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> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Franc-maçonnerie


Franc-maçonnerie et bouddhisme

"Franc-maçonnerie et bouddhisme" était le thème d’un colloque tenu en janvier 2000 sous l’égide de la Grande Loge Suisse Alpina. Synthèse de ces échanges entre les frères et Lama Denys Teundroup, directeur du centre de Karma Ling.

Par Didier Planche

Colloque de Lausanne

Le texte ci-dessous constitue un essai de synthèse d’une conférence en tenue blanche fermée sur le thème : "Franc-maçonnerie et bouddhisme". Elle a été donnée dans les loges maçonniques lausannoises de la Grande Loge Suisse Alpina, à Lausanne, en janvier 2000, par Lama Denys Teundroup, directeur spirituel de la congrégation bouddhiste Dachang Rimay dont dépendent l’Institut Karma Ling, en Savoie, et plusieurs centres d’étude et de méditation en Europe.

Cette conférence a fait suite aux deux colloques consacrés au même thème, qui se sont déroulés à l’Institut Karma Ling en 1993 et 1997 et à la publication d’un ouvrage tité des actes du premier colloque (1).

La conférence a été introduite par l’auteur de ces lignes qui a brièvement exposé les points de vue de Jacques Deperne (décédé en juillet 2000) et Alain Lorand, à la fois bouddhistes

et francs-maçons. Pour le premier "bouddhisme et franc-maçonnerie sont des méthodes thérapeutiques plus que jamais nécessaires aux hommes bercés par des illusions, de plus en plus éloignés du réel, et qui s’écartent de l’essentiel. Bouddhisme et franc-maçonnerie sont des thérapies contre la douleur de vivre, la peur de vivre, la longue maladie selon Platon, des thérapies contre l’angoisse, la peur existentielle."

Selon Jacques Deperne, le véritable initié dans la franc-maçonnerie et l’éveillé dans le bouddhisme ont en commun de ne plus avoir peur. Les méthodes des deux traditions, bien que différentes, sont analogues car fondées sur la conviction que la solution à tous nos maux est en nous-même. Les aspirants à l’éveil dans le bouddhisme, de même que ceux quiI aspirent à l’initiation complète dans la franc-maçonnerie, doivent s’affranchir des passions en suivant un cheminement intérieur semé d’embûches. En tibétain, Dharma, l’enseignement du Bouddha, se dit "nang pé tcheu" et signifie "la science de l’intériorité". Elle évoque la fameuse formule maçonnique prononcée au début du pèlerinage initiatique : "Visite l’intérieur de la terre". Bouddhistes et francs-maçons s ouvrent à I’ici-maintenant par la pratique méditative et le rituel. Ce dernier, au-delà du langage, actualise lesymbole qui parle directement au creur. "Les deux pratiques, véritables conditionnements qui déconditionnent, calment les agitations du mental en perpétuelle ébullition et favorisent le silence intérieur."

Jacques Deperne poursuit en comparant la mort initiatique qui, dans la franc-maçonnerie, permet à l’adepte de dépasser son petit moi, avec la reconnaissance de la nature de bouddha qui libère de l’illusion de l’ego. Le travail intérieur, dans la voie du Bouddha comme dans la maçonnerie, permet de réaliser l’interdépendance de tous les phénomènes et ainsi de se relier à tout i’univers et à tous les êtres. Et d’ajouter en conclusion : "Le travail accompli pour connaître la nature de l’ego ou pour équarrir la pierre brute n’a rien d’égoïste et nourrit une même noble ambition, à savoir transformer un monde de souffrance en un asile de paix, de concorde et de fraternité. Sagesse et compassion bouddhistes, amour et connaissance maçonniques sont semblables et inséparables. Ce sont les deux colonnes du Temple idéal de l’humanité. Sciences de l’esprit, bouddhisme et franc-maçonnerie n’imposent aucune conversion et respectent toutes les croyances. Elles ont en revanche des ennemis communs qui sont le mensonge, le fanatisme religieux et l’intolérance."

Pour Alain Lorand, bouddhisme et franc-maçonnerie ont de nombreux points communs comme Ia tradition, la transmission, la connaissance de soi, l’initiation et la recherche de la vérité dans une approche non dogmatique. Les deux traditions insistent également sur la perfectibilité de l’homme. Le bouddhisme dit qu’intérieurement l’homme a la nature de bouddha et qu’il peut la réaliser en la débarrassant de ses différents voiles, en se libérant progressivement de l’illusion. La franc-maçonnerie fait référence à une pierre brute qu’il convient de dégrossir, de travailler afin de la rendre cubique ou parfaite. Et Alain Lorand de justifier sa double adhésion au bouddhisme et à la franc-maçonnerie en affirmant que ces deux philosophies spirituelles sont parfaitement complémentaires.

Sortir de l’illusion de l’ego

Pour Lama Denys, l’enseignement du Bouddha se caractérise par sa qualité thérapeutique, de même que l’est une certaine approche de la franc-maçonnerie. Cette thérapie fondamentale permet de soigner la maladie de l’ignorance ou de l’illusion propre à la nature de notre esprit, ce que nous sommes au plus profond de nous-même. Le Bouddha-Dharma est une quête expérimentale et une pratique pour trouver la solution à la question de Socrate, "Connais-toi toi-même". Il s’agit bien des fondements d’une spiritualité universelle partagée par l’ensemble des humains, comme personnes dotées d’un esprit.

Une des concordances entre bouddhisme et franc-maçonnerie réside dans la quête de la lumière. Dans le Dharma, la nature de bouddha, la nature fondamentale de l’esprit est dite "claire lumière" et a pour qualités la clarté et la lucidité. Ne pas reconnaître cette nature fondamentale engendre l’illusion de l’ego et sa tendance à appréhender tous les phénomènes en mode duel, à séparer sujet et objet, à se percevoir comme une entité autonome, une individualité indépendante. La démarche du Dharma, non dogmatique et expérimentale, permet de révéler la réalité de notre être et de notre vie. Elle tend à éveiller notre nature véritable à travers une vole médiane entre les approches théiste et athéiste.

Cette "voie du milieu" n’est ni théiste au sens de l’adhésion à une croyance dogmatique, rn athéiste au sens d’un rejet a priori, radical et tout aussi dogmatique. L’approche du Dharma est agnostique et ne repose sur aucune notion conceptuelle présentée comme LA vérité. Elle considère comme relatif tout exposé, énoncé, texte ou représentation. La démarche du Dharma est à la fois rationnelle et mystique elle concilie la raison et la logique avec une rigueur extrêmement poussée qui perçoit le caractère relatif des formations intellectuelles. Et de cette intelligence peut naître une percée aconceptuelle, une expérience d’immédiateté et de participation non dualiste, qui est de l’ordre de l’expérience de la claire lumière.

Une éthique universelle

L’éthique du Dharma, dans laquelle se développe la quête, s’avère thérapeutique avec ses attitudes et comportements harmonieux, sains et heureux. Cette approche met en parallèle la santé, l’harmonie et le bonheur, avec la maladie, la disharmonie et le malheur. Dans ce contexte, se constitue une éthique, qu’elle soit religieuse, traditionnelle ou bien humaniste, qui a l’avantage de ne pas être dogmatique et d’ouvrir sur une éthique globale et universelle. Elle s’appuie sur une aspiration commune : tous les humains souhaitent éviter le malheur et la souffrance. Dès lors, tous se rejoignent dans le principe de la non-violence et dans celui de ne pas faire subir à l’autre la violence que l’on ne veut pas connaître soi-même. Cette règle d’or, présente dans toutes les traditions et religions, est le fondement de l’éthique du Dharma.

L’expérience de la méditation

Dans la pratique du Dharma, l’expérience prime sur l’intellect. La pratique de la méditation est un ensemble d’exercices spirituels qui visent une transformation intérieure, un changement de mentalité, une autre expérience. Elle permet de sortir de l’illusion de l’ego et des modes d’expériences égocentriques et égoïstes. Il s’agit d’une pratique d’ouverture de l’esprit et du coeur. EIle fait appel à l’attention, à la vigilance, à la présence au souffle, au corps, aux sensations, aux pensées. Elle développe un état de présence directe et immédiate, d’ouverture, de clarté et de compassion. La pratique de la méditation dans cette transformation de soi, de l’esprit et du coeur, fait réaliser ces qualités de clarté, d’ouverture, de compassion. La perfection de ces qualités n’est autre que ce que l’on nomme l’éveil, la nature de bouddha.

La pratique de la déité

Il existe aussl dans le Dharma, en particulier dans son approche tantrique -Vajrayana-, un travail symbolique et rituel dans lequel la claire lumière ou nature de bouddha est parfois envisagée symboliquement comme déité. Celle-ci n’est pas perçue comme une entité anthropomorphique, grossière ou subtile, mais comme un support de méditation, comme une forme qui permet d’accéder au sans-forme. Dans cette approche, il est capital de ne pas intellectualiser le symbole, ce qui aurait pour conséquence de stériliser sa fonction vivante et transformante. En revanche, lorsque la forme symbolique est vécue spontanément, sans appropriation mentale, elle peut alors s’effacer progressivement en ouvrant simplement à la réalité signifiée.

Entre religion et philosophie

A la question de savoir si le Dharma est une religion ou une philosophie, Lama Denys considère que la voie du Bouddha n’est pas une religion dans le sens où il n’y a pas adhésion à une croyance, à un credo, à un dogme, mais il ajoute : "Si l’on entend la religion comme quelque chose qui nous relie, par exemple à la claire lumière ou à notre nature essentielle et sacrée, il s’agit alors d’une religion. En fait, le Dharma comporte une dimension religieuse et philosophique avec sa démarche non dogmatique et l’importance accordée au raisonnement, à la logique, à l’intelligence. C’ est ainsi que la philosophie de la voie du milieu -la base même du Dharma- utilise la logique jusqu’à la pousser dans ses ultimes retranchements, pouvant démontrer ainsi le caractère relatif de toute proposition, de tout dire ou concept. Le Dharma est surtout une science de l’esprit, une intelligence de notre esprit, de ce que nous sommes. Concernant la gnose ou le niveau le plus profond de l’intelligence -celle qui se comprend en elle-même- le Dharma est bien une gnose et même une gnose agnostique." Quant à la double appartenance au bouddhisme et à la franc-maçonnerie, il s’avère qu’elle peut être fructueuse et complémentaire. Mais, selon le lama, "Il s’agit de savoir si la franc-maçonnerie est une voie spirituelle complète, c’est-à-dire susceptible de conduire à une pleine et authentique réalisation spirituelle. Elle est en tout cas une excellente dynamique de quête non dogmatique et fraternelle, dans le contexte occidental. Elle est donc un complément au Dharma, mais n’est ni obligatoire ni nécessaire. En fait, la pratique du Dharma se suffit à elle-même. Mais c’est un sujet très délicat, qui relève du choix de chacun et de sa recherche."

Les francs-maçons ne le contrediront pas. . .

(1) "Bouddhisme et franc-maçonnerie, Editions Albin Michel (1997), collection Questions de, n° 101.

Novembre 2000






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