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> Bouddhisme > Intégration > Société > Solidarité internationale


Faire bouger les mentalités " La coopération décentralisée est idéologique "

Engagement personnel et collectif, travail pédagogique et de débat, réaction sur l’actualité en prenant appui sur les communautés immigrées : l’action internationale d’une ville est un moyen pour créer une conscience citoyenne.

Par Sylvie Barnezet

Comment la ville de Champigny-sur-Marne s’est-elle organisée pour mieux construire la solidarité internationale ?

Georges Charles : Les relations internationales sont de plus en plus une question transversale. Nous avons aujourd’hui, à Champigny-sur-Marne, un conseiller municipal chargé des jumelages ; mais il l’est uniquement sur la partie historique de l’activité internationale de la ville. Certes, les jumelages historiques ont aidé à la construction européenne mais, aujourd’hui, il n’ont pas su prendre le tournant de la citoyenneté européenne. Si, un exemple : après la reprise des essais nucléaires français en 1995, nous avons lancé un appel de cinq villes européennes jumelées contre les essais.

La culture, les jeunes, le sport sont aussi des questions internationales ; quand un centre de loisirs accueille des enfants de diverses nationalités et travaille sur le concept, quand des judokas accueillent des jeunes sportifs de Cuba, ils s’ouvrent sur des questions plus larges. La politique de la ville, aussi, est par essence multiculturelle ; d’ailleurs, le prochain festival de la ville à Créteil, en septembre prochain, aura pour thème l’international. Même les services techniques sont touchés : mon collègue de l’assainissement a organisé un débat sur l’eau. Il a vite glissé vers les questions européennes et mondiales. Cependant, les services communaux vont rarement chercher de l’expertise hors des frontières.

En fait, plus qu’une structure transversale, c’est une cohérence dans l’approche qu’il faut.

Comment se construisent vos partenariats internationaux ?

G. C. : Il y a les relations pérennes : par exemple, la commune s’est jumelée avec la ville de Jalapa dans le Nord du Nicaragua, en 1982, lors de la révolution sandiniste. Après les élections locales, nous avons continué à travailler avec la population. Une histoire s’installe entre les habitants ; certains partent, d’autre reçoivent des Nicaraguayens….

Et il y a les réactions d’urgence, d’actualité : nous avons récolté de l’argent pour les habitants touchés par le cyclone Mitch ; pour le Mozambique, la ville demande aux trois associations caritatives présentes (secours populaire, secours catholique et croix rouge) d’ouvrir un compte et de l’argent est récolté dans les mairies annexes. Nous suivons l’actualité du Kosovo, de la Tchétchénie, de l’Algérie… On ne peut pas conduire une politique sans être réactif à l’actualité.

À l’occasion de la journée des femmes du 8 mars, l’office des migrants a invité trois femmes, dont deux élues locales d’une commune algérienne. L’idée est que les gens s’inspirent les uns des autres ; si, demain, des Campinois proposent de pérenniser le contact, pourquoi pas ? La mairie s’impliquera s’il y a impact sur la ville. C’est aussi la communauté chilienne de Champigny qui nous a interpellés sur le retour de Pinochet. Nous leur avons offert un espace de débat et de reconnaissance et nous les avons aidés à continuer leur projet d’école chez les Mapoutches, un peuple du Nord du Chili.

De toute façon, l’action internationale d’une ville ne peut pas se jouer en dehors d’une démarche de citoyenneté. Notre ville qui comprend cinquante communautés différentes est une ville très multiculturelle qui vit dans un rapport au monde. Nous nous sommes, par exemple, très rapidement mobilisés pour le droit de vote des résidents étrangers. Avec les relations internationales, c’est l’avenir de notre ville qui se joue.

Comment accompagnez-vous les projets de jeunes ?

G. C. : Je crois que les jeunes sont plus sensibles que les autres aux questions de mondialisation, à se qui se passe dans le monde. Mais la question se pose en particulier pour les jeunes en situation d’exclusion. Dans ce cas, la solidarité internationale peut devenir une accroche mobilisatrice. D’abord, ils sont souvent issus de l’immigration, c’est donc une possibilité de connaissance de leur culture, de leur identité, une possibilité de reconnaissance. Ensuite, ces jeunes sont souvent en situation d’opposition ou de demande et ils peuvent ainsi découvrir un sentiment d’utilité sociale. Quand on est en face d’un jeune passionné de foot, on peut facilement lui proposer des activités, mais pour certains, c’est plus compliqué. S’il faut aller ailleurs pour prendre conscience qu’on est un humain utile et indispensable, pourquoi pas ? Si un jeune dit : " Vous avez des problèmes plus graves que les miens mais, en même temps, j’ai raison de revendiquer ", il affirme son droit à la dignité et sa capacité à aider. Dans ce cadre, ce qui m’intéresse, c’est de mobiliser les acteurs socio-éducatifs pour leur montrer que c’est un moyen de développement de soi et local. Emmener des jeunes à la piscine ou au cinéma, ce n’est pas trop engageant ; dans un projet international, il faut un véritable engagement. L’action internationale est un outil de développement pour tous, même pour les plus démunis.

Pensez-vous que les élus adhèrent à cette idée de la coopération décentralisée ?

G. C. : Certains voient l’action internationale en terme d’image. Une élue d’une grande ville me disait : " On aide une commune africaine, mais on ne le fait pas savoir, car nos électeurs ne comprendraient pas ". Je lui ai répondu : " Alors, ça ne sert à rien ".

Il faut que cette diplomatie de proximité qu’est la coopération décentralisée soit aussi la diplomatie des peuples. Monter un puits avec 200 000 francs, soit, mais il faut faire prendre conscience de la raison pour laquelle il manque un puits : ce n’est pas plus cher et c’est plus producteur. De même, ce n’est pas la même démarche si on construit un puits dans un village et qu’on le donne en gestion au chef ou si on monte une coopérative. La coopération décentralisée est très idéologique : quand vous donnez de l’argent sans cahier des charges, vous pouvez renforcer les inégalités. Quand on crée des coopératives de femmes en Amérique latine ou en Afrique du Nord, cela peut créer des heurts. Car enfin, sans donner de leçon, on peut faire bouger les mentalités, comme à propos du statut des femmes : je ne peux pas me résoudre à ce que les filles de douze ans soient excisées.

Comment cette conscience mondiale émerge-t-elle ?

G. C. : C’est l’évolution d’une prise de conscience. Il faut comprendre pour combattre. Et on s’enrichit plus en rencontrant d’autres qu’en restant chez soi. La mondialisation c’est aussi ça : des espaces de prise de conscience citoyenne. La diplomatie des peuples, c’est l’émergence d’une citoyenneté mondiale ; elle peut par exemple passer par des débats avec des maghrébins sur la guerre en Irak ou des discussions après la " parole malheureuse " de Lionel Jospin sur la Palestine, ou encore les non-dits de la Tchétchénie. La démarche est la même pour l’implantation d’un lieu de culte musulman. La mairie n’a pas à s’impliquer, sauf en ce qui concerne le permis de construire, mais je peux aider la communauté musulmane. Dire publiquement qu’on est pour un lieu de culte ne veut pas dire qu’on va mettre de l’argent, mais peut aider à la reconnaissance d’une communauté : on a besoin que les communautés, en France, ne vivent pas de façon antagoniste.

Georges Charles , maire-adjoint chargé de l’aménagement, de l’urbanisme et de la politique de la ville de Champigny-sur-Marne

Propos recueillis par Sylvie Barnezet

Mars 2000

Adels
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