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> Bouddhisme > Entretiens


Je n’aurai de cesse de dénoncer la détention du plus jeune prisonnier politique du monde...

Louis de Broissia, sénateur, explique son engagement pour la cause tibétaine qui l’a conduit en 1995 à devenir le parrain du XI° Panchen Lama, le plus jeune prisonnier politique du monde

Par Sofia Stril-Rever

Louis de Broissia explique son engagement pour la cause tibétaine qui l’a conduit ,en 1995, à devenir le parrain du XI° Panchen Lama, le plus jeune prisonnier politique du monde, et à demander la reconnaissance du génocide tibétain, le 7 novembre 2000, au Sénat.

Sofia Stril-Rever. Louis de Broissia, votre engagement pour la cause tibétaine remonte aux années 80, une époque où l’on connaissait peu la réalité de la colonisation du Tibet par la Chine. Comment est née en vous la motivation de défendre le peuple tibétain, une motivation qui semble n’avoir fait que se renforcer au fil des années ?

Louis de Broissia. Tout a commencé pour moi avec la rencontre, en 1988, de moines tibétains que Jean-François Deniau m’avait demandé de recevoir à l’Assemblée Nationale. J’avais alors pour les pays de culture et de religion bouddhistes un intérêt et une curiosité indéniables. Cela tient sans doute au fait que je suis né à Hanoï, en Extrême-Orient. Et j’ai toujours ressenti une dette spirituelle envers mon pays de naissance, qui est bouddhiste et catholique. Je suis moi-même un catholique pratiquant.

J’ai donc reçu des moines tibétains en catimini, car il n’était pas question de rendez-vous officiel à l’époque. Je les ai trouvés souriants, adorables. J’ai été frappé de les entendre exposer les souffrances de leur peuple tout en arrivant à sourire avec gentillesse. Ils ne manifestaient pas envers l’envahisseur chinois une haine qu’on aurait trouvée légitime dans nos pays de culture judéo-chrétienne, même s’il existe chez nous la tradition du pardon.

Cette rencontre m’a conduit à une prise de conscience, notamment de la nécessité de créer un groupe parlementaire sans esprit partisan, avec des socialistes, notamment, car l’appartenance politique n’était pas sur cette question un critère déterminant. Le but était de relayer le souhait exprimé par la communauté tibétaine de parler de son histoire, de se faire entendre. C’est ainsi que nous avons fondé en 1990, à l’Assemblée nationale, avec Jean-Michel Belorgey, député de l’Allier, le premier Groupe d’Etudes parlementaires sur les problèmes du Tibet. En tant que parlementaires français, nous nous estimons en effet détenteurs d’un message fort en matière de défense des droits fondamentaux de la personne humaine et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De nombreux députés nous ont rejoints et très vite l’effectif de notre groupe a été plus important que celui des groupes de la Chine ou du Japon. Nous avons impressionné nos collègues lorsque nous nous sommes retrouvés 200 sur 577 !

De même que vous avez initié le Groupe d’Etudes parlementaires sur les problèmes du Tibet à l’Assemblée nationale, le sénateur de Meurthe-et-Moselle, Claude Huriet, a fondé au Sénat l’Association des Amitiés parlementaires pour le Tibet.

Depuis le début, Claude Huriet et moi avons oeuvré ensemble au service de la cause tibétaine, en soutenant la résistance pacifique de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et du peuple tibétain, afin de nouer un dialogue équitable avec les autorités chinoises. Notre but était que la voix du Tibet se fasse entendre.

La voix du Tibet et aussi celle du petit Panchen Lama ?

Bien sûr ! et pour cela Claude Huriet et moi sommes devenus, avec d’autres parlementaires, les parrains d’un enfant disparu, le XI° Panchen Lama, enlevé par les Chinois à l’âge de 6 ans, dont on est sans nouvelle depuis 1995.

Le parrainage officiel de parlementaires en faveur d’un enfant prisonnier politique, c’était une première, une initiative sans précédent ?

Je crois en effet que, pour la première fois en décembre 1995, des hommes politiques français, tous partis confondus, ont solennellement proclamé qu’ils se considèrent les parrains du jeune Guendhune Choekyi Nyima, second dignitaire du bouddhisme tibétain après le Dalaï-Lama et nous le demeurerons quoiqu’il advienne...

A l’occasion de conférences et de débats que vous avez organisés au Sénat, j’ai été touchée par la détermination avec laquelle vous vous êtes exprimé. Vous faites sentir un engagement très fort dans le parrainage du jeune Panchen Lama. Cet engagement n’est-il pas autant humain et personnel que politique ?

Ce parrainage est un acte qui m’engage totalement et je n’aurai de cesse de dénoncer la détention du plus jeune prisonnier politique du monde, disons le plus jeune prisonnier politique connu. Il est singulier et inquiétant de voir le pays le plus grand et le plus peuplé du monde redouter un homme de paix comme le Dalaï-Lama et un enfant aussi jeune que le Panchen Lama ! Nous ne manquerons pas d’imagination pour la défense du jeune Panchen Lama. Des initiatives nouvelles pourraient venir.

Je vous ai entendu évoquer en public vos rencontres régulières avec l’ambassade de Chine où l’ambassadeur vous oppose la langue de bois du discours officiel. Quel message espérez-vous faire passer grâce à ces rencontres répétées avec des officiels chinois ?

Notre groupe parlementaire n’a pas été fondé contre la Chine. Un groupe d’amitié avec le peuple tibétain ne signifie pas un groupe d’inimitié contre la Chine. Je me présente donc comme un ami de la Chine et je fais valoir à l’ambassadeur de ce pays qu’en termes d’image il est très coûteux pour son pays d’emprisonner un enfant. L’ambassadeur, en général, a une expression très gênée. Le message que je m’efforce de faire passer auprès de lui est que la Chine gagnerait une image plus nette dans le monde en respectant le jeune Panchen Lama et sa famille.

Des personnes qui militent pour la cause du Tibet ont fait valoir qu’elles avaient reçu des menaces de la part des Chinois.

A-t-on exercé des pressions sur vous ?

Non. On m’a seulement dit que je ne serai jamais autorisé à visiter la Chine. Mais, finalement, c’est le contraire qui s’est passé, et les Chinois seraient ravis de m’inviter, surtout à Lhassa, pour me montrer le Tibet chinois, qui est précisément ce que je ne veux pas voir. Je ne tiens pas à aller admirer un Mac Donald à Lhassa, mais je voudrais voir un Tibet tibétain !

Et comment êtes-vous perçu par vos collègues parlementaires ?

Dans mon groupe politique, Alain Peyrefitte ne s’est jamais opposé à mon activité en faveur du Tibet. Il a pourtant toujours été très respectueux de la Chine. Il est vrai que le Figaro parle plus du Tibet depuis qu’Alain Peyrefitte n’y est plus, mais, sur le plan politique,il n’a jamais entravé mes propres activités. Le Sénat a enfin accepté à l’unanimité la fondation de notre groupe. Il a certes fallu deux ans de batailles souterraines afin d’obtenir l’autorisation du bureau, mais nous avons abouti.

En politique étrangère, nous sommes très proches du président de Villepin qui nous met parfois en garde contre des initiatives maladroites, mais sans nous empêcher de parler. Il témoigne d’ailleurs de sa sympathie pour notre cause et il était présent en septembre dernier lorsque le Dalaï-Lama a été auditionné par la commission des Affaires étrangères du Sénat.

On sait que nous ne sommes pas des extrémistes. Nous exprimons une exigence de vérité et de justice concernant le peuple tibétain, tout en respectant les usages diplomatiques lorsque nous intervenons dans les enceintes internationales, comme nous l’avons fait par exemple avec la Banque internationale afin d’obtenir le retrait d’une attribution de fonds à la Chine qui aurait servi à financer le transfert de colons chinois au Tibet.

Nous ne sommes pas du tout perçus comme un groupe folklorique et notre exemple a été suivi par plusieurs parlementaires européens. Les Allemands, les Suédois et les Anglais se sont aussi engagés en faveur du Tibet. Un député anglais a proposé de coordonner les parlements européens sur la question tibétaine.

Quels sont vos rapports avec les nombreuses associations et ONG qui se mobilisent pour le Tibet dans un esprit militant ?

Nous recevons régulièrement les associations et leur apportons de l’aide si possible. Mais chacun doit rester dans son registre. Le nôtre est politique, nous sommes les représentants de la voix populaire.

Précisément, comment vos électeurs ressentent-ils votre engagement en faveur du Tibet ?

Nos électeurs sont très sensibles à la question tibétaine, cela quelles que soient leurs origines, qu’ils soient jeunes ou vieux, agnostiques ou spiritualistes, intellectuels ou manuels. Régulièrement, je m’exprime dans des écoles, des collèges ou des lycées. J’explique la situation du Tibet et des liens d’affection se créent entre des établissements français et le peuple tibétain. J’ai sur ce point un écho étonnant qui me donne le sentiment que mon engagement personnel touche tant les enfants que leurs parents. De sorte qu’en relayant la cause tibétaine, j’ai le sentiment de parler au nom de ceux qui me font confiance en votant pour moi.

Dans les articles que vous écrivez au sujet du Tibet, vous exprimez souvent l’idée forte que ce pays focalise les tensions de la communauté internationale au XXI° siècle. La question tibétaine représente un test de nos capacités à nous mobiliser pour sauver un peuple et une nation. Le Tibet offre un champ d’action exemplaire à ce que pourrait être l’expression d’une éthique internationale. Quelle universalité ont en effet les droits de l’homme si nous ne nous battons pas pour les faire respecter au Tibet ?

Les électeurs attendent que leur député fasse avancer des affaires concrètes. Mais il est vrai que tous, nous avons besoin d’un supplément d’âme. Or, la question se pose de savoir si la spiritualité ne disparaîtrait pas pour partie majeure, au cas où le Tibet viendrait à disparaître. Certes, les textes fondamentaux du bouddhisme tibétain resteraient, mais il manquerait ceux qui sont les exemples vivants de la sagesse et de la compassion. La perte du bouddhisme tibétain serait une perte pour l’humanité, tout comme le serait la perte de tout autre grande religion, juive, musulmane ou chrétienne.

La sagesse ancienne du Tibet fait partie de la science et elle y contribue. Prenez le domaine médical. On connaît les vertus thérapeutiques des plantes pour soigner des maladies graves. Or qui, mieux que les Tibétains, connaît les vertus curatives de la flore himalayenne ? Mais la pharmacopée de l’aire tibéto-indienne est menacée par la destruction systématique de l’environnement à laquelle se livrent les Chinois avec, par exemple, le stockage avéré de déchets nucléaires. C’est au point que les grands fleuves d’Asie qui prennent leur source sur le haut plateau tibétain sont maintenant menacés de contamination grave.

Si le Tibet disparaissait, c’est en quelque sorte notre humanité qui disparaîtrait avec lui, et ce de façon définitive, au profit de la nouvelle humanité froide et désincarnée qui se construirait.

Lutter pour le Tibet revient donc aussi à défendre l’avenir de nos valeurs ?

Certainement. J’ai la conviction que les Français nous suivent dans notre engagement pour le Tibet et que, selon eux, en défendant le Tibet, j’exerce pleinement ma mission. Je ne dirai pas qu’au début, il n’y a pas eu des ricanements, le Tibet est si loin de la France ! Mais c’est aujourd’hui fini et ceux qui ricanent encore sont une minorité. Car nous savons tous intuitivement que le destin de l’humanité se joue à travers la question tibétaine et notre capacité de trouver une réponse au drame de ce peuple.

Le 7 novembre dernier, au Sénat, vous vous êtes battu pour faire adopter un amendement afin que soit reconnu officiellement le génocide tibétain, tout comme le génocide arménien. Vous n’avez pas obtenu gain de cause, mais n’est-il pas significatif toutefois que la question ait pu être débattue au sein de la représentation nationale française ?

Sans doute, et je ressens encore de l’amertume à ce sujet. J’ai voté évidemment pour la reconnaissance du génocide arménien et j’aurais voulu qu’à l’occasion de ce vote soient reconnus tous les génocides. C’est bien de reconnaître un génocide vieux de quatre-vingt-cinq ans, mais pourquoi écarter un génocide dont nous sommes les contemporains ? Faudra-t-il attendre le XXII° siècle pour en parler ? Ce qui me gêne, c’est la reconnaissance particulière d’un génocide, plutôt que de tous les génocides. Il est injuste d’en reconnaître un sans les reconnaître tous.

En réalité, il faut bien admettre que la reconnaissance du génocide arménien au Sénat et à l’Assemblée nationale a des connotations électoralistes liées à la forte communauté française d’origine arménienne. Mais cela veut-il dire que le génocide arménien aurait été reconnu à l’aune d’une seule communauté arménienne sur le territoire national ? C’est grave, car il est anticonstitutionnel de contribuer au fondement d’une république de type communautariste, alors que la République est en principe une et indivisible, ainsi que l’ont fait prévaloir tous les constituants depuis 1789.

Que vous a apporté la rencontre avec le Dalaï-Lama, que vous avez reçu à plusieurs reprises ?

J’ai été impressionné par la personnalité humaine de Sa Sainteté. C’est un homme de son temps, résolument moderne à tous égards. Son mode de pensée est très réaliste. Il a toujours défendu l’idée que la Chine devait commercer avec le monde pour que les choses progressent, pour que ce pays évolue dans le concert des nations, loin d’un isolement préjudiciable au respect des droits fondamentaux de la personne humaine.

Et à la tribune du Sénat, quand le Dalaï-Lama parle de l’amour et de la compassion, c’est comme si un vent frais se levait. Il nous change de la langue de bois des politiciens. L’amour et la compassion sont des mots qui nous parlent infiniment plus que la solidarité. Ce sont des mots de toujours, des mots que le Dalaï-Lama incarne en pratiquant les valeurs suprêmes de l’homme. Il a une grande légitimité à employer ces termes-là. Et il nous fait du bien en s’exprimant avec tant de force et de joie intérieure.

Novembre 2000


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