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> Bouddhisme > Enseignements


Introduction à la pratique et au symbolisme du mandala dans le bouddhisme tibétain

Cette introduction est basée sur les enseignements oraux reçus de Dilgo Khyentse Rinpoche, à partir de terma de Guru Padmasambhava et de commentaires, notamment de Shechen Gyaltsab Pema Namgyal.

Par Matthieu Ricard

La vision pure de la nature de Bouddha

La source de tous les phénomènes du samsara et du nirvana,
C’est la nature de l’esprit, vide et lumineuse,
Omniprésente et vaste comme le ciel.
Quand tu es dans cet état vaste comme le ciel,
Détends-toi dans cette dimension ouverte ;
Tiens-toi dans cette ouverture même,
Fonds-toi dans cet état semblable au ciel.
Si tu deviens accompli
Dans cette manière d’intégrer l’esprit à la vue,
Ta réalisation deviendra de plus en plus vaste.
Et, comme le soleil qui brille librement à travers l’espace,
Ta compassion ne manquera pas de rayonner sur tous les êtres.

Dilgo Khyentse Rinpoche

Dans la tradition bouddhiste, les mandala sont des objets de méditation qui ont un but précis : transformer notre perception ordinaire du monde en une perception pure de la nature de Bouddha présente dans tous les phénomènes. Qu’entend-on par perception pure ?

Cette perception, dite aussi vision pure, est la perspective extraordinaire du Vajrayana, ou véhicule adamantin, qui reconnaît la nature de Bouddha dans tous les êtres sensibles et voit la pureté et la perfection primordiales dans tous les phénomènes. Chaque être sensible est doué de l’essence de la bouddhéité, tout comme chaque grain de sésame est imprégné d’huile.

L’ignorance n’est rien de plus que le fait de ne pas être conscient de sa nature de Bouddha, comme un indigent qui ne voit pas le pot en or enterré sous sa hutte. Le chemin spirituel nous fait redécouvrir notre nature oubliée, tout comme on voit de nouveau l’éclat immuable du soleil, une fois dissipés les nuages qui le masquaient.

Notre expérience habituelle du monde extérieur, de notre corps et de nos sensations est impure, au sens où nous les percevons comme des entités ordinaires, douées d’une existence substantielle. De cette perception erronée proviennent les émotions négatives qui entretiennent la souffrance. Mais regardez ces apparences de plus près, vous découvrirez qu’elle n’ont pas d’existence véritable. D’un point de vue relatif, elles résultent de différentes causes et conditions, comme un mirage ou un rêve, mais, en réalité, rien de ce qui naît de causes et de conditions n’a une véritable existence. En fait, il n’y a rien qui soit susceptible d’apparaître. On a coutume de dire que « celui qui réalise la vacuité est le vrai sage. »

Si vous continuez de chercher, vous trouverez qu’il n’y a rien nulle part, pas même un seul atome qui ait une existence authentique. Considérer les choses autrement, c’est à dire comme existant vraiment, est la perception illusoire qui sous-tend le samsara – pourtant, même cette perception illusoire n’a jamais quitté la sphère de la vacuité. L’ignorance n’est donc qu’un voile éphémère dénué d’existence intrinsèque. Quand vous avez compris cela, il n’y a pas de perception impure, mais seulement le déploiement sans limite du corps, de la parole, de l’esprit et de la sagesse exaltés de Bouddha ; et il n’est plus désormais nécessaire de tenter de se défaire des trois mondes du samsara , ni de supprimer la souffrance, parce que ni le samsara, ni la souffrance n’existent en réalité. Une fois que vous réalisez que le samsara est aussi vide qu’un mirage, tous les schémas karmiques et les émotions négatives qui en sont les racines se trouvent détruits.

Vacuité et compassion

La vacuité cependant n’est pas seulement le néant ou un espace vide car, comme il est dit dans la Prajnaparamita, « La forme est vacuité, la vacuité est forme ; la vacuité n’est autre que la forme et la forme n’est autre que la vacuité. » La vacuité est donc inséparable du déploiement phénoménal. Quand vous réaliserez cette véritable vacuité des phénomènes, vous ressentirez spontanément une compassion non conceptuelle qui embrasse tous les êtres immergés dans l’océan de souffrance du samsara, parce qu’ils se raccrochent à la notion d’ego.

La fonction des consciences sensorielles est simplement de percevoir les objets qui leur correspondent – formes visuelles, sons, odeurs etc. – sans rien ajouter. Mais ensuite l’esprit élabore, à partir de ces perceptions, des pensées telles que « Cela est beau … Cela est laid … cela pourrait me nuire, cela me sera agréable… » Ce ne sont jamais la forme extérieure de l’objet, ni l’œil, ni la conscience visuelle qui produisent ces élaborations subjectives conduisant pour finir à l’accumulation de karma ; c’est l’esprit. Un bel objet n’a pas de qualité intrinsèque bienfaisante en soi pour l’esprit et un objet laid n’a pas en lui le pouvoir de nuire. Beau et laid sont de simples projections de l’esprit. La capacité de causer du bonheur ou de la souffrance n’est pas une propriété de l’objet extérieur lui-même – ainsi par exemple, la vue du même homme par deux personnes peut rendre l’un heureux et l’autre malheureux. C’est l’esprit qui attribue telle ou telle qualité à l’objet perçu.

Quand un objet perçu par l’une des facultés sensorielles est conçu par l’esprit comme plaisant ou déplaisant, cette conception erronée est créée sous l’effet de la saisie. Telle est la base même du samsara. Pourtant, s’il n’y a pas saisie, la perception initiale est libérée dans la sagesse. C’est l’expérience de la pureté du nirvana, où il n’est plus nécessaire de rejeter les sensations plaisantes. C’est afin de devenir libre de la saisie que l’on s’entraîne à reconnaître toutes les apparences comme un mandala, un champ de Buddha où tous les êtres sont perçus comme des déités. Voir les choses ainsi transforme la vision qu’on a du monde dans la pureté primordiale et permet de réaliser toutes les qualités de la bouddhéité.

Quand on examine soigneusement la nature des divers phénomènes en nombre infini et tous les êtres que contient l’univers, on trouve que rien ne s’est jamais éloigné de la continuité de la vacuité. On dit : « La vérité de la vacuité est la vérité de toutes choses. » La vacuité en fait est ce qui permet aux phénomènes innombrables de se manifester. Le monde phénoménal que nous percevons étant le déploiement spontané de la vacuité, est un champ de Bouddha et tous les êtres sont des déités pères et mères. C’est le fondement même du Vajrayana.

Quand on perçoit la pureté de tous les phénomènes, toutes les perceptions sensibles peuvent être utilisées sur la voie. Quand on voit que tout s’élève de la vacuité et qu’on reconnaît ainsi le déploiement de la pureté infinie, on ne discrimine plus entre bon et mauvais, pur et impur ; tout est la manifestation de la déité. Les amis sont la déité, les ennemis sont la déité, ils sont un en tant que déité.

Définition du mandala

Le mot mandala a plusieurs sens. Le « mandala de l’univers » renvoie à la totalité du cosmos, telle qu’elle est expliquée dans l’Abhidharma, avec le mont Meru en son centre, entouré des divers continents, des planètes, etc., qui font partie de l’univers. Dans la pratique spirituelle, on fait l’offrande de ce « mandala de l’univers » à son maître spirituel et à tous les bouddhas et bodhisattvas, comme si on était le monarque universel et qu’on possédait le monde.

On parle également du « mandala des éléments », par référence aux formes symboliques des cinq éléments (espace, air, eau, terre et feu) sur lesquels repose l’univers. Quant aux « mandala du soleil et de la lune », ces expressions font simplement allusion à leur forme circulaire.

Dans le Mahayoga du Vajrayana, le mot mandala représente un lieu de résidence divin, un champ parfait de Bouddha et des déités éveillées, ou bouddhas, qui l’habitent. La déité principale se trouve au centre du mandala, entourée ou non par un cortège d’autres déités. Chaque aspect de la résidence divine et des déités résidentes est hautement symbolique, il est conçu pour développer en nous les qualités éveillées sur la voie de l’Eveil.

La méditation sur un mandala se concentre sur le processus de la visualisation. On se voit soi-même comme la déité principale qui n’est pas considérée comme un « dieu » ou une entité séparée, mais comme la manifestation de la nature de sagesse du pratiquant. Le monde extérieur est vu comme un champ de Bouddha et les autres êtres qui l’habitent comme les déités pères et mères. Le but de telles méditations est de nous aider à reconnaître la pureté primordiale, immuable des phénomènes.

Les êtres sensibles éprouvent un nombre incalculable de souffrances dans les six royaumes du samsara, tout simplement parce qu’ils ont échoué à reconnaître la vraie nature des choses. Leurs perceptions habituelles impures sont des illusions entièrement fausses sans la moindre parcelle de vérité – ils confondent un morceau de corde avec un serpent, ou pensent qu’un mirage est vraiment la réflexion de l’eau à distance.

La pratique de la visualisation

Dans toutes les pratiques de visualisations, il convient de considérer que tout est parfait depuis le début, que sa visualisation n’est pas un produit de l’intellect mais la vérité primordiale. En méditant sur le mandala, on en vient à percevoir tout l’univers comme un champ de Bouddha, tous les sons de l’univers – les bruits de l’eau, du feu, du vent, les cris des animaux, les voix des humains – comme l’écho des mantras, et on regarde toutes les pensées comme le jeu de la conscience.

Si l’on voit son environnement comme ordinaire, cela ne sera pas d’un grand secours. Mais si on le visualise comme un champ pur de Bouddha, il deviendra un champ de Bouddha, ou pour être plus précis, on en réalisera la pureté naturelle. Si l’on garde à l’esprit le mandala visualisé, on transformera progressivement sa manière de voir les choses. Si, par exemple, on voit des fresques dépeignant la vie du Seigneur Bouddha sur les murs d’un temple, la dévotion s’accroît. Si les murs étaient seulement laissés blancs, ils ne seraient pas source d’inspiration. C’est la même chose lorsqu’on maintient la visualisation d’un lieu sous forme de mandala ou de champ de Bouddha.

Le but d’une telle méditation est de chasser les nuages de notre perception erronée et de réaliser à leur place la pureté naturelle. Il ne s’agit pas de poursuivre un rêve éveillé en musardant dans un paradis enchanteur coupé de la réalité ; mais il s’agit de redécouvrir le cadre de notre être et du monde phénoménal. Le but n’est pas d’échapper à la réalité, mais de la voir telle qu’elle est. Nous ne cherchons pas à construire de nouveaux concepts et des entités artificielles dont nous n’avons pas besoin. Nous nous efforçons de réaliser l’unité des apparences et de la vacuité. Cela ne consiste pas à se couper des autres, mais à engendrer une compassion sans limite pour les êtres qui ont perdu le sens de la nature de Bouddha en eux.

Matthieu Ricard in Mandala, The Architecture of Enlightenment, New York, septembre 1998

Traduction française de Sofia Stril-Rever pour BuddhaLine

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