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Kâlâma Soûtra ou l’Accès aux libres examens

Le doute est né chez vous à propos d’une matière qui est douteuse. Venez, ô Kâlâmas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire

Par Vénérable Shinjin

Le Bouddha a défini, ici, la "charte" du libre examen et de la liberté religieuse. On retrouve les mêmes considérations dans les Vîmansaka et Cankî-sutta. Nous remarquerons que le Bouddha ne fait mention ici que des trois poisons, excluant toute religiosité comminatoire et rendant ses propos universels. Il est de notoriété publique qu’il pourfendit, oratoirement cela va de soi mais avec véhémence parfois même, certains brahmanes qui vilipendaient et la conscience et les pratiques religieuses, d’où ce soutrâ :

Les Kâlâmas, habitants de Kesaputta, rendirent alors visite au Bienheureux. S’étant assis ainsi à l’écart sur un côté, ils s’adressèrent au Bienheureux et dirent : "Ô vénérable Gotama, il y a des religieux et des brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propre doctrine, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d’autres religieux et brahmanes arrivent aussi à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine et ils méprisent, critiquent et brisent les doctrines des autres. Ô, vénérable, il y a un doute, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces religieux et ces brahmanes, qui dit la vérité, qui dit des mensonges ?"

Le Bienheureux s’adressa alors aux Kâlâmas et dit : "Il est juste pour vous, ô Kâlâmas d’avoir un doute et d’être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d’une matière qui est douteuse. Venez, ô Kâlâmas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez pas guider par l’autorité de textes religieux, ni par la simple logique ou allégation, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances possibles, ni par la pensée que "ce religieux est notre maître spirituel". Cependant, ô Kâlâmas, lorsque vous savez, vous-mêmes, que certaines choses sont défavorables, que telles choses, blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les. Maintenant je vous demande : "Que pensez-vous, ô Kâlâmas ? Lorsque l’avidité apparaît chez quelqu’un, cette avidité apparaît-elle pour le bien de cet individu ou son mal ?"

Les Kâlâmas répondirent : "Ô vénérable, l’avidité apparaît pour le mal de cet individu."

- Ô Kâlâmas, en se donnant à l’avidité, étant vaincu par l’avidité, étant enveloppé mentalement par l’avidité, un tel individu tue des êtres vivants, commet des vols, s’engage dans l’adultère et profère des paroles mensongères. Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pour longtemps ?

- Certainement oui, Ô Vénérable !

(même dialogue pour la haine et l’illusion)

Maintenant, qu’en pensez-vous ô Kâlâmas ? ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises ?

- Ô Vénérable, ces choses sont mauvaises !

- Ces choses sont-elles blâmables ou louables ?

- Ô Vénérable, ces choses sont blâmables !

- Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ?

- Ô Vénérable, ces choses sont censurées par les sages.

(dialogue sur l’absence d’avidité de haine et d’illusion à l’image de celui précité sur la présence de celles-ci, mais cette fois-ci avec le bien-être et le bonheur comme conséquences)

Le Bienheureux dit : "C’est pourquoi, ô Kâlâmas, nous avons déjà dit : il est juste pour vous d’avoir un doute, d’être dans la perplexité... Cependant, ô Kâlâmas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages ; que, lorsqu’on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

Ô Kâlâmas, le disciple noble qui s’est ainsi séparé de l’avidité, de la haine, de l’illusion, ayant une compréhension claire et une attention de la pensée, demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (du monde) et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans la totalité en tout lieu de l’Univers ; il demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée de malveillance...

(même discours pour la pensée de compassion, la pensée de joie sympathique, la pensée d’équanimité, à savoir les quatre Incommensurables).

"Ô Kâlâmas, le disciple noble qui a une pensée ainsi libérée de la haine, de la malveillance, qui a une pensée non souillée et une pensée pure, est quelqu’un qui trouve les quatre Soulagements, ici et maintenant, en pensant :

" Supposons qu’il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons ou mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible pour moi de naître après la dissolution du corps, après la mort, dans un des cieux ou se trouvent des bonheurs célestes". Cela est le premier soulagement.

"Supposons qu’il n’y ait pas, après la mort, de résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance." Cela est le deuxième soulagement.

"Supposons que des mauvais résultats tombent sur l’individu qui a accompli des mauvaises actions. Quant à moi, je ne souhaite aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu’un mauvais résultat tombe sur moi qui ne fais aucune action mauvaise ?". Cela est le troisième soulagement.

"Supposons que des mauvais résultats ne tombent pas sur l’individu qui fait des actions mauvaises. Alors dans ces deux cas, je trouve que je suis pur." Cela est le quatrième soulagement.

Les recommandations que le Bouddha nous indique, par ce soutrâ (figurant dans l’Anguttara-Nikâya, cf. les Sermons du Bouddha - M. Wijayaratna - ed. Cerf) peuvent s’énoncer en quatre parties, à savoir :

1- Suivre l’Enseignement et non l’enseignant - Fiez-vous à l’Enseignement et non à la personne qui enseigne,

2 - Suivre l’Enseignement, non à la lettre mais dans l’esprit - Fiez-vous au sens et non aux mots seuls,

3- Suivre l’Enseignement, non avec une compréhension mondaine (soumise aux sens et aux désirs), mais avec la Sagesse - Fiez-vous au sens ultime et non au sens littéral,

4 - Suivre l’Enseignement définitif et non ceux temporaires - Fiez-vous à la Sagesse et non à la conscience immédiate.

Nous pouvons que constater l’essence même de ce soutrâ se résume à :

"Examiner avant d’accepter ou de rejeter".

voici une version abrégée de ce soûtra, plus concise, mais toute aussi parlante :

Nous ne devrions pas croire à une chose uniquement parce qu’elle a été dite, ni croire aux traditions parce qu’elles ont été transmises depuis l’Antiquité ; ni aux "on dit" en tant que tels, ni aux écrits des sages parce que ce sont des sages qui les ont écrits ; ni aux imaginations que nous supposons nous avoir été inspirées par un être spirituel ; ni aux déductions tirées de quelque hypothèse hasardeuse que nous aurions pu faire ; ni à ce qui paraît être une nécessité analogique ; ni croire sur la simple autorité de nos maîtres ou instructeurs.

Mais nous devons croire à un écrit, à une doctrine ou à une affirmation lorsque notre raison et notre expérience intime les confirment.

C’est pourquoi je vous ai enseigné à ne pas croire simplement d’après ce qui vous a été dit, mais conformément à votre expérience personnelle et puis agir en conséquence et généreusement.

En conclusion :

Ne vous fiez pas à l’enseignant, mais à l’enseignement qu’il donne. Ne vous fiez pas à de simples paroles, mais à leur sens au-delà. Ne vous fiez pas au sens littéral, mais au sens définitif. Ne vous fiez pas à la conscience grossière, mais à la sagesse ultime qui réalise la véritable signification.

Par contre

Fiez-vous au message du maître, non à sa personnalité. Fiez-vous au sens, non aux mots seuls. Fiez-vous au sens ultime, non au sens relatif. Fiez-vous à votre esprit de sagesse, non à votre esprit ordinaire qui juge.

Janvier 2001

Union des Bouddhistes de Langue Française
" La Paix de l’Esprit "
Case Postale 1 - 1077 Servion - SUISSE
Tél : 0041(0) 21/ 903.25.82


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