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« Je pense donc je scie » ou Le bouddhisme est-il une science ?

Pourquoi le mot ‘science’, qui signifie « scier, découper, fragmenter, mettre des signes », est-il employé par le Dalaï-Lama ? Et de façon plus générale, à quoi peut servir une réflexion sur Bouddhisme et Science dans le contexte occidental ?

Par Luc Marianni

Selon les propos de son chef spirituel le XIVème Dalaï-Lama, le bouddhisme peut se définir dans un contexte occidental comme « la science de l’esprit ». Cette appellation n’est pas d’origine puisque au Tibet, toutes les disciplines, que ce soit la philosophie, psychologie, psychothérapie, linguistique, médecine, l’art des mandalas…. sont liées et participent au même objectif de connaissance de soi et de développement spirituel dans le Dharma. Pourquoi alors le mot ‘science’, qui signifie « scier, découper, fragmenter, mettre des signes », est-il employé par le Dalaï-Lama ? Et de façon plus générale, à quoi peut servir cette réflexion sur Bouddhisme et Science dans le contexte occidental ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »,

Cette phrase, écrite par Rabelais.au XVIème siècle, est une véritable claire vision de la situation en Occident aujourd’hui.
« Qu’est-ce qu’une science sans la conscience de toutes les autres sciences ? Une scission, de la sciure de connaissance » comme l’écrit Bernard Leblanc-Halmos (*) dans son livre « ce que veulent dire les mots ». Et d’ajouter « je pense donc je scie » en écho au « je pense donc je suis » de Descartes.
Nous comprenons dans ce cas que le mot ‘science’ ne soit pas présent au Tibet et qu’en même temps le Dalaï-Lama cherche sans cesse, dans son vœux de compassion, à relier et à adapter l’enseignement du Bouddha à l’endroit où il se trouve, ouvrant ainsi une philosophie enfermée depuis des siècles (dans un pays isolé de tout sauf de…. l’essentiel !) à l’ensemble des êtres qui en ont besoin. Cette idée est écrite avec beaucoup de finesse et de pertinence (à l’image de son travail de scénariste) par Jean-Claude Carrière : « La civilisation tibétaine est au cœur des gens et non plus dans des monuments ou des philosophies enfermés dans un pays ». Le bouddhisme, transmis aujourd’hui avec beaucoup de rigueur par les Tibétains, a maintenant la possibilité de s’ouvrir et d’appliquer sa longue expérience de l’esprit humain dans un contexte occidental à orientation conceptuelle, rationnelle et technologique sur laquelle se fonde la science. Un défi auquel le bouddhisme se trouve confronté : prouver son universalité et son adaptabilité avec un objectif concret pour l’occident : celui de retrouver le chemin de la Conscience (à travers les consciences sensorielles) dans un dédale de sciences.

En quoi le bouddhisme est scientifique ?

La science coupe donc en petits morceaux la connaissance. Descartes devient du même coup le philosophe emblématique de toute une civilisation : « diviser chacune des difficultés que j’examinerai en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour mieux résoudre ». Au même moment en France, Colbert concrétise cette idée et crée l’Académie des sciences, fondement pratique de notre société contemporaine. Ce qui nous conduit 4 siècles plus tard à un paradoxe….
Un esprit rationnel humain vivant dans une société technologique au XXIème siècle se trouve devant un dilemme : le bouddhisme étant une religion, en quoi une religion est-elle scientifique ? Science et religion ne s’opposent-elles pas ? La réponse est simple.
Le bouddhisme n’est pas une religion dans le sens français du terme, même s’il peut se pratiquer comme tel dans des ordres monastiques et renfermer un aspect de croyance, de foi, de dévotion (notons d’ailleurs que le mot ‘religion’ n’a pas de traduction dans la langue tibétaine ni dans le Dharma). Le bouddhisme n’est pas non plus uniquement une philosophie même si des corpus importants existent dans chaque école et sous-tendent les applications. Un art de vivre, à coloration humaniste, le bouddhisme l’est sûrement, ne serait-ce que dans le vœux de respecter la vie sous toutes ses formes. Une psychothérapie, doublée d’une autothérapie, là nous sommes au cœur de l’enseignement du Bouddha. Les quatre nobles vérités en attestent en développant une véritable méthode scientifique face à toutes les formes de souffrance et en particulier celles reliées au psychisme. En définitive, nous constatons donc que le bouddhisme inclut toutes les disciplines qui sont séparées en occident dans leur exercice social. Chacune est nécessaire et indissociable au but : celui de parvenir à la non-souffrance pour tous les êtres et pour soi. Quant à la science ou plutôt aux sciences, le bouddhisme se définit comme une science humaine car elle concerne l’humain, une science naturelle d’observation du fonctionnement humain universel (avec 2500 ans d’expérience), une science appliquée au service de l’être et de son quotidien, une science ésotérique au regard de tous les enseignements secrets dans le tantrisme, une science politique puisque le Dharma est la constitution implicite du Tibet représenté par son chef spirituel et étatique, le Dalaï-Lama. Quant à savoir si elle est une science exacte, revenons aux 4 nobles vérités en analogie avec la pratique de la médecine : La 1ère N.V.(la souffrance comme réalité) peut être comparée à un diagnostique médical, la 2ème N.V.(l’origine de la souffrance) à la cause de la maladie, la 3ème N.V.(la cessation de la souffrance) au pronostic qui proclame la guérison possible, et la 4ème N.V.(le chemin qui conduit à la cessation) à la prescription qui est nécessaire pour la guérison.

En quoi alors le bouddhisme « scie » ?

La religion catholique n’explique rien ou peu. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Beaucoup de langages symboliques, de métaphores jalonnent son histoire. Tout est un mystère impénétrable et révèle l’œuvre de Dieu. L’âme est une appellation qui englobe l’univers psychique, énergétique, spirituelle de l’être sans rien dire sur son fonctionnement.
Le bouddhisme, lui, pour qui le pratique, explique beaucoup de choses, et en particulier sur le mystère de la vie et la mort, la nature de l’esprit, le fonctionnement psychique…. Mais il ne se prononce pas sur l’existence d’un Dieu créateur (en référence aux religions monothéistes), ni sur l’existence ou non d’un soi permanent (en référence à l’hindouisme). Cela fait d’ailleurs partie des « silences du Bouddha », questions auxquelles l’Eveillé n’a jamais répondu. Pour justifier son silence, le Bouddha a utilisé la parabole, celle d’une personne touchée par une flèche empoisonnée. On amène immédiatement le blessé chez un médecin qui s’apprête à lui retirer la flèche empoisonnée. Au moment de l’intervention, le blessé dit : « je ne veux pas que l’on me retire cette flèche tant que je ne connaîtrai pas l’homme qui me l’a envoyée, que je ne saurai pas à quelle famille il appartient, s’il est grand, petit ou moyen, s’il a la peau noire, brune ou jaune….etc. » (tiré du dictionnaire de la sagesse orientale/ Edit. Robert Laffont). Cette anecdote montre le caractère destructeur de l’utilisation mentale au niveau conceptuel (intellect), outil privilégié de notre civilisation qui décortique, discrimine, analyse, quantifie, juge, décrit et s’éloigne par ce fait de l’essentiel, du naturel et du contact direct.
La science occidentale ‘scie’ à l’extérieur, sépare les disciplines, les atomes, les cellules…. Le Bouddhisme, lui, ‘scie’ à l’intérieur tout en respectant l’unité, l’intégrité de l’être humain, et celle de tous les êtres sensibles.
« Fragmenter » la connaissance (mot qui vient de fragere=briser et ment=mental) n’est faite au Tibet que par les maîtres et utilisée dans le seul but d’aider les personnes divisées intérieurement et souffrantes à retrouver l’unité et la guérison. Le mental est soigneusement analysé, décortiqué dans son fonctionnement. Puis à partir de cette étude universelle, des pratiques sont créées, testées pour remédier aux problèmes mentaux et physiques que rencontrent les humains durant leur vie.
Le Bouddha Shakyamouni a montré le chemin lors de sa méditation le conduisant à l’éveil. Il en déduit les quatre nobles vérités, en disséquant avec précision les douze liens interdépendants qui nous enchaînent à la Souffrance.
En cela, il est en accord avec la phrase de Descartes (citée plus haut) qui, 21 siècles plus tard parle de ‘diviser chacune des difficultés….’. Mais avec une nuance qui fait toute la différence : le Bouddha a effectué sa recherche à l’intérieur, vivant la dualité dans l’unité. Il a disséqué, expérimenté ses énergies profondes, de la plus grossière à la plus subtile. Il est descendu dans les profondeurs de l’esprit pour parvenir à l’éveil.

Examen de passage

Une des définitions couramment admises pour le mot ‘science’ est un ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et vérifiées par les méthodes expérimentales.
A la lumière de cette définition et si nous reprenons maintenant les conditions pour qu’une discipline puisse avoir le qualificatif de scientifique dans les normes de l’occident, il faut emplir un certain nombre de conditions :
Avoir un but, un objet d’étude, faire une hypothèse de travail, réaliser et reproduire l’expérience. Puis le constater sur un grand nombre d’individu, de cas. Pouvoir ensuite en tirer une règle, une loi. Ou dit autrement : être fondé sur des relations objectives, vérifiables, avec un objet déterminé d’étude et une méthode propre.
En ce qui concerne le bouddhisme, l’analyse est la suivante :

- Le but : découvrir le fonctionnement de l’esprit et en faire l’expérience, accéder par notre propre expérience à la nature de l’esprit. Si nous nous plaçons du côté des quatre nobles vérités d’un point de vue laïque, le but est l’arrêt définitif de la souffrance. Et non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour tous les êtres. Dans la société tibétaine et d’un point de vue spirituel, le but à travers le sentiment de compassion est de parvenir à l’éveil.
- Une hypothèse de travail : la souffrance qui caractérise l’existence humaine
- Un objet d’étude déterminé : l’esprit et sa nature, le fonctionnement du mental humain, la relation du sujet et de l’objet.
- Une méthode propre : la méditation. Son enseignement est transmis oralement. L’expérience est faite au quotidien, individuellement à l’intérieur de soi, seule ou guidée par un maître. (La 3ème noble vérité décrit l’Octuple sentier)
- Reproduire l’expérience : cette expérience a lieu depuis 2500 ans. Des règles précises de travail ont été établies, reproductibles par l’individu.
- Universel ? Tous les êtres humains fonctionnent de la même façon, au-delà de l’aspect culturel, historique, social et personnel
- Vérifiable par des lois : loi des causes et des effets (Karma), de l’interdépendance, de la nature composite de toute chose (les skandhas), et par des observations c’est-à-dire l’application que la personne en fait dans son quotidien et le bénéfice qu’elle en tire.
- Science exacte : donnée par l’observation de l’objet, du sujet et de leur interrelation, et par le calcul/l’évaluation des 5 sens qui va donner la qualité, la réalité, l’unité, la connaissance directe (et non pas par l’intellect qui, lui, donne la quantité, la division, la dualité et la connaissance morcelée des phénomènes recréant une réalité virtuelle).

Conclusion

Le bouddhisme est bien une science et remplit de façon précise toutes les conditions de l’examen de passage. « La science de l’esprit » constate, classe des catégories de phénomènes observables à l’intérieur de l’être humain et transmet le résultat de son expérience à d’autres êtres de toutes les époques et traditions.
Mais le principal n’est pas uniquement dans la réalisation des conditions exposées dans cette démonstration logique.
Il existe une autre condition, unique, véritable et vérifiable qui fait de l’enseignement du bouddha une science à la fois exacte, naturelle et humaine dans son but et dans son objectif le plus profond :
-  pour le bien de tous les êtres sensibles, animaux compris, en préservant et protégeant la vie sous toutes ses formes
De cette condition en découle naturellement une autre et qui met fin à toutes les errances scientifiques : celle d’expérimenter sur soi, à l’intérieur. (Notons à cet effet l’importance de la société commerciale au succès mondial immédiat créée par l’intelligente Anita Roddick ‘Body Shop’, 1ère entreprise à avoir mis en pratique l’idée de la non-expérimentation des cosmétiques sur les animaux)
Un des avantages directs de cette expérience intérieure sur une terre de 7 milliards de personnes (et d’un nombre incommensurable d’animaux) est de ne consommer aucune matière inutilement et de respecter la vie. La science devient alors humaine au sens propre et premier du terme.
Bonne base de réflexion pour ce XXIème siècle, où notre société essayera, concernant la science, son application et son utilisation de répondre non plus à la question : Comment faire ? (Cette question ayant maintenant ses réponses), mais : Pourquoi faire et pour qui ?

Luc Marianni, Psychothérapeute-21/10/2000 à Argenteuil (95)

7 rue des Bûchettes, 95100 Argenteuil
Tél./fax : 01 39 82 68 00


http://perso.wanadoo.fr/marianni/





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