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Mingyur Rinpoché

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> Bouddhisme > Enseignements

L’amour bienveillant et la Compassion

Par Mingyur Rinpoché

MINGYUR RINPOCHE À HALIFAX SHAMBALA CENTER - Nouvelle Ecosse, Canada

L’AMOUR BIENVEILLANT ENSEIGNEMENT 1ere PARTIE
le 21 Janvier 2004

Traducteur en anglais : Tyler Dewar
Transcription : Ed Van Damme
Editeur : Judith Smith

Le Très Vénérable Mingyour Rinpoché : " Merci à tous d’être venus ce soir, TASHI DELEG

Ce soir je souhaiterais parler de l’amour et de la compassion.

Comprendre L’amour bienveillant et la Compassion

Les qualités de l’amour et de la compassion nous protègent nous-mêmes tout autant que les autres. Le Bouddha a également enseigné que ces qualités sont spontanément bénéfiques à nous-même et à autrui, et qu’elles sont comparables à un joyau qui exauce tous les souhaits.

Il est dit que dans certains cas les joyaux exauçant les souhaits mentionnés dans les histoires ont réellement existé. Nous ne voyons plus de telles choses, mais cela sert de métaphore pour montrer ce à quoi ressemblent l’amour et la compassion. Peu importe si ces histoires de souhaits exaucés ont réellement existé ou non, elles peuvent nous servir d’illustration.

LES ENNEMIS ET LA HAINE

Quand le cours de notre esprit déborde d’agressivité et de haine, non seulement nous sommes incapables de nous aider nous-mêmes, mais nous sommes incapables d’aider qui que ce soit, et de ce fait nous ne pouvons engendrer aucun bienfait en cette vie. De plus, si l’on parle selon la perspective des vies futures, il ne nous sera pas possible d’y accomplir le moindre bien non plus.

Un exemple : Si vous êtes une personne qui, l’esprit empli de haine, ne pense toujours qu’à ses ennemis et à la manière de les vaincre, vous n’aurez jamais un moment de bonheur et de paix. Le jour, vous ne prendrez pas vos repas avec appétit. Lorsque vous vous assoirez vous ne songerez qu’à vous lever et une fois debout ne penserez qu’à vous asseoir. La nuit, vous n’arriverez pas à dormir. Et le nombre de vos ennemis ne fera que se multiplier, sans jamais diminuer.

L’esprit en proie à la colère ou à l’agressivité est obnubilé par ses ennemis et la manière de les vaincre. Il estime que celui qu’il considère comme son ennemi lui nuit ou lui nuira, et par conséquent pense à la manière de le vaincre et de remporter la victoire. L’opinion qui ressort de cette attitude c’est que l’on peut réellement vaincre ses ennemis par la colère. Mais nous constaterons qu’en réalité si nous suivons jusqu’au bout les pensées que nous inspire la colère, si nous les mettons à exécution, nous ne pourrons absolument pas vaincre nos ennemis.

Il est possible en effet de faire du mal aux ennemis jusqu’à un certain point, le point ultime étant bien entendu leur mort. Mais si nous tuons quelqu’un, alors deux ennemis se dresseront derrière celui que nous aurons tué. Et si nous tuons ces deux personnes, quatre ennemis nous feront face. Si nous les tuons tous les quatre, les ennemis se multiplieront, passant à huit et ainsi de suite jusqu’à cent - pour finir, le monde entier sera empli de nos ennemis. Nous pouvons ainsi nous rendre compte que l’esprit agressif ne peut pas réellement vaincre ses ennemis.

UNE AUTRE APPROCHE

Le traducteur : Rinpoché va vous donner un autre exemple, ensuite il vous posera une question - Ce ne sera pas une question difficile, alors vous ne devriez pas trop vous en faire. (Rires).

Rinpoché (en anglais) : Ne soyez pas inquiet.Vraiment !! (Rires)

Il y a de cela deux ou trois mille ans vivait un peuple de nomades. Partout où ils allaient, ils devaient cheminer à pied - ils ne pouvaient se rendre nulle part en voiture. Ils devaient franchir des montagnes, descendre des vallées, traverser des plaines, etc. Parfois ils tombaient sur des routes dont les très petits cailloux tranchants et les ronces leur perçaient la plante des pieds.

Ils pensèrent alors que la solution à ce problème serait de recouvrir le sol de cuir. De cette façon, les épines et les pierres ne s’enfonceraient pas dans leurs pieds. Ils rassemblèrent donc tout le cuir qu’ils purent trouver et finirent par recouvrir environ quinze à vingt kilomètres de sentier. Et, tout le cuir fut épuisé.

La question qui vous est posée est la suivante : Qu’est-ce qu’ils auraient pu faire en réalité pour améliorer la situation ?

Un étudiant : Faire des chaussures.

Rinpoché : Nous avons donc une suggestion : ils auraient pu se confectionner des chaussures à partir du cuir. Tout le monde est-il d’accord ? Même si vous n’êtes pas du même avis, vous devriez le dire. Vous pouvez apporter d’autres suggestions. (Il y eut beaucoup de rires à ce passage de l’enseignement.)

Un étudiant : Balayer les routes.

Rinpoché (en anglais) : Très bien. C’est une bonne idée.

Un étudiant : Marcher sur le côté de la route.

Un étudiant : Revenir d’où ils viennent (Rires)

Un étudiant : Construire un nouvelle route, où il n’y aurait plus d’épines ni de cailloux tranchants.

Un étudiant : Réutiliser le morceau de cuir.

Rinpoché : Merci d’avoir bien réfléchi à ce sujet (rires) et de vos réponses.

Si vous prenez juste assez de cuir pour recouvrir vos pieds, ils seront protégés où que vous marchiez. Cela revient à recouvrir la terre entière de cuir. Cette idée est la meilleure, même si à cette époque d’il y a deux ou trois mille ans il n’y avait pas d’appareils adaptés pour fabriquer des baskets non plus que des machines pour creuser des routes. Prendre juste suffisamment de cuir pour se protéger les pieds revient à recouvrir la terre entière de cuir.

De la même façon, apprivoiser son esprit de l’intérieur revient à apprivoiser tous les ennemis extérieurs. Si nous imprégnons d’attention, d’amour et de compassion le cours de notre esprit, les perceptions que nous aurons des apparences seront des expériences heureuses. La façon dont nous apparaîtrons à autrui sera également agréable. Les choses seront agréables à la fois à nous-même et aux autres. De cette manière, nous accomplirons donc deux bienfaits.

L’ESPRIT BIENVEILLANT ET L’ESPRIT MALVEILLANT

Un autre exemple : si notre esprit est empli d’agressivité, de haine et d’autres kléshas ou perturbations mentales, il ne sera jamais détendu ni ouvert - il sera toujours étroit et guindé. Avec un esprit étroit, on n’aura aucune confiance en soi. Si l’on n’éprouve aucun amour, et qu’on manque de compassion et du souhait d’être bénéfique à autrui on n’a pas le sentiment d’avoir du courage. Lorsque l’esprit est dans cet état, il se reflète dans les apparences extérieures. Les choses qui nous apparaissent extérieurement nous sembleront également désagréables.

S’il y avait deux personnes devant l’assemblée de ce soir, et que l’une d’elles avait l’esprit imprégné d’amour et de compassion, un esprit très ouvert et détendu, et que l’esprit de l’autre personne était très perturbé, très étroit, et tourné exclusivement vers son propre intérêt, elles verraient deux images différentes en regardant l’assistance.

Dans cet exemple, je ne parle pas de moi et du traducteur ! (Rires).Si il y avait deux autres personnes ! (Rires)

La personne à l’esprit en proie à la colère regarderait tout le monde en ayant une mauvaise opinion de tous. Elle regarderait chaque personne et se dirait : "Ce n’est pas une bonne personne, elle n’est pas très aimable". Elle semblerait avoir beaucoup d’orgueil et ne penser qu’à son propre intérêt. Celle au cœur aimant et compatissant percevrait des personnes aimables et bonnes. Elle regarderait et dirait "Oh, que cette personne est gentille, que cette personne est bonne". Il lui serait facile de fréquenter n’importe qui et d’être en harmonie avec chacun en toute situation.

Quelqu’un à l’esprit étroit et rempli d’orgueil ne pourra pas s’entendre avec beaucoup de gens parce qu’il verra des défauts en chacun. Et ce n’est pas tout. Il verra des défauts mineurs comme énormes - (c’est ce qui se passe) quand par exemple nous nous disputons pour des vétilles.
(Supposons qu’une personne) prenne cette tasse et la pose soigneusement juste ici, sur cette table devant moi. Quelqu’un d’autre pourra penser qu’il serait préférable de mettre la tasse de l’autre côté.

Nous pouvons prendre cette tasse et la mettre juste ici, sur cette table, devant moi.

Quelqu’un pourrait penser qu’il serait préférable de mettre la tasse de l’autre côté.
(Rinpoché imite deux personnes se querellant au sujet de l’emplacement de sa tasse)

"Non, il vaudrait mieux mettre la tasse ici !!"

Les deux personnes en viendraient à se disputer. La dispute prendrait de plus en plus d’ampleur et finirait par devenir une querelle énorme .

Pourtant au départ la question de savoir où poser la tasse n’avait pas réellement grande importance. Il est nécessaire que nous le reconnaissions. Toutefois avec un esprit empli d’agressivité et du souci exclusif de soi-même, il est très difficile de le reconnaître quand on se trouve en situation.

NOUS SOMMES TOUS LIÉS.

C’est ainsi que, lorsqu’en raison d’une telle étroitesse d’esprit nous nous engageons dans des conflits, nous ne sommes bénéfiques ni à nous-même ni à autrui. Pourquoi ne n’engendrons-nous aucun bienfait ? Parce que tout se manifeste en interdépendance. Toute chose vient à exister en dépendant de quelque chose d’autre

Pour que nous-mêmes en tant qu’êtres humains nous puissions jouir de la bonté ou des bienfaits, pour connaître cette bonté, ces bienfaits ou ce bonheur, il nous faut nous appuyer sur les autres. Sans cela, il est très difficile que quelque chose de bon nous advienne.
Etant donné que nous vivons tous en société, une société d’êtres humains réunis sur une même planète, nous devons compter les uns sur les autres. La meilleure façon de compter les uns sur les autres est de communiquer ensemble et (pour cela) d’avoir de l’amour et de la compassion. Ces derniers permettent en effet de communiquer les uns avec les autres, d’établir des liens, et de pouvoir compter les uns sur les autres. En revanche, sans amour ni compassion toute communication et tout lien avec autrui sont détruits.

Si nous avons de l’amour et de la compassion et sommes animés de l’intention de participer à cette interdépendance des êtres humains, les choses se présenteront bien pour nous-même, les choses se présenteront bien pour les autres, et cela sera bénéfique au monde entier.
Quand il en sera ainsi, nous n’aurons plus besoin d’armée ou d’une foule de lois ou de policiers.

Prenons l’exemple des abeilles qui travaillent ensemble. A l’évidence une seule abeille n’a pas beaucoup de capacité pour accomplir quelque chose. Mais lorsque que vous avez tout un essaim d’abeilles qui travaillent ensemble, regardez quelle belle ruche peut être bâtie. Même si les êtres humains essayaient de construire une aussi belle maison, ils ne pourraient le faire. En effet ce serait plutôt difficile pour l’homme d’essayer de construire une maison identique à une ruche. Et le miel ! Regardez le miel qu’elles produisent. Les abeilles n’ont pas d’armée, de force de protection ou de police, ni même des lois à respecter.

Nous pouvons aussi nous appuyer sur un exemple historique pour comprendre que l’absence de compassion et d’amour peut mener à notre propre perte. Hitler avait l’esprit empli de haine et d’agressivité, et cette haine et cette agressivité ont eu pour résultat final sa propre perte. Il s’est détruit lui-même. Nous pouvons constater que sa haine et son agressivité ne lui ont été d’aucun bénéfice.

A contrario, M. Gandhi ne pensait qu’à faire le bien de ses compatriotes en Inde. La seule possession qu’il conservât était un vêtement d’une valeur d’environ cinq roupies. (Rappelez-vous que nous parlons de cinq roupies indiennes et non de cinq dollars américains ou canadiens.) Mr Gandhi oeuvra exclusivement et sans relâche au bien d’autrui . Au final, non seulement il profita à ses compatriotes mais il devint le premier d’entre eux. En Inde il fut révéré comme le meilleur des citoyens. Nous pouvons ainsi nous rendre compte qu’une attitude altruiste permet d’être bénéfique à la fois à soi-même et aux autres

Telle est le chemin de la vérité relative- l’interdépendance de toutes choses.
Ce fondement a deux qualités essentielles : l’amour bienveillant et la compassion.
Tel est le chemin de la vérité relative - l’interdépendance de toutes choses. Ce principe détient deux principales qualités : l’amour et la compassion. Si l’on s’interroge sur les qualités ou les bienfaits qui naissent du fait d’avoir de l’amour, celui-ci ouvre l’esprit, le rend spacieux, il lui donne confiance et pacifie sa colère

LES BIENFAITS DE LA COMPASSION

Que se passe-t-il lorsque nous éprouvons de la compassion ? Lorsque nous ressentons de la compassion, nous avons du cœur à l’ouvrage - une diligence joyeuse - et sommes débarrassés de la paresse. Et ce n’est pas tout. Nous gagnons en sagesse parce que l’intention sous-jacente à la compassion, la pensée qui nous anime lorsque nous avons de la compassion, c’est d’accomplir un certain objectif : cela nous procure diligence et sagesse.

Certaines personnes pensent que si tout le monde était bon et compatissant la terre deviendrait un lieu vraiment ennuyeux, où tous seraient comme des moutons qui ne feraient en quelque sorte que paresser sans avoir rien à faire.
Il pourrait en être ainsi dans le cas où nous aurions beaucoup de paresse d’une part, et un peu de colère de l’autre, mais si nous éprouvons de façon authentique de l’amour et de la compassion, il ne sera jamais possible de devenir comme un mouton.

Lorsque nous ressentons de l’amour et de la compassion, nous visons l’accomplissement d’un certain bienfait, d’un certain objectif. Nous avons (alors) de la diligence, et de la sagesse (prajna). Pour atteindre un but il est en effet nécessaire de disposer d’une méthode. Travailler en suivant la méthode implique de travailler avec notre sagesse car méthode et sagesse vont de pair. Ainsi, en engendrant de la compassion et un amour empli de bonté, nous surmontons notre colère et notre paresse.

Nous pouvons observer l’exemple des plantes médicinales et la manière dont elles font monter notre tension artérielle si elle est faible, et la font baisser si elle est élevée.

Le traducteur : Ce sont de bonnes plantes médicinales.

Rinpoché (en anglais) : Et biologiques !!! (Rires)

De la même façon, il est essentiel que nous comprenions pourquoi il importe d’être aimant et compatissant - quelle fonction et quels bienfaits découlent du fait d’éprouver de l’amour et de la compassion. Quand nous nous engageons dans la pratique qui engendre ces qualités en connaissant les raisons d’une telle pratique, nous pouvons vraiment amener ces qualités à éclosion.

MEDITATION SUR L’AMOUR BIENVEILLANT ET LA COMPASSION

Nous progressons à travers les étapes de la vue, de la méditation et de la conduite. Jusqu’ici nous avons parlé de la vue, de l’aspect sagesse : les bienfaits qui naissent du fait d’éprouver de la compassion et de l’amour ; les méfaits qui découlent d’une absence de ces qualités ; ce dont nous souhaitons nous libérer et ce que nous voulons accomplir quand nous essayons de nous entraîner à un amour empli de bonté. A présent je vais expliquer comment procéder en méditation - comment s’engager réellement dans le processus qui fait éclore ces qualités.

Commencer par réfléchir sur soi-même

Dans la pratique de l’amour empli de bonté, nous commençons par nous considérer nous-même. Il est important de réfléchir à notre intention, à notre être fondamental, de savoir ce que nous souhaitons et ce que nous ne souhaitons pas.

Si nous réfléchissons à ce que nous sommes au sens de notre être fondamental, nous découvrons que nous sommes sains : notre corps comme notre esprit ont tous deux une nature fondamentalement bonne. En ce qui concerne le corps, nous avons ce qu’on appelle "Un précieux corps humain". Selon la perspective des enseignements bouddhiques, c’est quelque chose d’excellent et de très précieux. En ce qui concerne notre esprit, selon le Bouddha, nous avons tous la nature de bouddha. Le Bouddha (Shakyamouni) a abondamment enseigné que l’essence de notre propre esprit ne diffère pas de l’essence de l’esprit du Bouddha. De ce fait, notre corps et notre esprit sont tous deux très positifs en leur essence.

En Sanskrit le mot "être humain" ou "personne" est perusha dont le sens étymologique comporte l’acception d’une chose qui est dotée de pouvoir - exister en tant qu’être humain signifie qu’on a le pouvoir d’accomplir tout ce que l’on souhaite.

Lorsque nous réfléchissons à ce que nous souhaitons et à ce que nous ne souhaitons pas, nous découvrons que nous souhaitons être heureux, et que nous ne souhaitons pas souffrir.

Nous pouvons constater à quel point cela est vrai pour tout le monde.

Est-ce aussi vrai pour vous ?

En Europe, il y a des personnes qui disent aimer se donner des coups, et elles gagnent de l’argent en faisant cela. En réalité elles vont jusqu’à donner de l’argent à d’autres personnes pour qu’elles les battent, et se réservent des périodes de loisir pour être battues.

Pensez vous que ces personnes souhaitent le Bonheur ?
Oui, elles le souhaitent. Il est très important de comprendre que le bonheur et la souffrance sont créés par notre propre esprit. Ils n’existent pas dans le monde extérieur. Il est certain que les gens qui aiment être battus souhaitent être heureux, mais leur manière de vouloir être heureux diffère de celle des autres. La manière dont les gens souhaitent être heureux peut différer, mais le désir d’être heureux est en soi toujours identique chez tous.

Dans la pratique de l’amour empli de bonté, nous commençons par considérer notre propre personne. Nous faisons naître en nous l’appréciation du caractère positif de notre nature fondamentale et pensons : "Que ce serait merveilleux de pouvoir jouir du bonheur et des causes du bonheur !"

De même, en appréciant la nature fondamentalement bonne de notre corps et de notre esprit nous engendrons de la joie.

Reconnaître notre nature fondamentale

Du fait de ne pas reconnaître notre nature fondamentale, nous tombons sous l’emprise de l’ignorance et agissons de diverses façons marquées par son influence. Voyons donc combien nous souffrons à cause de l’ignorance et engendrons cette aspiration : "Puissè-je être libre de cette souffrance !"

Au début nous ne reconnaissons pas que notre nature fondamentale est bonne et nous impliquons dans des activités qui n’accomplissent de bienfait ni pour les autres ni pour nous-mêmes. La compassion se manifeste quand nous réalisons que malgré le fait que nous ayons une nature fondamentalement bonne et positive, nous ne la reconnaissons pas toujours, nous n’en sommes pas toujours conscients.

Prenons cette montre par exemple. C’est une montre très onéreuse qui donne deux heures différentes, l’heure de Halifax et l’heure indienne. (Disons qu’)elle est faite d’or et d’argent, et comporte des diamants. Je suis le propriétaire de la montre.
Que se passerait-il si je n’étais pas conscient d’être le propriétaire de la montre, si j’ignorais à quel point elle vaut cher, et si je ne savais même pas que c’est une montre ? Je pourrais la regarder et la mettre à mon poignet, mais je serais incapable de lire l’heure.

Un jour, il se pourrait que quelqu’un m’aborde et me dise que c’est une montre. Je la regarderais alors et la reconnaîtrais en tant que telle. " Oh, c’est une belle montre ! Elle indique l’heure de Halifax et l’heure indienne". Je pourrais y lire l’heure et la montre pourrait me servir. Elle répondrait à mes besoins.
Le fait de posséder la montre n’a jamais changé. Au départ, j’en étais le propriétaire, à présent je le suis toujours et possède toujours la montre.

Il en va de même de notre nature fondamentale. Elle est toujours avec nous, nous la possédons toujours mais nous ne la reconnaissons pas. Du fait que nous ne la reconnaissions pas, nous ne savons pas comment la mettre en pratique.

L’amour et la compassion pour autrui

Si nous réfléchissons bien à ces points en ce qui nous concerne, il nous sera facile d’adopter le même regard en ce qui concerne les autres, de voir combien ils souhaitent être heureux et ne pas souffrir, et à quel point ils sont comme nous. Lorsque nous tiendrons compte de cela et aspirerons à ce qu’ils soient libres de souffrance et jouissent du bonheur, les qualités de compassion et d’amour se manifesteront.
Nous pourrons comprendre la manière de penser d’autrui et ne nous engagerons pas dans des querelles à propos de vétilles telles que l’emplacement d’une tasse, car nous saurons que cela découle tout simplement de la volonté d’être heureux et de la volonté de ne pas souffrir. De la même façon, nous n’aurons pas peur des autres. La seule raison pour laquelle nous craignons les autres c’est que nous ne compenons pas que, tout comme nous, leur unique souhait est d’être heureux et de ne pas souffrir.

Lorsque nous commençons à méditer sur ces qualités, il est très utile de le faire en pensant aux gens pour qui nous pouvons facilement ressentir de l’amour et de la compassion, comme par exemple nos proches, nos amis et nos parents

Une fois que nous nous serons ainsi familiarisé avec ces qualités, nous pourrons étendre cet amour et cette compassion aux personnes qui nous sont indifférentes et finalement à tous les êtres. C’est tout à fait vrai.
Un être sensible qui nous est "indifférent" signifie un être qui n’est ni un ennemi ni un ami.

Tous les êtres sont semblables : ils souhaitent le bonheur et refusent la souffrance. Ils sont comme nous. Dès lors que nous aurons bien compris cela, nous serons à même de méditer sur nos ennemis. Nos ennemis sont exactement comme nous - ils souhaitent être heureux et ne souhaitent pas souffrir.
Nous pouvons réfléchir à la manière dont nos ennemis se comportent sous l’influence de leur propre agressivité et de leur état mental perturbateur et sur leur absence de bonheur de ce fait.

A bien y réfléchir, nous pourrons réaliser à quel point nos ennemis sont en fait très bons. C’est une excellente chose que d’avoir des ennemis car nous pouvons alors cultiver l’amour et la compassion avec bien plus d’efficacité. Avoir des ennemis nous met dans l’obligation de réellement cultiver l’amour et la compassion de même que la patience. La patience est une qualité à laquelle il est impossible de s’exercer si l’on n’a pas d’ennemi.

Nous ne suggérons pas (pour autant) qu’il soit nécessaire d’aller se faire des ennemis (Rires).

PRATIQUER L’AMOUR BIENVEILLANT ET LA COMPASSION

Un jour que Patrul Rinpoché enseignait au monastère de Khathok dans la région du Kham, au Tibet, il donna aux personnes présentes un enseignement concernant l’importance de méditer sur l’amour et la compassion.
Plein d’orgueil, un moine qui suivait les enseignements et qui était disciple de Patrul Rinpoché, pensa qu’il n’avait pas besoin de méditer sur l’amour et la compassion, qu’il connaissait déjà ce sujet.

Le disciple dit à Patrul Rinpoché : "Cette histoire de bonté et de compassion est vraiment facile. Je sais déjà tout et ce ne sera pas du tout difficile pour moi de méditer là-dessus ".
Patrul Rinpoché dit : "Eh bien, tu devrais te montrer prudent et ne pas être aussi orgueilleux parce que ce n’est que lorsque tu rencontreras ton ennemi que tu découvriras jusqu’à quel point tu es capable de cultiver l’amour et la compassion. Cela sera le véritable indicateur de ton degré d’amour."

Le zen au dessus de la tête, (Rinpoché en fait une imitation caricaturale qui provoque des rires) ce moine méditait un jour à côté d’un stupa de pierre vers l’est du monastère de Kahthok. Il méditait sur l’amour et la compassion. (Rinpoché parle en Tibétain, fait des gestes et roule des yeux. Rires.) Il roulait des yeux d’avant en arrière sans rien fixer en particulier mais en laissant juste ses paupières battre.

Patrül Rinpoché s’habillait toujours très simplement et faisait en sorte de paraître un individu ordinaire. Quand il arriva sur les lieux, il fut donc très difficile de penser que c’était un lama ou un personnage de cet ordre.

Il se rendit au stupa et commença à tourner autour. Le moine continua de méditer de la même façon ; Patrül Rinpoché l’aborda avec beaucoup de respect, les mains jointes, et lui demanda : "Oh, vénérable, sur quoi méditez vous ?".

Le moine ne reconnut pas Patrül Rinpoché en tant que lama. Il répondit :"Je médite sur l’amour et la compassion !" Patrül Rinpoché, les mains jointes, s’exclama : "Oh, c’est merveilleux !". Et il continua sa circumambulation.

Quand il repassa pour faire un autre tour de stupa, il s’arrêta, se pencha les mains jointes, et dit : "Oh, Vénérable, que faites-vous ?".
"JE MEDITE SUR L’AMOUR EMPLI DE BONTE ET SUR LA COMPASSION".
"Oh, c’est merveilleux !"

Et Patrul Rinpoché poursuivit sa circumambulation. Il revint pour un troisième tour, s’arrêta à nouveau et demanda : "Oh, Vénérable, que faites-vous ?"
(Rinpoché parle en tibétain d’un ton bourru accompagné de grands gestes qui provoquent les éclats de rires de l’assistance).
Le moine répondit "Pourquoi me dérangez-vous ? C’EST MAINTENANT LA TROISIEME FOIS QUE VOUS ME POSEZ LA MÊME QUESTION. JE MÉDITE SUR L’AMOUR ET LA COMPASSION !" .
Lorsque le moine se mit ainsi en colère, cela lui fit ouvrir grands les yeux et voir clairement, et soudain il reconnut le visage de Patrül Rinpoché.
Patrül Rinpoché lui dit : "C’est à ça que ressemblent ton amour et ta compassion ?"
Le moine fut très embarrassé et pria Patrül Rinpoché de l’excuser ; plus tard son amour et sa compassion devinrent authentiques.

Lorsque nous n’éprouvons pas d’amour et de compassion, cela crée des problèmes et dans e monde et dans notre vie personnelle. Nous nous engageons dans des conflits au sujet de choses insignifiantes, ce qui affecte nos liens avec nos amis, nos études, et tout ce que nous essayons d’accomplir.

Quand nous sommes dépourvus de tout amour et de toute compassion mais qu’en revanche notre esprit est plein d’agressivité, nous devenons extrêmement susceptibles vis-à-vis de tout ce qui nous arrive, la moindre provocation nous irrite beaucoup et il nous est impossible de vivre des expériences agréables.

Nous avons besoin de nous habituer à l’amour et à la compassion qui sont déjà en nous, nous avons besoin de perfectionner et d’élargir ce qui est déjà là. En faisant cela, nous aurons une vie heureuse.

Lorsqu’on effectue un changement dans un petit secteur de sa vie, on est capable d’effectuer de grands changements. Notre esprit fonctionne de la même manière : si nous changeons un peu notre façon de penser, nous serons à même d’effectuer de grandes transformations dans notre esprit.

Je vous prie de garder cela présent à l’esprit.

QUESTIONS

Si rien dans cette présentation n’a de sens à vos yeux, si vous ne l’avez pas comprise, pas de problème, vous pouvez l’oublier. (Rires !)

Ce soir, nous avons parlé des aspects de base de l’amour et de la compassion ; demain soir nous parlerons des qualités illimitées de la bodhicitt, le cœur ou esprit éveillé.
Y a-t-il des questions ?

Un étudiant : lorsqu’on rencontre son ennemi, comment l’amour dompte-t-il cet ennemi ?

Rinpoché : Tout d’abord, lorsque nous rencontrons un ennemi, pensons que, tout comme nous il souhaite être heureux, et ne souhaite pas souffrir.
Ensuite, réfléchissons à cela, essayons en quelque sorte de nous mettre dans ses souliers, de nous mettre à sa place. Essayons de regarder les choses selon son point de vue, et de percevoir ce à quoi il pense. Si nous contemplons la situation avec son regard, nous pourrons voir très clairement qui a tort - qui de nous deux a une interprétation erronée et qui est fautif dans ce cas précis. Nous pourrons voir clairement nos propres erreurs et les siennes.

Si après avoir examiné cette personne selon sa propre perspective, nous trouvons encore qu’à l’évidence elle est dans l’erreur et agit de manière confuse, nous pourrons toujours regarder cette situation avec compassion, voyant que cette personne souhaite le bonheur mais se trouve dans la confusion quant au moyen de l’obtenir.

Il se pourrait que l’ennemi nous nuise, qu’il nuise aussi à beaucoup d’autres gens et que nous puissions voir qu’en réalité son comportement nuit au bonheur même qu’il essaye d’atteindre. Dans ce cas, s’il nous est possible de braver cette personne d’une manière qui mette un terme à son action négative - de façon pacifique, avec amour - il n’y aura pas de mal à le faire parce que notre motivation sera bonne.

Lorsque nous bravons un ennemi en essayant de l’empêcher d’accomplir des actes négatifs, il nous faut agir de sorte qu’il ne se fâche pas davantage. Nous ne devons pas l’injurier ou quoi que ce soit du genre, mais plutôt lui expliquer clairement les raisons pour lesquelles ses actes sont nuisibles et pourquoi ils lui nuisent tout autant qu’aux autres. Que le résultat final (de cette mise au point) lui soit bénéfique ou non, n’est pas vraiment de notre ressort. Nous pouvons uniquement faire de notre mieux.

Lorsqu’en revanche par le biais de la réflexion nous découvrons que c’est nous qui sommes en tort, nous pouvons alors commencer à nous débarrasser de ces défauts en nous-même.

S’il s’agit d’une vétille comme l’emplacement d’une tasse sur une table, nous pouvons simplement lâcher prise et laisser l’autre personne faire comme elle l’entend. Il est important de cultiver la patience en de tels cas.

Si vous traitez vos ennemis avec dureté, leur parlant durement, cela ne leur donnera aucune possibilité de percevoir leurs propres erreurs. Cela ne fera que nourrir leur colère et provoquer davantage de réactions agressives de leur part. Mais si vous montrez de la patience envers vos ennemis même quand ils vous traitent de façon agressive, vous leur donnerez suffisamment d’espace pour qu’ils constatent les défauts inhérents à leur propre agressivité. Après avoir déchargé leur agressivité sur vous, ils disposeront d’un espace où pouvoir se poser et penser : " Oh, peut être que j’ai eu tort de dire cela ou d’avoir agi ainsi ". Si cela arrive, au final ils éprouveront davantage de respect et d’amour envers vous.

Un étudiant : J’ai beaucoup de questions, mais je pense que je vais juste en choisir une.
Tout d’abord, je voudrais vous remercier : vous êtes un grand conteur.
La question que je souhaite vraiment poser est la suivante : Cette utopie de l’amour empli de bonté où il n’y aura plus d’ennemis, et où tous les êtres éprouveront de l’amour les uns pour les autres existera-t-elle un jour ?

Rinpoché ; Si nous pratiquons de cette manière, alors oui, elle est possible ?

L’étudiant : Vraiment, c’est possible ?

Rinpoché : Oui.

L’étudiant : Très bien. (Rires)

Rinpoché : Si nous pratiquons, nous pouvons tout accomplir.

Un étudiant : Est-ce qu’en substance vous êtes en train de dire que la compassion est le résultat de la compréhension de la pratique de la méditation ?

Rinpoché : Oui, vous pouvez sans aucun doute l’exprimer ainsi. La compréhension est la compréhension de votre essence fondamentale, de votre nature fondamentale et de la nature fondamentale d’autrui ; c’est comprendre votre aspiration fondamentale et l’aspiration fondamentale d’autrui et par la suite vous engager dans des actes qui concordent avec ces aspirations fondamentales. Quand nous nous engageons dans l’action de cette façon, nous nous engageons dans des actes qui correspondent à nos aspirations fondamentales et non à nos désirs immédiats. Nos désirs immédiats peuvent être causes de perturbation, alors que si nous agissons selon nos aspirations fondamentales celles-ci sont causes de paix. Souhaiter le bonheur c’est l’amour, et souhaiter l’absence de souffrance c’est la compassion.

Un étudiant : Est-ce que ce dont vous voulez parler c’est d’avoir de l’amour et de la compassion pour autrui … (inaudible).

Rinpoché : Il est dit qu’il est plus facile de s’entraîner à ces qualités en commençant par les engendrer vis-à-vis de soi-même. Mais il est possible aussi de commencer par ressentir de l’amour et de la compassion pour autrui et, sur le fondement de cette expérience, d’en arriver à éprouver la même chose envers soi-même.
Il est également dit que si l’on pense du bien d’autrui, il est plus facile d’avoir de la compassion pour soi-même, que cette compassion viendra automatiquement.

S’il n’y a plus d’autres questions nous pouvons nous arrêter ici…
Bien, Bonsoir !

Les étudiants : Bonsoir.


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