BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Esprit d’éveil
La bodhicitta, le " coeur de l’esprit d’Éveil " - Sogyal Rinpoché
L’esprit vaste est comme l’océan - Maître Moriyama
Des mérites aussi vastes que le ciel - Lama Zopa Rinpoché
Bodaïshin : l’aspiration à l’éveil - Pierre Crépon
L ’écrit sur le moi - Maître Sosan (VII°)
Mourir avec esprit d’Eveil, comment être utile aux mourants - Lama Zopa Rinpoché
Atteindre l’Eveil - Yangtsé Rinpoché
Kalachakra
Espace Kalachakra - Espace Kalachakra
Shambhala, la voie du guerrier - Patrice Cayla
Kalachakra ou l’expérience du lien universel - Sa Sainteté le Dalaï Lama
L’initiation de Kalachakra - Sa Sainteté le Dalaï Lama
Le corps de Kalachakra : miroir cosmique - Sofia Stril-Rever
Discours de Lama Zopa Rimpoche le 1er mai 2001 au centre Kalachakra - Lama Zopa Rinpoché
L’Initiation de Kalachakra - Sofia Stril-Rever
Sofia Stril-Rever
Le Chemin vers l’Eveil - Sofia Stril-Rever
Le même goût de la douleur et de la joie - Sofia Stril-Rever
Une éthique du bonheur et de la bonté - Sofia Stril-Rever
"L’autobiographie spirituelle" du Dalaï-lama recueillie par Sofia Stril-Rever ou le bilan de 50 ans d’exil - Sofia Stril-Rever
Je n’aurai de cesse de dénoncer la détention du plus jeune prisonnier politique du monde... - Sofia Stril-Rever
Danses tibétaines interdites à Katmandou par les Chinois - Sofia Stril-Rever
Aniruddha, vingt-deuxième et actuel roi-kalkin de Shambhala - Sofia Stril-Rever
Même rubrique

Attentat de New York - Sa Sainteté le Dalaï Lama
RIMAY MONLAM 2012 avec SAMDHONG RINPOCHE et SUNGJANG RINPOCHE -
Actualités septembre 2009 : Le monastère de Bat Nha au Vietnam -
Discours de Berkeley donné par Thich Nhat Hanh , le 13 septembre - Thich Nhat Hanh
La transmission du Tantra de Kalachakra - Sofia Stril-Rever
Tournée des reliques -
Paix et bonheur, notre défi pour les générations futures - Sofia Stril-Rever
Autres textes
La liberté absolue - Suzuki Shunryu Roshi
Faire ses courses avec l’attitude juste - Lama Zopa Rinpoché
Kalachakra pour la paix dans le monde - Sofia Stril-Rever
« Je m’appelle Dorjé Tseten » ou des hommes descendus du ciel pour me sauver - Sofia Stril-Rever
La Mort selon les bouddhistes - Tich Thien Châu
J’ai eu beaucoup de chance d’avoir rencontré de nombreux maîtres tibétains - Tulku Pema Wangyal Rinpotche
Etre touché - Pierre-Michel Trémeau
Sofia Stril-Rever

Aller à Lhassa, oui, mais certainement pas en otage de la Chine par Sofia Stril-Rever
Ce que j’ai appris en recueillant l’Autobiographie spirituelle du Dalaï-lama par Sofia Stril-Rever
De coeur à coeur avec Jetsun Pema par Sofia Stril-Rever
De coeur à coeur avec soeur Emmanuelle par Sofia Stril-Rever
Dilgo Khyentsé Rinpotché, une montagne immuable par Sofia Stril-Rever
Entretien avec Nicole Lattès, éditeur de Matthieu Ricard par Sofia Stril-Rever
Francisco Varela, passeur entre science et Dharma par Sofia Stril-Rever

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Conférences


Kalachakra, une science de l’éveil, une conférence de Jhado Rinpoché

Kalachakra est présenté du point de vue de la pratique spirituelle. Comment Kalachakra peut-il permettre une expérience de transformation intérieure ? Dans ses réponses, Jhado Rinpoche analyse les rapports du continuum de la conscience et du support physique corporel.

Par Sofia Stril-Rever

Enseignement de JHADO RINPOCHE
abbé du monastère de Namgyal,
monastère privé de Sa Sainteté le Dalaï-Lama

traduction de Matthieu Ricard
invité : Frédéric Lenoir
Université de Paris-IV Sorbonne, amphithéâtre Descartes
le 28 septembre 2000

Historique du monastère de Namgyal
et présentation de Jhado Rinpoche, abbé de Namgyal–
liens entre les moines de Namgyal et la tradition de Kalachakra –

Bonsoir et bienvenue à tous. Bienvenue tout spécialement à vous, Jhado Rinpoche, et à votre traducteur, Matthieu Ricard.

image 175 x 198
Jhado Rinpoche est l’abbé du monastère de Namgyal, monastère privé de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Historiquement, le monastère de Namgyal se trouvait à Lhassa, dans l’enceinte du Potala. Depuis l’époque du 7° Dalaï-Lama, soit au 18° siècle, les moines de Namgyal se sont spécialisés dans la pratique du Tantra de Kalachakra. Cette tradition s’est perpétuée et, aujourd’hui encore, les moines de Namgyal sont instruits dans la cérémonie complète du rituel, avec la construction du mandala de sable et les danses sacrées qui sont venues jusqu’à nous, comme, par exemple, il y a quelques années, à La Villette.

Il y avait traditionnellement 175 moines à Namgyal, jusqu’en 1959, année où le monastère fut bombardé par les troupes chinoises. 52 moines seulement réussirent à quitter le Tibet et rejoignirent en exil Sa Sainteté. Pendant les deux premières années d’exil, les moines construisirent des routes dans le nord de l’Inde, pour survivre et aider les plus âgés d’entre eux. Durant cette période, ils avaient coutume de se retrouver le soir, pour apprendre par cœur les textes sacrés que leur enseignaient les plus anciens, avec les éléments du rituel.

En 1961, les moines de Namgyal s’installèrent à Dharamsala dans un bungalow cédé par le gouvernement indien, qui datait de la colonisation britannique. Ils s’efforcèrent de restaurer leur tradition spirituelle et, en 1963, furent capables de célébrer le rituel de Kalachakra dans sa totalité, en construisant également un mandala de sable. Cette même année, le Dalaï-Lama nomma le premier abbé de Namgyal, le Vénérable Lobsang Dhondup.

1970 fut l’année de la première initiation de Kalachakra en exil, elle eut lieu dans le temple de Namgyal, à Theckchen Choeling. Suivirent, à partir de 1981, des initiations en Inde et à l’étranger, la première qui eut lieu en occident étant celle de Madison, aux Etats-Unis, dans le Wisconsin, puis en Suisse, en Mongolie, en Espagne et en Australie.

En 1992, les moines établirent à Ithaca l’Institut Namgyal où Jhado Rinpoche, le présent abbé a donné des enseignements et où il a dirigé une retraite de Kalachakra en septembre 1999, à la suite de l’initiation de Kalachakra donnée à Bloomington, aux Etats-Unis. image 227 x 139

Jhado Rinpoche est geshe lharampa, « Docteur en divinité », titre qu’il a obtenu après vingt-deux années d’études et de retraites. Jhado Rinpoche est aussi un très grand érudit de Kalachakra, spécialiste notamment de l’iconographie très complexe de ce mandala comportant 722 déités.

La rencontre de ce soir est riche de symboles, avec la présentation du Tantra de Kalachakra dans les murs de La Sorbonne qui est le cœur de l’Université française. L’amphi où nous nous trouvons est nommé d’après René Descartes, le philosophe qui est la référence de notre philosophie. Mais l’œuvre principale de Descartes s’intitule Méditations. Il y a certainement des ponts entre le cartésianisme et le bouddhisme que Sa Sainteté le Dalaï-Lama aime définir « une science de l’esprit ». Plutôt que de cultiver les ruptures, ce sont d’ailleurs des liens que nous aimons établir entre toutes les traditions de la pensée et je laisse sur ce point la parole à Frédéric Lenoir qui a étudié justement l’essor du bouddhisme en Occident et plus particulièrement en France.

En quel sens peut-on dire que Kalachakra est

" une science de l’Eveil " ?

Cartésianisme et pensée analogique : le bouddhisme se trouve au carrefour de Descartes et de Saint-Thomas d’Aquin

Quelles sont les connections que l’on peut établir, dans ce lieu hautement symbolique, entre le Kalachakra en particulier, et quelques aspects généraux de la philosophie occidentale ? Nous sommes dans l’amphithéâtre René Descartes, Descartes qui a cherché à émanciper la philosophie de la théologie. Son entreprise principale était de rendre la philosophie autonome en la débarrassant de l’emprise du dogme et de la foi qui étaient l’héritage de la scolastique médiévale. Il a effectivement appliqué la méthode scientifique expérimentale naissante à la philosophie et à la pensée. Il s’agit d’une méthode hypothético-déductive, où l’on vérifie l’hypothèse par l’expérimentation. Ce faisant, Descartes a effectivement réussi son œuvre d’émancipation de la philosophie. D’une certaine manière, il y a un pont, un lien entre une telle approche, de type pragmatique et rationnel, et le bouddhisme, car la méthode expérimentale correspond effectivement très bien à une des dimensions du bouddhisme.

Mais le cartésianisme a eu aussi une conséquence, que je trouve personnellement grave. Dès lors, la tradition philosophique occidentale et l’université française en particulier a relégué tout ce qui relève de l’intuition ou de l’imaginaire, de la pensée symbolique ou analogique dans le domaine honni de " l’irrationnel ". Le cartésianisme est ainsi devenu " une idéologie de la raison close ", selon l’expression Edgar Morin, alors qu’il peut exister d’autres formes de rationalité autre que la rationalité de type scientifique. Être concret ou pragmatique ne signifie pas forcément supprimer la part du mythe, de l’intuition, de l’imaginaire.

Contrairement à l’héritage assez ambigu de Descartes, le bouddhisme a toujours maintenu une grande logique, accordant toute son importance à l’expérience - qu’il faut bien distinguer de l’expérimentation -, mais sans supprimer la part symbolique qui peut exister dans la connaissance humaine. Le Kalachakra est l’exemple peut-être le plus extraordinaire de cette " science de l’esprit " définie par le Dalaï-Lama et que Matthieu Ricard a également présentée dans son livre, L’Infini dans la paume de la main. Car tout en démontrant une parenté avec l’esprit scientifique contemporain, le Tantra de Kalachakra fait sans cesse appel à des mythes et des symboles.

L’astrologie est au cœur du Kalachakra, de même que le lien entre le macrocosme et le microcosme, donc cette œuvre est vraiment représentative de la pensée analogique par essence. De même l’histoire du royaume de Shambhala. Vous savez que, selon la tradition, le Tantra de Kalachakra a été transmis par le Bouddha au roi de Shambhala, ce royaume invisible où vivent des Eveillés. Quelle est l’attitude des occidentaux à cet égard ? soit on prend les choses de façon matérialiste, on se dit que Shambhala existe vraiment et, dans ce cas, alors on va le chercher (ce qu’ont fait, aux XIX° et XX° siècles, un certain nombre d’Occidentaux, morts de froid dans des contrées himalayennes lointaines où ils n’ont rien trouvé). Soit on dénie absolument l’existence de Shambhala en privilégiant une attitude également univoque, qui consiste à considérer que c’est une pure affabulation. Ces deux attitudes apparemment contradictoires se rejoignent dans un esprit positiviste commun. La vérité se trouve en effet peut-être entre les deux. Pour les bouddhistes en tous cas, Shambhala existe bel et bien, mais pas selon le mode d’expérimentation qu’on peut faire du monde phénoménal. Shambhala a une véritable signification spirituelle qui se fonde sur quelque chose de vrai. Ceci posé, c’est plus une approche symbolique qui permettra de comprendre cette existence du royaume de Shambhala.

image 255 x 151
Si l’on parle d’une " science de l’Eveil " à propos de Kalachakra, il ne faut donc pas entendre " science " uniquement au sens cartésien, mais à un niveau beaucoup plus large qui inclut cette part de mythe, de pensée symbolique et analogique.

Revenons à la Sorbonne. Il ne faut pas oublier que par-delà Descartes, l’un des plus grands, des plus illustres enseignants de cette université, fut, au XIII° siècle, Saint-Thomas d’Aquin, condamné par cette même université pour avoir introduit Aristote dans sa philosophie. Plutôt que de chercher à faire du bouddhisme l’héritier de Descartes et de la science contemporaine, il faut plutôt tenter de réconcilier la pensée logico-scientifique de Descartes et celle de Saint Thomas d’Aquin, le véritable maître de la pensée analogique. Le bouddhisme y parvient très bien, ce qui explique en grande partie son succès en Occident actuellement. Et sur ces quelques remarques, je laisse la parole à Jhado Rinpoche.

Sommaire de l’enseignement :

Kalachakra, une expérience de transformation intérieure

Les trois niveaux d’explication de La Roue du temps et « l’immuable », aspect le plus subtil de la nature de l’esprit

Les deux aspects, grossier et subtil, du flot de la conscience et le fonctionnement interne de la conscience

Le flot de la conscience est le plus souvent en lien constant avec le corps grossier pendant la durée de la vie, mais il se produit aussi des moments dans le cycle de nos existences où il est indépendant de ce support.

« L’affinement » ou l’accès à des niveaux de plus en plus subtils de la conscience

La sérénité immuable et la plasticité essentielle de l’esprit qui a comme caractéristique inhérente le pouvoir de se transformer

L’aspect de connaissance, ou la réalisation de la vacuité, lié à l’esprit d’Eveil, la bodhicitta

Les déités du mandala de Kalachakra symbolisent l’affinement de nos facultés sensorielles et la perception ultime

Purification des agrégats extérieurs par la réalisation de l’union de la vacuité et des apparences

Les déités du mandala de Kalachakra symboles de la perception ultime, liée à la réalisation de l’aspect le plus subtil de notre conscience.

Les « bénédictions » ou le réel pouvoir de transformation spirituelle que représente la pratique de Kalachakra

Conclusion : la base, la voie et le fruit dans Kalachakra

Comment Kalachakra peut-il permettre

une expérience de transformation intérieure ?

Tout d’abord, je voudrais vous dire à quel point je me sens heureux et honoré de dire ce soir quelques mots au sujet du bouddhisme et de Kalachakra, dans ce lieu, université prestigieuse et ancienne, foyer de la vie intellectuelle française. Je souhaite donner une introduction générale aux différents aspects de Kalachakra et aux différentes branches de connaissance auxquelles on peut relier l’étude de Kalachakra. Il y a plusieurs façons d’aborder l’étude de Kalachakra. La première est liée à l’expérience, la pratique spirituelle elle-même ; la seconde à l’étude ; la troisième consiste en l’exégèse des textes canoniques se rapportant au Kalachakra ; la quatrième concerne l’histoire du Kalachakra. Ce soir, nous allons aborder plus particulièrement l’aspect qui se rapporte à la pratique spirituelle. Comment Kalachakra peut-il permettre une expérience de transformation intérieure ?

Nous sommes arrivés à une époque où il est indispensable d’entreprendre de véritables comparaisons, des rapprochements et des études de différentes philosophies qui se sont développées, non seulement en Occident, mais aussi en Orient ; il est souhaitable que ces différents systèmes soient évalués, selon leur valeur et leur contenu respectifs. Ainsi qu’il a été expliqué dans les différentes introductions, il est intéressant de comparer les points de ressemblance entre l’approche des sciences cosmologiques, des sciences cognitives et le Kalachakra. Il faut également rapprocher l’astronomie, différentes spécialités scientifiques et la philosophie occidentale de la tradition extrêmement riche de Kalachakra.

Si l’on veut décrire en quelques mots l’essentiel de la voie bouddhiste, il s’agit principalement d’effectuer une transformation de l’esprit qui permettra d’atteindre à une félicité, une sérénité immuables. C’est bien sûr également le but de la pratique spirituelle des grandes religions qui se sont développées dans l’histoire. Mais si l’on parle du même but, atteindre la félicité et la sérénité de l’esprit, les méthodes varient considérablement d’une tradition spirituelle à l’autre.

Dans le cas du bouddhisme, quand on parle de paix de l’esprit, il faut définir premièrement ce qu’on entend par l’esprit, deuxièmement quels sont les facteurs qui font obstacle à la paix de l’esprit. Peuvent-ils être dissipés ou non, et, si tel est le cas, quel genre d’antidotes peuvent être utilisées afin de les dissiper et quels sont ces antidotes ?

Le processus que l’on envisage pour atteindre à la paix intérieure est différent dans le véhicule des Sutras et dans celui des Mantras. Dans le deuxième véhicule, on connaît les rapports qui existent entre le phénomène qu’on appelle la conscience et ce corps grossier fait de chair, d’os, de veines, de nerfs, entre notre cerveau et les différentes composantes physiques. Mais sans vouloir dénier ce rapport entre le corps physique ou grossier et l’aspect grossier de l’activité cérébrale, selon le véhicule des Mantras, on envisage en outre un aspect plus subtil de ce qu’on appelle les nerfs ou les canaux spirituels, nadi, les souffles ou les énergies spirituelles, prana, et les essences, bindu. Nadi, prana et bindu correspondent au corps grossier sur un plan subtil. Il ne s’agit pas d’éléments substantiels ou matériels que l’on peut voir à l’œil nu en disséquant un corps. Ces énergies sont étroitement associées au mental, au fonctionnement de notre conscience. Donc en agissant ou en s’entraînant à modifier le fonctionnement des canaux, des énergies et des essences subtiles on peut agir au niveau de ce qui fait obstacle à la félicité et dissiper les obstacles.

Trois niveaux d’explication de La Roue du temps – L’immuable, aspect le plus subtil de la nature de l’esprit, situé au-delà des trois temps de la vérité conventionnelle et des constructions mentales

Lorsque l’on parle de Kalachakra, ou de « La Roue du temps », on peut envisager plusieurs niveaux d’explication de ces deux mots : au moment de la base, le point de départ, l’état dans lequel nous nous trouvons ; au moment de la voie, quand on s’engage dans le chemin de transformation intérieure, et au moment du fruit, le moment de l’Eveil, quand on a atteint à la bouddhéité.

Au moment de la base, on perçoit l’aspect extérieur du temps, les trois temps, passé, présent et futur, mais aussi, à un niveau plus intérieur, un temps au-delà des trois temps, la réalisation de l’immuable qui est au-delà du temps. Par immuable, on entend le temps comme les trois temps reflétant l’impermanence des phénomènes, qui fait qu’à chaque instant infinitésimal, rien ne demeure identique à soi. Tout, par nature, est soumis au changement incessant, c’est là l’aspect extrêmement subtil de l’impermanence. Mais si l’on va au fond de la nature des choses, on passe au-delà des trois temps, on parle du temps de la réalisation de l’immuable.

Immuable ne signifie pas permanent mais situé au-delà de la vérité conventionnelle du passage du temps. Cet immuable est aussi l’aspect le plus subtil de la nature de l’esprit, au-delà des constructions du mental, d’où surgissent les pensées des trois temps engendrées par le pouvoir de manifestation de l’esprit extrêmement subtil au-delà du temps. La Roue, à ce moment de la base, ou la périphérie, réfère à l’univers matériel tel que nous le voyons. Or, selon le Kalachakra, il ne s’agit pas d’une projection immédiate de l’esprit à l’instant même, mais du résultat, à long terme, de la façon dont fonctionne notre conscience. Comme cette conscience, ou le travail du mental, procède de la nature de l’esprit qui est immuable, on peut dire que l’univers tel qu’on le perçoit est le résultat ou la projection de la nature immuable de l’esprit. Tout cela donc concerne la base.

Au moment de la voie, la mise en expérience de la compréhension des choses, on raffine la compréhension de l’esprit grossier d’abord, puis de l’aspect subtil de l’esprit afin de progresser vers cette réalisation directe de la nature ultime de l’esprit, en écartant pour cela tous les obscurcissements qui font obstacle à cette réalisation. La roue, entendue comme périphérie, sera alors le mandala de Kalachakra, tel qu’il est décrit dans l’iconographie, comme support de méditation représentant les différentes déités du mandala, ainsi que le lieu dans lequel elles résident.

Finalement, au moment du fruit, résultat qui est le point culminant du processus de purification, le temps sera la réalisation ultime de cet immuable au-delà du temps, l’actualisation de l’état de Bouddha. Ce qu’on appelle le mandala sera l’actualisation de la vision pure des phénomènes sous forme des terres de bouddha, vision parfaite de ce qu’est pour nous maintenant l’univers. On parlera donc de la terre du bouddha de Kalachakra, ou d’un paradis, qui correspond à l’actualisation de la pureté naturelle des phénomènes et qui remplacera la perception ordinaire que nous en avons maintenant.

Les deux aspects, grossier et subtil, du flot de la conscience –

Le pouvoir de l’esprit, indépendant des circonstances extérieures, et le fonctionnement interne de la conscience

Pour l’esprit, le flot de la conscience a deux aspects, grossier et plus subtil. L’aspect grossier est un sujet qui pourrait prêter à un exposé extrêmement long et détaillé, ce dont nous n’avons pas le temps. En essence, l’aspect extérieur ou grossier de la conscience a lui-même deux aspects. Premièrement, il y a l’aspect du travail du mental déclenché par les perceptions du monde extérieur à travers les cinq sens. Lorsqu’on est piqué par une épine, on ressent une sensation de douleur, d’inconfort ; lorsqu’on sent le parfum d’une fleur, c’est une expérience plaisante déclenchée par l’organe olfactif. Par les cinq portes des sens, nous faisons toutes sortes d’expérience qui vont déclencher des événements mentaux correspondants et qui sont donc directement liés au monde extérieur et aux cinq types de sensations qui nous relient au monde extérieur.

Mais il y a aussi un aspect qui n’est pas immédiatement et nécessairement relié au monde extérieur, ce sont des expériences qui naissent au sein même du flot de la conscience. Il en résulte que, certains jours, même si toutes les circonstances extérieures sont favorables et semblent nous sourire, malgré tout, nous nous sentons dans un état d’esprit triste et nous percevons les choses comme déplaisantes, même si ce n’est pas le cas du point de vue de nos sensations. A l’inverse, il peut se faire que, dans une journée, nous ayons affronté toutes sortes de difficultés du point de vue des sensations extérieures. Or cela ne nous empêche pas de rester dans un état d’esprit serein ou même joyeux. Les circonstances extérieures défavorables n’ont pas le pouvoir d’affecter ce tempérament ou cette attitude sereine qui est naturellement celle de l’esprit. Donc il y a un pouvoir au sein même de l’esprit, une indépendance vis à vis des circonstances extérieures, qui est engendrée par le fonctionnement interne de la conscience.

Le flot de la conscience est le plus souvent en lien constant

avec le corps grossier pendant la durée de la vie,

mais il se produit aussi des moments, dans le cycle

de nos existences, où il est indépendant de ce support.

L’aspect plus subtil de la conscience est en relation avec le corps grossier sans lui être entièrement réductible. Le flot de la conscience est le plus souvent en lien constant avec le corps grossier pendant la durée de la vie, mais il se produit aussi des moments, dans le cycle de nos existences, où il est indépendant de ce support. Il arrive également que, dans certaines circonstances, des flots de conscience se mélangent au nôtre ou viennent momentanément interférer avec le corps grossier présent, habituellement associé à notre conscience.

On parle au Tibet de personnes qui, brusquement, semblent éprouver ce qu’on appelle en Occident un dédoublement de personnalité. Au Tibet, on attribue cela à une influence extérieure qui fait qu’un flot de conscience vient momentanément transformer la façon dont le corps s’exprime ou l’expérience qu’on a eue, conduisant à décrire des lieux que, dans ce corps, on n’aurait pas normalement eu l’occasion de visiter ou encore des événements que, dans ce corps, on n’est pas censé avoir connus.

Cela semblerait indiquer qu’un autre flot de conscience est venu momentanément interférer avec notre flot de conscience, ou ce que nous considérons comme tel, et le corps physique. Ces témoignages semblent montrer que la relation entre la conscience subtile et le corps grossier n’est pas nécessaire dans toutes les étapes et à tous les moments de notre évolution.

La troisième raison pour parler d’une conscience qui ne soit pas entièrement du niveau de la substance, entièrement réductible à la substance, consiste à apporter la preuve qu’il peut y avoir une continuité de la conscience, d’un état de l’existence à un autre, dans ce qu’on pourrait appeler la renaissance d’une vie à une autre. Je n’entends pas apporter des preuves que je pourrais mettre sur cette table, mais il est indiscutable qu’il y a un grand nombre de témoignages en Inde et en Orient, sans doute y en a-t-il eu aussi en Occident. Ces témoignages demandent à être analysés avec rigueur et précaution. Des enfants ont décrit avec une précision troublante des faits, des lieux, des personnes, ce qui semblerait indiquer qu’il existe des réminiscences d’expériences vécues dans un autre contexte de l’association du flot de notre conscience avec un autre support physique. Ces différents points amènent le pratiquant ou le philosophe bouddhiste à penser qu’il y a un aspect de la conscience qui n’est pas réductible aux agrégats de ce corps grossier et dont la continuité peut se perpétuer d’un état de l’existence à un autre.

« L’affinement » ou l’accès à des niveaux

de plus en plus subtils de la conscience

On peut avoir un aperçu des différents niveaux ou degrés de subtilité de la conscience en analysant notre propre expérience. Le niveau le plus grossier est lié aux sensations des cinq sens mais le fonctionnement du rêve par exemple est déjà plus subtil et moins grossier, à l’évidence, que le travail du mental directement lié à la perception du monde extérieur.

Quand on est sur le point de s’endormir avant l’apparition du rêve, il se produit un moment de basculement entre l’éveil et le sommeil profond. Ceux qui s’y entraînent, peuvent s’apercevoir que les consciences grossières se dissolvent jusqu’à ce qu’une conscience extrêmement subtile seule demeure. Ensuite vient l’état d’oubli qui caractérise le sommeil et cet oubli, d’un point de vue extérieur, correspond à l’absence de sensation.

Mais il est possible aussi, grâce à un certain entraînement, de continuer à percevoir, au sein du sommeil profond, un aspect extrêmement subtil, qui n’est pas conceptuel, ni lié aux sensations. C’est un état d’expérience que l’on peut développer avec la pratique et le temps. Il montre quelque chose qui est accessible concernant notre expérience des différents niveaux de subtilité de la conscience.

De même, à l’approche de la mort, lors des différentes étapes de dissolution de nos perceptions extérieures des sens, tant que nous demeurons conscients, nous pouvons faire jusqu’à un certain point l’expérience de « l’affinement », ou de l’accès à des niveaux de plus en plus subtils de notre conscience. Pour ce qui est de notre expérience directe telle qu’on peut encore la décrire avant de mourir, au moment même de la mort, le niveau de conscience devient encore plus subtil qu’au moment du sommeil profond. Cela ne nous est pas accessible à l’heure actuelle, mais pour certains contemplatifs, il s’agit d’un fait d’expérience.

La sérénité immuable – plasticité et flexibilité essentielles de l’esprit qui a comme caractéristique inhérente le pouvoir de se transformer

Le but initial, l’atteinte de la paix intérieure et de la sérénité, dépend du contrôle de l’aspect grossier de l’esprit. Lorsque les émotions surgissent de façon manifeste, que nous sommes sous l’emprise de sentiments extrêmement puissants comme le désir ou la haine, qui envahissent notre esprit, à ce niveau là, on peut aussi s’entraîner au moyen de différents antidotes. Différents degrés de compréhension permettent d’amenuiser la force des poisons intérieurs, afin qu’ils ne surgissent plus avec le même pouvoir de nous asservir. Il y a donc une pratique liée à l’expression grossière des émotions et d’autres types d’entraînement à un niveau plus subtil, à la source d’où surgissent ces pensées et ces émotions.

L’atteinte ultime de la sérénité nécessite que nous allions à l’essence même des choses, à l’essence de la façon dont fonctionne notre esprit. Là, il ne s’agit plus de traiter les émotions pleinement développées ou liées à des perceptions extérieures. Nous abordons l’aspect le plus fondamental de la nature de l’esprit qui nous permet de nous situer à la source de ce qui va ensuite se développer sous forme de pensées discursives, de concepts, puis d’émotions. C’est en reconnaissant la source même des pensées qu’il est possible d’acquérir une compréhension durable de la sérénité immuable.

La puissance de transformation est un aspect intrinsèque de l’esprit. Ce pouvoir est évident dans l’éducation, le flot de notre conscience acquiert graduellement des connaissances et des expériences nouvelles, qui n’existaient pas au départ. Cette flexibilité et plasticité de la conscience sont des caractéristiques fondamentales. De même qu’on accroît les connaissances, de l’école à l’université, on peut accroître les qualités intérieures et apprendre à mieux comprendre le fonctionnement de la conscience. Cela reflète le potentiel qu’a la conscience de se transformer, la plasticité inhérente au flot de la conscience.

Cette analyse de la façon dont les différents éléments et niveaux du flot de conscience vont interagir au sein d’une dynamique en constante transformation et l’impermanence subtile caractérisant la conscience, peuvent donner lieu à une analyse des événements de conscience. Certains de ces événements vont empêcher notre atteinte de la sérénité, ou au contraire la favoriser. On peut faire une analyse spectrale extrêmement détaillée de tous ces processus de conscience, des éléments qui entrent en compte, de la même façon qu’on peut analyser les éléments chimiques, les particules, les atomes et voir comment tels ou tels atomes entrent en collision, quel genre de molécules ils produisent, quelles seront les propriétés et les fonctions de ces molécules, leur travail, quels résultats ou quels effets elles vont avoir. Il est ainsi possible de développer une science de la conscience qui consiste en l’analyse des différents événements mentaux, qui expose l’interaction des différents niveaux de la conscience.

L’aspect de connaissance, ou la réalisation de la vacuité,

est lié à la compassion et l’amour altruiste, et plus encore

à l’esprit d’Eveil, la bodhicitta

Tout comme on peut analyser des réactions chimiques et la façon dont elles se produisent, lorsqu’il s’agit de la chimie du bonheur et de la souffrance, donc des transformations de l’esprit, il y a plusieurs approches possibles. Dans l’approche contemplative, on réfléchit à la manière dont naissent et se développent les pensées, comment on peut soit leur être asservi, soit s’en libérer.

Mais une autre approche, notamment celle du Kalachakra, est fondée sur la pratique, les canaux spirituels, le prana, l’énergie et les essences. Elle relie une ascèse spirituelle fondée sur ces énergies subtiles à la façon dont notre conscience est influencée et donc aux mécanismes du bonheur et de la souffrance. Des pratiques spirituelles différentes correspondent soit au fonctionnement direct de la conscience, soit à un yoga des énergies subtiles.

Un aspect facilement compréhensible de cette chimie de l’esprit est l’usage des antidotes. Nous ne pouvons plus grand chose à ce que nous sommes maintenant, puisque nous sommes le résultat de réactions chimiques intérieures qui remontent très loin dans le passé. Il est inutile de revenir sur cela, c’est un fait accompli. Mais en revanche, nous avons toujours à notre disposition un certain nombre d’éléments qui permettent d’influer ou de diriger les réactions chimiques de la conscience d’une façon différente.

Pour le débutant sur ce chemin, on utilisera des antidotes qui agissent directement, à l’encontre des facteurs qui sont la cause de la destruction de notre paix intérieure. L’événement mental destructeur et l’antidote ne peuvent pas cohabiter au même moment au sein du flot de notre conscience. On ne peut pas, à propos du même objet, éprouver simultanément de la haine et de l’amour altruiste. C’est d’un point de vue purement pragmatique, afin d’éliminer du flot de notre conscience des sentiments tels que la haine, l’attachement ou le désir, que l’on cultivera l’antidote naturel à cela, notamment l’amour altruiste ou la compassion. On donne ainsi un sens à l’entraînement de l’esprit qui consiste à cultiver les facteurs mentaux positifs.

L’amour altruiste, la compassion et plus encore, l’esprit d’Eveil, la bodhicitta, c’est à dire le souhait d’atteindre l’Eveil pour le bien de tous les êtres, sont des antidotes, des méthodes. Pour que ces méthodes soient pleinement efficaces, elles ne doivent pas être dissociées d’un aspect de connaissance. Cet aspect de connaissance consiste dans l’élucidation de la nature ultime des émotions destructrices et des antidotes que sont l’amour altruiste et la compassion. L’aspect de connaissance est donc allié à la méthode. En fin de compte, lorsqu’on analyse ce qui est à dissiper, haine, jalousie, etc., ainsi que l’antidote utilisé pour les dissiper, on découvre que ni les émotions obscurcissantes, ni les antidotes, ne sont doués d’existence propre. Ils sont vides de nature intrinsèque, ce qui nous amène à la réalisation de la vacuité.

Qu’est-ce que la vacuité ? La vacuité n’est pas rien, c’est l’absence de caractéristique inhérente à la fois de ce qui provoque nos souffrances et des antidotes nous permettant de dissiper les causes de ces souffrances. On peut en effet allier très efficacement, du point de vue de la réalisation, les méthodes que sont les antidotes et la compréhension, ou vue juste, qui est celle de la vacuité. C’est pourquoi on dit que le point de vue ultime, ou la quintessence de la voie dans le Grand véhicule, est la vacuité empreinte de l’essence de la compassion, entendons la compassion comme inhérente et indissociable de la compréhension de la vacuité des phénomènes.

Les déités du mandala de Kalachakra symbolisent l’affinement

de nos facultés sensorielles et la perception ultime,

liée à la réalisation de l’aspect le plus subtil de notre conscience.

Du point de vue du but à atteindre au terme d’une pratique persévérante, on utilise l’union de la sagesse qui comprend la vacuité et les antidotes visant à purifier les événements mentaux, extrêmement grossiers et solides dans leurs apparences ou dans leurs effets, nous contraignant à agir de telle ou telle façon, et détruisant notre paix intérieure. Au fur et à mesure de notre pratique, les événements mentaux deviennent de plus en plus subtils, voire transparents. Ils ont de moins en moins d’impact et ne réussissent plus à détruire notre paix intérieure.

Quand nous atteignons la réalisation de ce niveau de plus en plus subtil du flot de notre conscience, finalement, nous arrivons à un état totalement libéré des facteurs mentaux destructeurs. On parle alors d’une purification ultime, qu’on appelle l’Eveil ou l’état de la bouddhéité. Du fait que ce niveau de conscience des plus subtils demeure en état d’interdépendance avec les niveaux les plus grossiers de la conscience, ce avec quoi la conscience est en relation comme les agrégats du corps et, à un plan encore plus grossier, les perceptions extérieures, les plans les plus subtils et les plus grossiers demeurent en interdépendance, du niveau le plus extérieur au niveau le plus fondamental. La réalisation ou la purification de l’aspect le plus subtil de la conscience aura donc aussi des répercussions sur les niveaux périphériques. On parlera d’un affinement progressif des aspects de la conscience liés à la vue, à l’ouïe, à toutes les perceptions des sons, des formes, des odeurs et de toute notre perception du monde extérieur.

C’est précisément cela que personnifient les différentes déités du Kalachakra. Nous ne percevons plus les choses sous leur aspect ordinaire qui est un mélange de pur et d’impur, de beau et de laid. L’affinement de nos perceptions, lié à la réalisation de l’aspect le plus subtil de la conscience fait que tout l’ensemble des phénomènes surgissent sous forme des 722 déités du mandala de Kalachakra, le lieu est le mandala du Kalachakra. Ceci explique tous les aspects, apparemment mystérieux et déconcertants du mandala, comme la représentation de déités avec de nombreux bras et bien des aspects a priori étranges. Or les déités symbolisent l’affinement et la perception ultime de nos facultés sensorielles, liés à la réalisation de l’aspect le plus subtil de notre conscience.

Je donnerai un seul exemple de ce symbolisme du Kalachakra, lié à la transformation et la réalisation de différents niveaux de la conscience, qui illustre comment l’aspect purifié peut surgir ou être symbolisé sous l’aspect des déités. Prenons l’exemple des bras de Kalachakra, puisque nous n’avons pas le temps de nous pencher sur l’ensemble du symbolisme du mandala.

Kalachakra a deux bras principaux. Le sens extérieur de ces deux bras principaux représente la transformation de deux périodes de six mois de l’année. Dans l’une, les jours augmentent. Cela veut dire que si l’on regarde le soleil par rapport à l’Est, il se lève tout d’abord au Nord-Est, puis à l’Est exact, puis au Sud-Est. Dans la seconde partie de l’année, ce changement va être inversé. Les deux bras représentent ces deux mouvements par rapport à l’équinoxe.

Intérieurement, du point de vue des énergies subtiles, les deux bras représentent l’inversion des énergies subtiles qui se fait, d’une part pendant le jour, d’autre part pendant la nuit.

Quant aux bras secondaires de Kalachakra, au nombre de douze, extérieurement, ces douze paires de bras représentent les douze mois de l’année. Intérieurement, du point de vue des énergies subtiles, on parle de douze transferts des énergies subtiles qui passent en différents centres du corps au fil de vingt-quatre heures. On dit qu’il y a douze périodes de transferts des énergies subtiles.

Si l’on divise les douze paires de bras de Kalachakra, et qu’on les considère séparément, on en dénombre vingt-quatre. Au plan externe, du point de vue du cycle de la lune comportant deux périodes de quinze jours dans un mois lunaire, en lune ascendante ou descendante, ou encore en lune croissante ou décroissante, cela donne vingt-quatre périodes dans l’année. Intérieurement, on parle de deux aspects de ces énergies, ce sont les essences que l’on appelle rouge ou blanche, mâle ou femelle, qui se déplacent également à l’intérieur du corps.

On parle aussi des 360 jours de l’année, aspect que l’on retrouve extérieurement dans la déité Kalachakra. Si l’on considère en effet ses vingt-quatre bras et que l’on compte les différentes phalanges de chaque main, on arrive à un total de 360 symbolisant les 360 jours de l’année. Intérieurement, on a parlé de 24 types de transfert d’énergie qui se produisent en 24 heures et, dans chacun de ces cycles d’énergie, se produisent un certain nombre de cycles respiratoires ou souffles, au nombre précisément de 360.

Il y a donc des aspects intérieurs ou secrets et lorsque l’on s’entraîne à la purification graduelle de nos différents niveaux de conscience, à la perception du travail des énergies subtiles dans le corps, on comprend comment l’ensemble de notre perception des phénomènes est relié à un aspect extérieur et symbolique des déités décrites dans le mandala de Kalachakra.

Nous pouvons réaliser et actualiser la purification de nos agrégats extérieurs, au niveau des aspects les plus subtils de notre conscience,

en réalisant l’union de la vacuité et des apparences.

De quelle façon pouvons-nous réaliser, actualiser la purification de nos agrégats extérieurs, au niveau des aspects les plus subtils de notre conscience ? Ce sera en réalisant l’union de la vacuité et des apparences. Nous arriverons à percevoir de manière directe que les phénomènes, bien qu’ils nous apparaissent, sont toutefois dénués d’existence intrinsèque au plan de leur nature ultime. De sorte qu’on ne sait plus distinguer cette réalisation de la vacuité des apparences elles-mêmes.

La vacuité n’est rien d’autre que les apparences, c’est une compréhension indissociable des apparences elles-mêmes. Lorsqu’on mélange de l’eau avec du lait, une fois ces substances mélangées, on ne peut plus les séparer et donc celui qui a atteint cette réalisation ultime ne sait plus distinguer entre les phénomènes tels qu’ils apparaissent et la compréhension de leur nature ultime, qui est vide d’existence propre.

A ce point en outre, on ne sépare plus cette compréhension de la vacuité et la pensée altruiste qui s’exprime sous forme de la compassion. L’union indissociable ainsi réalisée est le résultat ultime ou Eveil, l’atteinte de la bouddhéité. Pour symboliser cela, nous avons la représentation du Kalachakra sous forme d’union, dans laquelle l’aspect masculin, représente la méthode, c’est à dire les apparences extérieures, et aussi la méthode de la compassion. L’aspect féminin représente la vacuité, la nature ultime des phénomènes et l’union symbolise le fait que ces aspects sont indissociables lorsqu’on atteint la réalisation ultime. C’est pourquoi Kalachakra est représenté en union et cela n’a évidemment pas grand chose à voir avec l’idée que l’on se fait en général de l’union entre un principe masculin et un principe féminin.

Les « bénédictions » ou le réel pouvoir de transformation spirituelle

que représente la pratique de Kalachakra

Pourquoi insister autant sur l’importance de la pratique de Kalachakra et les bienfaits de la transmission de l’initiation du Kalachakra ? On parle du Kalachakra pour la paix mondiale, de Kalachakra comme contribution possible à notre monde moderne. Dans le symbolisme de Kalachakra, une phalange, un ornement de la déité, chaque détail est relié à un élément extérieur, cosmologique, et à un aspect intérieur de transformation des énergies et des souffles, ainsi qu’à un aspect encore plus profond du flux de notre conscience, dont les différents éléments sont interdépendants.

La compréhension de ces différents éléments correspond aussi à la compréhension des différentes étapes sur le chemin qui mène de notre état présent de confusion, dans lequel les pensées discursives et le mental fonctionnent de manière ordinaire, à un état beaucoup plus subtil et raffiné qui peu à peu deviendra celui de la connaissance pure correspondant à l’Eveil. Cela est rendu possible grâce à ce symbolisme, à ces pratiques intérieures sur les énergies et à la pratique ultime sur la nature de l’esprit. Donc la tradition du Kalachakra est extrêmement riche avec un symbolisme dont chaque élément se répercute dans une pratique spirituelle. Si l’on peut mettre en pratique ce système et si l’on reçoit la transmission de Kalachakra par l’initiation et les enseignements ainsi que les rituels associés à tout ce symbolisme, on dispose d’un facteur de transformation spirituelle extrêmement puissant, extrêmement vaste et riche.

Pourquoi dessiner des mandalas de Kalachakra dans sa maison, dans les endroits où l’on médite, pourquoi est-ce que l’on utilisera les dix syllabes sanskrites du mantra de Kalachakra ? Parce qu’à l’origine du mandala de Kalachakra, il y a l’enseignement que le Bouddha Shakyamuni donna dans le sud de l’Inde, au stupa de Shri Dhanyakataka. Le Bouddha expliqua le sens symbolique de chaque élément, relié à une pratique spirituelle, et possédant un réel pouvoir de transformation. Le mandala est donc un support de transformation et de méditation, ce qui lui confère une valeur de transformation qu’on appelle « bénédiction », en termes courants.

Ce rapport entre chaque élément du mandala n’est pas simplement le fruit de l’imagination d’un artiste ayant mis de belles couleurs bien assorties, et des formes géométriques harmonieuses. Chaque élément correspond en effet à différents degrés, à des étapes de la voie, ce qui lui confère une valeur et un pouvoir de transformation particuliers.

Conclusion : la base, la voie et le fruit dans Kalachakra

Pour résumer tout cela, Kalachakra peut être envisagé du point de vue de la base, de la voie et du fruit. Le point de vue de la base est notre état ordinaire actuel, avec un mélange de joie et de souffrance, d’aspect pur et impur de notre esprit, constructeur et destructeur. C’est ce que nous voulons transformer, le point de départ.

La voie c’est la méthode spirituelle, les différents symboles du mandala et des déités utilisées comme moyens de transformation, comme méthode afin de dissiper les causes adverses de la paix intérieure et pour servir le développement des causes qui sont favorables à ce but.

L’aspect du fruit de Kalachakra se produit quand nous avons totalement purifié le flot de notre conscience, quand tous les aspects destructeurs ont été purifiés et que tout ce qui surgit alors, surgit comme la manifestation de la nature ultime de l’esprit, donc de façon totalement pure, non affligée par les aspects destructeurs du fonctionnement de notre esprit. C’est ce que représentent les aspects de la base, de la voie et du fruit de Kalachakra.

28 septembre 2000


http://www.buddhaline.net





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling