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L’art de se guérir

Par Thich Nhat Hanh

Enseignement inédit au village des Pruniers, juillet 1996

S’arrêter, condition première de la guérison

Vous avez déjà fait l’expérience d’une très grande souffrance - il vous est arrivé quelque chose et vous avez cru que vous n’y survivrez pas. Comment supporter une aussi mauvaise nouvelle, une telle douleur ? Pourtant vous avez survécu. Vous avez traversé cette période et vous avez prouvé que vous pouviez supporter ce degré de souffrance. Cela montre que votre conscience sait comment survivre. Vous vous dites : « Le temps guérit ». Mais le temps, à lui seul, ne peut guérir votre souffrance. Ce n’est pas l’habitude de la souffrance qui guérit. Non. C’est votre conscience qui sait comment se soigner. Vous devez lui faire confiance parce que, dans votre conscience, il y a le Bouddha, il y a le siège de l’amour, la compréhension. Si vous leur permettez de se manifester, votre conscience pourra se soigner.

Or qu’en est-il de votre conscience, votre esprit ? Quelle pratique faire ou ne pas faire, afin que conscience et esprit puissent se reposer ? Nous ne devrions pas perdre notre temps à entretenir des idées, même de merveilleuses idées, à propos de l’Eveil, le nirvana, l’état de Bouddha, ce genre de choses. Nous devrions nous en tenir à la réalité, les os de la pratique.

Par quoi commencer ? Par samatha. Samatha c’est simplement s’arrêter. Debout devant un jeune arbre, vous regardez ce jeune arbre. Vous vous tenez devant l’arbre et faites en sorte de vous arrêter. Vous inspirez et expirez de manière à cesser totalement de courir dans votre esprit et votre corps.

L’an dernier en Chine, nous avons vu à un carrefour le signal “stop”. Et le mot chinois pour « stop » est le même que les Chinois utilisent pour traduire samatha. Un jour, je me trouvais devant ce signal et j’ai pratiqué la respiration en lui souriant. Je me suis vraiment arrêté. C’était comme se tenir devant le Bouddha qui m’aurait fait signe de m’arrêter. On respire, on est là, mais on s’est totalement arrêté. C’est une chose merveilleuse de s’arrêter. En s’arrêtant ainsi, le calme devient possible. La paix devient possible et, avec elle, la guérison.
Tant que vous continuez de courir - courir après quelque chose ou courir pour échapper à quelque chose - la course continue. Vous ne vous êtes pas arrêté, vous ne connaissez pas la paix. Donc apprendre à s’arrêter est extrêmement important. Parce que s’arrêter, être calme, être en paix est la condition première de la vue profonde, vipasyana. Vipasyana est la pratique du regard intérieur, la contemplation. La méditation consiste à s’arrêter, être en paix, regarder profondément. S’arrêter aide à se reposer, se calmer, s’apaiser, ce sont les conditions premières de la guérison.

Ensuite, regarder est facile, une fois qu’on s’est arrêté. Vous regardez la nature de votre maladie, vous regardez la nature de votre douleur, vous commencez à acquérir la vue profonde, vous commencez à comprendre. Cette compréhension vous soulage complètement de la douleur. C’est ce qu’on appelle le salut par la sagesse. Nous ne parlons pas de salut par la grâce dans le bouddhisme. Nous parlons de salut par la sagesse, par la compréhension, par prajña. Prajñaparamita est la sagesse qui vous transporte sur l’autre rive, l’autre rive de non-souffrance.

Toucher la terre, une pratique de guérison

L’une des vues les plus profondes que vous puissiez vous efforcer d’obtenir est la vue du non-soi. Mais le non-soi n’est pas une théorie, une doctrine ou une philosophie. Le non-soi est seulement la vue qui doit être touchée directement par la pratique. En tant que pratiquant, nous ne devons pas parler du non-soi d’une façon qui serait sans rapport avec notre vie de tous les jours. J’ai recommandé que tous les amis qui viennent ici au village des Pruniers pendant l’été apprennent et pratiquent le toucher-de-la-terre. Toucher la terre est une des nombreuses pratiques que nous faisons au village des Pruniers afin de toucher la nature de notre non-soi. C’est une pratique très efficace de guérison. Elle guérit le corps et l’esprit. Nous devons faire cette pratique tous les jours.

Vous vous tenez ainsi, mains jointes sur la poitrine, devant un arbre par exemple, ou le ciel bleu, ou un dandelion, ou la statue du Bouddha, ou ce que vous voulez - parce que toute chose a en soi le Bouddha, cette dimension ultime. Se prosterner devant toute chose est bien, la lune, l’étoile du matin... Vous laissez advenir votre vraie présence et vous êtes là à cent pour cent de vous-même. Alors vous vous prosternez et touchez la terre. Touchez la
terre de vos pieds, vos bras, votre front. Touchez-la profondément, pas à moitié.

Parce que dans cet acte, vous vous rendez. Rendre quoi et à quoi ? Vous rendez le moi, l’idée du moi. Penser que vous êtes une entité séparée, est la cause racine de votre souffrance. Quand vous touchez la terre profondément - la terre peut être votre mère, votre père, la base de votre être, vous-même - vous rendez l’idée d’exister séparément.
Puis vous souriez et écartez les mains. Le fait d’écarter les mains, paumes tournées vers l’intérieur, veut dire « Je ne suis rien ». Il n’y a rien - ni mon intelligence (nous sommes très fiers de notre intelligence), ni nos talents, ni nos diplômes, ni notre position sociale. Nous sommes fiers de beaucoup de choses que nous avons ou que nous sommes, mais quand nous nous tenons ainsi, nous sourions et savons, nous savons que tout cela nous a été transmis par nos ancêtres.

Nous sommes unis dans le courant de la vie

Si vous avez une belle voix, n’allez pas croire que vous êtes à l’origine de cette belle voix. Elle vous a été léguée par vos ancêtres, vos parents. Si vous avez un talent de peintre, ne pensez pas que vous avez créé ce talent. Il vous a été transmis comme un germe. Ainsi tout ce que vous avez cru être vient du cosmos, de vos ancêtres. Donc en premier lieu, lorsque vous touchez la terre, vous vous reliez au cosmos. L’eau en vous, la chaleur en vous, l’air en vous, le sol en vous, appartiennent à l’eau hors de vous, au sol hors de vous. Sans les forêts, comment existeriez-vous ? Sans votre père et votre mère, comment pourriez-vous être ici en ce moment ? C’est pourquoi vous dites, avec sagesse, que vous n’êtes rien. Tout ce que vous pensez et avez pensé être, vous l’avez reçu du cosmos, de vos parents - y compris votre corps.

Soudain le non-soi émerge comme une intuition. Vous appartenez au courant de la vie. Si vous avez de la haine pour votre père, si vous pensez que votre vie a été détruite par votre père, que vous ne voulez pas voir votre père - vous le pensez par ignorance. Parce que si vous touchez la réalité du non-soi, vous voyez très clairement que vous êtes votre père. Vous êtes juste la continuité de votre père et votre père est la continuité de votre grand-père.

Nous sommes unis dans le courant de la vie. Penser que vous êtes une entité séparée, que vous êtes un soi indépendant de votre père, est une chose très bizarre. Parce que votre père est à l’intérieur de vous, vous ne vous en déferez jamais. Il n’y a pas d’autre alternative que de vous réconcilier avec votre père. Vous réconcilier avec lui veut dire vous réconcilier avec vous-même. Vous avez une chance d’y réussir maintenant par la pratique - de vous réconcilier avec l’autre, que ce soit votre père, votre frère, votre époux, quiconque... Vous croyez qu’il ou elle vous a tellement fait souffrir, a rendu votre vie malheureuse. Vous ne voulez plus jamais le revoir, ni avoir de ses nouvelles. Ce genre de souhait est né de votre ignorance de la réalité du non-soi. Parce que nous sommes tous ensemble. Non seulement sommes-nous tous ensemble, mais nous sommes à l’intérieur les uns des autres. Nous inter-sommes. Donc au moment de votre premier toucher de la terre, vous abandonnez votre idée du soi, et brusquement vous relâchez beaucoup de souffrance, beaucoup de colère. Vous vous donnez une chance de faire naître dans votre coeur la compassion et la sagesse.

En effectuant ainsi la prosternation, vous n’invoquez pas un dieu pour qu’il vienne vous sauver. Vous vous sauvez vous-même. Cette pratique est réellement pleine de sagesse. Vous touchez la terre afin de lâcher prise, d’abandonner votre notion du soi et de comprendre que vous appartenez à un même courant de vie, à la réalité. Soudain vous voyez qu’il est possible de faire la paix avec telle personne. Faire la paix avec elle veut dire faire la paix avec vous. Etrange, parce que ma paix dépend beaucoup de la paix avec elle. Si je consacre du temps, de l’énergie pour l’aider à souffrir moins, soudain j’ai plus de paix et de bonheur. Je ne le fais pas pour moi, mais j’en recueille tous les bienfaits.

Quand vous voyez un petit insecte en danger, vous passez une demi-minute pour le sauver. Vous croyez faire cela pour lui, par compassion. Mais ce faisant, vous cultivez la compassion à l’intérieur de vous et son bonheur devient le vôtre. Qu’est-ce que la compassion ? C’est selon moi la capacité de se relier aux autres vivants. Quand vous vous reliez aux autres vivants, votre solitude, votre sentiment d’être coupé, disparaissent. Alors pour qui est la compassion - pour ces vivants ou vous ? La réponse est les deux.

Toute parole, toute pensée, toute action, nées de cette vision du non-soi, apportent la guérison et la réconciliation en vous et autour de vous. Il y a des amis qui ont pratiqué les cinq prosternations et les trois prosternations. Ils ont rapporté que c’est une pratique très efficace. Ceux qui la font une heure seulement en retirent un grand soulagement, ils n’ont cessé de pleurer et pleurer pendant la première heure de cette pratique. Vous le savez, c’est une pratique où l’on n’invoque pas, on n’appelle pas un dieu à son secours, mais on touche la réalité. On touche la compréhension. On touche prajña, qui a le pouvoir de nous délivrer. Donc s’arrêter, se reposer, c’est se soigner. Regarder profondément, toucher la vision du non-soi, c’est aussi se soigner, se libérer. Telle est l’essence de la méditation bouddhiste.

Village des pruniers
Centre Martineau
33580 Dieulivol
Téléphone :05 56 61 84 18


http://www.villagedespruniers.org/





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