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> Bouddhisme > Intégration > Société > Tibet


L’école des larmes

Takho, correspondante de BuddhaLine à Katmandou, raconte
les années éprouvantes passées à l’école chinoise.

Par Takho

Originaire du Tibet que j’ai dû fuir en 1993, je voudrais partager avec vous quelques souvenirs de ma vie au Tibet.

Comme vous le savez, il y a trois provinces au Tibet et ma famille vient du district de Ngawa, dans la province de l’Amdo. L’Amdo est très grand et comporte différentes régions. Dans notre partie de l’Amdo, les Chinois sont nombreux de sorte que les Tibétains de l’Amdo parlent le chinois mieux que tous les autres Tibétains. Dans notre région, il y a plusieurs écoles, mais elles sont chinoises pour la plupart, seulement quatre sont des écoles tibétaines. Et il est très rare que les gens envoient leurs enfants dans les écoles tibétaines parce que les diplômes qu’on y obtient ne permettent pas d’avoir un bon métier plus tard. Les parents, même tibétains, préfèrent que leurs enfants aillent à l’école chinoise, c’est le cas de mes parents qui m’y ont inscrite sans plaisir. Mais c’était la seule possibilité pour moi de faire de vraies études et j’ai donc passé plus de six années dans une école chinoise.

Le nom de notre école était Chenkar Sho et il y avait autant d’élèves tibétains que chinois. Nous étions environ quatre cents, avec une vingtaine d’enseignants (je n’ai pas des chiffres exacts en tête). Peu importe que les élèves soient tibétains ou chinois, tous doivent parler chinois. C’est vraiment triste parce que si nous, les Tibétains, parlons tibétain entre nous, et qu’un professeur nous entend, nous avons un avertissement et sommes punis. Et ce qui m’a toujours fait le plus de mal est de voir plusieurs professeurs tibétains qui ne nous parlaient jamais en tibétain et qui nous blâmaient et même nous punissaient s’ils apprenaient que l’un d’entre nous avait parlé tibétain.

Dans ces écoles, il y a une très forte discrimination entre les élèves en fonction de leur origine familiale. Les plus respectés, ceux pour qui on a le plus d’égards, ont des parents qui sont officiers dans l’armée chinoise. Mais on n’aime pas les élèves qui, comme moi, viennent du village voisin. Et, comme à l’époque mon grand-père s’était exilé, on avait coutume de me dire qu’il était un ennemi des Chinois. Je ne comprenais pas trop, quand j’étais petite, quelles étaient réellement les activités de mon grand-père et de ma famille mais je pleurais à cause de la discrimination dont j’étais l’objet.

Heureusement, après six années dans cette école des larmes, mes parents m’envoyèrent en Inde. Et quand je suis arrivée au TCV, quelle peine et quelle honte j’ai eues de ne pouvoir parler le tibétain de Lhassa ! Je ne connaissais que le dialecte de l’Amdo mêlé de chinois. Par chance, une des enseignantes du TCV, Ghawang Dolma, qui était mon professeur de tibétain, parlait aussi très bien le chinois. Nous pouvions donc parler chinois et grâce à elle, j’ai pu apprendre à parler parfaitement le tibétain.

Donc pendant huit ans d’école au TCV, j’ai consacré la plupart de mes efforts à perfectionner la langue et la culture tibétaines, ainsi que le bouddhisme et l’histoire. J’ai aussi appris l’anglais qui me sert maintenant. Le hindi ne m’intéressait pas beaucoup mais, comme c’est obligatoire jusqu’en huitième, j’ai également appris le hindi. Mais le chinois reste la matière où je suis le plus calée. Je le parle couramment. Même si je n’aime pas le chinois, j’aimerais me perfectionner encore parce que dans l’avenir, cette langue va devenir particulièrement stratégique.

Takho explique qu’elle se confie à Buddha Line afin que la drame de son pays soit mieux connu. « Si mon grand-père était vivant, dit-elle, comme il serait heureux et fier de voir ce que je peux faire pour mon pays, le Tibet, grâce à BuddhaLine ! Aujourd’hui, mon oncle Lobsang Sherab est en prison. J’espère qu’il sera libéré bientôt et qu’un jour il pourra dire au monde toutes les souffrances qu’endurent les prisonniers politiques sous l’occupation chinoise.

Votre Takho du Tibet libre qui vous aime pour toujours ! »






Buddhaline

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Cabinet Freling