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Paul Carus

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Identité et non-identité

Par Paul Carus

par Paul Carus, d’après les textes les plus anciens

Ce texte est issu de l’ouvrage de Paul Carus "l’Evangile du Bouddha", paru pour la première fois aux USA en 1894 ! C’est monsieur Milloué, conservateur au Musée Guimet, qui en assura la traduction française en 1902.

1. - Koûtadanta, le chef des brâhmanes du village de Dânamati, s’étant approché respectueusement du Bienheureux, le salua et dit : « On m’a dit, ô Çramana, que tu es le Bouddha, le Saint, l’Omniscient, le Seigneur du monde. Mais si tu étais le Bouddha ne viendrais-tu pas comme un roi dans toute ta gloire et ta puissance ? »

2. - Le Bienheureux répondit : « Tes yeux sont fermés. Si les yeux de ton esprit n’étaient point obscurcis tu verrais la gloire et la puissance de la vérité. »

3. - Koûtadanta reprit : « Montre-moi la vérité et je la verrai. Mais ta doctrine est sans consistance. Si elle était consistante elle durerait : mais comme elle ne l’est point, elle disparaîtra. »

4. - Le Bienheureux répliqua : « La vérité ne passera jamais. »

5. - Koûtadanta dit : « J’ai entendu dire que tu enseignes la loi, et cependant tu démolis la religion. Tes disciples méprisent les rites et refusent de sacrifier, quoique la piété envers les dieux ne puisse se manifester que par des sacrifices. La véritable essence de la religion se compose du culte et du sacrifice. »

6. - Le Bouddha répondit :« Le sacrifice du moi est plus grand que l’immolation de taureaux. Celui qui sacrifie aux dieux ses désirs coupables comprendra l’inutilité de faire périr des animaux devant l’autel. Le sang n’a aucune vertu purificatrice, mais le déracinement de la luxure fera le cœur pur. Mieux vaut obéir aux lois de la justice que d’adorer les dieux. »

7. - Koûtadanta étant pieux et inquiet du sort futur de son âme avait sacrifié des victimes innombrables. Il comprenait maintenant la folie de l’expiation par l’effusion du sang. Cependant, n’étant pas encore satisfait des enseignements du Tathâgata, Koûtadanta reprit : « Tu crois, Maître, que les êtres renaissent : qu’il y a transmigration des êtres au cours de l’évolution de la vie ; et que soumis à la loi du Karma nous devons récolter ce que nous semons. Cependant tu enseignes la non-existence de l’âme ! Tes disciples prônent l’extinction absolue du moi comme étant la félicité suprême de Nirvâna. Si je suis simplement une combinaison de Samskâras, mon existence doit cesser lorsque je mourrai. Si je suis simplement un composé de sensations, d’idées et de désirs, où pourrai-je aller lors de la dissolution de mon corps ? »

8. - Le Bienheureux dit :

9. -« 0 brâhmane, tu es religieux et zélé. Tu es sérieusement inquiet au sujet de ton âme. Cependant tu te tourmentes en vain, parce que tu manques de la seule chose qui soit nécessaire. Il y a renaissance des tempéraments mais pas transmigration du moi. Tes formes mentales réapparaissent mais pas le moi. Les vers prononcés par le maître renaissent grâce au disciple qui en répète les mots.

10. - « C’est seulement par ignorance et erreur que les hommes se plaisent dans ce rêve que leurs âmes sont des entités distinctes et existant par elles-mêmes.

11. - « Ton cœur, ô brahmane, est encore attaché au moi ; tu aspires au ciel, mais ce sont les plaisirs du moi que tu cherches dans les cieux, et c’est pourquoi tu ne peux point voir la félicité de la vérité et l’immortalité de la vérité.

12. -« En vérité, je te le dis : Le Bienheureux n’est pas venu pour enseigner la mort, mais pour apprendre la vie, et tu ne discernes pas ce que c’est que vivre et mourir.

13. - « Ce corps se décomposera et nulle somme de sacrifices ne le sauvera. Cherche donc la vie de l’esprit. Où est le moi, la vérité ne peut être ; au contraire quand la vérité apparaît, le moi disparaît. C’est pourquoi fais que ton esprit repose dans la vérité ; propage la vérité, mets toute ton âme en elle et fais-la se répandre au loin. Dans la vérité tu vivras éternellement.

14. - « Le moi est la mort et la vérité est la vie. L’attachement au moi est une mort perpétuelle, tandis que se mouvoir dans la vérité c’est avoir une part du Nirvâna, qui est la vie éternelle. »

15. - Koûtadanta dit : « En quel lieu, ô vénérable Maître, est le Nirvâna ? »

16. - « Le Nirvâna est partout où les préceptes sont observés », répondit le Bienheureux.

17. -« Si je te comprends bien, répliqua le brâhmane, Nirvâna n’est pas un lieu et n’étant nulle part il est sans réalité ? »

18. - « Tu ne me comprends pas bien, dit le Bienheureux ; écoute donc, et réponds à ces questions : Où habite le vent ? »

19. - « Nulle part », fut la réponse.

20. - Le Bouddha répliqua : « Alors le vent n’existe pas. »

21. - Koûtadanta demeura sans répondre, et le Bienheureux lui demanda encore : « Réponds-moi, ô brâhmane, ou réside la sagesse ? La sagesse est-elle un lieu ?

22. - « La sagesse n’a point de résidence assignée »,répondit Koûtadanta.

23. - Bhagavat dit : « Prétends-tu dire qu’il n’y a ni sagesse, ni illumination, ni justice, ni salut parce que le Nirvâna n’est pas un lieu ? Ainsi qu’un vent grand et puissant qui passe sur le monde pendant la chaleur du jour, ainsi le Tathâgata vient souffler sur les esprits de l’humanité avec le souffle de son amour, si frais, si doux, si calme, si délicat ; et ceux qui sont tourmentés par la fièvre sentent s’apaiser leurs souffrances et se réjouissent de la brise rafraÎchissante. »

24. - Koûtadanta dit : « Je sens, ô Seigneur, que tu prêches une grande doctrine, mais je ne puis la saisir. Permets-moi de t’interroger encore : Dis-moi, Seigneur, s’il n’existe pas d’âtman, comment l’immortalité peut-elle exister ? L’activité de l’esprit s’éteint et nos pensées n’existent plus quand nous avons fini de penser. »

25. - Le Bouddha répondit : « Notre faculté de penser est détruite ; mais nos pensées demeurent. Le raisonnement cesse ; mais la connaissance demeure. »

26. - Koûtadanta dit : « Comment cela se peut-il ? Le raisonnement et la connaissance ne sont-ils pas une même chose ? »

27. - Le Bienheureux expliqua la distinction par un exemple : « C’est comme si, pendant la nuit, un homme a besoin d’envoyer une lettre, et qu’après avoir appelé son secrétaire, et fait allumer une lampe, il fasse écrire la lettre. Ensuite, quand cela a été fait, il éteint la lampe. Quand même la lampe est éteinte l’écriture est toujours là. De même le raisonnement cesse et la connaissance persiste ; et de même l’activité mentale cesse, mais l’expérience, la sagesse, et tous les fruits de nos actes continuent à exister. »

28. - Koûtadanta reprit : « Dis-moi, ô Seigneur, dis-moi, je t’en conjure, que devient l’identité de mon moi lorsque les samskâras ont disparu ? Si mes idées sont répandues et si mon âme émigre, mes pensées cessent d’être mes pensées et mon âme cesse d’être mon âme. Donne-moi un exemple, mais je t’en prie, Seigneur, dis-moi que devient l’identité de mon moi ? »

29. - Le Bienheureux dit : « Suppose un homme qui allume une lampe ; brûlera-t-elle la nuit entière ?"

30. -« Oui, cela peut être ainsi ». répondit Koûtadanta.

31. - Maintenant, est-ce la même flamme qui brûle pendant la première veille de la nuit et pendant la seconde ? »

32. - Koûtadanta hésita. Il pensait « oui, c’est la même flamme » ; mais redoutant le piège d’un sens caché, et s’cfforçant d’être exact, il dit : « Non, ce n’est pas la même. »

33. - « Alors, reprit Bhagavat, il y a deux flammes ; l’une pendant la première veille et l’autre pendant la seconde. »

34. - « Non, Seigneur, dit Koûtadanta ; en un sens ce n’est pas la même flamme, mais dans un autre sens c’est la même. Elle est produite par la même sorte de matière, elle émet la même sorte de lumière, et elle sert au même but. »

35. -« Très bien, continua le Bouddha ; et dirais-tu que c’est la même flamme qui a brûlé hier et qui brûle aujourd’hui dans la même lampe, remplie de la même huile. éclairant la même chambre ? »

36. - « Elle peut s’être éteinte pendant le jour ». suggéra Koûtadanta.

37. - Bhagavat dit : « Suppose que la flamme de la première veille ait été éteinte pendant la seconde ; diras-tu que c’est la même si elle brûle de nouveau pendant la troisième veille ? »

38. - Koûtadanta répliqua : « En un sens c’est une flamme différente ; en un autre c’est la même. »

39. - Le Tathâgata demanda encore : « Le temps qui s’est écoulé durant l’extinction de la flamme a-t-il quelque chose à voir avec son identité ou sa non-identité ? »

40. - « Non, Seigneur, répondit le Brâhmane, le temps écoulé n’y fait rien. Il y a différence et identité, que plusieurs années ou seulement une seconde se soient écoulées, et également que la lampe ait été éteinte pendant ce temps ou qu’elle ne l’ait point été. »

41. - « Bien, alors nous admettons que la flamme d’aujourd’hui est dans un certain sens la même que la flamme d’hier, et que dans un autre sens elle change à chaque instant. De plus, des flammes de même nature, éclairant avec une puissance égale les mêmes sortes de chambres, sont en un certain sens les mêmes. »

42. -« Oui, Seigneur. »

43. - Le Bienheureux reprit : « Maintenant supposons qu’il existe un homme qui sente comme toi, qui pense comme toi, qui agisse comme toi ; cet homme n’est-il point le même que toi ? »

44. - « Non, Seigneur. »

45. - Le Bouddha dit : « Nies-tu que la même logique qui est bonne en ce qui te regarde soit bonne appliquée aux choses du monde ? »

46. - Après avoir réfléchi, Koûtadanta répondit lentement : « Non, je ne le nie point. La même logique règne universellement ; mais il y a une particularité en ce qui concerne mon moi qui le rend absolument distinct de toutes les autres choses et aussi du moi d’autrui. Il peut exister un autre homme qui sente exactement comme moi, qui pense comme moi et qui agisse comme moi, et, en supposant même qu’il ait le même nom et les mêmes biens que moi, ce ne sera point moi. »

47. —« C’est vrai, Koûtadanta, répondit le Bouddha, ce ne serait point toi. Maintenant, dis-moi, l’individu qui va à l’école est-il la même personne lorsqu’il a terminé ses études ? Celui qui a commis un crime est-il une autre personne que celui que l’on punit en lui coupant les pieds et les mains ? »

48. - « Ce sont les mêmes. »

49. - « Alors l’identité est constituée par la continuité seulement ? » demanda le Tathâgata.

50. -« Non seulement par la continuité, dit Koûtadanta, mais encore et surtout par l’identité de nature. »

51. -« Très bien. reprit le Boudha ; alors tu admets que des personnes peuvent être les mêmes, dans le même sens que l’on peut dire que deux flammes de même nature sont les mêmes ; et tu dois reconnaître que, dans ce sens, un autre homme de même nature produit par le même Karma est le même que toi. »

52. - « Oui, je le reconnais », dit le Brâhmane.

53. - Le Bouddha continua : « Et, dans ce même sens seulement, tu es le même aujourd’hui qu’hier. Ta nature ne consiste point dans la matière dont ton corps est formé, mais dans les formes de ton corps, de tes sensations, de tes pensées. Ta personne est une combinaison des samskâras. Partout où ils sont, tu es. Donc dans un certain sens tu reconnais une identité de ton moi, et point dans un autre sens. Mais si l’on ne reconnaît point l’identité, il faut nier toute identité et dire que celui qui fait une question n’est plus la même personne que celui qui, une minute après, reçoit la réponse. Maintenant envisage la continuation de ta personnalité qui se conserve dans ton Karma. L’appelleras-tu mort et anéantissement, ou vie et continuation de vie ? »

54. - « Je l’appelle vie et continuation de vie, répondit Koûtadanta, car c’est la continuation de mon existence, mais je ne me préoccupe point de ce genre de continuation. Ce dont je me soucie seulement c’est de la continuation de la personnalité dans l’autre sens, qui fait que tout autre homme, qu’il soit identique à moi ou non, est une personne absolument différente. »

55. — « Très bien, dit le Bouddha. C’est là ce que tu désires, et ceci est l’attachement au moi. C’est là ton erreur. Toutes les choses composées sont transitoires : elles croissent puis dépérissent. Toutes les choses composées sont sujettes à la souffrance : elIes seront séparées de ce qu’elles aiment et reliées à ce qu’elles détestent. Toutes les choses composées sont dépourvues de moi, d’âtman, d’ego. Et elle t’entraîne à des anxiétés inutiles et à de mauvaises actions, dans des chagrins et des soucis de toute sorte. Celui qui s’attache au moi doit passer par les migrations sans fin de la mort ; il meurt continuellement. Car la nature du moi est une mort perpétuelle. »

56. - « Comment cela ? » demanda Koûtadanta.

57. - « Où est ton moi ? » demanda le Bienheureux. Et comme Koûtadanta ne répondait pas, il continua : « Ce moi auquel tu tiens tant est un changement perpétuel. Il y a quelques années tu étais un petit enfant ; puis un jeune garçon ; puis tu es devenu un jeune homme, et maintenant tu es un homme fait. Y a-t-il une quelconque identité entre le petit enfant et l’homme ? Il n’y a identité que dans un sens seulement. En vérité, il y a plus d’identité entre la flamme de la première veille et celle de la troisième, alors même que la lampe aurait été éteinte pendant la seconde veille.
Et maintenant quel est le vrai moi dont tu réclames à grands cris la préservation ? Celui d’hier, celui d’aujourd’hui, ou celui de demain ? »

58. - Koûtadanta fut embarrassé. « Seigneur du monde, s’écria-t-il, je vois mon erreur, mais je suis encore dans la confusion. »

59. - Le Tathâgata continua : « C’est par un procédé d’évolution que les samskâras viennent à l’existence. Aucun samskâra ne naît sans un commencement graduel. Tes samskâras sont les résultats de tes actes dans des existences antérieures. La combinaison de tes samskâras constitue ton moi. Tu continueras à vivre dans tes samskâras et tu récolteras dans de futures existences la moisson que tu sèmes maintenant et que tu as semée dans les temps passés. »

60. - « En vérité, Seigneur, » répondit Koûtadanta, « ce n’est point une juste rétribution. Je ne puis admettre comme juste que d’autres récoltent après moi ce que je sème maintenant. »

61. - Le Bienheureux se tut un moment, puis reprit : « Tout enseignement sera-t-il donc inutile ? Ne comprends-tu pas que ces autres personnes sont toi-même ? Toi-même, et non d’autres, tu récolteras ce que tu sèmes.

62. -« Suppose un homme mal élevé et misérable, souffrant de la bassesse de sa condition. Enfant, il fut paresseux et indolent, et devenu grand il n’avait appris aucun métier pour gagner sa vie. Diras-tu que sa misère n’est pas le résultat de ses propres actions parce que l’homme adulte n’est plus la même personne que fut le jeune garçon ?

63. -« En vérité, je te le dis, ni dans les cieux, ni dans les profondeurs de la mer, ni si tu te caches dans les cavernes des montagnes, tu ne trouveras un lieu où tu puisses échapper au résultat de tes mauvaises actions. »

64. - « De même tu recevras sûrement les récompenses de tes bonnes actions.

65. - « Celui qui après un long voyage revient sain et sauf dans sa maison reçoit la bienvenue de ses parents, de ses amis et de ses connaissances. De même les résultats de ses bonnes œuvres accueillent l’homme qui a marché dans le chemin de la justice, lorsqu’il passe de la vie présente dans la vie d’au-delà. »

66. - Koûtadanta dit : « J’ai foi dans la gloire et l’excellence de tes doctrines. Mon œil ne peut pas encore supporter l’éclat de la lumière ; cependant je comprends maintenant que le moi n’existe pas et la vérité point pour moi. Les sacrifices ne peuvent rien pour le salut, et les invocations sont paroles oiseuses. Mais comment trouverai-je le chemin de la vie éternelle ? J’ai appris tous les Védas par cœur et n’ai point trouvé la vérité »

67. - Le Bouddha dit : « Le savoir est une bonne chose ; mais il ne sert de rien. La véritable science ne peut s’acquérir que par la pratique. Pratique cette vérité que ton frère est semblable à toi. Marche dans l’excellent chemin de la vérité et tu comprendras que le moi c’est la mort et la vérité l’immortalité. »

68. - Koûtadanta s’écria : « Puissé-je prendre refuge dans le Bouddha, dans le Dharma et dans la fraternité ! Accepte-moi pour disciple et fais-moi prendre part au bonheur de l’immortalité ! »


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