidarité. C’est quand même la conscience des interdépendances, et il y a une vraie recherche sur la finalité du produit. C’est quand même ce que ça ajoute : la recherche d’une qualité de produit social, environnemental, la recherche d’un droit de suite d’une évaluation positive de l’impact réel de ces actes. C’est pour ça que c’est une économie de la proximité, du prochain. Mais c’est aussi une économie du lointain. J’insiste beaucoup là-dessus. L’économie solidaire est une économie du lointain, elle est aussi l’économie de celui qu’on ne connaît pas. Quand je produis de L’OGM, ce qui est en cause c’est le problème environnemental certes, mais aussi le problème de ce que cela génère comme impact sur la campagne, la dépendance du paysan vis-à-vis du semencier, la dépendance du paysan du sud vis-à-vis de la multinationale agro-alimentaire du nord. La solidarité du lointain repose sur la précaution, la conscience, l’interrogation. C’est le problème du « changer la société, changer soi-même ». Il y a quand même une dimension de la conscience humaine. On ne peut pas construire l’économie solidaire seulement là-dessus, sur la réforme de l’homme, mais sans ce processus par lequel il essaye de faire autrement, il n’y a pas d’économie solidaire.

Vous dites qu’il y a l’exigence de rendu de l’argent qui a été prêté. Il y a quand même un engagement de la part de ceux qui ont emprunté, un accord, une volonté de vouloir aller plus loin, donc c’est un individu qui est engagé et non la banque qui vous dit : vous, entreprise, si vous ne rendez pas des comptes, vous allez disparaître. Dans le cas présent, tout le monde est agréé dans l’affaire.

Oui, c’est tout-à-fait vrai, il n’y a pas d’argent solidaire sans relation, sans lien, sans tractations, sans paroles. Mais en même temps, il n’y a pas d’argent solidaire sans confiance, et donc sans possibilité de médiation. C’est-à-dire que, dans le principe de la médiation par un organisme bancaire, un organisme institué, il n’y a pas que de la déresponsabilisation, - ça s’est traduit par ça, de l’anonymat - on peut imaginer qu’à la limite je fasse confiance à une institution pour qu’elle soit solidaire. Ce n’est pas une institution en général qui est déresponsabilisante, anonyme, et qui empêche le lien. On peut imaginer une banque dont les agents pensent « combien de temps durera-t-elle », et qui essaye de construire des professionnalités. Il y a un coût d’instruction des dossiers, un coût d’accompagnement, un coût en temps, et même un coût en argent qui est considérable. Il me semble qu’il est important aussi de ne pas toujours se dire que la solidarité passe par un contact direct. C’est paradoxal, mais quand même. J’ai ma société à moi, Garrigue, j’y ai 10 000 francs, j’ai confiance dans mes gestionnaires, parce que j’ai un contact. Il y a toujours un moment de visibilité. Ce que je veux dire, c’est qu’il peut y avoir une médiation. J’ai confiance dans l’ONG Artisan du Monde, et dans la coopérative Artisan du Monde, et je vais mettre mes 10 000 francs, mes 50 000 francs, là-dedans, parce que je sais qu’il y a toujours un acte de confiance. Mais cet acte de confiance, s’il est direct, il n’est pas toujours avec l’utilisateur. Il faut qu’on fasse société aussi. On n’est pas seulement dans le face à face des relations inter - individuelles, on est aussi à faire du « circulant », c’est de la médiation large, de la confiance large. C’est la confiance qui peut être aussi anonyme, c’est la confiance retrouvée.

Ce que je veux dire, de même qu’on pourrait enfermer l’économie solidaire ou l’épargne solidaire dans une épargne publique, de service, de catégorie de produits, de catégorie de pauvres, on pourrait aussi l’enfermer dans la proximité. Je crois que si elle naît dans la proximité ou dans le contact, il faut qu’elle soit capable d’aller plus loin, de refaire société. Travailler sur du grand nombre. L’économie solidaire n’est pas qu’une pratique d’excellence. Elle est une pratique qui vise à banaliser les excellences.

Elle vise à humaniser l’excellence.

A la rendre accessible au plus grand nombre. A celui qui est le plus humble. Là où vous avez gagné dans un quartier populaire, c’est quand vous collectez sou après sou de l’épargne, du don, pour de vraies causes invisibles. Pour des causes qui sont perçues comme ayant du sens, ou un acte différé. Et là on est en plein dans la politique. C’est-à-dire que la politique doit aider à l’organisation de ces circuits, de ces formes de socialité positive... Si on change de fonction, c’est notre rôle.

Vous avez des pistes ?

Oui, je crois qu’une des pistes c’est la jeunesse. Je crois beaucoup que ces choses qui nous apparaissent à nous qui avons marché déjà, comme une demande spontanée des jeunes. Il y a des gens qui veulent faire carrière dans l’économie solidaire. On rencontre des jeunes qui disent ça, ça paraît absurde. Il y a 15 ans ça m’aurait paru absurde. Finalement, je me dis que non, après avoir réfléchi et essayé de comprendre, les gens ont cette recherche de cohérence que l’on a tous eu. J’ai souvent l’habitude de dire que la génération d’avant s’est désidéologisée au fur et à mesure de la perte des pratiques, tandis que la génération qui vient, qui est très désidéologisée à priori, se charge en valeurs au fur et à mesure qu’elle y rentre.

La question du sens reste au cœur.

oui, valeur, valeur, valeur. Le jeu de mots, c’est ’valeur’. Valeur économique, valeur éthique, valeur ... C’est pour moi une base.

Propos recueillis par Alain Manac’h, Didier Varboom, François Deroin

Avril 2000

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
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Tél. : 01 55 35 36 46


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