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L’amour

Par Thich Tri Sieu

Comme je l’ai expliqué dans un chapitre précédent, après quelques temps de vie monastique, mon coeur s’était comme desséché. Les mots “amour et compassion” que je rencontrais régulièrement dans mes lectures me venaient bien fréquemment à l’esprit, mais ce n’était plus qu’un concept intellectuel. Déjà à l’époque de mes études secondaires, j’avais longuement réfléchi à ce qu’est l’amour. Je voyais autour de moi des couples qui s’aimaient passionnément, mais dont la flamme ne durait pas bien longtemps. Alors que j’étais en classe de seconde, j’eus moi aussi une petite amie, mais, conscient de l’instabilité des sentiments que j’avais constatée, je n’ai pas osé l’aimer de tout mon coeur. J’avais trop peur de souffrir si je me laissais aller à l’aimer vraiment beaucoup et qu’elle me quittait. Je me suis donc contenté de ne l’aimer qu’à moitié, de sorte que si elle me quittait, je ne souffrais aussi qu’à moitié.

Puis arrivé à l’université, j’ai constaté que les jeunes filles de bonne famille, imprégnée de la morale confucéenne qui refuse toute mésalliance, ne sortaient qu’avec des garçons qui avaient ou visaient un diplôme d’ingénieur ou de médecin, etc. Pouvait-on encore appeler une telle relation de l’amour ? Si l’on aime par contrainte, ce n’est là qu’une forme d’amour conditionné et conditionnel, c’est dire “je t’aime parce que tu as un diplôme de médecin ou d’ingénieur et que tu vas ainsi pouvoir satisfaire mes désirs.” Il s’ajoutait à cela la conception confucianiste traditionnelle qui veut que les parents décident pour leurs enfants qu’ils marient pour l’argent, la renommée et l’intérêt, et absolument pas en fonction de leurs penchants amoureux. Ces mariages arrangés ne tiennent compte que de la raison sociale et du calcul financier et non des sentiments, ils étouffent le coeur qui n’a plus l’occasion de laisser l’amour se développer naturellement.

Je ne voyais autour de moi que le mensonge et une parodie de l’amour, des gens qui ne vivaient ensemble que par égoïsme et intérêt personnel, aussi j’ai tourné le dos à l’amour. Tout ce que j’éprouvais encore, c’était seulement de la pitié.

J’ai appris les mots “amour et compassion” lorsque je me suis tourné vers le Dharma. L’amour dans ce contexte, c’est apporter la joie, la compassion, c’est sauver de la souffrance. Il y a beaucoup de moines qui, voulant faire l’éloge du Bouddhisme, qui enseignent que la notion d’amour et de compassion bouddhiste est plus large que la charité chrétienne, à laquelle il manque l’intention de sauver les êtres de toute souffrance. Néanmoins, ne faut-il pas aimer au préalable avant de pouvoir apporter la joie aux êtres et les sauver ? C’est parce qu’ils aiment leurs enfants que les parents leur achètent des jouets pour qu’ils soient heureux, qu’ils les consolent tendrement lorsqu’ils pleurent. J’aurai quelques difficultés à vous faire plaisir si j’y suis forcé alors que je ne vous aime pas. Et quand bien même j’y parvenais, cela resterait un geste forcé qui ne jaillit pas spontanément du coeur. Il se peut que je vous déteste, mais que je me sente obligé de vous traiter avec amour et compassion, de peur qu’on ne m’accuse d’être un mauvais moine. Il s’agit alors d’un amour et d’une compassion superficiels. Définir l’amour comme “apporter la joie” et la compassion comme “sauver de la souffrance” peut sonner bien, mais cela fait perdre son sens à l’amour. L’amour et la compassion vont en général de pair avec la joie et l’équanimité. Ce sont les quatre belles et nobles vertus que la terminologie bouddhiste appelle les “Quatre Incommensurables”, “Brahma Vihara” en sanscrit, ce qui signifie la demeure de Brahma, ou bien “Apramana”, qui signifie “incalculable, impossible à mesurer”. Ces quatre vertus sont :

- Maitri : l’amour
- Karuna : la compassion
- Mudita : la joie, se réjouir du bonheur des autres
- Upeksha : l’équanimité, considérer tous les êtres, amis et ennemis, comme égaux.

On appelle ces quatre vertus incommensurables, parce que les êtres étant en nombre infini, elles doivent être également infinies pour englober tous les êtres. Il ne s’agit pas d’aimer seulement quelques personnes qui nous sont proches, des membres de notre famille et nos amis, mais d’aimer tous les êtres. Il ne s’agit pas d’aimer seulement un groupe de gens, ou un seul peuple, mais d’aimer tous les peuples de la terre.

En théorie, l’amour doit être vaste à ce point, mais en pratique, il nous est parfois difficile d’aimer ne fut-ce qu’une seule personne, alors comment parvenir à aimer tous les êtres ?

En fait, la première personne que je dois apprendre à aimer, c’est moi-même. Si je ne parviens déjà pas à m’aimer moi-même, comment pourrais-je aimer quelqu’un d’autre ? Ne nous méprenons pas, s’aimer soi-même, ce n’est pas aimer son ego ou son image, c’est aimer tout son être. Prenons un exemple pour mieux comprendre la différence qui existe entre les deux. Je ne mesure qu’1m60, je suis donc très petit par rapport à la moyenne. Pour éviter que les gens ne remarquent ma petite taille, je porte des chaussures à semelles compensées. Mon ego aime se voir avec une taille d’1m70, mais mon être véritable ne mesure qu’1m60. Quand je porte des semelles compensées et que je me regarde dans la glace, je me trouve plus beau, je m’aime davantage, ce qui revient à dire en fait que j’aime mon ego. Par contre, lorsque j’enlève mes chaussures, je me vois tout petit dans la glace et je ne m’aime plus du tout. Si je savais aimer tout mon être, je m’accepterais tel que je suis vraiment, que je sois grand ou petit, beau ou laid. C’est ce qu’on appelle “l’équanimité”. Certaines personnes aiment seulement qu’on vante leur beauté ou leurs vertus, et n’apprécient pas du tout qu’on critique leurs défauts. Ils n’aiment que leur ego, mais l’ego n’est qu’un concept, une idée que nous nous faisons de nous-mêmes qui ne correspond pas à la réalité.

Si étant moine, je considère que je suis vertueux, que j’ai une connaissance approfondie des Soutras, que ma pratique est pure, etc., je me forge ainsi un “Moi” (ego) tout bon tout beau et je refuse de voir mes points faibles, j’ignore les aspects moins reluisants de ma personne et je prouve mon incapacité d’aimer tout mon être. Si je suis vraiment vertueux à ce point, si ma connaissance des textes sacrés est aussi érudite, pourquoi ai-je encore besoin de pratiquer ? Mon ego me verra bientôt digne d’être un maître pour les autres. Si je refuse de voir les mauvais côtés de ma personnalité et que je n’éprouve pas la moindre sympathie pour eux, à quoi bon encore mener une vie de moine ou de pratiquant, puisque cette dernière implique un travail sur soi-même, pour changer ses mauvaises habitudes et ses émotions négatives. Ce sont pourtant précisément mes mauvais côtés et mes souffrances qui ont besoin de ma sympathie et de mon attention, ce sont eux qui ont besoin d’être transformés. Si je n’apprécie et ne chéris que mon bel ego clinquant, mais que je ne sais pas aimer cette autre partie de moi-même, où est donc ma compassion ? Avant de parler de la compassion qui sauve tous les êtres, nous devons avant tout nous demander si nous sommes capables de nous aimer nous-mêmes. Ou n’aimons-nous que notre ego, l’idée que nous nous faisons de notre “moi” ? Mon ego voudrait que j’aie le plus grand temple, et me voilà donc lancé, m’activant, m’agitant dans tous les sens, oubliant de manger et de dormir tant que ce temple n’est pas encore terminé. Cette attitude prouve bien que je ne sais pas aimer mon corps et mon esprit qui ont besoin de suffisamment de nourriture et de repos, et que je ne me soucie que de servir mon ego.

Revenons aux Quatre Incommensurables. Bien qu’ils soient au nombre de quatre, en fait la présence d’un seul, l’Amour (Maitri) est suffisante et implique les trois autres. Lorsqu’on aime, on éprouve tout naturellement le désir de soulager la souffrance de ceux qu’on aime. Si vous aimez vos enfants, vous vous ferez certainement du souci quand ils sont en difficulté et vous voudrez les aider. C’est l’amour qui nous fait sympathiser avec autrui, et cette sympathie nous fait partager leurs joies. Si vous aimez vos enfants, vous ressentirez la même joie que la leur lorsqu’ils réussissent leurs examens. Et c’est aussi seulement quand on aime qu’on peut traiter les autres de manière égale. La seule chose à laquelle nous devons donc nous efforcer, c’est d’éveiller en nous l’amour et de le développer, et les trois autres vertus seront automatiquement présentes, puisqu’elles sont inter-dépendantes.

Mais comment éveiller l’amour ? Toutes les religions prêchent l’amour, et pourtant les hommes ont toujours autant de mal à s’aimer les uns les autres. Pire encore, ils s’entre-tuent au nom de la religion ! Les religions enseignent l’amour aux gens pour qu’ils le mettent au service de leur religion, elles enseignent un amour enrobé de dogmes et de préceptes. Les pères fondateurs des religions sont venus au monde pour servir les êtres vivants, convertissant les hommes par l’amour. Mais les disciples qui leur ont succédé par après n’eurent pas une capacité d’amour aussi vaste. Ils durent systématiser la doctrine et, sans le vouloir, petit à petit, ils emprisonnèrent l’amour. Pour prouver notre amour pour le Christ ou le Bouddha, on nous exhorte à faire ceci ou cela, à sacrifier jusqu’à notre vie pour sauver notre religion comme les martyrs, et parfois le fanatisme est poussé jusqu’à un tel extrême que certains sont prêts à tuer pour défendre leur foi !

Les religions sont nées pour servir l’amour, ce n’est pas l’amour qui doit servir la religion. Nous ne trouverons pas l’amour dans les cérémonies et les rituels, ni dans l’étude des textes sacrés ou l’écoute des enseignements : nous devons le chercher directement dans la vie, dans nos contacts de tous les jours. L’amour doit pouvoir s’exprimer et être vécu à travers les “trois portes” que sont notre corps, notre parole et notre esprit, et surtout, il doit jaillir du coeur et non du cerveau.

L’amour dont je parle ici n’est pas celui qui lie un homme et une femme, des amis ou les parents et leurs enfants. Bien sûr, ces formes d’affection sont belles et resteront un sujet inépuisable pour les poètes, les écrivains et les musiciens, mais elles ne sont en fait qu’une petite partie de l’amour dont je parle ici.

Je pourrais encore longuement parler de l’amour, mais le mieux serait que vous me suiviez dans un parc, une forêt, dans la campagne. Couchez-vous face contre terre sur le sol, écartez les bras comme pour embrasser la terre, sentez la gratitude monter en vous et remerciez la terre. Levez-vous maintenant, et dirigez-vous vers un grand arbre au feuillage touffu. Enlacez son tronc, respirez doucement et écoutez la voix de l’arbre. Si votre coeur est à l’écoute et si l’arbre sent votre amour, il répondra.

Si votre coeur s’est desséché parce que les hommes l’ont repoussé et rejeté avec indifférence, tournez donc votre amour vers la nature. La nature et l’univers ont grand besoin de votre amour. Un amour inconditionnel. Aimez les fleurs, les arbres, les nuages, le vent, le soleil, etc. L’amour est une énergie qui doit circuler et s’échanger. Rappelez-vous surtout que l’amour n’est pas un concept, mais bien une expérience !

Congrégation Bouddhique Mondiale Linh Son
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